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lieux communs (et autres fadaises)
29 juin 2016

fête du cinémaun

avec Joseline pour deux séances de la fête du C.
d'abord je l'accompagne voir

THE WITCH
de Robert Eggers

Ca me faisait vaguement envie, et puis c'est plus rigolo d'avoir peur à deux... (Elle aussi est bon public, et sursaute quand il faut sursauter, quand le réalisateur fait exprès de vous faire bondir...) Sauf que là, pas vraiment. D'abord le film est en vf (la synchro est plutôt bien faite) ensuite il est en costumes (comme sur la boite de céréales Qu*ker Oats), et pendant une bonne première heure ça ne fait que jacasser de religion de dieu de jésus de péché de satan de repens-toi de tes péchés, de à genoux pécheresse, prières, prêchi-prêcha et bondieuseries à tel point qu'on se croirait dans la version ciné d'une brochure des Témoins de Jéh*vah... En plus le père de famille ressemble à Bruno Lochet, des Deschiens, (il n'y est pour rien, et en plus j'aime beaucoup Bruno Lochet) mais là ça fait bizarre et ça n'aide pas à adhérer à l'histoire. D'autant plus que c'est un peu du grand n'importe quoi n'importe comment, justement l'histoire. C'est un film pour lequel l'adjectif inepte semble avoir été tout spécialement créé.

(là je reviens après avoir fait un crochet par all*ciné pour trouver le nom du réalisateur, et j'hallucine à propos de la revue de presse : à part les Cahiaîs tout le monde à trouvé ça sublime génial merveilleusement terrifiant chef-d'oeuvre et j'en passe... le lapin diabolique les aurait-il tous envoutés ?)
Car il y a un lapin diabolique. Si si. Enfin, on me souffle à l'oreille qu'il s'agit d'un lièvre. Ok, un lièvre diabolique alors.

Allez va, je vous raconte. il y a longtemps (il était une foi), une famille d'Anglais pauvres qui ont émigré aux Etats-Unis sont chassés du village où ils vivaient pour cause de foi trop intègrement déviante. (Les Témoins de J, à côté, c'est Camping 3). Ils vont s'installer (papa maman et les cinq enfants) tout seuls dans le trou du cul du monde, juste à côté d'une inquiétante forêt (très bien filmée, il faut le reconnaître.) Le papa (celui qui ressemble à Bruno Lochet) passe son temps à couper rageusement du bois à la hache (réminiscence : comme Josh Brolin le papa possédé dans Amityville), tout en faisant toute la sainte journée des quizz cathos à son fiston.
Comme enfants, il y a, hormis le fiston (imbattable en quizz cathos), la soeur aînée (qui est la blonde et virginale héroïne du film), une paire de jumeaux plus jeunes (garçon/fille) qui passent leur temps à discuter avec le bouc noir de la famille, et le tout petit dernier, un joli bébé d'amour. Gazou gazou. Qui va disparaître assez rapidement (très rapidement même, juste le temps d'un gazou) et dont le réalisateur nous explique alors par l'image qu'il a été couic! par une sorcière (la ouitche du titre) pour l'accomplissement d'un rituel de sorcellerie, avec dame toute nue qui s'oint avec de la pâte de bébé pilée au mortier.
Après ça tout dans la famille va partir à vau-l'eau (à bouc-l'eau, plutôt) : le papa et le fiston qui étaient partis dans la forêt (pour tuer un loup) se retrouvent face à face avec un lapin diabolique, puis une nuit l'héroïne et son frère repartent dans le bois avec le cheval de Papa son chien et son fusil (on ne sait pas trop pourquoi), la fillette est retrouvée mais pas le chien (égorgé) ni le cheval ni le fusil, et nous (spectateurs omniscients) on sait que le fiston a rencontré dans la cabane de la forêt (celle ou le bébé a été pilé) une belle jeune fille  mi Blanche-Neige, mi-Chaperon rouge, qui l'attire l'embrasse et couic! noir on n'en saura pas plus.
Sauf que quand il revient à la maison  il est tout nu et comme possédé. Et il finira par cracher une pomme ensanglantée qui le gênait pour respirer (je n'invente rien promis juré craché) et  couic! il meurt. Ensuite ça part dans tous les sens, tout le monde ment, accuse tout le monde d'avoir menti, avoue ses mensonges, soupçonne tout le monde d'être sorcier, d'avoir fait un pacte avec le diable, le père enferme les enfants restants dans la grange avec le bouc pour qu'ils y passent la nuit, la mère voit réapparaître ses enfants morts, le père coupe du bois comme un fou, il y a un drôle de machin qui se matérialise dans la grange pendant la nuit, au matin couic! le père se fait encorner par le bouc (les jumeaux couic! couic! sont morts) la mère couic! aussi mais je ne sais plus comment, et ne reste que la jeunette seule avec le bouc, à qui elle demande de lui parler et qu'on entend lui répondre en off (malin, le réalisateur), et elle finit par aller dans le bois où il y a un sabbat, elle enlève sa chemise de nuit et elle s'envole joyeusement sous les arbres, et voilà. Ah oui, à un moment, dans la grange, on a encore vu réapparaître le lapin diabolique mais je ne sais plus quand.
Ahahah! là il faut éclater d'un grand rire diabolique en s'envolant comme  notre héroïne  tout nu sous les sapins.

Je suis très perplexe, quand même. Les critiques qui ont adoré, auraient-ils tous signé avec leur sang dans le livre du bouc noir ? J'aimerais tout de même qu'on m'explique cet effet de sidération collective critiquesque (Sorciers, sorciers, vous êtes tous des sorciers ! réminiscence de Rosemary's baby, qui, lui -le film- continue de me foutre authentiquement les jetons...). Même 4€ ça semble bien cher payé.

Le réalisateur a été primé à Sundance 2015 comme "meilleur réalisateur", c'est peut-être ça qui a fait jubiler les critiques ?
Merchandising : Tout a été extrêmement bien pensé:

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l'affiche française est bien moins originale que ses homologues américaines. Elle "vend" plus ("survend" serait plus juste). Le cadre noir ("mmmmh vous allez avoir peur"), l'accroche sur le cinéma d'horreur (pour les aficionados), la silhouette de femme nue (pour les libidineux) la double référénce à Sundance et à Gérardmer (la réconciliation entre les intellos et les fantasticos) et puis vous avez remarqué la graphie du titre ? c'est pas WITCH mais VVITCH qui est écrit (pour les sémiologues / graphomanes ?) bref ça ratisse large...

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Les affiches américaines sont quasiment parfaites... Simples, fortes, graphiques, accrocheuses (mais bon elles vendent "autre chose" tout à fait autre chose que le film qu'on va voir en réalité).
Tout comme la bande-annonce, très très très menteuse, qui vous fait croire/craindre un genre de "Blair Witch au Moyen-Âge" absolument terrifiant alors que pas du tout.
Bon ceci dit, on ne peut pas nier que le réalisateur soit habile (à défaut d'être sincère ?) et considérer ce film comme un exercice de style un "on va faire comme si...", et donc attendre, quand même, de jeter un oeil sur son prochain film. En priant pour qu'il ne s'agisse pas de The Witch 2...
Finissons avec deux images et ce qu'elles suggèrent :

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(vous ne trouvez pas, pour Bruno Lochet ?)

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last, but not the least, le lapin lièvre diabolique

27 juin 2016

qu'on s'amuse dans les p'tits patelins...

BIENVENUE A MARLY-GOMONT
de Julien Rambaldi

 (Vous vous souvenez de Marie-Paule Belle ?) Marly-Gomont , je ne connaissais de nom que dans le morceau de Kamini (le rappeur sympathique) -morceau q'on entendra d'ailleurs au générique de fin, et ça tombe très bien puisque le film est "d'après une histoire vraie", celle justement de Kamini.
Je ne veux pas me disculper, je l'ai vu juste parce que j'avais droit à une séance gratuite, et que je voulais en profiter, et c'était justement le seul film envisageable. L'histoire je la connaissais en gros : un médecin black qui vient s'installer -avec sa famille- à Marly-Gomont, un petit patelin de Picardie Profonde, pour y exercer, et du mal de chien qu'il a pour s'y faire accepter, -ils sont les prmeirs noirs à en fouler le sol-.
Le village est en émoi, d'autant plus qu'il va y avoir bientôt des élections, et que le maire qui l'a recruté, plutôt bonnasse, risque bien de le payer en se faisant balayer par un notable local, bien pensant à tendance catho bèc'-bég, (on sait dès le début que c'est lui le méchant très méchant, de la même façon qu'on se doute aussi que c'est le maire gentil qui va être réélu et -surtout- que le médecin black va pouvoir d'installer définitivement dans son nouveau cabinet et qu'il y aura beaucoup de clients.)
C'est construit comme un conte et c'est pourtant basé sur une histoire vraie. C'est filmé très simplement, sincèrement, au ras des labours, il n'y a là-dedans rien de virtuose. Si les personnages de la famille sont traités plutôt justement, les autres, les locaux , comme la famille black agrandie, sont un peu esquissés à gros traits (version Bienvenue chez les ch'tis vs La famille Foldingue) et ça déséquilibre parfois un peu le récit, pourtant on regarde ça, attendri, on a envie d'être d'indulgent. Kamini, qui a co-écrit le film me semble-t-il (enfin, le scénario) donne une sacrée belle image de son paternel, nous raconte tranquillement son histoire et tout ça se voit sans déplaisir (et sans honte non plus). Très joli générique de fin (sur le Marly-Gomont initial de Kamini) et on sort de là avec le sourire.
Et on a une pensée tendre pour Rufus, excellent et juste (comme d'hab') en paysan-doudou.

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6 juin 2016

moy/moy

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RETOUR CHEZ MA MERE
d'Eric Lavaine

Jour de pluie annoncée et de faiblesse cinématographique : il me reste quatre places sur ma carte ciné qui expire le 06.06. Arghhh! Comme je ne veux pas leur faire cadeau d'un centime, je vais donc "finir ma carte", avec des films que j'ai plus ou moins envie de voir (et encore, j'ai zappé Le jour de la fête des mères, la suite d'Alice, X-men machin, et autres joyeusetés). Celui-là fut donc le premier, dont la (première) bande-annonce m'avait tout de même procuré un fou-rire (dit "de la cousine d'Amiens") à retardement mais plutôt conséquent, et dont la seconde (celle de l'adresse mail) me fit rire aussi mais moins -je suis bon public-.
Josiane Balasko (oui oui), Alexandra Lamy (mouais mouais) , Mathilde Seigner (bof bof) pour une histoire de famille assez convenue. (Pitch : une jeune architecte ruinée retourne vivre chez sa mère, et craint que celle-ci ne soit atteinte d'Alzheimer, alors que'elle vit simplement une passion torride avec un voisin, mais ne sait pas comment l'annoncer à ses enfants. D'où mensonges et quiproquos.) Rassurez-vous, tout finit bien, plus que bien même, celle qui était ruinée ne l'est plus, celle qui ne savait pas comment l'annoncer à sa famille réussit à le faire, celle qu'on prenait pour une soeur méchante et bête se révèle être gentille et super-futée, celle qu'on croyait être la meilleure copine se révèlera être la plus fieffée des salopes, et à la fin tout le monde s'aime et se réconcilie, et boit du champagne en riant aux éclats devant une villa de rêve avec piscine à débordement.
Et, comme nous le craignions, les deux gags vus dans les bandes-annonces sont effectivement à peu près les deux seuls du film.
Bon, une place d'utilisée.

 

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ILS SONT PARTOUT
d'Yvan Attal

Les critiques n'étaient pas dithyrambiques (euphémisme) mais la bande-annonce m'avait appâté (hameçonné : Attal, Poelvoorde, Bonneton, Gainsbourg, Gadebois, Podalydès, Lellouche, Damiens, et même Robert Castel et Lucette Sahuquet Marthe Villalonga -comment, elle n'est pas morte ?-, sans oublier Popeck). Et voici donc le deuxième film de l'après-midi "pour vider la carte". Yvan Attal parle de son rapport avec le fait d'être juif, à travers une série de rendez-vous avec son psy (enfin, le psy de son personnage) moments simples et sans doute les plus "justes" du film,  entre lesquels sont insérés une série de sketches mettant en scène tous les acteurs énoncés ci-dessous, chacun illustrant un "lieu commun" relatif aux Juifs ("ils sont partout", "ils sont riches", "ils s'entraident", etc.). Sketches plus ou moins réussis, plus ou moins étirés, plus ou moins pertinents, ayant tous en commun le fait de ne pas savoir vraiment comment finir... On sourit souvent, on rit, franchement, un peu moins (en se disant jusqu'où peut-on vraiment rire de tout sans passer pour un antisémite ?) et on est -vraiment- ému au moins une fois, lors de la séquence avec, justement, Popeck, qui en deux minutes vous fait venir les larmes aux yeux en ôtant simplement son pull. Poelvoorde en leader d'extrême-droite qui se découvre juif, Bonneton en quasi-Marine, Gainsbourg en pétasse à chewing-gum, Gadebois et Podalydès en talmudistes pointilleux (j'avais écrit titilleux...) , Damiens en activiste pro-roux de Drancy,  Lellouche en agent du Mossad qui voyage dans le temps, autant de points de départ plutôt plaisants mais dont l'exploitation laisse hélas le spectateur sur sa faim (sur sa fin ?). Aurait pu vachement mieux faire (j'ai toujours trouvé Yvan Attal plutôt sympathique comme garçon (comme acteur et comme réalisateur, oui oui) mais là bon il y aurait comme un léger malaise.)
Bon, quand même, deux places utilisées.

22 juin 2016

entre-deux

C'est le mot qui m'est venu, ce soir.
Parmi plusieurs définitions, Larousse propose :

  • Partie ou place qui sépare deux choses.
  • État intermédiaire entre deux extrêmes.
  • Meuble à hauteur d'appui placé entre deux fenêtres (XVIIIe s.). 

