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lieux communs (et autres fadaises)
20 octobre 2019

frida k.

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TU MÉRITES UN AMOUR
de Hafsia Herzi

hafsia herzi, on la connaît quasiment depuis qu'elle est toute petiote (La graine et le mulet) et on la suit avec assez d'assiduité, comme une cousine qu'on aime bien, et à qui on est prêt à pardonner ses (éventuels) défauts... oui, je l'aime beaucoup, mais j'avoue qu'il m'est arrivé quelquefois d'avoir quelques réserves (ou doutes) sur son jeu...
Là il s'agissait de son premier film en tant que scénariste, réalisatrice, actrice principale (quand même, ça fait du taf, hein!), et on y allait prudemment, en s'autorisant- à l'avance- quelques doutes. Premier étonnement, (et bonne surprise) : l'unanimité enthousiaste de la critique (allocinoche annonce un *****, dix-huit **** et sept ***, et rien de rien en dessous, aucun soupir de dédain ni ricanement de hyène, ce qui est quand même extrêmement flatteur et encourageant pour un premier long-métrage...), et j'y allais donc avec curiosité cette fois.
quand ça commence, on en serait déjà presque à soupirer non mais pour qui elle se prend... : film écrit, et réalisé, par Hafsia Herzi, avec Hafsia Herzi (dans le rôle de Hafsia Herzi ricanerait-on presque, et la première scène nous donnerait presque raison, elle marche dans la rue cheveux aux vents (regardez comme j'ai des cheveux magnifiques, et c'est vrai d'ailleurs) et la voilà qui fait le siège d'une porte à digicode où elle voudrait bien rentrer, d'abord en vain, puis, lorsqu'elle est parvenue à ses fins, pour sonner à un appartement où viendra lui ouvrir un godelureau en marcel et à anneaux multiples, dont on comprendra vite petit un qu'il vient ou plus ou moins de la quitter comme un malpropre et petit deux qu'elle elle l'aime toujours, et qu'elle aimerait bien le reconquérir...
Et voilà qu'on va rapidement déposer les armes de ricaneur, et qu'on va simplement la suivre, attentivement, affectueusement, en  abandonnant toutes les réserves et les oui mais qu'on avait pourtant tenus prêts.
Lila est amoureuse, Lila est malheureuse, son ex-copain en plus part deux mois en Amérique Latine pour "faire le point" (le point mon cul comme dirait Zazie), et on la suit, elle, dans cette chronique d'une reconstruction (c'est vrai qu'elle est pratiquement de tous les plans) on la suit de très près (de par les choix de cadrage qui restent, justement, au plus près des visages et des corps), dans ses différentes tentatives de (re)trouver l'amour.
C'est simple, et c'est très beau. Simplement, justement.
On voit passer (brièvement) Sylvie Verheyde (réalisatrice de Stella et de Sex Doll) dans le rôle de la mère de Lila,  puis (toujours brièvement) Samir Guesmi, on est content, et on l'est encore plus lorsqu'apparaît, au détour d'un comptoir de bar, le très aimé Anthony Bajon (qu'on avait découvert dans, très aimé justement grâce à lui, La prière, de Cédric Khan), dans un très joli rôle d'aspirant-photographe amateur de Frida Khalo, avec son visage poupin, sa barbounette, sa timidité, sa gaucherie, (bref, on adore... ce gars-là a une belle carrière devant lui on l'espère), pendant que Lila continue de faire face (ou essaye de), émet des hypothèses sur ce qu'est une rencontre amoureuse, et que défilent face à elle quelques types de types (le menteur, l'ennuyeux, l'indécis, et même le bisexuel, dans une longue scène où l'insistance à filmer des baisers baveux en gros plan tirerait presque le film vers le documentaire sur les gastéropodes...).
On ne peut pas parler des personnages sans souligner, celui, flamboyant, excessif, insupportable mais indispensable, du copain gay (et rebeu), excellemment tenu par Djanis Bouzyani (dont allocinoche m'apprend qu'il a débuté avec un petit rôle dans le Bonhomme de Marion Vernoux) jeune homme auquel on souhaite, si les petits cochons ne le mangent pas, les mêmes bonnes choses qu'à Anthony Bajon), et qui m'a fait penser à l'autre personnage de copain-rebeu-gay tenu par Lakhdra Dridi dans Une fille facile) - y aurait-il là un nouveau créneau de personnage (qui me réjouit, dailleurs, doublement) ? Affaire à suivre...
Et on sort de la salle très content, avec juste sur notre plaisir l'ombre de l'égacement causé par le fait que le -toujours facétieux- projectionniste, nous ait carrément sabré le générique de fin (peut-être pour lui générique de faim parce qu'il était pressé de rentrer chez lui casser la croûte ?) mais bon, on est dans le bôô cinéma, on a l'habitude...

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20 septembre 2019

savoir ce qu'est la richesse

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UNE FILLE FACILE
de Rebecca Zlotowski

Bonne pioche. (Ca arrive assez souvent avec les films dont on n'attend rien).
Ca commence (on serait du coup presqu'un peu inquiet) comme une Kéchicherie lambda (l'été, les adolescent(e)s, la mer, la drague, les organes génitaux des oursins -bon c'est sûr là sur le coup le mec n'a pas été très fûté faut le reconnaître-, la peau bronzée, le popotin qui se balance de part et d'autre du string de bain vert fluo... "C'est l'amour à la plage aouh tcha tcha tcha..." chantez avec moi) l'ambiance s'y prête, mais mademoiselle Zlotowski, fine mouche, nous transforme ça hop hop hop en chronique amorale, en manifeste politique, en pamphlet sensuel, avec le récit des aventures estivales de son héroïne, Naïma, l'été de ses seize ans, et surtout celles de sa cousine, Sofia, à peine plus âgée. Pauline à la plage, vous avez dit ? 
Un film de lieux (et un film de classes), -avec un explicite téléphérique-, de va-et-vient(s) entre le haut et le bas, les friqués et les crevards, entre l'appartement de Naïma, le grand hôtel où elle va bientôt travailler comme stagiaire (mais où elle passera une soirée en tant que cliente), la plage où elle caramélise avec sa cousine, et le yacht du milliardaire brésilien qui vient juste de s'amarrer là.
La phrase entière qui donne son titre au post est (je cite de mémoire) "Il faut savoir que la richesse existe, pour être capable de supporter la pauvreté..." (c'est le milliardaire -qui se définit comme anarchiste-qui la prononce), et pose crûment (et cruellement aussi) le problème. J'admire la façon dont la réalisatrice met en place ce chassé-croisé (finalement très peu) sentimental estival. C'est Naïma la narratrice du film (avec ses seize ans encore nimbés d'une certaine candeur), observatrice de sa cousine Sofia, de son apparente amoralité (les critiques l'ont presque tous fait, mais je ne peux pas m'empêcher d'évoquer aussi son phrasé et son jeu  très Bardot de la grande époque -celle du Mépris, pour rester dans le contexte estival et surchauffé- et de sa liberté aussi).
Rebecca Zlotowski parle de domination masculine, mais via le prisme du pouvoir féminin. D'une certaine forme de puissance. Et c'est là que le film est très fort. Ne jamais rien attendre, dit Sofia. Et aussi par le regard de femme posé par la réalisatrice sur d'autres corps de femmes (corps jeune naturel, corps jeune retravaillé) et de visages aussi (Clotilde Coureau nous fait à ce propos un très joli numéro dans la trop brève scène hélas où on la voit intervenir). Et de comportements aussi.
(un popotin filmé par Kéchiche n'a rien à voir avec le même, filmé par Zlotowski, allez savoir pourquoi... sans doute, comme dirait Godard, une affaire de morale ?)
Il est fascinant, le personnage de Sofia, la cousine bardotesque, mais elle est passionnante aussi, la jeune Sofia, durant ces mois décisifs où quelque chose de son devenir se met en place. Andres, le propriétaire du bateau est méprisable à souhait, (et le personnage tiendra soigneusement ses promesses de dégueulasserie nonchalante jusqu'au bout), tandis que celui de Philippe (Benoît Magimel, qui vieillit très bien) est heureusement un contrepoint plus nuancé.
Et puis il y a Dodo, le copain gay de Naïma ("avant on était comme deux frangines, maintenant on est comme un vieux couple, et en plus on baise pas...") hélas un peu abandonné au cours du récit (mais qu'on retrouve heureusement à la fin).
Et c'est rétrospectivement assez drôle (ou peut-être moi qui ai l'esprit mal tourné) qu'un sextant soit un élément central et décisif de cette histoire de galipettes, non ?

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à lire, la pertinente critique de Libé, , et le très intéressant entretien avec la réalisatrice, .

13 août 2019

poussins

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UN HAVRE DE PAIX
de Yona Rozenkier

Trois frères au cinéma joués par trois frères dans la vie. Deux aînés joliment barbus (dont on reconnaît assurément qu'ils sont frères) encadrent, chacun à sa façon, le plus jeune, qui doit partir deux jours plus tard faire la guerre à la frontière du Liban. Tous trois se retrouvent à l'occasion de l'enterrement de leur père (qui, si j'ai bien compris, a passé un an dans une chambre froide, avec un morceau dans une glacière). Et tout ça se passe dans un kibboutz qualifié de "hors-d'âge" par les critiques (je n'avais personnellement pas les éléments pour utiliser cet épithète). Les rapports des trois frères avec ce père défunt (qui continue de leur poser problème même une fois mort) et ceux des mêmes avec "la guerre" constituent l'ossature de ce film que j'ai par ailleurs beaucoup aimé.
Yoav revient après une absence d'un an (lui vit à Tel Aviv) et un visible traumatisme provoqué par la vie militaire, qu'on découvrira progressivement au long du film. Ait, son frère, qui lui est resté au kibboutz pour aider sa mère et s'occuper de leur père mourant, cultive lui une visible fascination pour l'armée en général et les combats en particulier ("Tu seras un homme mon fils...") tandis qu'Avishai, le petit dernier, a un peu la trouille juste avant de partir ("j'ai eu deux jours de formation...") demande conseil aux deux grands, s'inquiète, et envisage même un instant de ne pas y aller et de se réfugier à Tel Aviv chez Yoav...
Les films sur le conflit israélo-palestinien abondent et reviennent régulièrement, et j'y vais à chaque fois parce que c'est un sujet qui me fascine, que je ne comprends toujours pas vraiment, qui apparaît comme sans fin et surtout sans solution (comme le Rocher de Sysyphe ou le Tonneau des Danaïdes, ou, mieux encore, comme Prométhée qui se faisait boulotter toute la journée le foie par un vautour, foie qui repoussait chaque nuit...). Oui, voilà, ça ne finira jamais, et le film dans sa conclusion (lucide) n'est guère plus optimiste. On est, cette fois, clairement du côté israélien (l'"ennemi" n'est même jamais précisément nommé, il pourrait même être extra-terrestre que ça ne changerait d'ailleurs pas grand-chose au problème...).
Ce rapport à la guerre et aux choses militaires (j'ai du mal à employer le mot de service) va -évidemment- de pair avec ce virilisme de bon aloi -pour moi- qui me ravit toujours autant dans tous ces films palestino-israéliens. Tous ces jeunes gens, testostéronés par la force des choses autant que par le poids des traditions, qui s'affrontent par les mots, par les mains, ou par les armes. Cette fascination pour l'affrontement en tant que rapport humain tout autant que ("mon sous-texte gay à moi c'est toi...") celle pour le corps masculin en tant que désiré autant que désirant.
Le film de Yona Rozenkier ne cesse pas d'être formellement passionnant tant il brasse tous ces éléments avec gourmandise, mais en les incluant dans sa propre petite soupe qu'il cuisine généreusement... Le film est dense, un peu bordélique -formellement je le redis-  mais c'est sans doute ce qui le rend encore plus attachant. Avec en prime, au milieu de cette basse-cour de coquelets plus ou moins belliqueux, deux beaux personnages féminins, la tante et la mère, peut-être un peu plus esquissé(e)s que ceux des trois frères, mais qui réussissent chacun(e) à exister à merveille (quelle belle idée que de faire de la mère une italienne, ce n'est pas si souvent, c'est peut-être même la première fois pour moi, qu'on entend parler italien dans un film i/p, mais bon c'est peut-être juste un élément autobiographique...)
Le film est cru, brutal, mais aussi non dénué d'un certain humour, tout autant que d'une certaine tendresse. Le récit progresse (virilement aussi) par à-coups, faisant, comme dans la vie du kibboutz (qui est d'ailleurs celui où les trois "vrais" frères ont passé leur enfance) alterner les moments "normaux" ("calmes", la vie de tous les jours) et les alertes à la bombe (sans sirènes, "parce que ça dérange les vieux..."), et leurs déflagrations récurrentes (les montées d'adrénaline) au fil du récit. La guerre comme une partie de paint-ball, la guerre comme une chasse au sanglier, la guerre comme une scène de danse (sur Dancing Queen d'Abba!), la guerre comme une compét' de natation sous-marine, le réalisateur (qui s'est d'ailleurs attribué le rôle d'Itai le bellliciste) multiplie les angles d'attaque (!) et l'intérêt du spectateur ne faiblit jamais (je parle pour moi), avec, en plus en ce qui me concerne, cette interrogation -annexe- en suspens, on demande plusieurs fois dans le film à Yoav s'il a une copine et il répond non, -quand la même sera posée à Itai, il répondra -virilement- "J'ai ma main..."- sur ce fameux SSTG, qui serait un peu, restons en cuisine, comme ce fameux cube de bouillon magique qui vient relever (ou adoucir) le goût de ce plat pourtant déjà bien épicé...
Bref, une réussite (mais bon que ce soit israélien ou palestinien, je ne suis plus objectif, c'est vrai).