C'est comme si j'avais réussi à mettre le doigt dessus, comme si je l'avais sur le bout de la langue...
Aujourd'hui fut une belle journée, le premier jour de l'été, il a fait exceptionnellement beau et chaud (trop ?), je l'ai passé à Besançon, j'ai mangé à l'Hermitage à midi avec Catherine et Dominique, j'ai reçu un chèque-livres, et une orchidée que j'ai promenée ensuite dans son sac tout l'après-midi, j'ai vu un film au Victor Hugo avec Dominique (Maintenant tout de suite, de Pascal Bonitzer) suivi d"un autre, tout seul, au Beaux-Arts (Bienvenue à Marly-Gomont, il s'agissait d'un film gratuit que je ne pouvais choisir qu'en ce jour précis) où je fus d'ailleurs tout seul dans la salle, j'en ai profité pour ne pas éteindre mon téléphone et j'ai répondu à plusieurs sms d'amies, je suis sorti ensuite sans trop d'encombre de Besac, j'ai respecté la limitation à 70 par crainte du radar-chantier, je me suis arrêté à mon endroit habituel et j'ai appelé Manue, elle n'était pas là, alors je suis rentré directement (en respectant la limite à 80 ce que ne semblait pas accepter au début le poids-lourd qui roulait derrière moi mais qui s'y est fait, et je me suis -rituellement- arrêté un peu sur un parking, pour y prendre un peu le frais (menteur),

où j'ai observé longuement un jeune routier barbu et torse-nu, qui faisait la sieste et m'est apparu, magnifiquement, après qu'il ait eu relevé le rideau de sa cabine (du côté chauffeur) et que cette apparition m'ait ravi, il prenait un peu des poses, j'ai sorti doucement l'appareil-photo et je l'ai photographié tout aussi doucement, craignant à chaque instant qu'il ne tourne la tête, me voit en train de le photographier, et  saute du camion pour venir me casser la gueule -il n'était qu'à une cinquantaine de mètres-, il était assis torse-nu sur son siège, a sorti d'abord un bras (le gauche) qui tenait la cigarette, puis a montré ses jambes, qu'il avait nues aussi, s'est repeigné la barbe dans le rétro, en lançant de temps en temps des coups d'oeil, mais rien d'insistant, juste comme de la curiosité, a jouoté avec son téléphone, a relevé ses jambes, la vitre de la cabine lui faisait un cadrage cinématographique, je suis descendu de la voiture, remonté, redescendu, il était en contrebas, je suis monté en direction du sous-bois où je savais que d'autres étaient en train plus ou moins de s'ébattre, je le voyais, il m'observait je crois dans son rétro, il me voyait le voir, je lui montrais le chemin, et je me suis dit à quoi bon, pour quoi faire, je suis donc redescendu et j'ai vu qu'il avait refermé le rideau côté conducteur, alors je suis remonté dans ma voiture, et quand j'ai mis le contact la portière de son camion s'est ouverte, il s'était rhabillé, il était en train de lacer ses baskets, et je me suis redit oui, à quoi bon, pendant qu'il descendait du camion, (non il n'avait pas du tout l'air armé d'intentions belliqueuses) ce jeune barbu magnifique (trop jeune trop barbu et trop magnifique), il est allé jusque derrière le camion pour pisser pendant que je passais à sa hauteur (la scène au cinéma aurait nécessité un mouvement d'appareil sans doute complexe), je roulais très lentement, je continuais de l'observer (je tâchais de) et je n'ai pas pu m'empêcher de m'arrêter à l'extrême sortie du parking (presque sur la bande d'arrêt d'urgence), je ne voyais plus que ses pieds derrière le camion, puis qui se sont remis en marche mais direction le sous-bois, il s'était décidé, il y grimpait, et j'ai redémarré pour de bon, définitivement, en me reredisant oui vraiment vraiment à quoi bon ?

et que c'était tout à fait moi ça, de passer tout ce temps dans la contemplation de cette apparition, à piquer furtivement des images, et de décider de m'enfuir et de couper court au moment précis où se produisait ce que j'avais peut-être espéré qui allait se produire, mais que je réalisais que finalement c'était bien mieux sans doute quand ça restait au stade du "j'espérais que" ou "j'aimerais que" et que je n'en avais finalement pas si envie que ça, que cette chose se passe, ou pas envie que ça se passe mal, ou pas comme j'aurais souhaité, que je ne savais pas comment réagir

et que ce n'était pas la première fois que les choses se passaient comme ça, que je réagissais comme ça, quand il ne se passait rien j'espérais qu'il allait se passer quelque chose, et quand il se passait quelque chose je faisais comme s'il ne se passait rien, ni ci ni ça, que l'idée même d'essuyer un refus, de ne pas lui convenir m'était pénible et justifier que je n'essaye même pas, que je préférais finalement ne pas savoir, et continuer de rêver, et je me disais tout ça en roulant et ça me rendait un peu mélancolique, oui, mais que c'était tout de même un joli cadeau

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21 mai 2016

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JULIETA
de Pedro Almodovar

Ahem! (un raclement de gorge avant de me lancer) Le "nouveau Almodovar" est arrivé. Comme pour chaque "nouveau Allen" j'y vais (c'est comme si j'étais japonais et que je n'allais pas voir les cerisiers en fleur, non ? Bien que j'aie des amies -ahem- qui ont décidé par exemple "qu'elles n'iraient plus voir aucun films de Woody Allen" (si si, jen connais!). Moi, j'y vais. Question de rythme et question d'habitude, presque de bienséance et de politesse.
J'ai vu presque tous les Almo, comme presque presque tous les Woodychou. A chaque film on y revient, certes (mais de chaque film j'en reviens tout autant, devrais-je préciser.) Almodovar, j'ai toutes les raisons d'adorer, de le révérer, d'abord parce qu'il est español (et l'atavisme, sans doute, me fait sentir la régénération quasi magique de mes petites cellules quand je l'entends parler dans ces films, cette belle langue... et tiens, une autre ressemblance : les deux -Allen et Almodovar- sont également inécoutables lorsqu'ils sont en vf), ensuite parce qu'il est gay (me semble-t-il, non ? Bien que cela (trans)paraisse de moins en moins dans ses films "convenables", l'avant-dernier, Les amants passagers, étant l'exception follassissime qui confirme la règle) deux bonnes raisons donc a priori pour que mon petit bonhomme de téléramuche perso ait un sourire jusque derrière les oreilles...

Eh bien non, hélas,trois fois hélas, caramba, encore raté ! Julieta ne m'a pas transporté. Ne m'a même pas ému plus que ça. J'ai avec les histoires de famille un rapport un peu compliqué : en général (par exemple Les secrets des autres) ça me bouleverse ça me transporte ça m'émeut et ça déclenche quasi infailliblement la petite machine interne à larmes. Mais, bizarrement, pas Almodovar. Pourtant il en parle, de famille, et il en parle beaucoup aussi, de sa mère, et de celles des autres, aussi. Et il y en a, de la tristesse et de la souffrance. Et ça ne me touche pas vraiment. Je suis resté les yeux désespérément secs, et ce jusqu'à la dernière image (qui m'a d'ailleurs un peu pris au dépourvu, avec ce joli mouvement de grue "et si on allait voir ailleurs " (ou "parlons d'autre chose"), comme une sortie de route, et que j'aurais souhaitée ne pas être la dernière.)

L'histoire, comme son titre l'indique, est centrée sur le personnage de Julieta, une jolie jeune femme blonde (avec beaucoup de coiffures différentes, puisque ça raconte un grand pan de sa vie, en mettant notamment l'accent sur ses rapports -un peu complexes- avec sa fille, et c'est aussi pour ça qu'elles seront jouées par plusieurs actrices.) C'est un mélo magnifique (personnages qui disparaissent puis réapparaissent longtemps après,  d'autres qui meurent, qui de noyade qui de sclérose en plaques, d'autres encore qui rencontrent la foi (aïe!),d'autres qui sont renvoyés de leur emploi, avec des photos qu'on déchire puis qu'on recolle, des voyages qu'on annule, des appartements qu'on (re)loue, des lettres qu'on attend sans jamais les recevoir, et qu'on finit par recevoir après ne plus les avoir attendues, des gâteaux d'anniversaires jetés régulièrement à la poubelle, des secrets enfouis, des révélations, des méprises, des serments, des réconciliations... oui, du mélo magnifique, vous dis-je).
Je ne me suis pas ennuyé, non non, j'ai vu tout ça, avec attention, consciencieusement, mais aussi un certain détachement. C'est joli, c'est bien présenté, c'est plaisant à l'oeil (beau travail sur la couleur, comme d'hab' chez Pedro d'Amour, tiens, d'ailleurs, les lettres d'amor se retrouvent dans l'ordre dans celles d'almodovar, joli, non ? il a dû le faire exprès...) mais c'est un peu fade (à mon goût, qui est d'ailleurs suffisamment peu développé pour que je puisse en faire un critère de choix).
C'est très sage, très violonneux, très lisse. Je préférais Marisa Paredes dans La fleur de mon secret, ou Antonio Banderas se tortillant en slip sur le lit en répétant folla me dans La loi du désir, ou même toute la joyeuse équipe de Femmes au bord de la crise de nerfs... Les actrices sont très bien (les acteurs aussi) mais on reste pris en otage dans le registre de la douleur (et de la culpabilité, vraie ou imaginaire, une fois, deux fois, trois fois.)
C'est trop... raisonnable. Qu'est-ce qui me restera surtout du film ? L'utilisation -judicieuse- de Rossy de Palma en bonniche ex machina. mais allez-y, je suis sûr que vous allez beaucoup aimer (et beaucvoup pleurer ?)

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10 mai 2016

anniversaire n° 32

Eh oui, le vendredi 6 mai on fêtait le 32ème anniversaire du colza.
Une cérémonie plutôt intime, puisqu'elle ne concerne que 5 personnes, qui doit obligatoirement se passer dans (ou le plus près possible de) un champ de colza, qui doit lui-même être obligatoirement fleuri. On arrose l'événement (champagne!), et on pique-nique (cette année sur un fouta*), le dernier rituel étant que chacun doit lire quelque chose "à voix haute dans le champ" (ou non selon l'humeur).
Ce rendez-vous a lieu début mai (des fois un peu plus tard) suivant la vitesse ou non du fleurissement et les disponibilités de chacun.

Les anniversaires du colza se suivent et se ressemblent plus ou moins. L'année dernière, j'en avais eu les larmes aux yeux, mais cette année non non pas du tout. On a beaucoup ri. Beaucoup lu. Et c'était parfait comme ça.

Il fut question de taureau à grosses couilles, de montgolfières, d'un jeune russe qui avait beaucoup de mal à marcher, de foutas, encore, de balades du vendredi matin et des conversations qui s'y tiennent (et des intérêts spécifiques de certaines des personnes qui les pratiquent), de moucherons, de Corbières (? je ne suis plus certain), de différence entre le bresi et la viande des grisons, de vaches marron qui sont prêtes à tuer les importuns lorsqu'elles sont avec leur veau,  des anniversaires du colza précédents, de la fraîcheur consécutive à la disparition du soleil, d'anecdotes de voyages, de la plantation du colza et de l'utilisation du gps pour localiser les traitements, de pylones,

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le champ

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contrechamp

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installation

et de pas mal d'autre choses... (sans oublier les lectures

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où il fut successivement question de Samba, de gourmandise, de forme interrogative, de pompe à essence, et de Japon...
Ce fut, oui ce fut un bel anniversaire!

* La fouta ou foutah (فُوطَة) a plusieurs désignations dont une espèce de caleçon, de turban, d'une étoffe qu'on place sur le dos ou un linge ou tablier qu'on attache à sa ceinture. (wikipedia copiécollé, avec les liens!)

21 avril 2016

division q

LA MEUTE
de John King

Je viens de le terminer, et j'en reste baba. Il faisait partie de ces livres achetés déjà il y a un certain temps (probablement à la Foire aux livres) mais pas lus immédiatement et donc rangés sur une étagère en attendant. Et là, le temps était venu. Je l'ai pris et je l'ai lu. Trois cent et quelques pages très denses, découpées en chapitres indépendants, chacun muni d'un titre, à la façon d'une nouvelle.
Quasiment un manuel de zoologie. De bourrinologie, pour être précis. L'auteur s'intéresse à un groupe de potes, à Londres, de nos jours, ou presque (un peu juste avant, 90/2000 pour être précis). Des potes nommés (sur-) Balti, Mango, Carter, Will, Harry, unis par des passions communes : le foot, la bière, la baise (et la musique, aussi, allez). oui, des bons bourrins, qui se retrouvent régulièrement au pub pour s'y bourrer la gueule (s'envoyer huit pintes de Guinness ne peut pas s'appeler autrement), refaire le match, faire le point et surtout en surveiller le décompte (des points) dans leur propre championnat, celui de la ligue imaginaire qu'ils sont créée, la division Q. Ils comptabilisent, au fil des semaines, des points chaque fois qu'ils baisent (on peut dans la plupart des cas difficilement parler de faire l'amour), plus ou moins celon ce qu'ils ont réussi à faire (la pipe vaut un point, le rapport vaginal deux, et ainsi de suite...).
Je vois déjà vos mines déconfites...
S'il ne s'agissait que de ça le bouquin serait effectivement aussi cynique que sinistre. Mais l'auteur effectue une véritable immersion dans le quotidien de ces mecs, un genre de radiographie microscopée, une vue en coupe de la vie de ces prolos anglais (londoniens, plus exactement, et encore plus précisément d'un certain quartier de Londres) vue au plus près. C'est attentif, précis, documenté, "haut en couleurs" on pourrait dire (c'est à dire brutal, cru, obscène, violent... oui oui on peut penser à Selby dont le Last exit to brooklyn m'avait un peu produit le même effet), et on n'est pas étonné d'apprendre, quand l'auteur est interviewé, qu'il n'a pas eu à inventer grand chose, qu'il sait de quoi il parle, qu'il a été (et qu'il est sans doute encore) taillé du même bois que ses héros, -plutôt celui dont on fait les battes que celui dont on fait les flûtes-.
C'est un bouquin viril, et c'est peut-être pour ça qu'il me fascine autant, comme me fascinent et m'impressionnent les "vrais" bourrins dans la "vraie" vie.
Ceux de La meute ont (presque) des excuses : ils se sont pris en pleine gueule la mère Thatcher, la crise, le chômage, le climat britton, et John King a l'intelligence de nous présenter un panorama (presque exhaustif) de trajectoires personnelles "en situation de crise" (avec les pensées, les rêves, les délires, qui les accompagnent), on repense bien sûr à Ken Loach, et ses prolos rugueux dans la mouise, ou au Stephen Frears des débuts, ces peintures  d'univers brittons auxquels le cinéma nous a habitués, pubs, fish and chips, cup of tea, hooligans, et même les bouilles de ces mecs, on les imagine, et leurs fringues, et leurs vans pourris, (sauf celui qui a réussi et qui roule en jaguar, mais la jag on se la figure tout aussi bien...) So british, isn't'it ? et John King nous balade de l'un à l'autre de ces (de ses) bourrins magnifiques, et le bouquin est tellement dense (et je l'ai aussi tellement fractionné) qu'il faut un certain temps au début pour se familiariser avec cet aréopage à cheveux ras et à gros bras (et à sang chaud).
Et, plus on avance dans le bouquin et plus on se rapproche d'eux, mieux on s'y sent, mieux on les renifle... Le dernier chapitre ("Biture") est admirable de ce point de vue-là. On revient en détail sur Balti, sans doute mon préféré dans le lot (celui qui a cassé la gueule à son chef de chantier, s'est retrouvé au chômage, s'est re-fait casser la gueule par ledit chef de chantier, s'est re-vengé, a fini par retrouver un job -et l'assurance biffetonnière que cela confère, au pub, avec les potes notamment- et ne va pas hésiter à utiliser in extremis un stratagème pas très reluisant pour bouleverser le classement de la division Qoù il était pourtant plutôt mal barré)  que l'auteur accompagne dans des dernières pages presque lyriques, jusqu'aux trois dernières lignes qui font quasiment sursauter le lecteur.
Un grand bouquin (dont j'apprends qu'il fait partie d'une trilogie, parue à L'Olivier dont le premier s'appelle Football factory et est aisément procurable, tandis que le troisième  Aux couleurs de l'Angleterre n'a visiblement pas été réédité et est donc vendu à des prix prohibitifs (voir )  (et aussi!) par des margoulins sans scrupules... qui mériteraient bien un bon coup de boule, ou un coup de genou dans les couilles, non ?)