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2 juillet 2019

les avantages du sèche-cheveux

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YVES
de Benoît Forgeard

Et voici qu'il débarque, tout frais, en ce jour de "vraie" canicule, dans le bôô cinéma, en sortie nationale et dans notre programmation. J'y suis allé, immédiatement, sans rien lire, sans rien en connaître que son pitch : un jeune musicien raté (l'excellent William Lebghil dont je suis la carrière depuis des lustres, comme la bonne fée marraine penchée sur le berceau de Cendrillon, oui, je kife beaucoup ce jeune homme, dont c'est me semble-t-il, le premier vrai "premier rôle", (après pas mal de rôles de seconds couteaux au départ plutôt dans des films gaudriolesques) et dont la carrière semble vraiment prendre de l'ampleur et c'est trop tant mieux pour lui...), un jeune rappeur raté donc se voit confier à domicile un frigo parlant (et intelligent), pour faire une expérience (ou servir de test). Le frigo s'appelle Yves, devient son (meilleur) ami, et les montagnes russes du singulier et de l'improbable démarrent (c'est difficile d'en dire quoi que ce soit de plus sans gâcher le plaisir de la découverte). Un film qu'on peut bien évidemment qualifier de givré, vu l'histoire (et les circonstances), mais tout autant de cinglé ou même de désaxé.
Encore une fois (décidément, je glisse inexorablement vers le gâtisme) j'avais tout compris de travers et, étant donné la présence de Philippe Katherine au générique, je pensais, j'avais cru comprendre, qu'il jouait le frigo (ou, du moins, la voix de frigo) mais non  il joue un "copain" du rappeur, un beauf grandiose et inoxydable, un imprésario, en fait, le genre de personnages que Philippe K.  affectionne, qui lui permet de se promener cul nu, ou en manteau de fourrure, de s'exhiber lascivement, de parler la bouche pleine, de pisser dans la rue, bref un festival de katherineries où il reste plus que fidèle à son image.
Katherine qui était déjà prés(id)ent (et aux premières loges) dans le précédent film de Benoit Forgeard, Gaz de France, puisqu'il jouait, justement, un grandiose et katherinesque Président de la République (dans les sous-sols de l'Elysée).
Question cinglitude et singularité, venant après Le daim, Yves n'a pas à rougir, et même n'hésite pas à pousser encore plus loin les curseurs, me semble-t-il. Le thème de départ, l'homme et la machine, est (fidélement) extrapolé jusqu'à son extrême limite (mais toujours de façon cohérente et logique).
Le film est d'ailleurs excellemment défendu par le trio Lebghil / Katherine et (cherchez la femme) Dora Tillier. Au départ, un rappeur/loser, un imprésario beaufinet, et une "enquêtrice" à la solde d'une mystérieuse multinationale. Et le frigo clinquant et attentionné ("un vrai daron"...) aux petits soins du jeune homme, qui d'abord se préoccupe d'alimentation et de diététique, mais va rapidement outrepasser son rôle (avec une référence insistante, et même affirmée, avec un certain HAL (mais si, vous savez bien...) le super-ordinateur qui pète les plombs dans 2001 odyssée de l'Espace et qui n'existe qu'à travers sa voix et son oeil unique (et omniscient), rouge pour HAL et blanc (normal, c'est un frigo), pour Yves.
Bref on passe un plaisant moment de loufoquerie nonsensique (le Concours Eurovision mériterait à lui seul le déplacement), et on ne peut qu'être ravi par la façon dont Benoït Forgeard réussit à boucler la boucle de son récit, en nous rafraîchissant à distance avec beaucoup de glaçons... Malin!

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22 juin 2019

sé que no me estoy equivocando

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TREMBLEMENTS
de Jayro Bustamante

Après le très beau IXCANUL, que nous passâmes dans une précédente Semaine Latino, voici donc TREMBLEMENTS, que nous n'avons hélas pas pu programmer dans celle de cette année, pour cause de bousculage au portillon des films latinos (et des pays) en 2019. Voilà, c'est réparé. Nous ne sommes plus sur les flancs du volcan mais en pleine ville (Guatemala city ?), et il n'est plus question de jeune fille et de mariage arrangé mais de Pablo, robuste barbu, marié, père de deux enfants, qui a un souci. Qui a dressé contre lui tout le reste de sa famille, épouse, mère, père, frère, beau-frère : on va le comprendre assez vite, il s'agit de la relation extra-conjugale qu'il entretient avec Francisco, autre robuste barbu,  et dont la famille, on ne sait pas trop comment, a eu vent. Et ne l'accepte pas. Et monte aussitôt sur ses grands chevaux familiaux (la réputation, le déshonneur, la honte, l'horreur). En plus, une famille trè pieuse, on vient mêler Dieu à tout ça, et le crucifix est d'ailleurs un motif visuel récurrent (l'exorcisme ne serait pas loin). En quelques jours, Pablo va tout perdre, la maison familiale, le droit de voir ses enfants, son travail, juste à cause de ça : il aime un autre homme.
Le film est terrifiant (il n'y a pas d'autre mot), dans le processus de déshumanisation de Pablo, jusqu'au point d'orgue du "traitement" mis en place pour le "soigner". Avec le personnage-clé de "la femme du pasteur". Pablo est ainsi à cheval entre deux mondes parfaitement hermétiques l'un à l'autre : la religion (mais dont ici la puissance et la ferveur des fidèles fait virer les rituels à la transe collective (on assistera à plusieurs séances, plutôt angoissantes) et l'homosexualité (qui se vit clandestinement mais de façon plutôt joyeuse et alcoolisée, dans le bar où Pablo et Francisco ont leurs habitudes).
On va donc suivre Pablo, tel le capitaine ligoté à son mât sur son rafiot mis à mal, en pleine tempête donc, et on peut juste regretter sa quasi-impassibilité, au beau milieu de cette série d'avanies pourtant gratinées. Avec pourtant la présence de Francisco (un très joli personnage de masseur gay assumé, aussi fêtard qu'amoureux) mais qui va se pointiller de plus en plus au fur et à mesure que progresse le film.
Quand on voit la famille telle qu'elle est montrée d'un côté, et la vie avec Fransisco telle qu'elle l'est de l'autre, ce n'est pas parce que je suis gay, mais, vraiment, je n'hésiterais pas une seconde. Pablo ne pense qu'à ses enfants, et, d'une certaine façon, leur sacrifiera tout (et la toute dernière image vient (heureusement) nous suggérer que, justement, il a eu raison de.)
La scène du "traitement" vaut à elle seule de voir le film (et d'une façon très paradoxale : on voit tous ces hommes entre eux à qui on demande "de se comporter comme des vrais hommes, pas comme des maricones", que ce soit sous les douches, en combat rapproché, ou encore (l'ultime humiliation) à poil devant le toubib qui leur demande de soulever leurs testicules pour leur faire une injection. Tout ça sous le regard de la fameuse "femme du pasteur", qu'on a connue dans un premier temps juste comme une bourgeoise à chignon lambda (bcbg) mais va se révéler aussi violente et bourrine (et conne) que le fameux sergent-instructeur de Full Metal Jacket ("Sir yes sir!" j'en tremble encore...).
Le film m'a secoué. (Quelle chance on a de ne pas vivre au Guatemala!). Mais bon on n'était que trois dans la salle c'est dommage (dont deux gays, ce qui constitue un taux de participation correct, non ?)

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6 juin 2019

amourrr toujourrrs

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SEULE A MON MARIAGE
de Marta Bergman

Paméla et Bruno. Une rencontre via internet entre un nounours belge et une jeune Rom roumaine. La dernière fois que j'ai vu ce genre de rencontre amoureuse c'était dans Je suis à toi, de David Lambert (programmé dans notre Semaine Belge), où Henry, boulanger belge, rencontrait sur le web (et finissait par héberger) Lucas un crevetton gay argentin (un des premuers rôles de Nahuel Perez Bisacayart). Le principe est ici le même. Pamela débarque en Belgique chez Louis, pleine d'espoirs et d'illusions. Elle débarque chez Bruno, dont elle bouscule pas mal la vie (il est joué par le touchant Tom Vermeir, un des deux frères de Belgica!, autre film de notre bien-aimée Semaine Belge). Elle "oublie" de lui dire qu'elle a une petite fille, restée là-bas, en Roumanie, (qui d'ailleurs n'a pas encore de prénom, c'est juste "bébé"), confiée aux soins (alternés) de sa grand-mère et de Marian, un jeune coq rom (qui rêve vaguement de gloire foot-ballistique).
La première partie du film est strictement roumaine -et documentaire aussi- (où le pays est un peu présenté comme celui d'un -très cinégénique- éternel hiver) où on découvre la vie de Paméla, le manque d'argent, la débrouille, et l'inextinguible énergie qu'elle déploie pour parvenir à ses fins, au but qu'elle s'est fixé : fuir, justement, ce pays, cette vie de galère où il faut encore aller chercher l'eau au puits et où le moindre centime est compté, et réussir à trouver, à l'étranger,  un gentil futur mari qui la respecte (et qui prenne des douches). Elle rêvait d'un français et ce se sera un belge. Un gentil grand nounours un peu mou, un peu timide, qui ne veut pas (n'ose pas) faire l'amour le premier soir "parce qu'il la respecte, et qu'elle n'est pas une marchandise...", dont elle va bousculer le calme et l'organisation de sa petite vie bien pépère.
Tous les deux sont différents, plutôt mal assortis a priori, mais (au début au moins), chacun semble y mettre du sien, et, plus ou moins, faire semblant d'y croire, pour que les choses marchent comme il faut... Comme dans Je suis à toi, le seul point commun entre les deux personnages est qu'ils ont besoin d'amour ("Au secours, j'ai besoin d'amour..." chantait France Gall), Et comme dans Je suis à toi la situation va assez vite se détériorer (de la chanson il restera psurtout le "Au secours...") et les choses devenir difficiles pour chacun des deux... Et le film du coup un peu longuet.
Cette "deuxième partie" du film qui dépérit un peu doucettement comme une (belle) plante qu'on oublierait d'arroser va soudain s'oxygéner et reprendre un peu des couleurs (et du poil de la bête) lorsque la caméra de la réalisatrice va suivre le trajet d'une paire de bottines taille enfant, nous ramenant en Roumanie...
Apartir de ce moment Paméla n'est plus vraiment maîtresse de la situation, malgré son aplomb, son énergie et sa force, et l'enchaînement des événements va la piloter vers une conclusion qu'on n'aurait pas forcément vu venir, en l'état (il sera, une nouvelle fois, question de respect...)
Le film se termine de façon un peu aigre-douce (tout dépend pour qui et de la façon dont on voit les choses...) et le spectateur, du coup, est un peu dans le même état : le cul entre deux chaises, la tête entre deux pays, et le coeur entre deux émotions. Touché.

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23 mai 2019

bnei brak

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M
de Yolande Zauberman

Un film coup-de-poing. Que la réalisatrice nomme elle-même, tout à la fin, via une citation de Franz Kafka, son film-couteau. Le genre de film qui vous laisse, lorsque les lumières de la salle se rallument (bon, c'est vrai, dans le bôô cinéma elles se rallument tôt et c'est rien de le dire...) sonné, immobile, comme planté sur le rivage tandis que la mer du film se retire. On reprend pied, on respire. On s'essuie un peu les yeux aussi. Je dois être trop sensible, je suis incapable de reprendre instantanément ma vie d'ailleurs, celle du hors-cinéma.
Nous voici à Tel Aviv, ou presque, la nuit, sur la plage, et un homme chante. Cet homme c'est le M du titre, il s'appelle Menahem, et après avoir chanté, (une chanson qui parle de rabbin et de petits enfants qui chantent ensemble l'alphabet) il explique, à la réalisatrice qui le filme, qu'il a aussi été un porno kid, qu'il a été violé quand il était enfant, par des adultes (dont son rabbin) de la communauté ultra-orthodoxe à laquelle il appartient (appartenait).
Menahem Lang, vous l'avez entendu chanter dans le Kedma d'Amos Gitaï. il chante aussi -superbement- dans le film, à plusieurs reprises, et c'est très touchant (surtout quand il explique pourquoi il met le plus de douleur possible dans son chant). Il revient à Bnei Brak (la ville de son enfance), vingt ans après en être parti (après avoir été chassé de la maison par son père à qui il venait d'apprendre qu'il avait été violé et lui avait répondu qu'il était impur et ne pouvait donc plus rester là). Il veut "régler les choses" (avec son -ses- violeur(s) d'abord, puis avec sa famille). Il revient. M c'est un garçon à la tête ronde, au crâne rasé, sans chapeau, sans barbe, sans papillotes, bref sans rien de la panoplie du juif ultra-orthodoxe telle qu'elle est portée par l'ensemble des homme qui vivent là. Et la réalisatrice le suit, de près, de très près.
Et la nuit, les nuits, il va rencontrer d'autres hommes, souvent dans un cimetière (là où l'un des rabbins avait l'habitude de violer les garçons, sur une pierre tombale) et leur parler, et va susciter la parole de ces autres hommes, qui ont tous vécu la même chose que lui, et  cette incroyable libération de la parole va prendre de plus en plus de place dans le récit, qui nous révèle une non moins incroyable généralisation de cet état de fait (le viol) et, surtout, du silence total et complice qui entoure l'événement, alors que tout le monde sait.
C'est... terrifiant. Et en même temps, salutaire. On se demande comment Yolande Z. a pu réussir à filmer toutes ces paroles (dans des lieux où les femmes n'ont pas droit de cité, n'existent pas) comme si, une fois derrière sa caméra, elle était devenue invisible. Ces paroles d'hommes qui reviennent sans cesse autour du même sujet : le viol dont ils ont tous été victimes, et que certains ont fait subir à leur tour à d'autres. L'homme en question explique d'ailleurs pourquoi.
Mais il est dans le film aussi beaucoup question du sexe, et des rapports sexuels, une terra incognita pour ces jeunes hommes dont la seule "ouverture" sur cet univers est la Torah, et ce qu'elle dit "plus ou moins" sur ce thème (une séquence plutôt drôle en compagnie d'un jeûot qui va se marier dans deux jours et est toujours persuadé que les femmes n'ont pas de sexe...).M dénonce cette hypocrisie érigée en règle de fonctionnement.
Le film se termine sur un apaisement, une réconciliation, pour Menahem, et la réalisatrice vient in fine poser ses mots sur les dernières images, comme si elle accompagnait doucement le spectateur, sonné, pendant que les lumières se rallument...
Un film fort, nécessaire, incontestable.

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17 mai 2019

"jacqueline a dû le pousser à bout avec ses questions de fouinasse..."

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LES CREVETTES PAILLETÉES
de Cédric Le Gallo et Maxime Govare