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12 avril 2016

"peut-on débattre de la vérité ?"

L'AVENIR
de Mia Hansen-Love

J'adore Isabelle Huppert, et là, chouette , elle est hyper-Huppert (ou über-Huppert ?). et elle joue le rôle d'une prof de philo. et crac! mon beau rêve se brise : la philo me rebute (j'allais écrire qu'elle m'emmerdait, peut-être était-ce plus juste et plus vrai, justement) elle aurait été chercheuse en physique nucléaire ou spécialiste de la mécanique quantique que cla ne m'eût pas été plus étranger, mais bon c'est comme ça allons-y : donc elle est prof de philo, et avec son mari (André Marcon, délicieux) prof de philo aussi, elle vit dans un bel appart' rempli de livres de philo (on pourrait dire que la philo est l'essence de ce film, oui, le carburant qui fait pétroler le véhicule de sa fiction) elle a des enfants sympathiques (non philosophes), une mère tyrannique (Edith Scob, grandiose), et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes philosophiques jusqu'à ce qu'une série d'incidents fâcheux ne viennent perturber la trame de sa vie, ce qu'on pourrait, somme toute, résumer grosso modo en suivant le plan d'une dissertation, philosophique, justement :
1) thèse : elle n'est pas libre
2) antithèse : elle est libre
3) synthèse : p-t'être bien qu'elle est libre, p-t'être bien que non

Huppert fait ça avec sincérité, avec énergie, avec justesse. Avec un incontestable brio. Qu'est-ce donc qui a fait que le film ne m'a pas plus enthousiasmé que ça ? Peut-être parce que je ne savais pas vraiment sur quelle étagère le ranger, peut-être parce que ça a quelque chose de monstrueux, cet univers philosophique à 99%, peut-être parce que la présence d'Isabelle H. est si forte qu'on a parfois le sentiment qu'elle serait le seul personnage en couleurs dans un univers en noir et blanc ?

Et, en fouillant sur all*ciné.freu (qui range le film dans la catégorie "drame", ce qui me paraît être un contresens), voilà que je tombe sur une critique, tiens, que je trouve excellente, et... juste, oui, une critique de Libé, où la dame synthétise judicieusement  tout ce que j'essayais péniblement d'écrire ci-dessus, et que je vous mets donc .

(je projetais de continuer mon post en utilisant le maximum d'épithètes philosophiques : platonique -pour l'histoire avec le jeune philosophe-, cynique, -pour les jeunes de la maison d'édition-, dialectique -pour les jeunes aux fromages de chèvre-, stoïque -pour Isabelle H. face à l'adversité- et je ne serais pas allé beaucoup plus loin parce que je n'en connais pas beaucoup plus.)

A la sortie, on en a discuté, les autres avaient l'air très enthousiastes, je me suis ouvert à eux des bémols que provoquaient mon aphilosophisme, et j'ai fait mon malin en le résumant d'un "finalement c'est l'histoire d'une femme qui veut se débarrasser de la chatte de sa mère" - ce qui est exactement le sujet du film, mais qui avait davantage à voir alors avec la psychanalyse qu'avec la philo, mais je ne l'ai réalisé qu'après.-

Bon, allez savoir pourquoi, c'est pourtant un film que je reverrai avec un grand plaisir, ça, j'en suis sûr

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(peut-être juste pour le bruit clac clac clac des talons d'Isabelle, allez savoir...)

3 avril 2016

feu de la saint-jean

QUAND ON A 17 ANS
d'André Téchiné

Nuit de juin ! Dix-sept ans ! - On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête...
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête...
(
Arthur Rimbaud / On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans)

Oh l'immense plaisir de retrouver ce Téchiné-là (surtout quand votre cinéphile est née en même temps que sa cinématographie... Que quelqu'un réédite enfin Souvenirs d'en france !!!) Depuis quelques films (L'homme qu'on aimait trop, Impardonnables, la fille du RER), on se disait un peu qu'il (qu'on) vieillissait, qu'on s'éloignait, vieux amants, habitudes, tiédissement... Ou peut-être qu'on ne trouvait plus dans ses films toutes les belles choses qu'on y avait vues fleurir auparavant, et qui vous emportaient, vous transportaient, vous submergeaient...

Et là, soudain, miracle, tout est là, au propre et/ou au figuré : l'adolescence, l'Ariège, la neige, Les roseaux sauvages, J'embrasse pas, l'amour, l'homosexualité, le désir, et Sandrine Kiberlain, (la mère) et Kacey Mottet Klein et Corentin Fila (les jeunes gens) sans oublier la guerre, là-bas, loin, et la mort qui va avec...

Oui, nous nous étions un peu éloignés, avec André. Pas en froid, mais bon... Popote, quoi, l'habitude, le ronron. Et voilà qu'ont eu lieu d'inattendues (inespérées) retrouvailles. Comme aux premiers jours, ou presque. J'ai noté sur mon carnet en sortant de la salle trois adjectifs, pour ne pas les oublier : exalté, passionnel, excessif.

(et voilà qu'en parcourant all*ciné.fr je tombe sur cette abconse  et condescendante notule from Les Cahiaîs : "Si avec les années, la fièvre "à la Téchiné" paraît de plus en plus décrétée et son lyrisme plus contrit, il reste toujours un cinéaste parfois inspiré (…). De quoi regretter que le "romanesque" de papier ait pris à ce point le pas sur ses tropismes paysagers ou picturaux qui auraient pu davantage aimanter la fiction." qui m'agace assez pour que je la reproduise. Et si quelqu'un peut me la traduire je suis preneur.) Mais bon revenons à nos moutons. (Nos agneaux plutôt. )

Peut-être que c'est un truc de vieux (décidément j'y reviens) de vieil adolescent sans doute, que les jeunes critiques Cahiaîsiens ne peuvent même pas envisager, appréhender. Mais c'est exactement ce qui me ravit. De l'amour et du désir comme sujet et objet de lyrisme, c'est ça  qui me plaît, qui me touche, qui me fascine... Dans Les roseaux sauvages, il s'agissait a priori d'un trio (Ah Elodie Bouchez, ah Gaël Morel (ledit film est d'ailleurs, c'est Dominique qui l'a lu dans le générique "librement adapté de New Wave , de Gaël Morel", comme un clin d'oeil amical) et aaah Stéphane Rideau (dont je me souviens avec émotion du "Et si on se branlait ?") même si la demoiselle apparaissait assez vite comme un catalyseur, un élément extérieur.), ici ils sont juste deux, et, d'entrée ça cartonne : un croche-pied et l'un fait tomber l'autre par terre en plein milieu de la salle de cours. Et l'autre lui répond. Et bim. Et bam. Et ainsi de suite. Ces deux-là se détestent trop pour que ça ne cache pas quelque chose, clignote furieusement notre radar à sous-sous-texte gay (pas si sous-sous que ça d'ailleurs, on connaît bien notre oiseau-Téchiné, quand même...) Ca c'est au "premier trimestre" (le film est partagé en trois, avec les saisons qui vont avec, et les sentiments idem. Là c'est la neige (en Ariège, quand il neige, c'est pas de la neige de fillettes, hein ) et c'est magnifiquement cinégénique. Comme l'est la mise en jambes du récit (marcher dans une bonne couche de poudreuse ça n'est pas forcément évident pour aller vite...) Le blond se fait embêter par le brun, mais il rend les coups aussi. Les choses se compliquent quand il s'avère que la mère du blond est médecin (Sandrine Kiberlain est hyper-bien, disons-le, mais les actrices chez Téchinou sont toujours aux petits oignons : remember Catherine, Isabelle, Jeanne, Marie-France, Juliette, Emmanuelle, et j'en passe... il a le don de les sublimer de les transcender, de les incandescer...) et va être amenée à soigner la mère du brun, et que bradaboum tout un enchaînement de circonstances (comme une coulée de neige bruyante) va faire qu'elle va proposer au brun de venir chez eux (sous le même toit que le blond, donc) pour réviser le bac tranquille et que les choses aillent un peu mieux.
Sandrine Kiberlain est magnifique, comme l'est le personnage qu'elle compose. Une femme douce, aimante, attentionnée, attentive aux autres. Précieuse. Les deuxième et troisième trimestres vont apporter c'est sur leur brouettée d'événements (j'arrêterai là de les détailler) pour faire évoluer la relation entre les deux garçons (mais pas que.) et c'est très beau la façon dont elle se construit , dont elle sinue, évolue, bifurque, tournicote...

Alors qu'on sait bien que...

il est intéressant d'apprendre au générique que le scénario a été co-écrit avec Céline Sciamma, qu'on sait par expérience beaucoup plus attentive aux Bandes de filles (mais y a-t-il, en définitive, autant de différences que ça entre les atermoiements testostéronés de nos deux daguets ariégeois et les circonvolutions aquatiques des donzelles de La naissance des Pieuvres ? Non. C'est le désir, et c'est l'amour. Point barre. On serait peut-être, finalement, n'en déplaise à Arthur R. extrêmement sérieux, quand on a 17 ans, lorsque  apparaissent et fleurissent ces premiers "vrais" émois... Oh se chercher se battre  se fuir et oh se retrouver s'étreindre... La chorégraphie amoureuse mise en place par André Téchiné et Céline Sciamma si elle n'est pas neuve (ces rituels se jouent depuis la nuit des temps) nous met, avec à la fois un air sérieux et un demi-sourire complice, dans cet état d'hypersensibilité (émotivité) délicieusement émouvant, stimulant, troublant...

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10 mars 2016

le gorille du zoo d'anvers

DES NOUVELLES DE LA PLANETE MARS
de Dominik Moll

Il pourrait s'agir d'un malentendu. Le fait de n'aller voir ce film seulement parce qu'on a entendu à la radio la scène -effectivement très drôle- du "je voudrais que tu m'encules" (je n'invente rien) pourrait prêter à confusion pour le spectateur "moyen". Christine avait eu un fou-rire dans sa voiture en l'entendant à la radio, j'ai eu un fou-rire quand elle me l'a racontée, et je suis donc allé voir l'avant-première à 16h ce dimanche dans le bôô cinéma.
Il y avait en plus pour moi deux autres raisons : Dominik Moll, d'abord, que je suis depuis son premier long-métrage, Intimité, en 1993 (dont je n'ai pas été fichu de retrouver l'affiche sur le ouaibe, je me souviens qu'elle représentait une casserole de lait sur le feu, façon Pellaert, sur le point de bouillir) que j'avais énormément aimé, et que j'ai continué à suivre, malgré, il faut le reconnaître, des engouements divers (Harry un ami qui vous veut du bien, Lemmings, Le moine...), et (la deuxième raison) Vincentchounet Macaigne, bien sûr.
J'ai un problème avec lui, j'en suis bien conscient : comme il m'émeut  (surtout quand il a la barbe) -on va dire ça comme ça...-, je serais capable d'aller le voir jouer dans à peu près tout et n'importe quoi (et non non, je ne m'en lasse pas). J'ai du mal à être objectif quand je le vois. Là il joue Jérôme, un collègue de travail (de François Damiens) un peu borderline, qui ne va pas être pour rien dans l'avalanche de catastrophes qui vont s'abattre sur la jusque là paisible vie du personnage qui donne son titre au film.
La structure même est assez proche de celle de Harry..., Macaigne prenant la place de Sergi Lopez et François Damiens celle de Laurent Lucas, tous deux dans des rôles beaucoup plus "aimables" que ceux du film de référence. Jérôme est un Harry plus gentil, moins retors (mais tout aussi insupportable).
Le film est très hétérogène, et c'est ça qui m'enchante. Soit un personnage, donc, (joué par François Damiens, donc, sobrissime, merveilleusement en sous-régime) lambda ou quasiment, divorcé, deux enfants, HLM, qui a un job stable et sans histoire dans l'informatique, un patron paternel, une soeur "artiste", des parents sont décédés. L'apparente stabilité initiale et rassurante de ces paramètres va être soudain et successivement remise en cause, dans un effet  boule de neige / cyclone dont l'épicentre serait justement le personnage joué par Vincent Macaigne.
Sur le principe du "toujours plus", le film enchaîne donc les emmerdeurs, emmerdeuses et emmerdements divers pour le pauvre Monsieur Mars. C'est plutôt une bonne pâte, qui va être amené à encaisser de plus en plus, et de plus en plus gros, sans vraiment broncher, stoïquement. Pendant assez longtemps. Et on ne lui épargnera pas grand-chose. L'appartement devient comme une culture microbienne de plus en plus pathogène et virulente. On rit des avanies, et on est ému, aussi, à intervalles réguliers, par des très jolies scènes (j'aime particulièrement les parents, Catherine Samie et Michel Aumont) avant de redémarrer, genre grand-huit de l'inconfortable, vers des choses plus grinçantes.
La dernière partie du film est sans doute plus convenue. Parce qu'alors la narration en devient trop linéaire, trop simple(tte). Attendue. Mais même si ça baisse d'un cran dans le plaisir, on reste toujours attentif, souriant,  attendri.  On est content de (re)voir Philippe Laudenbach (en papy gâteux giscardophile, magnifique).
Les Cahiaîs ont fait la grise mine, et rien que pour ça, j'ai envie de défendre très fort le film.

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PS : Vincent, tu peux venir squatter chez moi, si tu veux....