Une troupe de mecs en maillot qui s'ébattent dans l'eau et palabrent dans les vestiaires, qui préparent une compétition internationale et partagent un bus pour s'y rendre, tout ça "d'après une histoire vraie"... Le Grand bain 2 ? Difficile de ne pas y penser au départ. Sauf qu'ici le réalisateur (enfin, ils sont deux) n'a pas casté une brochette d'acteurs "bankables" pour incarner ces héros de la lose glamour, mais des beaucoup moins connus. Sauf deux (en ce qui me concerne) Alban Lenoir (un petit barbu sec, plaisant, découvert dans Kaamelot puis dans Hero Corp) et Michael Abiteboul (un grand rouquin  barbu dont j'ai déjà parlé à plusieurs reprises parce que je l'aime bien bien et je le répète, , , , et encore ), et deux autres : un petit barbu rablé dont je connaissais le visage mais pas le nom (Romain Lancry) et un pas barbu du tout mais dont le visage me disait quelque chose aussi (Roland Menou), mais dont je ne sais pas où je les ai vus, bref des "deuxièmes couteaux", mais qui donnent du coup un relief plus singulier à leurs personnages et re-du coup aux possibilités d'identification (être gay c'est vous c'est moi ça pourrait être tout le monde -enfin surtout moi dans ce cas précis-) que ça implique (que ça permet).
Les crevettes pailletées, donc, c'est une équipe de water-polo dont les joueurs sont gays (l'équipe existe en vrai, un des réalisateurs d'ailleurs en fait partie, et il explique d'ailleurs dans un entretien que les maillots qu'on voit dans le film sont les vrais maillots de la vraie équipe, et qu'ils ont d'ailleurs été dessinés par un autre membre (!) de l'équipe, un qu'on peut voir en ce moment à la télévision (Zabetta accroche-toi) : Cyril, ex-Rouge, dans Koh Lanta, si si...), équipe qui va participer aux Gay Games en Croatie, coachée par un autre sportif qui ne l'a pas souhaité, mis là en punition par sa fédération (il est nageur de compet') pour avoir tenu des propos homophobes.
Le petit problème (pour moi) est que ce personnage n'est pas très attachant (ni très intéressant) par le comportement égoïstement mesquin qu'il aura pendant une grande partie du film (heureusement, vous vous en doutez bien qu'il se rachète à la fin) et ses atermoiements  successifs -et autres tergiversations.- (les faire gagner / les faire perdre / non, les faire gagner / non, les faire perdre, etc.) justifiés par le scénario. Face à lui, heureusement, la joyeuse bande de crevettes à l'humour très gay, et très vachard (celui que je préfère) et à -en dépit des préoccupations de chacun et des antagonismes- l'incontestable esprit d'équipe. De troupe. Avec cette spécificité, (dont je ne sais pas si elle m'enthousiasme ou si elle m'agace), que , à part un personnage "excessif" de trans / drag queen (à côté de laquelle Priscilla folle du désert pourrait poser sans problème) tous ces mecs sont "normaux" en apparence, et ne font pas plus "pédé" que vous et moi - re-surtout moi dans le cas présent hihihi- (et sont d'ailleurs tous interprétés par des acteurs a priori hétéro-normés). A part une grande scène de nuit excessive disco-techno-paillettes-substances illicites-danseurs bodybuildés- qui pourrait évoquer un genre de quintessence gay, tout ça est assez sage, et le film est plutôt -paradoxalement- prude (on voit pas mal de fessiers virils mais à peu près une seule zigounette, et en plus vue de loin).
Un peu le cul (hu hu) entre deux chaises : un poil trop trop hétéro pour les pédés, et un faux-cil trop pédé pour les hétéros, quoi. On n'est ni dans La cage aux folles ni dans Cruising ou Le droit du plus fort. Ni une pochade ni une attaque ni une dramatisation, non, juste un entre-deux douillet, sympathique, rassurant.
C'est, finalement, tout ce qu'on lui demande... J'avoue y avoir pris un grand plaisir, avoir souri et ri aux dialogues souvent mouillés d'aciiiiideuh (comme chantait Aznavourchounet dans le -pour moi- horripilant Comme ils disent), avoir apprécié la musique du film (excellente idée par exemple que cette reprise d'un tube que j'aime honteusement en cachette depuis longtemps -Isa elle-aussi, elle me l'a avoué- le poitrinesque Boys boys boys de Sabrina, et re-bonne idée que d'avoir pris la chanson Kid de Eddy de Pretto pour le générique final) en me faisant, en même temps, ma petite auto-analyse ("Mais, être gay, c'est quoi ? Est-ce que j'ai été vraiment gay d'abord ? Est-ce que j'ai vraiment vécu comme un gay?") sans vraiment réussir à y trouver de réponse adéquate d'ailleurs.
Les crevettes pailletées est un film gentil, mieux, un film bon, en tant que plaidoyer-doudou en faveur de la différence et contre l'homophobie (dans le sport et dans la vie en général), un récit parfois un peu trop démonstratif dont je comprend néanmoins que quelques pontes militants LGBT purs et durs aient pu se formaliser pour cause, disons, de "mollesse idéologique" ou un autre truc du même genre (hihihi). Le film se revendique -et s'assume- en tant que comédie, et il faut reconnaître que, dans ce cadre-là il est diablement efficace. Comédie, mais aussi buddy movie ou feel good movie (avec une scène finale sur le fil du rasoir, courageusement, comme la petite chèvre de Monsieur Seguin) mais qui, je le répète, aurait sans doute encore gagné en choisissant un personnage central plus "fort" (plus intéressant).
Comment dire ? En tant que spectateur lambda je suis ravi, et en tant que pédé je le suis un peu moins (c'est difficile à dire pourquoi, pourtant je ne suis ni folle tonitruante ni militant purédur, je suis juste un pédé lambda -lambda plus plus même : vieux gros et moche, et provincial- et à ce titre je ne suis pas sûr de m'y être reconnu, mais peut-être n'était-ce pas là le propos du film ?) Disons que le film est trop pas assez ceci  (ou pas assez trop cela) et

"Boys, boys, boys
I'm looking for the good time
Boys, boys, boys
I'm ready for your love..."

plongeons joyeusement, ébrouons-nous, roulons-nous des pelles, tirons au but victorieusement, baissons le maillot des adversaires en douce sous l'eau, gagnons (ou pas), faisons la teuf pour fêter ça, et ne boudons (surtout pas) pas notre plaisir! C'est vrai que les gays ont le beau rôle, et c'est tant mieux, qu'ils sont plus drôles, plus attentionnés, plus acerbes, plus compatissants, plus tolérants, plus zinzins plus plus... vive eux, vive nous, et vive moi aussi du coup... Yessss! Bon n'en jetez plus, quoi.

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17 juin 2021

CMUBJ 66

(encore une journée matinée bien remplie (cuisine & blog surtout) donc pas le temps d'écrire grand chose...)

(pas de nouvelles bonnes nouvelles hein)

*

au menu ce midi :

salade tomates
pommes soufflées au four / araignée
tarte aux pommes "zen" (pâte / pommes / cannelle)

*

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(portrait de Libé aujourd'hui, je ne l'avais pas reconnu, le gagnant de T*pChef, pour qui j'avais un certain faible (mais bon pas comme Adrien l'année dernière...)j'ai lu et j'étais content qu'il revienne sur un petit truc qui m'avait chiffonné le dernier soir :

"Lors de la finale, sa femme est apparue voilée. Il a eu peur qu’elle soit violemment critiquée, a été agréablement surpris des réactions : "Si ça a permis de montrer une autre image, j’en suis fier. On peut pratiquer ses convictions sans faire chier le monde." Il précise : "Attention, elle portait déjà le voile quand on s’est rencontré. C’est son choix personnel. C’est pas Mohamed le tyran." Il rit." (Libé)

*

 

19 avril 2019

blanche-fesse et les sept mains

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BLANCHE COMME NEIGE
d'Anne Fontaine

Le titre de ce post a existé "pour de vrai", (Il s'agit d'un porno des années 80) si si, je ne vous raconte pas d'histoires... Anne Fontaine, elle, si, par contre, et c'est tant mieux. Et entre elle et nous, c'est (aussi) une longue histoire (depuis le belfortain et toxique Nettoyage à sec, en 1997). On a programmé presque tous ses films me semble-t-il, chacun d'eux le plus souvent nimbé d'une certaine singularité. Drame, comédie, polar, chronique, cette dame-là a tâté de presque tout, en l'accomodant à sa façon. Et voilà qu'elle nous revient avec un conte...
Blanche-Neige, donc, ou presque : l'héroïne c'est Claire (jouée par la jeune et jolie  Lou de Laâge, vue il y a quelques temps dans Les innocentes, de la même réalisatrice), la méchante reine c'est Maud (Isabelle Huppert dans ses grandes oeuvres), et, si nains ils ne sont pas, ils sont quand même sept à prendre soin de la jeune fille : Damien Bonnard est Pierre et François, deux jumeaux, qui cohabitent avec Vincent Macaigne un violoncelliste platonique, dont le chien est soigné par Jonathan Cohen (Serge le mytho, ça vous dit quelque chose ?) le vétérinaire, Richard Fréchette joue un prêtre québecois, Benoît Poelvoorde un libraire avide de correction, et Pablo Pauly (découvert dans Patients) un champion de sports de combat timide, fils du précédent (sans oublier Charles Berling, entraperçu au début, qui est, un peu le détonateur de tout cette histoire...), quelle distribution, non ? De quoi, vraiment, en faire toute une histoire, ce dont ne se prive pas la réalisatrice.
Anne Fontaine joue avec le mythe et malicieusement nous sème, ça et là des clins d'oeil et références à l'histoire originale (un miroir, des nains, une pomme rouge, du poison, une gisante que vont réveiller des baisers...) et nous livre une histoire décalée autour d'une Blanche-Neige bien moins nunuche que dans la version Disney (et beaucoup plus folle de son corps aussi, d'où le titre de ce post) tandis que la marâtre n'a, elle, rien à envier à son modèle (et Huppert est parfaitement idéale pour styliser le rôle).
Une version très plaisante, dont je ne comprend pas pourquoi elle a provoqué l'ire de tant de critiques (Libé, "ce "Blanche comme neige" se retrouve dès les premières minutes englouti dans un tsunami d’inanité et d’incohérence qui, au vrai, ne laisse aucun survivant", comme c'est parisiennement -et gratuitement- méchant...) à tel point qu'on croirait ça tout droit sorti des Cahiaîs qui n'ont eux  même pas daigné écrire une ligne dessus, et, rien que pour ça (hihi j'avais écrit reine que pour ça) le film mérite qu'on le défende... ce film est une fantaisie, une variation, une interprétation, devant lequel ce serait dommage de bouder son plaisir.