20 mars 2016

lucioles

ORLANDO FERITO
de Vincent Dieutre

C'était dans le cadre de notre semaine ACID (où effectivement quelques gencives furent ponctuellement agacées, mais c'est une autre histoire et ce sont des choses qui arrivent). Vincent Dieutre est gay, il est très cultivé, il est cinéaste, il aime l'italie où il séjourne souvent, il pratique le "journal filmé" (ou l'auto-fiction, ou le self-documentaire), et l'on sait grosso modo à quoi s'attendre lorsqu'on va voir ses films (j'avais adoré son Jaurès). Il est donc en Italie, en Sicile  plus précisément, guidé par un texte de Pier Paolo Pasolini (La disparition des lucioles) et par le prolongement que lui a donné  plus récemment Georges Didi-Huberman (j'adore ce nom), historien d'art et philosophe,(dans le simplement nommé Survivance des lucioles).
Il sera aussi question des pupi, les marionnettes siciliennes, avec/à propos desquelles Dieutre va mettre en place un film dans le film, un récit dans le récit, les mettant en jeu dans une histoire centrée autour de Roland, le neveu de Charlemagne, conduisant en quelque sorte "la révolte des pupi"...
Mais il sera aussi question de Berlusconi, de Lampedusa, de l'Europe, de la mafia, de théâtres occupés, de première gay pride à Palerme, d'un amant du réalisateur, qui part, qui revient, qui repart, et d'un autre qui advient... Le film est copieux, comme un journal très dense avec beaucoup d'images et de mots aussi, et nécessite une certaine attention si l'on n'en veut point perdre une miette, mais on peut aussi, comme votre serviteur, simplement se laisser porter. J'aime beaucoup la façon dont Dieutre filme, je suis souvent touché par ce qu'il raconte, ce qu'il montre, et, si je ne comprends pas tout je ne le crie pas sur tous les toits ni n'en fais un scandale, j'ai les yeux sur l'écran et si parfois je décroche il y a toujours un petit quelque chose qui me tire le coin de l'oeil et me ramène à ce qu'on est en train de dire (ou de montrer)...
Le fait est que je suis plus touché par ses états d'âme (son vague à l'âme de quinquagénaire) affectivo-sentimentaux que par son discours théorique et politique (ou encore les histoires de marionnettes). Midinet un jour, midinet toujours...
Dieutre pratique divinement l'introspection filmique (et filmée). Se met en scène, s'évoque (ou son reflet). C'est à la fois impudique et plein de tact. Et riche. Comme s'il proposait un tel stock d'informations (et de niveaux de lectures) pour pouvoir au milieu s'y cacher  un peu plus commodément. Faire le point (sur lui, sur les autres, lui avec les autres, et les autres sans lui). Reprendre son souffle. Et regarder tout autour.
Un cinéma élégant, exigeant (la pratique de l'assonnance fait que je pourrais continuer la liste avec excitant, avec hésitant, avec méritant, mais aucun des trois ne correspond tout à fait.)

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L'affiche est à l'image du film : complexe et pas forcément lisible. une belle proposition graphique/plastique

22 mars 2016

fanfarons

BELGICA
de Felix van Groeningen

Du bon usage du marketing... Celui-là, grâce à sa bande-annonce, j'en avais une envie folle. J'avais beaucoup aimé les deux films précédents du monsieur (La merditude des choses et Alabama Monroe), même si j'avais quelques réticences vis-à-vis de chacun d'eux (trop de tatouages par ci, trop de nihilisme par là, je sais je chipote...).
Des coïncidences, aussi (comme avec la musique en général, ou les bouquins, ou que sais-je encore), et la façon dont un truc peut-être parfaitement en phase avec votre humeur du moment, et renforcer encore le sentiment éprouvé.
Je n'ai rien voulu lire dessus avant, je connaissais juste cette fichue bande-annonce qui me mettait tellement en joie que j'ai fini par la télécharger, et là j'étais bien dans cette salle 1 du bôô cinéma (la plus petite), au -beau- milieu du rang, idéalement placé, à côté de ma Catherinechounette préférée... Je crois que c'est la première fois que je ne me suis plaint pas que le son soit trop fort, au contraire, là ce fut justement une des raisons du grand plaisir (de l'énorme plaisir) que j'ai pris au film.
C'est l'histoire de deux frangins (frérots) belges (un petit nerveux et un grand, nerveux aussi d'ailleurs) qui s'associent pour agrandir le bar que possède le premier (le Belgica) et en faire un club, un haut lieu de la vie nocturne ... bruxelloise ? (où est-ce que ça se passe, d'ailleurs ?) Non, à Gand, je viens de vérifier, de la nuit gandoise donc. Gantoise, je re-viens de vérifier). Plus exactement c'est le grand qui propose au petit d'abord de venir lui filer un coup de main en salle, et ensuite d'investir avec lui pour mettre en place le lieu. Et on ouvre en fanfare le nouveau Belgica (c'est la scène -et la musique- que j'adore dans la bande-annonce) et les ennuis bien sur ne vont pas tarder à commencer, et les histoires de fric, de bibine et de coke fleurissent, et les tensions humaines, familialles, policières aussi.
C'est une histoire simple mais filmée à la Von Groeningen, avec une énergie et une rage -et une force- folles. C'est un univers qui est pourtant très très loin de moi (les bars la nuit la musique la défonce tout ça) -autant quasiment que les films de gangsters, par exemple- mais dans lequel le talent du réalisateur fait qu'on est happé, absorbé, immergé (c'est exactement le mot), médusé. La musique y est pour quelque chose, qui en est la colonne vertébrale (on est dans son fauteuil, bien au chaud, et c'est comme si on était en même temps avec eux tout près de la scène, au beau milieu de cette nuit belge, où interviennent des groupes dont on apprendra qu'ils sont fictifs, et sont tous l'oeuvre de Soulwax, un groupe électro-rock belge, justement, qui a composé la bande-son du film (à part une "mise en jambes" -en oreilles plutôt-, plutôt très réussie sur le J'aime regarder les filles de Patrick Coutin qui a quand même déjà beaucoup servi par le passé mais continue de fonctionner ici à la perfection, plus quelques autres que le générique de fin énumère trop rapidement pourqu'on puisse tout lire) et on a envie de gigoter de marquer le rythme, de lever son verre, de gueuler à l'unisson avec les clients du Belgica (mais nous sommes tous, à cet instant, un peu clients du Belgica, non ?).
(A propos de musique, il est regrettable que tout ne figure pas sur le cd de la bande-originale (que j'ai écouté dès ce matin) notamment la fameuse fanfare de la bande-annonce (qui me reste encore dans les oreilles) et le morceau de générique de fin, qui m'a donné grave envie de gigoter. Fermons la parenthèse).
Oui, j'ai vraiment adoré ça.
Même si le discours peut, finalement, paraître (aux pisse-froid) moralisateur et convenu (Libé s'est livré dans ce genre à un exercice  appliqué -consciencieux- de dézinguage tous azimuths qui ne m'a donné que plus envie de le voir et de le défendre. Et de l'aimer. Même si, et je fais là un parallèle avec Apichatpongounet qui pourra sembler étonnant, je l'aime peut-être -sans doute- pour les mauvaises raisons. Mais ce ne sont pas les raisons qui importent, c'est juste le fait d'aimer.) on est transporté par, je le redis, l'énergie du réalisateur. Ce qui me plaît, ce qu'il me plaît de croire ou de comprendre (ou de ne pas) ce n'est pas forcément ce que le réalisateur y a mis ou a voulu y mettre. je n'ai jamais été très "bars" ni "musique jusqu'au bout de la nuit", ni on se bourre la gueule et on se dit qu'on s'aime, ni on se bourre la gueule et on se fout sur -la gueule, justement-, et pourtant je me suis senti là très bien. Et le film aurait pu durer une heure de plus que ça ne m'aurait pas dérangé, bien au contraire. (Et je me dis que ce qui coinçait un peu pour moi à propos d'Alabama Monroe c'était justement que la musique, là, ne me convenait pas. Ou me convenait moins. Alors que là c'était parfait. on s'en est pris plein les oreilles et je voulais que ça dure. Felix Von Groenigen continue de creuser son sillon avec obstination, celui du réalisme social (anti-social) bien gueulard, bien rugueux et alcoolisé -et enfumé-, mais il le fait sans démagogie populiste, simplement, avec juste sa (belle) sincérité.
Et ça me fait penser que j'adore le logo du Belgica, qui figurait sur l'affiche originale, plus courageuse -et lisible- que l'affiche française, et que je ne peux pas me retenir de vous montrer ici :

affiche_BELGICA

... mimi, non ? Et ça a d'ailleurs été décliné en matos publicitaire offert (je suis jaloux) aus spectateurs de l'avant-première (et/ou des projections de presse me semble-t-il). Et ça ressemble finalement assez au film : du rentre-dedans, certes, mais non dénué d'une certaine tendresse (même si mâtiné d'un certain irréalisme zoologique mais passons). Ce qui fait la force du film  (et qui nous y accroche  presque autant que la musique, c'est le... montage, (justement), et ce bel élan (re-justement) d'énergie qui ne se dément presque jamais. Le film progresse à flux tendu d'énergie, et le réalisateur fractionne et diffracte les instants pour faire en sorte qu'on ne lâche jamais.
Deux frangins, qui ne s'étaient pas vus depuis longtemps, le petit a un oeil fermé et est resté célibataire, tandis que le grand s'est marié, à un enfant, (bientôt deux) une maison, et les retrouvailles sont comme l'étincelle qui va foutre le feu au baril de poudre sur lequel il ne savait pas qu'il était assis (j'aurais pu mettre cette proposition au pluriel). A la trajectoire "classique" (grandeur et décadence d'un bar branchouille) du lieu répond la non moins classique trajectoire des destinées individuelles de chacun des frères et et celle du lien qui les unit. D'un côté la nuit la musique on boit on fume on sniffe on baisouille et de l'autre la réalité des flics et des banques, des notaires, les choix à faire par rapport à un style de vie (une situation familiale, affective), à la gestion d'un lieu (les utopies initiales "on ne sélectionne pas", "on laisse entrer tout le monde" évoluant lentement mais sûrement, au fur à mesure que se comptent les biffetons et que se multiplient les caméras.) Mais là, encore une fois, FVG emporte le morceau en ne s'appesantissant jamais, en s'attendrissant juste ce qu'il faut, en s'apaisant le moins possible... oui, en grandissant, en vieillissant, il arrive qu'on perde ses illusions, qu'on prenne conscience que c'en étaient (des illusions), ou qu'on continue juste à faire comme si.
Les deux frères sont incarnés par des comédiens "du cru",  Tom Vermeir et Stef Aerts, comme FVG a bien su jusque là les choisir, et ils sont exceptionnels, et c'est vrai qu'à côté les personnages féminins peuvent sembler légèrement affadis, face à la précision et l'intensité (la densité) de l'incarnation de ces deux fortes têtes (il me semble que c'est une des choses qui avait beaucoup déplu au monsieur de Libé). et le spectateur attentif qui aurait auparavant assisté à notre Semaine belge 2 (dont d'ailleurs ce film a failli faire partie, en avant-première, s'il avait été prêt) aura repéré, dans quelques scènes, Jean-Michel Balthazar, le gros boulanger malheureux de Je suis à toi de David Lambert que nous y avions programmé).
Le film n'aura pas eu dans le bôô cinéma vraiment la chance qu'il méritait : hormis une séance "normale" jeudi à 20h30, il faudra être rentier ou retraité pour le voir dans une des deux autres séances proposées (lundi 13h45 et mardi 10h!). En ce qui me concerne, je pense y retourner lundi après-midi, en compagnie, cette fois, de Marie...
Je referai peut-être un autre post sur le sujet, pour moduler/modérer cet enthousiasme (ou, quasi cette exaltation, je sais je sais, je m'enflamme...)
On verra bien. (et on écoutera, aussi).

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l'affiche française est plus... timide mais juste aussi (bien qu'elle induise un sentiment de teuf qui n'est finalement qu'un seul aspect du film...)



1 février 2016

bouffer des morceaux de verre

EL CLUB
de Pablo Larrain

Ca faisait longtemps qu'un film ne m'avait pas mis aussi mal à l'aise (pendant, mais aussi après : je me suis retrouvé dans le hall du bôô cinéma, rempli à ras bord par la file d'attente des films de 20h -dans le bôô cinéma on ouvre toujours les caisses très tard, pour avoir un max de gens dans le hall- un peu hagard et essayant de reprendre pied dans la réalité.)

Dès le début, par son traitement de l'image, (comme un voile, une brume qui nous mettrait (im)perceptiblement à distance -protection, garde-fou ?- le réalisateur dit avoir souhaité utiliser des objectifs et des filtres soviétiques des années 60) avec ce simple plan d'un homme sur la plage qui fait courir un chien en rond autour de lui, on est ailleurs. Le chien est un lévrier, et l'homme, on l'apprendra bientôt, est un curé. Qui vit avec d'autres copains curés dans une maison jaune au bout d'un village qui est lui-même au bout du trou du cul du monde, très loin, au bout du Chili. Copains curés qui parient sur le lévrier en question (qui gagne d'ailleurs et leur rapporte pas mal de biffetons) et dont on va progressivement comprendre le pourquoi de cette "joyeuse" cohabitation, surtout lorsque va débarquer chez eux un nouveau candidat, qui ne le restera d'ailleurs pas très longtemps, car l'arrivée quasi-simultanée d'un autre monsieur barbu, qui restera à la porte  mais va se mettre à hurler, à l'adresse du prêtre arrivant, décrivant à la cantonade et par le menu les sévices sexuels que lui a fait subir le prêtre en question, lorsqu'il était encore un tout jeune gamin.

Tous les prêtres qui sont là comme en villégiature ont en commun d'avoir commis des abus du même genre, et ont été déplacés (et "couverts") par les autorités religieuses. Le prêtre, envoyé dehors par tous les autres afin de calmer le réclamant, et muni par iceux d'un pistolet pour l'effrayer, ne trouve rien de mieux, quand il se retrouve face à lui, que de se tirer une balle dans la tête. C'en est fini du calme dans la joyeuse communauté (ils ont même une bonne soeur avec eux, qui leur sert de geôlière) puisque va conséquemment débarquer un jésuite (aux yeux de braise) enquêteur/inquisiteur, envoyé du Vatican, avec le dossier de chacun dans sa mallette, qui vient pour essayer de tirer tout ça au clair (mais avec une petite arrière-pensée, quand même).

Pablo Larrain nous ficelle tout ça (la religion, la pédophilie, le sexe, la prière,  les cantiques, la manipulation du prépuce, les courses de lévrier, la frustration, la mauvaise foi (!), l'homosexualité) en une pelote serrée, de plus en plus inextricable (inexplicable), dont les noeuds (j'aurais peut-être dû filer une autre métaphore...) deviennent de plus en plus compliqués et indéfaisables, au fur et à mesure que les relations entre les personnages se complexifient et s'ambiguïsent. (On a, grosso-modo, le groupe des "locataires", en face d'eux l'enquêteur, et, au beau milieu, celui qui dit s'appeler Sandokan -le barbu qui criait devant la maison au début-). Mais chacun ne fait jamais tout à fait ce qu'on pensait qu'il allait faire (ou, s'il le fait, ce n'est pas du tout ni pour les raisons qu'on pensait, ni avec les conséquences qu'on croyait -redoutait ? espérait ?-). Et du coup on reste toujours inquiet, en alerte, aux aguets, sur le qui-vive, avant de savoir de quel côté ça va tomber. Sur la défensive.