 

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Blanche Comme Neige : Photo Benoît Poelvoorde, Charles Berling, Damien Bonnard, Jonathan Cohen, Pablo Pauly

16 avril 2019

j'ai envie de royco

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RUE DES CASCADES
de Roger Delbez

Merci Play it again! Chaque année on a le plaisir de découvrir des films du passé, en copies restaurées! Quel bonheur...
Rue des cascades, je n'en avais jamais entendu parler avant il y a quelques mois... Un film réalisé en 1963, sorti fin 64, et qui a coûté sa carrière à son réalisateur, suite à l'échec (cuisant) du film et à sa sortie baclée. Quel dommage! Paris, Belleville, 1963, noir et blanc. Un quartier, un bar-épicerie, des gamins. Tout un petit monde (et la vie de chacun) esquissé, croqué, on ne peut ne pas penser aux photos de Doisneau ou de Kertesz et au réalisme poétique. D'abord grâce à (à cause de) la violente nostalgie ressentie à cette vue en coupe quasiment archéologique d'un monde aujourd'hui disparu, mais ici intact, préservé, 1963 comme si vous y étiez. Les vêtements, les tournures, les produits, les réclames, les expressions, on se régale à chaque instant.
Les gamins, au centre de l'histoire, pètent la santé, une bande de copains autour du jeune Alain, dont la mère -célibataire- fait jaser dans le quartier (c'est elle qui tient l'épicerie-bar) depuis qu'elle s'est acoquinée avec un nègre (c'est comme ça qu'on dit dans le film, comme dans le titre du roman de Robert Sabatier dont le film est l'adaptation, Alain et le nègre). La maman est jouée par une Madeleine Robinson dans la fleur de l'âge, touchante et magnifique. Et Vincent, le bel amant africain, par Serge Nubret (un jeune culturiste souriant, alors débutant, mais qui obtiendrait quelques années plus tard le titre de Mr Univers!). Ça m'a ému de reconnaître, dans la distribution, Benjamin Lefèvre et Christine Simon, qu'à l'époque (dans les années 60) je suivais à la télé dans le feuilleton quotidien Vive la vie! Et de découvrir aussi à leurs côtés Suzanne Gabriello, brunette piquante, que je connaissais comme chanteuse fantaisiste (et participante fréquente au Francophonissime, un jeu télé que j'aimais bien) -dont wikipédioche m'a appris qu'elle avait été la maîtresse de Brel!-. Ce qui en rajoutait encore quelques louchées dans  la nostalgie...
Le film, qui était à sa sortie une adaptation contemporaine du roman (qui lui se passait dans les années 30), est devenu à son tour un témoignage sur le passé, avec un décalage temporel encore plus grand. Et c'est le double effet kiss cool, puisqu'en 1963 j'avais 7 ans, et ce film me parle donc de mon enfance à moi (enfin, ce qu'il (m') en reste), c'est ce qui le rend d'autant plus délicieux. Le film a acquis, en plus de 50 ans, une patine attendrissante, que le noir et blanc rend encore plus forte.
Hervé a été absolument enthousiasmé par le film, je le suis dans cet enthousiasme, avec juste un tout petit peu plus de modération... Tout ça est très frais, touchant, les audaces  -pour l'époque- du sujet, et, aussi de la mise en scène (la scène de la chasse à l'éléphant), compensent les quelques maladresses d'interprétation, (de diction), des jeunes interprètes, mais on peut qualifier l'ensemble d'épatant, pour rester dans l'air du temps (d'alors).
En tout cas, encore une sacrée bonne initiative de Play it again!

"- Tu viens à la piscine ?
– Non, j’peux pas, j’vais au cathé. Et toi, t’y vas ?
– Pfff…Moi, ch’uis z’athée…
– C’est quoi un zaté ?
– C’est quand qu’on est pour la révolution!"

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la "nouvelle affiche", avec son petit côté "L'argent de poche", de Truffaut, rend tout de même plus justice au film que celle qui avait servi lors de la première -et unique- semaine d'exploitation (le film avait été rebaptisé par son distributeur...

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11 avril 2019

grâce a dieu (ou la municipalité de bagnolet ?)

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LA LUTTE DES CLASSES
de Michel Leclerc

En premier lieu, Edouard Baer, chapeau! Autant il était crédible en marquis dans le beau (et empoisonné) Mademoiselle de Jonquières, autant ici il sonne juste en vieil anar rebelle batteur d'un groupe punk (Amadeus 77, clin d'oeil au Ludwig von 88) dont le hit était J'encule le pape (qui a failli d'ailleurs être le titre de cette chronique, mais j'ai abdiqué au dernier moment, craignant l'incident diplo' avec le Vatican...).
La lutte des classes du titre n'est pas forcément tout à fait celle à laquelle on aurait pu croire (quoique) puisqu'en fait le dilemne des parents (Edouard Baer, donc, en branleur chômeur au long cours en cuir fatigué, et la toujours mimi Leïla Bekhti, en jeune avocate rebeu au rouge très rouge -j'adore les filles avec du rouge très rouge...-) concerne la scolarisation de leur fils (Coco) chéri : encore à l'école publique (de la république) de Bagnolet alors que tous ses copains sont partis les uns après les autres en établissement privé, et qu'il reste donc, comme l'affirme le directeur aux parents effarés, le dernier petit "blanc" de sa classe.
Un film où j'ai beaucoup ri au début (il y a des situations et des dialogues qui font mouche) puis un peu moins au fur et à mesure que les choses se déglinguent au niveau du couple, de leur fils, des amis de leur fils, des parents des amis de leur fils, surtout que chaque initiative de l'un ou l'autre des deux parents se solde plus ou moins immanquablement par une catatastrophe plus ou moins gênante. Suivie non moins immanquablement par une autre du même acabit ou encore pire, dans l'espoir de redresser la barre, mais qui fait encore plus tanguer le bateau.
Le film est plutôt agréable mais aussi (un peu) inégal (je l'ai trouvé parfois même ambigu), à louvoyer ainsi entre comédie classique, chronique sociétale, utopie sociale, histoire d'amour, satire gentillette, voire utopie croquignolette. A, finalement, ne pas toujours savoir sur quel pied danser (tiens je repense à Ligne de crête). Par exemple, certaines caractérisations de personnages un peu monolithiques et donc excessives (celle de l'institutrice, par exemple) m'ont un peu dérangé. Et la scène du repas avec les parents de Redouane aussi.
Mais on sent que la réalisateur les aime, ces personnages, (et qu'eux, du coup, le lui rendent bien) et c'est comme si il refusait de trancher, chacun gardant dans son camp la balle du j'ai raison et renvoyant le c'est toi qui as tort dans le jardin du voisin (cf l'ultime échange, après la scène dite "de varappe").
Moi j'ai bien rigolé (surtout au début) devant ce Petit Nicolas à Bagnolet. Point ne boudons notre plaisir, et trop ne cherchons la petite bête. Ménageons, et sachons nous contenter de plaisirs simples...

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8 avril 2019

freud, marx, zidane, le pape, et les autres...

LIGNE DE CRÊTE
Chorégraphie de Maguy Marin

Décidément, (en danse tout du moins), comme on dit, c'est dans les vieux pots...
Après Georges Appaix il y a quelques semaines (et son jubilatoire Vers un protocole de conversation ?), voici une autre "vieille de la vieille"  de la danse chère à mon coeur, cette chère très chère Maguy Marin (que j'aime depuis Cortex*, découvert en 1991) et de sa Compagnie, dont j'ai vu un certain nombre de spectacles (à chaque fois que je le pouvais).
Salves, la dernière pièce d'elle, vue en 2014 à L'Espace (Besançon) avait laissé certain(e)s sceptiques (pas moi) et avait été déjà considéré par ces mêmes certain(e)s comme un peu clivant. Et la danse dans tout ça ? Et donc j'étais très curieux (et impatient) de découvrir cette nouvelle pièce à propos de laquelle je n'ai absolument voulu rien lire (même pas le texte explicatif distribué à l'entrée) Rien, je n'en savais rien...
Eh bien ? Eh bien, Maguy, elle a poussé le bouchon encore (bien) plus loin...
Sur scène, des cubicules de plexiglas dans lesquels, au début, le public se reflète. Ca a l'air inoffensif et gentillet, comme ça. Quand les lumières s'éteignent débute alors la "musique", un bruit "industriel", celui d'une machine-outil, peut-être dans l'impression**, en tout cas un bruit mécanique, implacable, répétitif, agressif, à propos duquel chacun(e) réalise, au bout d'un temps plus ou moins long, qu'il ne va (plus) jamais s'arrêter. Déjà, rien que ça a été jugé insupportable par certain(e)s.
D'abord, dans une semi-pénombre apparaissent les interprètes, sapés comme des travailleurs/euses, executive men and women, qui vont et viennent, entre et sortent, partent et reviennent, déambulent, se rencontrent (ou pas), s'entrecroisent,  zigzaguant entre ces structures de plexiglas, des genres d'open spaces. Qu'ils vont alors commencer à meubler, à remplir, à occuper, progressivement, obstinément, répétitivement, de plus en plus, en y apportant des choses, à boire (packs d'eau, de lait, de boissons aux fruits, de soda américain) et à manger (ils vont beaucoup grignoter de cochonneries) et des choses du quotidien (du pq, des paquets, des cartons), et des choses à afficher (des images de gens connus ou d'événements ayant marqué) pour habiter leur espace, et d'autres choses encore, de plus en plus, un bric-à-brac inimaginable, un étalage de vide-grenier, le déballage d'une vie, en une une mécanique in(c)lassable, impitoyable, jusqu'à saturation de chacun de ces espaces individuels, puis de l'espace scénique tout entier.
C'est au moment où il (l'espace) sera devenu impraticable et ne permettra plus la moindre circulation que clac! la lumière s'éteint et ouf! (quelqu'un dans la salle l'a exprimé) la "musique" s'arrête. Noir. The end.
Une heure et quart (m'a dit Jean-Luc, j'avais coupé mon téléphone et n'avais donc pas d'heure) de circulations, de transports et d'entassements d'objets, des plus banals aux plus incongrus (et encombrants), selon une trajectoire implacable, radicale, détabilisante. Jusqu'auboutiste. (des gens d'ailleurs ont quitté la salle, et j'ai trouvé les applaudissement à la fin plutôt mesurés).
J'ai trouvé ça parfaitement fascinant (et tout aussi parfaitement politique). Le texte de de présentation évoquait Spinoza (mais je ne l'ai lu qu'après, comme d'hab') mais il n'était pas obligatoire de passer sous les fourches caudines de la philosophie (que je n'aime toujours pas) pour se faire sa propre grille de lecture. C'est vrai qu'on peut juger qu'on est assez loin de la "danse" mais l'ensemble de la création est bel et bien une chorégraphie (qu'on peut raisonnablement penser rigoureuse et millimétrée, tellement est sidérante la perfection de ces déplacements et croisements coordonnés.
Le spectateur, soumis au régime du trop-plein, est confronté à tellement de choses à regarder, entre les personnages, les mouvements, les reflets, les objets, les actions, qu'il est donc forcé de faire des choix (à peu de choses près, on pourrait penser aux Championnats de France de n'importe quoi, des 26000 Couverts, pour la multiplicité des choses à voir, et l'obligation de faire des choix, sauf que Les Championnats... étaient surtout drôles, tandis que cette Ligne de crête serait plutôt oppressante et malaisée, et la chorégraphe reconnaît d'ailleurs avoir fait ce choix délibérément...), d'ailleurs, à la fin, en discutant, personne n'avait vu complètement la même chose.
On comprend pourquoi, avant que ça commence, le public est confronté à son reflet. Parce que le spectacle entier n'en sera que la continuation (de cette réflection initiale). Maguy Marin nous tend un miroir de la taille de la scène, de la taille de nos vies (sans oublier la duplication fascinante supplémentaire, aléatoire, que génèrent  les reflets des danseurs sur les parois de plexi), la manière dont les choses nous conditionnent et nous ensevelissent, la permanence de l'inanité (et de l'absurdité) de vivre, d'être là, sur scène, d'avancer, de recommencer, avec, dans le même temps, par-ci par-là, des moments "de grâce", légers, volés, des duos fugitifs, réduits à leur plus simple expression, des collaborations fugaces, des connivences, des échanges (qui rappellent de loin comme c'était bien le plaisir de les voir ces danseurs, danser "vraiment", dans d'autres pièces, sur de "vraies" musiques et d'aussi "vraies" chorégraphies).
Entre immersion et submersion...
Le monde a changé, (et la danse aussi), mais l'acuité du regard de Maguy Marin n'a pas baissé d'un iota. Sans pitié (sans doute), mais le monde d'aujourd'hui ne l'est pas moins. Et ça fait parfois du bien de se l'entendre dire, et de se prendre tout ça bam! bam! et re-bam! en pleine figure. C'est, comment dire... salutaire ?
Les discussions, après, dans le hall, étaient passionnées, chacun réagissant avec énergie dans un sens ou dans l'autre (Patrick G. parlait de "foutage de gueule intégral", je répondais "radicalité", "extrême limite de la danse", puisque c'était, en principe, de la danse que tous ces gens étaient venus voir...)
Je pense que c'est un des spectacles les plus forts vus lors de cette saison 2018/2019.