Beaucoup de choses sont en jeu, chacune interférant avec ses voisines, et le réalisateur est très fort pour nous laisser patauger et nous enfoncer de plus en plus. Le scénario, et le montage, ne font que souligner l'enchevêtrement, mais en sachant toujours rester légèrement imprévisibles, et c'est ça qui est bien. Toutes ces solitudes, tous ces non-dits, toutes ces questions, tous ces faux-semblants, nous désorientent, nous font perdre nos repères habituels (et rassurants) de spectateurs. L'originalité de l'approche (liée à la singularité formelle du traitement) nous déconcerte. On navigue à vue entre le thriller catho, le reportage ambigu, la métaphore glacée, la chronique dézinguée, l'horreur ordinaire (ce personnage de religieuse trop perpétuellement souriant est pour moi particulièrement inquiétant). On se raccroche comme on peut dans cet univers inconfortablement instable.

La seule ficelle un peu voyante (puisqu'on est dans les cordages) étant -pour moi- l'utilisation de la musique d'Arvo Pärt (notamment le Cantus in memory of Benjamain Britten, (que j'adore, mais qui n'a plus le bénéfice de la nouveauté), lors d'une scène mémorable.  Très forte, trop, peut-être, justement de par ce surlignage Pärtien du caractère... "biblique" de l'événement.) (mais je chipote)

Jusqu'à cette incroyable scène finale (on y pourrait, à plus d'un titre, se croire chez Buñuel) qui prend des vrais/faux airs de happy-end (ils vécurent heureux mais n'eurent pas beaucoup d'enfants... et pour cause), qui réussit a être en même temps logique, fantasmatique, illuminée, simple, folle furieuse (au choix séparément ou tous ensemble) et dont on peut juste se demander ce qu'elle représente vraiment pour chacun des personnages présents.

Pour moi le meilleur film de Pablo Larrain, incontestablement. Qui mérite des compliments, mais tout autant que chacun de ses interprètes.  (chacun(e), dans son registre, parfait(e), toujours en équilibre, impeccable, au rasoir.)

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15 janvier 2016

diligemment

LES 8 SALOPARDS
de Quentin Tarantino

diligemment : (adv) Avc diligence, de façon diligente
diligence : (nf)
1
   véhicule hippomobile servant au transport de voyageurs 

2
   soin extrême, grande vigilance 

3
  
grande rapidité, promptitude 

Je viens  de le voir (enfin, il y a deux jours) mais j'apprends ce matin  incidemment par Libé que le film est sorti en 2 versions, une "normale" de 2h48 et une "plus longue"(de 3h02, y compris 6' d'entracte) réservée aux -rarissimes- cinémas qui projettent encore en 70mm, et déjà ça m'énerve un peu.
Il n'y a pas eu tout à fait autant de barouf médiatico-publicitaire (ce qui est un peu la même chose, non ?) que pour Starwarzmuche, mais presque... Bon, on s'est embarqués, avec Marie, lundi après-midi à 13h45 (séance dites "de retraités"), pour la dernière des 5 projos en VO, dans une grande salle étonnamment presque vide du bôô cinéma.
Le début est éblouissant, il faut le reconnaître : le générique se déroule sur fond de neige et face à un calvaire enneigé, et c'est parfait pour vous plonger dans l'histoire (et dans la neige) jusqu'au(x) cou(ps) (je vous aurai prévenus).

acte 1
Un mec tirant une charretée de cadavres (Samuel L. Jackson) croise la route d'une diligence transportant un chasseur de primes copieusement bacchanté (Kurt Russel) et sa prisonnière (Jennifer Jason Leigh, dont je n'ai pas eu l'occasion de dire depuis un certain temps combien  c'est une actrice que j'adore). Parlementeries et palabres diverses jusqu'à ce qu'on accepte le voyageur à l'iintérieur (sous conditions) et ses cadavres (ses économies, car il est aussi chasseur de primes) sur le toit. Palabres à nouveau (il est question d'une lettre écrite par le président Abraham Lincoln  en personne et que L. Jackson transporte sur lui comme une relique) jusqu'à ce qu'un incident, lié à ladite lettre, mette tout le monde à bord dehors, et que la diligence croise la route d'un nouveau voyageur égaré dans la poudreuse, qui se dit être le nouveau shériff de la ville où, justement, ils se rendent. Nouvelles parlementeries pour le laisser monter (sous conditions), et ça se met ensuite à blabater (plus ou moins) civilement (guerre de sécession, nordistes et sudistes, renégats, personnes de couleur, esclavagistes, etc.), mais le blizzard les a rejoints et les voilà obligés de faire halte pour la nuit dans la Mercerie de Minnie, où ils sont en principe attendus. Mais voilà que, quand ils arrivent, on les prévient qu'une autre diligence est déjà arrivée, et ses occupants installés et au chaud, et "on", c'est un Mexicain qui les accueille, expliquant que Minnie a du s'absenter mais que c'est lui qui gère la baraque provisoirement en son absence...

acte 2
Voilà tout notre petit monde dans la pièce unique qu'est cette fameuse mercerie... On se présente : en plus des quatre qu'on connait déjà (+ OB, le "chauffeur") se trouvent là présentement : un bourreau (celui de la ville où ils se rendent), un vieux général sudiste, et un traîne-savates qui a entrepris de rédiger l'histoire de sa vie. Et on recommence à parloter, à palabrer, à dégoiser, pendant que des tensions se font jour, des soupçons aussi, des rapprochements, des inimitiés, comme un bouillon de culture où les bactéries les microbes les virus et autres cochonneries se mettraient à proliférer de plus en plus au fur et à mesure que la température dudit bouillon s'élève. Et à devenir plus agressives, voire plus léthales.

Et c'est là que je vais m'arrêter de raconter, à l'instant où une voix-off (le deus ex machina) nous informe d'un fait qui s'est produit mais auquel on n'a pas assisté, qui va relancer l'action et l'intérêt qu'on lui porte, en re-regardant ce qui s'est passé sous un jour nouveau. Je précise encore que toutes les scènes d'extérieur continuent d'être sublimes (les neiges du Wyoming étant largement à la hauteur, question cinégénie, de celles du Minnesota, oui Marie, c'est là que se passe Fargo...). car il faut régulièrment sortir et (donc réentrer) dans la mercerie, et, à chaque fois reclouer des planches sur la porte d'entrée qui ne tient pas). Et la sauvagerie du blizzard sied parfaitement aux dimensions extrêmes de l'écran (j'avais parfois l'impression de ne pas tout pouvoir embrasser d'un seul regard...).

Car ça continue de parler beaucoup, ça se chipote, et puis finalement ça finit par dégaîner et pan pan en voilà un de moins (après une scène assez croquignolette -et quand même plaisante à l'oeil pour le PP -pervers polymorphe- que je suis- puisqu'on y voit -si je ne m'abuse- la toute première QV de l'oeuvre Tarantinesque (qui n'est pas spécialement réputé pour être gay friendly), qui illustre un récit en voix-off (car il s'agit d'un flash-back, le premier du film, mais pas le dernier, hihihi..) où il est longuement question d'un rapport buccal assez précisément décrit... (une histoire de chaud et froid).

Samuel L Jackson  va être amené à prendre les choses en main (les flingues, plutôt), après un autre incident malheureux (et plutôt ensanglantant, et on va rentrer alors dans la (longue) partie finale et trèèèèès ensanglantante, justement. On n'en est pas à repeindre tous les murs de la maison comme dans la scène finale de Django, mais tout le monde y va quand même de bon coeur. D'autant plus que surgit un nouveau flingue, d'une façon plutôt inattendue. (Ouch!) Marie trouve que l'ensemble c'est tellement exagéré que ça en devient presque drôle..." je serai plus modéré dans mes propos (j'avais quand même presqu'un peu la gerbe en sortant.)

On aura eu droit à un autre flash-back, pour préciser la situation, où se révèle toute le sens de la mécnaique Tarantinesque et son intelligence cinématographique. avant qu'il ne faille se décider tout de même à régler définitivement les conflits et les contentieux en cours, avec toujours autant de mots,de bam bam bam,  et de rouge éclaboussé (et c'est rien de le dire).

Les lumières se rallument, on vient de passer presque trois heures avec ces salopards (le masculin pluriel est grammaticalement requis, et globalement justifié, mais le nombre inclut tout de même une version féminine de l'adjectif (et je répète que Jennifer Jason-Leigh  -ExistenZ, Short Cuts, Last exit to Brooklyn, In the Cut, Miami blues- s'y révèle encore une fois grandiose et ne dépare pas questions couilles avec les mâles testostéronés du vivier habituel tarantinesque).

très bavard et trop violent, ou trop bavard et très violent , je n'arrivais pas à trouver une formulation satisfaisante (la seule chose dont j'étais sûr, c'est que ce n'était pas deux fois trop). C'est du vrai cinoche, c'est magistral, c'est vachement bien fichu, c'est bluffant, c'est à couper le souffle mais mais mais... Mais quoi, au fait ? Pourquoi reste-t-on avec un petit poil de soupçon de bribe d'instatisfaction ? Parce que, peut-être simplement, Tarantino nous a sorti le grand jeu tarantinesque, comme un sale môme qu'il est, mais qu'on en aurait voulu en même temps encore plus (de cinoche) et un peu moins (de palabres et d'hémoglobine). Il a respecté son cahier des charges (on a eu deux huis-clos, des mecs qui discutent le bout de gras, des références à l'Amérique, des hommages et des clins d'yeux aux aînés réalisateurs, de la musique d'Ennio Morricone, des corps atteints dans leur intégrité physique, des répliques qui font mouche (et des coups de flingue aussi). Peut-être, finalement, que juste on s'y habitue, à son petit fonds de commerce...

Mais l'image du début, avec cette diligence perdue au milieu de la neige et ce calvaire annoncé (en travelling arrière) revient, et on n'a qu'une envie, c'est de remonter dedans. Et fouette cocher! et ça serait reparti...

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(Jolie campagne d'affiches, non ?)

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(on va dire qu'il y sont tous, hein...)

13 janvier 2016

gosettes

JE SUIS A TOI
de David Lambert

Semaine Belge 2.3
Celui-là je l'avais déjà vu en dvd grâce à la gentillesse du distributeur Outplay, et j'ai pensé qu'il aurait tout à fait sa place dans notre Belge semaine. Et les hasards de la programmation font qu'il s'y imbrique à la perfection.

Un jeune prostitué argentin (Nahuel Perez Biscayart, parfait) se fait envoyer un billet d'avion pour venir s'installer chez un gentil gros boulanger belge (Jean-Michel Balthazar, tout aussi parfait) pour y (re)faire sa vie. L'ours barbu et la crevette à barbounette. Déjà, à l'oeil le couple est plaisamment désaccordé, et il va s'avérer assez rapidement que Lucas (le crevetton) recherchait avant tout un toit, et pas vraiment  l'affection (la tendresse, du désir) que lui témoigne Henry. Surtout que travaille dans la même boulangerie la pimpante Audrey (Mona Chokri, venue de chez Xavier Dolan).

Les choses ne se passent pas très bien entre Lucas et henry, le premier n'y mettant pas vraiment du sien, contrairement à l'autre, éperdu d'amour (ou d'espoir), jusqu'à une première mise au point, (et une menace de le renvoyer chez lui avec armes et bagages ) où Lucas essaye de faire un effort. mais les choses se compliquent encore. Lucas draguouille Audrey, Henry souffre mais fait contre mauvaise fortune bon coeur (il veut simplement ne pas passer pour un cocu, dans ce village belge où l'homosexualité du boulanger semble toute naturelle.) Et le scénario de David Lambert va suivre son cours (j'avais écrit son corps...) avec juste ce qu'il faut de pathos pour redonner un coup d'accélérateur à la fiction (la maladie), tandis qu'évoluent les relations entre chacun des trois personnages principaux.

Le film de David Lambert est d'autant plus réussi qu'il appelle un chat un chat (plus justement, une bite une bite, et qu'il n'hésite pas à le (la) montrer), et qu'il sait ancrer sa fiction dans un réalisme documentairement bien enraciné (la boulange, les fêtes traditionnelles, mais aussi les bars gay) mais en même temps qu'il sait s'en échapper à plusieurs reprises dans des scènes délicieuses qui ont tout l'air de bouffées délirantes (délicates aussi), toujours en lien, d'ailleurs, avec la musique : Henry qui danse dans son atelier en chantant "J'aime les militaires...", le même Henry, qui, bien plus tard, dansera en smoking et noeud-pap' dans le même atelier (avec Achille Redolfi, un autre nounours mal rasé lui, que Joseline avait reconnu (débusqué)  en soutane dans Au nom du fils), scènes auxquelles on peut rajouter celle qui se joue, toujours dans l'atelier, sur le Pour être aimé de toi, de Bourvil.

Tout ça avait tout pour être casse-gueule, mais David Lambert slalome habilement pour nous livrer un film digne et touchant. Et je trouve dégueulasse qu'il soit passé à la trappe de la critique (et de la sortie semi-clandestine) car il méritait vraiment mieux que ça.

(et je réalise que, le 26 août 2015 j'ai mis en ligne

une critique enthousiaste du même film (et que tiens j'avais déjà tiens utilisé les expressions un chat un chat et une bite une bite) que vous pouvez donc relire si le coeur vous en dit.

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10 janvier 2016

murat(s)

LISIERES DU CORPS
de Mathieu Riboulet

Coïncidence(s) :le premier livre de l'année est à la fois la continuité et l'exact contraire de ce que fut le dernier (Histoire de ma sexualité), et réussit parfaitement là où son "opposé" avait échoué. Deux livres chacun d'un auteur gay (et tous deux qui le revendiquent, Arthur D. à ma droite, Mathieu R à ma gauche) qui, chacun, parlent à leur façon des hommes, de la sexualité gay, et, notamment, du désir.
Cela faisait un moment que je le  lorgnais, (que j'espérais secrètement me voir offrir), mais il restait désespérément pas soldé sur Priceministruche. Et voilà qu'un vendeur (au pseudo rigolo : fordubide) a eu la bonne idée de le mettre en vente à un prix raisonnable. Aussitôt vu, aussitôt commandé.
Et aussitôt reçu, aussitôt lu. (C'est un PLJ, petit livre jaune, de chez Verdier, collection connue pour lez talents rigolatoires de ses auteurs, -je plaisante-).

Plusieurs textes courts, (six) parlant donc des hommes, de leur corps, et du désir qu'ils inspirent. ("le corps des hommes", voilà qui devrait faire sourire certains de mes vieux amis, non ?, tant ce fut pour moi un sujet d'attention et de ressassement...). J'avais déjà lu un livre du monsieur (L'amant des morts, je crois) et j'avais déjà bien aimé, sans avoir pourtant prolongé l'expérience (c'est peut--être le sujet même du livre qui m'avait gêné).

Là je dois dire que j'ai ai été tout à fait séduit.
Six textes brefs, proches mais différents (évoquer une rencontre personnelle, ou ce qui aurait pu être une rencontre, décrire une photographie, retranscrire une situation, raconter une histoire...) avec toujours en commun cette écriture  dense, travaillée, soutenue, à la fois précise et lyrique, d'une lumineuse intensité, (sans qu'on ait, à aucun moment, le sentiment que l'auteur se regarde écrire (contrairement à Arthur D.) ou souhaite nous en mettre plein la vue). Ces phrases longues, sinueuses, mouvantes, avec des incises, des virgules et des répétitions comme celles que j'aime chez, par exemple, Jean-luc Lagarce, même s'il ne s'agit pas du tout ici de théâtre, ou peut-être justement d'une théâtralisation des rencontres, d'une scénographie du désir. C'est une langue qui sait se donner (mais qui se mérite, aussi).

Un masseur dans un hamman en Turquie, un jeune revendeur de beuh, un jeune homme avec son chien, sur une photo, dans les Pyrénées, un mec avec une béquille dans un sauna de Cologne, deux acrobates, le corps d'un serbe défunt... Six corps en question (sept en réalité, les acrobates sont deux) six intensités de regard, six potentialités de contact.

"Il faut avoir la force de s'arracher de là, de quitter la splendeur, de renoncer à elle, c'est à dire de rester rivé aux longs étiages où nous a déposés le désir éveillé et l'obligation faite de ne pas le combler."
(Murat)

"Rouler le joint promis, le prétexte officiel, le charger joyeusement, ne pas regarder à la dépense, le fumer en rêvant, d'amples bouffées pour l'un, d'autres, énergiques, pour l'autre, puis virer le t-shirt, s'allonger, s'accouder, ne tenir aucun compte des cotonnades passées qui saupoudrent le lit, la fenêtre, dans un moment le sol."
(Vouloir quelque chose)

"Il est, de manière générale, étrange, décidément, que nous ne devenions pas fous, plus nombreux, plus souvent, ou sous le poids des peines, des violences, des malheurs, ou sous celui, souverain, pléthorique, insensé que le désir suscite à chaque renaissance, c'est à dire constamment."
(Le nom du soleil en quechua)

"Rien ne s'est arrêté mais une suspension a saisi certains sens,un millième de seconde, soudain c'était comme si, même en ne changeant rien, rien n'était à sa place."
(Dimanche à Cologne)

Le plaisir de lire, simplement, se redoublerait alors de celui de lire à haute voix, tant c'est une écriture musicale, rythmée, alexandrine, scandée. Stylisation magnifique du désir pour un corps masculin. Lisières du corps pourrait bien devenir un livre de chevet.Petite

lisieres_du_corps

13 décembre 2015

roseaux

LA PEAU DE BAX
de Alex van Warmerdam

J'aime les cinéastes singuliers. En voici un, sans conteste (Les habitants, La robe..., Borgen). J'aime aussi les roseaux (et les roselières), ça tombe bien, en voici ici, et à foison.
Allez savoir pour quoi, le film est apparu sur le ouaibe avant que de parvenir jusqu'à nos arrière-salles reculées de province, et, ne m'en privant pas je l'ai donc ainsi regardé hier soir.
Le titre original (Schneider vs Bax) rendait plus justement compte du film. Deux hommes, donc, ici Schneider et là Bax, chacun armé, et décidé à tuer l'autre. On apprend assez vite qu'ils sont tous les deux tueurs à gages, et que leur exécution a été commanditée, assez étrangement, par la même personne, qui les tient informés chacun des agissements de l'autre. Sans, au départ, qu'ils le sachent.
Bax (joué par le réalisateur lui-même) habite dans une petite maison blanche (très théâtrale) en plein milieu des roseaux. Schneider lui est un gentil père de famille dans le civil (on assiste à son réveil en famille) visiblement très organisé dans son métier caché (hangar, placard avec étàgère à double fond pour cacher le fusil, boîte à outils à double-fond pour cacher les déguisements, c'est ici aussi très théatral).
Si les choses étaient simples, Schneider n'aurait qu'à aller chez Bax et pan pan! il pourrait être revenu pour aider sa femme à préparer le repas. Mais nous sommes chez Van Warmerdam (et comme dans un théâtre aussi ne l'oublions pas) et vont se présenter, les uns après les autres, des personnages inattendus et/ou perturbateurs : un garde de réserve naturelle pour Schneider, puis une pute, puis son méchant mac, tandis que, du côté de Bax, vont entrer et sortir sa maîtresse, agacée, puis sa fille, dépressive et colérique, puis son père et sa nouvelle jeune copine, puis à nouveau sa copine, mais de retour avec un copain à elle, etc.
Ces apparitions inopinées viennent perturber de plus en plus la situation, qui n'est déjà pas simple au départ. Le film devient une série de variations sur la notion de point de vue (ou d'angle de tir ?), la maison de Bax étant accessible des quatre côtés, et la caméra ne se privant d'en d'en profiter et de presque nous donner le tournis (de quel côté il est ? de quel côté il regarde ? de quel côté l'autre va arriver ?)
C'est noir, c'est drôle, c'est... humide aussi, c'est énergique, et c'est, surtout, superbement filmé. (Bon d'accord, les roseaux, c'est cinégénique au départ, mais Van Warmerdam chiade ses (re)cadrages, son montage, ses mouvements d'appareil, ses lumières...) C'est réalisé "au cordeau" (pourraient écrire certains) autant que c'est "jubilatoire" (pourraient écrire d'autres, voire les mêmes que les susdits certains).
Chacun des personnages apporte à son tour sa dose d'étrangeté (on est bien chez le réalisateur des Habitants, tout de même) et son petit numéro (comme au billard, tiens) vient tchack! perturber la configuration et envoyer ses congénères valdinguer, rebondir, se replacer, et finir dans le trou ou pas. C'est ludique mais c'est drôle et c'est noir (drôlement noir ?) alors que pourtant tous gardent leur air pincé (pas l'ombre d'un sourire, jamais), voire même impassible, dans des situations qui pourtant  seraient supposées titiller leur expressivité.
On peut d'autant plus, néanmoins, juste un peu regretter la petite déception ressentie à la fin (et se dire que le réalisateur a été partial, en choisissant le parti de l'un plutôt que de l'autre). Ca manque de quelque chose, (ou on fait exprès manquer quelque chose, on nous exclut, comme si on refermait d'un coup sec le couvercle sur la composition gastronomique (ou, au choix, le brouet inquiétant) en train d'y mijoter et qu'on nous privait de sa dégustation...
Oui, on resterait comme un peu sur sa faim.

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24 novembre 2015

dobbiamo pagare tutti

ROCCO ET SES FRERES
de Luchino Visconti

Settimana italiana, la suita (ok ok j'arrête de parler rital de cuisine)
Je me souvenais d'une scène et je croyais donc avoir vu le film (avec -couic- Annie Girardot, vers la fin) , mais j'ai du ne voir que cette scène. et j'ai donc découvert (prudemment, en après-midi) les presque trois heures de cette re-sortie.
La copie est magnifique.
Comme sont magnifiques "le" Delon, "la" Girardot et "le" Salvatori du haut de l'affiche (et on a droit aussi -j'en étais le premier surpris- à un magnifiquissime Hanin, dans un rôle délicieusement ambigu où le sous-sous-texte gay n'a quasiment plus besoin de se cacher tellement il pointe -comme le nez au milieu de la figure, tsss qu'alliez-vous penser-.)
Je ne suis pas sûr (aïe!) d'être un énorme fan de Visconti (aïe aïe!! arrêtez de me donner des gifles) mais là il faut reconnaître qu'il sait -qu'il aime- filmer les hommes (hmmm les boxeurs, allez tous à la doccia!, et la fratrie en caleçon -ils sont cinq frères !- au réveil, et même les ouvriers d'Alfa-romeo à la pause -et à la pose!- et en bleu), qu'il sait -qu'il aime- parler de l'Italie, qu'il sait raconter des grandes histoires bien familiales bien ritales,  mamma, religion, porca miseria, puttane, carabinieri... qui fleurent bon le néo-réalisme (ah la transpiration des hommes, des vrais, qu'ils soient maçons, boxeurs, ouvriers ah leur rugueuse -le rugueux est ici tout à fait de mise- beauté...) avec ce que ça implique d'engueulades, de coups de poings, de larmes, d'invocations à la madone, d'imprécations maternelles, de vols de bicyclettes  chemises ou de bijoux...
C'est très bien ficelé (la qualité de la restauration est altissima) mais bon à un moment le scénario devient un peu laborieux, entre les fratelli, ça semble un peu too much (oui oui je sais, on me parlera de "tragédie") celui qui prend sans faire exprès la copine de son frère aîné et qui ensuite va se sacrifier quand il réalise le mal qu'il lui a fait, et décide de rendre la copine en question au frère en question -et pas vraiment pour son bien, d'ailleurs, la suite du film le prouvera...-.
Le film est découpé en chapitres qui portent chacun le prénom d'un des frères (dans l'ordre décroissant) et on se dit que si c'est Rocco qui est resté dans le titre, c'est que la belle petite gueule de Delon ne devait pas laisser Luchinochounet insensible...). Tout ça est magnifique, flamboyant, exacerbé, frémissant. Ca n'en finit plus de vibrer de tous les côtés. Et il faut bien reconnaître que les trois heures passent sans presque qu'on s'en rende compte.
(Qu'ils sont beaux ! Que le noir est blanc est beau! Que l'Italie est belle!)

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affiches...

 

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...ils sont magnifiques, non ?

7 mars 2018

lompe

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HEARTSTONE
de Gudmundur Arnar Gudmundsson

Ah l'Islande... les films qui nous viennent de là-bas ont toujours cette... spécifité islandaise : ce côté brut, rude, rugueux (adjectif galvaudé mais qui dans ce cas s'applique parfaitement), "âpre" (ça c'est Fabienne qui l'a proposé à la fin du film, et j'étais d'accord avec elle) bref si ça ressemble a priori à des choses connues, c'est toujours à l'arrivée un peu inattendu, un peu "plus", et ce Heartstone (titre "français" de Hjartasteinn, dont on peut contester la judiciosité) présente toutes les susdites qualités inhérentes à son genre (de film islandais, donc).
En plus l'affiche nous vendait -encore a priori- (le fond rose, les deux jeunes gens qui se tiennent, le regard-caméra) un produit légèrement différent : roudoudou adolescent, chamallow gay, bluette rafraîchissante et j'en passe. Mais elle (l'affiche) ne fait qu'enrober de sucre une robuste chronique islandaisissime, centrée sur le comme le dit le poète "vert -très vert à l'image mais pas si vert que ça métaphoriquement- paradis des amours enfantines", adolescentes plutôt, de nos deux héros : Thor (le petit) et Christian (le grand). Deux gamins qui s'occupent comme ils peuvent dans le trou paumé où ils habitent (attention, les paysages sont vraiment mêêêrveilleux, c'est l'effet-Islande, et les spectateurs affamés de certain festival asiatique seront ici rassasiés...) : jouer au foot, jouer aux cons, s'empoigner entre factions rivales, s'éclater dans une casse de voitures, se retrouver au "bar" local,et, et, (...) commencer à se sentir titillé par les présences féminines de leur âge.
Thor (le petit) est doté de deux soeurs aux tempéraments très différents (la rebelle et la poétesse, pour résumer) et d'une mère divorcée qui essaye de refaire sa vie, Christian (le grand) est sans  soeurs mais a une mère gentille et un papa bourrin alcoolo (ce qui peut épithéter pas mal d'hommes du cru). Et donc le réalisateur prend son temps pour poser et installer tout ça, et, dès le début, on sent qu'on n'aura pas vraiment affaire à la sucrerie gay suggérée par l'affiche, mais à une aventure autrement plus couillue. Premiers désirs, premiers émois, premières audaces. (Premiers espoirs, premières tentatives, premières désillusions) mais en Islande, et dans un trou du cul du monde. Le traitement est réaliste, et le critique qui évoquait Pialat a tapé juste.
Au début il semblerait que le petit, même s'il cherche une copine, est fasciné par le grand (qui est aussi un peu plus âgé), et l'ambiguité est toujours présente, dans leurs rapports de petits coqs toujours dressés sur leur ergots, par la force des choses, puis le rapport évoule, s'infléchit, puis les choses changent et le spectateur réalise que le plus hétéro des deux n'était pas forcément celui qu'on pensait... c'est le paradoxe de la relation de ces deux gamins qu'on verra en même temps portraiturés -au sens propre- en angelots romantiques mais forcés de jouer le jeu des petits durs en gros pulls qui s'échangent des "pédé!" auddi régulièrement que des petits bonjours.
Le traitement est à la mesure de ce qu'on voit (et qu'on sent) : poissons qu'on estourbit contre un poteau, les mêmes, avariés plus tard dans une caisse, fumier qu'on retourne à la fourche, slip trempé de pisse, moutons qu'on abat au fusil, puis les mêmes qu'on brûle, gnons divers, ecchymoses, le film, c'est sûr, n'est pas pour les chochottes... et le revendique par son filmage et son montage plutôt brutaux, frontaux, avec un parti-pris pour des effets sonores tout aussi brutaux, mais avec toujours au fond cette inexprimable -et impensable ?- tendresse (ou douceur ou désir, c'est selon) qui tourneboule (décontenance) nos deux godelureaux.
Certains ont trouvé la première partie trop longue, d'autres (c'est mon cas) plutôt la deuxième partie. Chacun son truc (et sa façon de ressentir) mais on était tous d'accord sur un fait : que le réalisateur aurait peut-être pu raccourcir d'un chouïa, sans dommage pour le déroulement de son histoire.
Bien évidemment je ne pouvais qu'être bouleversé par cette -finalement- tendre histoire, eh bien (comme pour Ni juge ni soumise) j'ai été un (tout petit) peu moins ravi que ce que j'espérais. Peut-être à cause de ce sentiment d'essoufflement et de répétition dans la partie centrale. Je chipote...
Car on sort de là tout aussi chamboulé que nos deux héros, le coeur battant, on s'y croirait, le gros pull trempé, échevelé par le vent du large et les yeux qui piquent à cause des embruns... Ah, l'amour! (et le fameux effet-Islande, il n'y a pas de doute).

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11 novembre 2015

gâteau du shah

NOUS TROIS OU RIEN
de Kheiron

Il y a des cas de figures pas si fréquents : un film qui sort de nulle part, que je découvre en même temps que sa bande-annonce (j'allais écrire accidentellement mais non, il y a eu un super plan-média), et que j'ai aussitôt très très envie de voir (même à la dixième fois que je  vois la bande-annonce). Je connaissais son réalisateur de nom, Kheiron, et surtout parce que je l'avais repéré dans Bref de Kyan Khojandi (qui apparaît d'ailleurs dans ce film), où il tenait -sous le même patronyme- un rôle récurrent d'obsédé sexuel (il sais très bien mimer la fellation), dont on n'entendait jamais la voix (on le voit finalement beaucoup moins que je croyais, je viens de vérifier en re-visionnant les 80 épisodes). Il y apparaissait aussi avec le crâne rasé, ce qui fait qu'on est un peu surpris lorsqu'on le voit dans le film (il y joue le premier rôle, celui de son père), avec de la voix et des cheveux. Mais on s'y habitue vite, à cette tignasse frisée et à cette voix (très) douce, presque en décalage avec l'apparence physique du bonhomme, barbe de trois jours et virilité révolutionnaire de rigueur.

C'est un film qui fait du bien (honte aux Inrocks, à Libé, aux Cahiaîs et à Pozsitif, qui l'ont passé directos à la trappe et sous silence, sans doute à cause de la double caution Gaumont et M6, ouhlala), sans démagogie ni putasserie, un film généreux et sincère, appliqué et bordélique, reconstituant et déconstructif, doux et amer, bref, avec quelque chose des pâtisseries orientales qu'on y aperçoit (d'aucuns ont le droit de trouver ça trop sucré, trop mielleux, trop calorique, trop poufpouf) : en ce qui me concerne, je suis près à prendre encore quelques kilos pour avoir le plaisir d'y revenir.

Kheiron raconte l'histoire de ses parents (et la sienne donc, aussi) de sa famille nombreuse, d'une tranche (on reste dans la pâtisserie)  d'histoire de l'Iran et de ses habitants, et de leur manque de bol récurrent, avec lequel ils ont vécu (ils vivent encore) puisque, ayant réussi, à force de manifestations, à mettre le Shah dehors, ils l'ont fait remplacer par l'Ayatollah Khomeyni, avec les tristes conséquences  que l'on sait. Toute la première partie a lieu en Iran, jusqu'à ce que la famille du jeune Kheiron (qui ne s'appelle pas  encore comme ça) réussisse à s'enfuir d'iran et arrive en France.

Les deux parties diffèrent plutôt sur le fond (la révolution et la répression en Iran dans la première, la réhabilitation et l'apprentissage du vivre ensemble dans une banlieue pourrie pour la seconde) que par la forme (on garde la même pâte scénaristique qui brasse généreusement l'émotion et le rire, le même filmage attentif et attendri -on comprend que Kheiron puisse être fasciné par ses parents et ait eu autant envie de raconter leur histoire-). Certains ont, semble-t-il, été désarçonnés par cette façon quasi-systématique de mélanger les genres, de glisser une vanne à un moment dramatique, ou au contraire de faire couler une larmichette dans une scène de rigolade. Je trouve ça aussi culotté que bien dosé, cette bienveillante façon de lisser le récit (même si ça le dessert -tiens, encore la pâtisserie- parfois : le fait de faire jouer le Shah par Alexandre Astier (de Kaamelot) tire par exemple forcément le récit vers la connivence gaguesque, en minimisant délibérément le drame.)

Des larmichettes, j'en ai versé, je l'avoue, et des rires aussi, j'en ai eu. Bon, c'est vrai que la seconde partie est un poil (de barbe!) moins intéressante a priori, qu'elle est moins forte, par son youplaboumisme -mais en même temps qu'est-ce que ça fait du bien, et encore plus si c'est une histoire vraie. On irait volontiers y vivre dans cette pourrie cité, même si tout ça finit aussi extrêmement bien qu'on avait pu le souhaiter . (Cette phrase a-t-elle un sens ?)-

Peut-être parce que je viens justement de finir de le lire (et parce que je l'aime beaucoup aussi), mais j'ai pensé plusieurs fois à la BD de Riad Sattouf (l'Arabe du futur) pour cette tendresse de l'évocation de l'histoire familiale, cette importance des références à l'enfance, cette façon de styliser, en somme, les événements (de la petite histoire et de la grande), ce sens du détail, cette importance donnée aux sentiments, aux liens affectifs, et à l'espoir, indéfectiblement. A la ligne claire (graphique) de l'un répond la ligne claire cinématographique de l'autre. C'est raconté comme un comic, et pourtant c'est son album de famille qu'il partage avec nous, qu'il n'a pas seulement feuilleté -oui oui, la pâtisserie- mais aussi scénarisé, mise en cadre, en couleur, avec tendresse, amoureusement presque (et ça se sent à la façon dont les acteurs nous (lui) renvoient en miroir, cette chaleur, cet amour, avec une tendresse toute spéciale pour Gérard Darmon et Zabou Breitman, Leïla Bekhti, elle, est juste parfaite.)

Bon, et (hmmm) c'est vrai que je le trouve toujours aussi mimi (et les autres "iraniens" aussi, je sais je sais ce n'est pas un argument critique recevable mais ça ne gâche rien) et que comme disait Marie à la sortie, c'est avec grand plaisir que je retournerai le voir, son film, et pas uniquement à cause de ça (les barbes de 3 jours et les cils de gazelle). Parce qu'on en sort avec un sourire grand comme ça, en même temps qu'on renifle un peu et qu'on s'essuie les yeux. Parfait pour ce mardi après-midi et cette nouvelle "séance spéciale retraités" : on était les benjamins de la salle, hihi!

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8 novembre 2015

un mouton attaché à un piquet

NI LE CIEL NI LA TERRE
de Clément Cogitore

Les films de bidasses, j'aime plutôt bien. Ca m'attire. La promiscuité virile, la fraternité virile, les injonctions viriles, les plaisanteries viriles, les engueulades viriles, ouais, tout ça est en général très mâle et testostéroné. Et, chose curieuse, donne lieu à deux genres très différents : d'abord les bourrinades ubermusclées basses de plafond, à ras du champ de tir,  pleines d'explosions et d'affrontement guerriers exaltant la flamme patriotique, avec des couilles grosses comme des genades dégoupillées -les Ricains sont très forts pour ça- (à côté desquelles on pourrait ranger les désuettes et insupportables pantalonnades  kaki qui fleurirent dans les années 70  genre Embraye bidasse ça fume, ou les Charlots Bidasses ou même toute la série des Septième compagnie) que j'aime dirons-nous avec extrême modération, et, à l'autre extrême, des oeuvres beaucoup plus ambitieuses, plus symboliques, plus ambiguës, où le treillis ne serait finalement qu'un camouflage, presque un prétexte et qu'elles, j'adore (Beau travail, Beaufort, Yossi & Jagger, Infiltration (on pourrait créer un sous dossier "fils de bidasses israéliens") Ordinary people, Flandres, Les sentiers de la gloire, bon il faudrait que je consacre un autre post à ce thème, revenons donc à nos troufions), et dont  Ni le ciel ni la terre fait incontestablement partie.

On était peu dans la salle 4 à 18h15 (tant pis pour les autres). Je ne savais quasiment rien du film sauf l'affiche et SAUF QUE j'avais lu la critique des inrocks, en préparant pour la plaquette de programmation, et il me semblait avoir compris entre les lignes la référence à Apichatpongounet et sa Maladie tropicale (et surtout au fait qu'il n'était pas question ici de tigre mais de moutons, comprenne qui pourra) et je pensais donc que je connaissais donc le fin mot de l'histoire, ce qui m'agaçait tout de même vaguement.

Et puis ça a commencé, et il y avait des soldats, en Afghanistan, avec des Talibans cachés en face d'eux, des bons soldats dans les pays chauds, avec des gros bras et des tatouages qui roulent sur les gros muscles, et c'est Jérémie Rénier qui les commande (depuis quelques films, il a pris des allures et des mensurations de surhomme), et on ne comprend pas trop tout au début, avec le langage militaire qui crachote dans les talkie-walkies, la vision thermique des jumelles... ah si un chien disparaît, tout au début, et un homme aussi, et on a vu auparavant un villageois s'approcher de l'avant-poste des surveillances, malgré les sommations, avec un mouton. (ah ah me dis-je in petto). Très vite il s'avère que des hommes disparaissent, là, et une rencontre avec les talibans montrent que de l'autre côté aussi des hommes ont disparu, et chaque côté croit que ce sont ceux de l'autre côté qui ont pris leurs hommes...

Alors que non non.

Le film est très bien fait,  vous êtes happé, il ne vous lâche plus, et la tension grandit au fil des nuits, des bruits suspects, des disparitions successives, et des éléments nouveaux qu'un enfant va apporter, et qui ne vont faire que rendre encore les choses plus mystérieuses... On apprend que ce périmètre serait un territoire sacré, et qu'il serait dangereux de s'y endormir, et des discours sybillins sur une divinité qui prendrait les hommes font encore un peu grandir l'inquiétude. (On ne serait pas si loin, du coup, des Documents interdits, de Jean-Teddy Philippe, ne manquerait que la voix off) tandis que les événements se précipitent, que les hommes pètent les plombs, que le mystère s'épaissit, que les interrogations restent en suspens...

Du beau travail (hihi) et de la métaphysique quasi qui pointerait son nez derrière la perception rassurante de la réalité. Un film ambitieux et prenant dont les plus pragmatiques regretteront peut-être que toutes les questions n'y soient pas in fine élucidées. un film d'hommes à la fois terriblement concret, réel, sûr de lui (droit dans ses rangeos), et subtilement contaminé par des terreurs primales (la peur du noir, de l'inconnu, de l'irrationnel). Comme déposant les armes du réel aux pieds de la fantasmagorie. Anxiogène, mais captivant.

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2 novembre 2015

une femme sous influence (puis une autre)

 Le hasard a fait que j'ai vu le même jour, dans la même salle, deux films qui se ressemblent : tous deux réalisés par une femme (des "films de femme", donc ?) pour qui j'éprouve plutôt de la sympathie, tous deux racontant l'histoire d'une femme fascinée (grugée, trompée, manipulée) par un homme, tous deux évoquant une relation amoureuse en dents de scie, faite de crises et de réconciliations, de séductions et de répulsions, d'engueulades sévères et de copulations rabibochatoires  tout aussi... intenses, tous deux (c'est drôle ce masculin redondant pour évoquer des ouvrages de dame, aïe pas taper) m'ayant plu mais (pas entièrement convaincu).

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MON ROI
de Maïwenn

J'avais adoré son Polisse, aussi son Bal des actrices, sans avoir eu envie de voir son Pardonnez-moi . Là, j'hésitais : Cannes blabla, le Prix d'interprétation à Emmanuelle Bercot, et puis Vincent Cassel, bah... une place à 5,50€ (valable jusqu'au 1er nov) m'a décidé. Ca commence plutôt très bien (voire excellemment) : une femme qui a eu un accident de ski arrive dans un centre de rééucation pour son genou en morceaux, et en profite pour repenser à (et nous raconter par la même occasion) son histoire, et ce qui l'a amenée là. une histoire banale : elle est tombée amoureuse d'un mec (Vincent Cassel, impressionnant) ils se sont mariés, ils ont eu un enfant, ils se sont séparés, rabibochés, re-séparés, etc. Au début ça (le film) se passe vraiment très bien (une scène de drague en night-club magnifique), l'alternance du passé (l'histoire du mec) et du présent (elle est dans un centre plein de jeunes sportifs assez testostéronés mais sympathiques qui vont peu à peu la prendre en sympathie) fonctionne parfaitement, c'est vrai que le personnage joué par Emanuelle Bercot est à large spectre (comme les antibiotiques du même nom) et qu'elle s'en sort vraiment du tonnerre de Dieu. Mais. Bon 2h et quelques pour raconter la même chose c'est forcer un peu la dose (quand ils baisent le jour même où ils viennent de divorcer et se retrouvent "en famille", le spectateur commence à lever un peu les yeux au ciel.) Chaque scène de réconciliation contenant, en germe, la scène de dispute qui va suivre immanquablement. Et le film alors se mord la queue si je puis dire.
Ok, c'est une femme fascinée par un homme, ok il est menteur, ok il la roule dans la farine, ok il souffle le chaud et le froid, ok c'est une crevure (comme on dit chez nous) et ok malgré tout ça, le fait qu'elle le sache et qu'elle en ait conscience, elle ne peut pas s'en empêcher (cf le tout dernier plan), je le comprends (je ne peux pas m'empêcher de, je dirais même que je pourrais avoir -que j'aurais pu avoir- le même genre de fonctionnement) mais je m'ennuie quand même un bon moment (malgré les facéties de Louis Garrel en frérot-Droopy à casquette et le personnage de la belle- soeur que j'ai cru pendant tout le film incarné par Maiwenn elle-même -en me disant mais qu'est-ce qu'elle a fait à son visage, de la chirurgie esthétique, déjà, quel dommage - mais non, qui était joué par sa soeur, Isild Le Besco, qu'on n'avait jamais vu en noir corbeau à ce point.), et je suis même parfois presque embarrassé (la scène du restaurant, par exemple).C'est trop, un peu trop : énervé, énervant, nombriliste, branchouille, parisien, fabriqué, artificiel, hystérique (décochez les cases correspondantes).

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LOLO
de Julie Delpy

J'avais adoré son 2 days in Paris, son Skylab, un peu moins son 2 days in New-York, et pas eu envie de voir sa Comtesse.
Elle restera toujours pour moi la jeune fille diaphane (translucide) à la motocyclette de Mauvais sang, mais, trente ans plus tard, si elle est toujours blonde, elle est beaucoup moins éthérée (surtout niveau langage) et c'est tant mieux (c'est ça qui m'avait tant plu dans son premier film, cette extrême verdeur des dialogues : elle appelle une chatte une chatte et une bite une bite). Ça commence d'ailleurs très fort (on est en thalasso entre copines) à peine deux minutes de film et il a déjà été question de chatte (de part et d'autre -elle c'est Julie Delpy et la copine c'est Karin Viard, qu'on n'avait pas vue aussi crûment chaudasse depuis un certain temps.)
Les deux copines en cure (et en chasse) tombent par hasard sur deux mâles du cru, et finissent par se faire inviter le soir-même à une "soirée-thons", ou Julie D. jette ses filets sur un mec à l'air gentil, un peu benêt presque (que Dany Boon joue à la perfection).
On se retrouve à Paris (finie la thalasso), les filles se sont remises au boulot et voilà que le benêt (qui est tout de même ingénieur informaticien) est justement venu s'y installer aussi, et que l'idylle donc perdure (et même s'enracine). Seul bémol, Lolo, le fils de Julie, qui est revenu squatter l'appart maternel pour cause de rupture avec sa copine, et qui ne voit pas d'un bon oeil (qu'il a pourtant de biche) cette intrusion dans son cocon oedipien. Et va tout faire pour que ça cesse. Et on va se retrouver exactement dans le même schéma (relation en dents de scie, engueulades, réconciliations au lit -le nunuchon est censé avoir une très  grosse bite, je n'invente rien-) que le film précédent, sauf qu'ici chacune des crises a été soigneusement causée par le grand fiston au sourire angélique. poil à gratter, tranquillisants, virus informatique, il y va d'ailleurs de moins en moins de main morte, l'angelot. mais bon du coup c'est aussi un peu répétitif, comme dans l'autre film, et on s'ennuie aussi parfois un peu.
Mais j'aime le ton du film et l'auto-dérision de Julie Delpy qui n'hésite pas à se représenter en bourgeoise bobo à la quarantaine angoissée, un peu à la Brétécher, avec les dialogues trash en plus (ça ça me plaît toujours autant). Et Karin Viard fait très bien la paire. Les mecs du film sont un poil en-deça, Dany Boon parce que je me demande toujours s'il a demandé 3 millions d'euros pour jouer ça -et si Julie  Delpy ne l'a pas engagé juste comme caution bankable du film-, et Vincent Lacoste parce qu'il est moins convaincant en psychopathe qu'en séraphin.

7 octobre 2015

conga

LIFE
d'Anton Corbijn

De la bande-annonce je n'avais, en gros,  retenu qu'une chose : qu'ils avaient affublé Ben Kingsley d'une prothèse nasale, justement ("en gros"), maousse. Et je n'avais pas fait attention au nom du réalisateur, abîmé que j'étais dans la contemplation de cette péninsule. Ben Kingsley joue jack Warner, et on doit le voir trois fois en tout dans le film, mais, à chaque fois, son tarin crève l'écran. (la bande-annonce, en plus n'est pas très attractive je trouve.)
Je ne suis pas très "biopic", en général les reconstitutions m'emmerdent. Sauf si, comme c'était le cas ce soir, je ne connais pratiquement rien de la personne biopicisée. Vous allez rire, mais à part le fait qu'il est mort jeune et qu'il n'a fait que 3 films, je ne savais quasiment rien d'autre de James Dean. (Est-ce que c'est le même dont on parle dans ce vieux film d'Altman que j'avais beauvoup aimé, Reviens Jimmy Dean Reviens ? Oui oui me semble-t-il me rappeler).
Et si Jack Warner a un drôle de nez, James Dean a une drôle de voix. J'avais à chaque fois l'impression que le personnage était doublé par le chanteur d'Anthony and the Johnsons. Ah oui je précise encore que je n'ai vu aucun des trois films de James Dean, ceci explique peut-être cela. Je l'imaginais avec une voix de cow-boy, râpée à la clope et au bourbon, et voilà qu'on me le (re)présente avec une voix de diva... Déstabilisant. Donc j'ai regardé ce film comme s'il y était question de personnages imaginaires, dés héros de fiction, des silhouettes de celluloïd, et ça fonctionne plutôt bien.

Les histoires d'amour j'aime bien. Si en plus, c'est entre deux mecs c'est encore mieux, et si, par-dessus le marché, ils n'en ont pas tout-à-fait conscience, alors, bingo. Le sous-sous-texte gay (SSTG) n'a plus besoin d'être si sous-sous que ça, et tout roule. j'aime les garçons comme ça qui se cherchent un peu, pas trop, mais si finalement, juste un peu plus que ça... avec des kilomètres de points de suspension.
Robert Pattinson semble être une superstar (mais hormis Map to the stars je n'ai vu aucun de ses films, (Twilight pouah! plutôt mourir) par contre all*-ciné nous l'annonce pas moins de 5 fois sur les écrans prochainement, sous la direction de James Gray, Harmony Korine, Claire Denis, Werner Herzog, Olivier Assayas, Ben & Josh Safdie... ça n'est plus le vent qu'il a en poupe, c'est un bon gros cyclone!).

Il est donc question de gens connus (ou qui vont le devenir), de cinéma et de photographie (et même un chouïa de musique, puisque Jimmy D. a un instrument de prédilection qu'il trimballe partout avec lui, et sur lequel il aime à tapoter). Il est question de gloire (naissante), et des règles mises en vigueur auxquelles on est censé se conformer si l'on veut qu'elle perdure. Par le parallèle posé entre les deux personnages : Jimmy, l'"acteur ombrageux", qui semble s'en désintéresser, ou avoir un peu de mal à faire avec, et Dennis le photographe ambitieux qui rêve d'y accéder, le réalisateur nous pose le cul entre deux chaises putatives : la prendre ou la laisser ? Les paillettes les soirées de gala et les couvertures de magazines (et les photographes) ou bien le benedicite en famille, les balades dans la neige et les lectures d'illustrés au coin du feu (et les photographies qui vont avec) ?

La relation entre les deux hommes, l'artiste débutant et l'aspirant artiste, est assez bien vue, reviens/va-t-en, ni avec toi ni sans toi, oui mais non, (avec quand même ce qu'il faut de copines pour ne pas trop faire affleurer le SSTG ni effaroucher le spectateur médian (c'est plus joli que moyen, non ? et c'est aussi plus ambigu, comme "hétéro flexible") hihihi) pour faire sonner tout ça assez juste. A propos de sonner, il faut préciser que c'est un film avec des bruits (plus de bruit que de fureur, d'ailleurs) récurrents (il commence d'ailleurs par un son un peu désagréable qui monte dans le noir, dont on réalise qu'il s'agit d'une ampoule rouge de labo -joli gros plan de filament comme entrée en matière, interprétez-le comme ça vous chante-, et continuera en alternant, pour faire bref,  les frappés de conga de Jimmy et les déclencheurs d'appareil-photo de Dennis -c'est un bruit que j'adore-), pour un film d'ex-photographe (de stars), c'était important de le signaler.

On pourrait dire que finalement chacun des deux a besoin de l'autre, mais qu'ils n'arrivent jamais à partager les choses comme il faut au même bon moment. Jamais synchrones. Mais ça donne deux heures très plaisantes, pas ennuyeuses mais parfois sur le fil de l'indolence, pour un film pas vraiment attaquable (ça se rapprocherait même de l'irréprochable -oui qu'est-ce que je pourrais bien lui trouver à redire ?-) mais pas non plus inoubliablement parfait (ou parfaitement inoubliable ?)
Des moments justes, des acteurs attachants, et pourtant, pourtant... (je n'y ai pas dormi une seconde, ce qui me semble pourtant d'excellent augure). Peut-être trop "classique" (académique ? appliqué ? non, pas vraiment) ou juste trop... prudent. Oui c'est peut-être le mot qui s'en rapprocherait le plus. Ou sage ?

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L'affiche aussi est impeccable....

4 octobre 2015

bande de filles

MUCH LOVED
de Nabil Ayouch

Second film de l'après-midi, que j'avais très envie de voir mais comme ça (dont je n'attendais pas forcément grand-chose : j'étais surtout venu pour le Garrel, et les histoires de filles entre elles m'ennuient un peu en principe -oui oui je suis un gros phallo sectaire de pédé-).
Ce ne fut pas une bonne surprise, ce fut carrément un éblouissement.

Quelle énergie, quelle liberté, quelle force, quel courage, quelle émotion, quelle merveille!

J'en suis resté béat. Un film de reines. Quatre filles, Noha, Randa, Soukaïna et Hlima, qui se prostituent et qui habitent ensemble (quatre à la fin, pendant un grand moment elles ne sont que trois), à Marrakech. La vie de ces filles entre coups de gueule, coups de blues, coups de sang, (et quelques coups de putes aussi...).

Un film où  les mecs ressemblent à ce que sont tous les mecs (ou presque) dans la réalité : des beaufs, des menteurs, des queutards, des coqs, des salauds, des faux-culs, des frustrés (le catalogue est assez exhaustif, de la masculine condition,  et ne sont finalement épargnés, dans le film, que deux personnages masculins : le chauffeur et le "clochard".)

Des soirées "avec les Saoudiens" (alcool, coke à tous les étages, danse du ventre et techno à donf) où tout va très/trop vite et fort, mais en alternance avec le quotidien, ses combines et ses crêpages de chignon - Qui s'est servi de mon mixeur ? Qui a pris mon parfum ?  -(et ses coups de téléphone avec roucoulades déclarations et battements cils de gazelle) avec, entre les deux,  de bien beaux trajets en automobile, souvent nocturnes, à travers la ville, qui montrent simplement que Marrakech by night n'est pas si glamour ni teufesque que ça...

Avec, en contrepoint (et en filigrane) les allers-et-retours, beaucoup moins tonitruants, que fait Soukaïna (habillée et enfoulardée très sagement) pour aller voir sa famille (sa mère, ses frère et soeur, mais également son fils, qu'elle semble avoir laissé là en dépôt, ce que lui reproche régulièrement sa mère.) et leur démontrer son affection avec des biffetons.

Un film magnifique, énerg(ét)ique, solaire, solidaire, salutaire. un film

Un film fort, incontestable, immanquable. (toutes les épithètes devraient d'ailleurs être au féminin, tant elles le méritent, les héroïnes de Much loved, tant elles sont dignes, d'éloges, bien sûr, mais dignes aussi, tout court.)

Allez-y! Elles le méritent.

Femmes, femmes / La cité des femmes  / Femmes de personne / Femmes au bord de la crise de nerf...

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3 octobre 2015

sérénade à trois

LES DEUX AMIS
de Louis Garrel

Golshifteh Farahani + Louis Garrel + Vincent Macaigne = Oh oh oh (voix de Père Noël)

les deux amis

Cette photo-là (plus l'affiche) c'est tout ce que je savais du film. Et rien que ça me donnait énormément envie de le voir.
Louis Garrel, pour moi, c'est surtout lié aux films de Christophe Honoré (que j'ai a-do-rés : surtout  Les Chansons d'amour et Les bien-aimés). Il semblerait qu'il énerve beaucoup de monde, parce qu'on a l'impression qu'il joue toujours le même personnage (ou qu'il a toujours le même jeu) mais, à chaque fois, je craque. Je l'aime comme ça. (dans le St Laurent de Bonello, il est parfait)
Golshifteh Farahani est sublime, et sa filmographie ne l'est pas moins (My Sweet Pepper Land, Syngué Sabour, Si tu meurs je te tue, A propos d'Ely... ) à chaque fois elle subjugue, mais pas uniquement par sa beauté, par la qualité de son jeu, aussi...
Vincent Macaigne, pour moi, c'est pareil.
Je le trouve tout aussi beau, avec sa barbe sa tignasse et ses yeux de chien battu (plus il a de barbe et plus beau je le trouve, autant dire qu'ici il est sublimissime.) Pour la filmo, idem (Un monde sans femmes, Les Lézards, Tonnerre, La Bataille de Solférino, Deux automnes Trois hivers...), beaucoup de choses qui m'ont donné beaucoup beaucoup de bonheur. (je mettrai à part La fille du 14 juillet, qui m'a -vraiment- exaspéré). Mais comme pour Garrel, certains commencent à lui reprocher de toujours jouer le même personnage, de "faire son Macaigne". Moi ça ne me gêne pas, il peut continuer tant qu'il veut (et allo-ciné vient de me mettre l'eau à la bouche...).

En plus c'était un film réalisé par Louis Garrel, avec l'aide de Christophe Honoré au scénario, et donc j'étais curieux. J'avais déjà beaucoup aimé son court-métrage Petit tailleur. Donc je me suis installé, ronronnant, dans mon siège (je devais presque briller dans le noir tellement j'étais content.). Dès le  début, Garrel nous surprend par une scène qu'on ne s'attendait pas vraiment à trouver là (une douche, une prison, une prisonnière qui va prendre le bus pour aller bosser), tant on supposait rester dans le registre de la comédie-sentimentale-parisienne-bobo-etc, et nous appâte donc hop! fort habilement. D'autant plus que lui fait suite la première apparition de Vincent M., en casquette rouge derrière un poteau, tout à fait irrésistible. Et Louis Garrel a la délicatesse de ne pas se faire apparaître tout de suite.

Il s'avère que la suite du scénar n'est pas tout à fait non plus comme on l'attendait (ou le craignait) : il ne s'agit pas d'une rivalité amoureuse entre deux hommes pour la même femme au début, tout du moins). Il s'agit de deux amis (comme dans la fable de La Fontaine, dont l'un est amoureux d'une femme magnifique qui ne l'aime pas, et demande donc à son ami (à lui) de l'aider.)
La journée passe, Gare du Nord et environs (c'est là que Mona -Golshifteh- vend des viennoiseries). Et un train qu'on prend (ou pas) prend, soudain, une importance vitale.
 Elle ne le prend pas (ça va barder pour son matricule) Les deux zozos ne savent pas pourquoi elle est obligée de rentrer ainsi tous les soirs. Et ils vont donc passer une nuit tous les trois (pas tout le temps ensemble, d'ailleurs), dans Paris. Une belle nuit, une nuit agitée, avec des aléas, des incidents, des quiproquos, des mensonges,  des déclarations péremptoires, des disputes. Une bien belle nuit. Où on déambule, où on parle (beaucoup) aussi. Mais où rien n'est, finalement si grave (ni si pris au sérieux.) C'est filmé avec élégance et  finesse (avec beaucoup de soin apporté à a lumière et aux cadrages. Non seulement le récit tient ses promesses (tient sa parole ?) mais il sait régulièrement nous surprendre par quelques bienvenus accrocs dans la trame : des excès burlesques (Macaigne et Garrel s'y entendent -ou pas justement, hihihi!- à la perfection) qui éclatent ça et là comme des feux d'artifice joyeux et incongrus dans cette (froide) nuit parisienne. Et tout ça très plaisant.
Abel, Clément, et Mona. Et pourtant, les amis ne sont que deux dans le titre du film. Garrel, mine de rien, ne l'a pas choisi par hasard, en en ôtant l'élément féminin perturbateur (l'amitié est une chose, le désir en est une autre, et l'amour une troisième). Et on y va! Car  on ne se fait pas prier pour marcher avec eux  la nuit, aller nourrir un oiseau bleu, danser dans un bar désert, dormir en cellule menotté(s) à un banc, se faire des bisous pour se souhaiter bonne nuit (toute la partie hôtelière est délicieuse). D'autant plus que le sous-sous-texte gay n'est pas si sous-sous que ça (il est presque à la surface pour les deux camarades, et il affleure même carrément avec le veilleur de nuit de l'hôtel.) On sent que cette problématique bi est assez familière -et récurrente- à notre ami Loulou. Mais je précise (pour les amateurs éventuels) : ici pas de QV (ce n'eût été ni le lieu ni l'heure). Mais tout le reste est tellement agréable qu'on (on c'est je ici) n'en aura même pas ressenti le besoin, c'est dire.

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En fouinant sur all*ciné, j'ai découvert que Louis Garrel avait fait trois courts-métrage, et je viens de regarder La régle de trois, sur y*utube, avec Golshifteh Farahani, Vincent Macaigne (avec un tout petit peu de barbe ) et Louis Garrel... deux amis (Vincent et Louis, qu'ils s'appellent), la fiancée de Louis (qui elle n'a pas de prénom), et une promenade parisienne où l'on parle de l'amour et de l'amitié (on voit même les deux amis marcher dans la rue en se tenant par le petit doigt, pour faire comme les mecs au Maroc, et trouver que c'est "très étrange"...), qui peut-être vu comme une postface (ou un prélude) à ce film-ci.

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