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* dont vous trouverez ici une "recréation vidéo" de 32 minutes (que je vous conseille...)
** selon Christine ma voisine, il s'agirait d'une photocopieuse

22 mars 2019

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DANS LA DECHE A LOS ANGELES
de Larry Fondation

Il y a un message que j'aime bien recevoir de chez Priciceministruche, c'est celui-qui dit "votre souhait est exaucé" (oui oui comme dans les contes)  et encore plus lorsque le souhait en question est exaucé par Gibertuche Joseph de son prénom (à moins que ce ne soit le contraire) parce que je sais qu'il n'y aura pas de frais de port à ajouter à la somme annoncée (avec un minimum d'achats, bien sûr, qui varie entre 10 et 20€, et m'oblige donc à chaque fois -pas fou le Gibertuche- à sélectionner deux trois autres bouquins pour faire bonne mesure (le jeu étant d'atteindre la somme exigée en la dépassant le moins possible, voire en l'atteignant juste pile-poil)
Et là, bingo, voilà que trois de mes voeux étaient exaucés d'un coup! J'ai donc commandé, sans avoir rien à rajouter...
J'étais très content de pouvoir lire ce cinquième (et dernier, pour l'instant) bouquin de Larry Fondation, qui est chronologiquement le troisième, et semble énorme en comparaison des autres volumes (celui-là frôle les 300 pages).
Larry Fondation c'est noir très noir, une écrite très séche, des chapitres comme au cutter qui font parfois à peine une demi-page, une écriture que j'adore (et que je prends plaisir de temps en temps à lire à haute voix tellement des fois ça slamme). On est toujours à Los Angeles, on est toujours dans la merde, la violence, les petites gens, les putes, les clodos, mais, cette fois l'auteur nous pose trois personnages principaux (Fish, Ponds et Soap), deux hommes et une femme, trois sdf au quotidien dans la ville des anges...
Je l'ai déjà écrit, plus qu'un roman, c'en sont des. Les histoires de Soap, Fish et Bonds sont souvent comme des shrapnels, elles en ont  la violence et la létalité, la "contondance" en nous montrant, simplement, "de l'intérieur", ce que c'est, justement, au quotidien, que de vivre dehors. Eclats de vie qui sont aussi, parfois, juste de petits bonheurs, les épiphanies chères à James Joyce ("Par épiphanie, il entendait une soudaine manifestation spirituelle se traduisant par la vulgarité de la parole ou du geste ou bien par quelque phase mémorable de l'esprit même. Il pensait qu'il incombait à l'homme de lettres d'enregistrer ces épiphanies avec un soin extrême car elles représentaient les moments les plus délicats et les plus fugitifs.")
Dans la dèche à Los Angeles (le titre original, Fish, Soap and Bonds était plus juste, plus "neutre") est un peu le bagage personnel de ces trois-là, vous savez, comme si on avait l'occasion d'inventorier le contenu des sacs plastiques qu'ils trimballent, des souvenirs, des des rêves, des coupures de journaux, des détails, au milieu d'incessant déplacements (va-et-vient, allées et venues) car la mobilité est ce qui définit (caractérise) ces trois personnages terriblement attachants.
je précise que, dans la réalité, les sdf sont dens gens qui me font un peu peur, qui me mettent mal à l'aise, que j'ai tendance à éviter, à fuir... parce qu'ils figurent un état dans lequel tout citoyen "normal" n'a pas envie de se retrouver. Et le livre de Larry Fondation serait alors comme une forme d'apprivoisement (d'apaisement aussi, parfois). A la fois sans pathos, mais sans pitié aussi. Un livre magnifique.

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16 mars 2019

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MA VIE AVEC JAMES DEAN
de Dominique Choisy

Ah, Nathalie Richard... cette actrice divine qu'on adore depuis 1986 (Golden Eighties, de Chantal Ackerman), puis, surtout 1988 (La bande des quatre, de Jacques Rivette) et d'ailleurs en relisant sa filmo dans allocinoche, c'est incroyable la tripotée de films où elle a joué et dont je me dis "oh tiens celui-là aussi j'adore" en en voyant le titre dans la liste... Dire qu'on l'aime est donc un pudique euphémisme.
Dominique Choisy, le réalisateur, qui est un homme de goût, a d'ailleurs fait appel à elle (Nathalie R.) dans chacun de ses trois films (Confort moderne, et Les fraises des bois). Quelle bonne idée! Elle incarne ici la directrice d'un cinéma (au Tréport) qui a invité un jeune cinéaste a venir présenter son film, Ma vie avec James Dean, mais qui, le soir de son arrivée, l'oublie pour cause de problèmes sentimentaux personnels. Ledit jeune réalisateur, prénommé Géraud (et pas Jérôme) est, on l'apprendra assez vite, lui aussi en stand-by affectif, et va se retrouver en rade, entre une jeune réceptionniste avec laquelle le courant ne passe pas vraiment, un jeune projectionniste affectueux, et un moins jeune vigile sentencieux.
Au terme d'une soirée où il aura, en quelque sorte, fui en se bourrant la gueule, il va se retrouver au centre d'un chassé-croisé sentimental délicieux où chacun(e) ou presque est amoureux-se, à la fois poursuivant quelqu'un(e) d'autre et lui-même poursuivi aussi par un(e) ou plusieurs autr(e)s (l'effet boule de neige).(Les parenthèses "genrées" semblent -paradoxalement- de rigueur, tant tout le monde est -plaisamment- dans le même panier affectif. Le distributeur (Optimale) et la bande-annonce pourraient faire croire a priori à un film furieusement pédé, mais non. C'est doux, c'est tendre, c'est pudique, ça pourrait être une chanson de Françoise Hardy tous les garçons et les filles de mon âge se promènent dans la rue deux par deux, d'ailleurs Bertrand Belin (qui joue aussi dans le film, un marinier qu'on peut qualifier de "compréhensif" malgré les apparences) a mitonné une aimable bande-son "dans l'esprit" avec quelques chansons jolies, pour célébrer ce monde qui ressemble au notre mais pas tout à fait, un monde où l'amour, qu'il soit gay, bi ou hétéro, est "normal" (et le même) pour tous, un monde merveilleusement (ir)réaliste (où il semble normal pour des parents aimants de laisser partir leur jeune fils avec le premier réalisateur venu), qui donne envie de s'embarquer illico pour Le Tréport...
J'ai pensé à l'affiche de La femme de l'aviateur, puisque la figure d'une ou deux personnes en espionnant une autre cachés derrière un angle de mur va devenir récurrente dans le film. Et que l'univers de Rohmer n'est pas très loin. Il est question de relations, de sentiments, de séduction, de stratagèmes, de séparations, de reconquête, mais, toujours, le coeur est au centre des préoccupations de chacun(e). Oui, c'est (joliment) ça.
Avec en plus un film dans le film, le fameux "Ma vie avec James Dean", dont on ne connaîtra que le début, et même un second, juste à la fin, dont on aura le générique (et que je vous laisse découvrir), bref trois raisons de se demander pouruoi le film de Dominique Choisy, malgré une presse plutôt positive ( une très jolie critique de Transfuge) même si -on ne demande pourquoi- un peu plus clairsemée que pour les merdouillasseries grand public habituelles, n'a eu droit qu'à une sortie un peu "furtive"le genre dont Téléramuche (qui lui n'a pas été très tendre sur le coup) dira qu'il a été "un peu injustement passé inaperçu lors de la sortie"...
Et dire que les acteurs sont très bien, et qu'on a même le plaisir (tiens, comme dans L'Amour debout) de voir Françoise Lebrun (mais qui ici ne joue pas son propre rôle...)

Avis aux amateurs, j'ai un double dvd avec les deux premiers films du monsieur (et donc, deux fois de plus Nathalie Richard!)

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ps  (qui n'a rien à voir) : Je viens de découvrir par hasard que Johnny Rasse, l'acteur principal du film, est "chanteur d'oiseaux" (et qu'il est très connu pour ça...)

12 mars 2019

journal d'un curé de campagne

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AIME ET FAIS CE QUE TU VEUX
de Malgorzata Szumowska

Merci Uncut qui m'a permis de découvrir ce film qui m'avait échappé en janvier 2014 -mais comment ai-je pu passer à côté de ça ?- même si le titre n'est pas terrible je trouve (et pourtant c'est du St Augustin), et l'affiche non plus d'ailleurs.
Le film s'ouvre sur une scène plutôt dure ou des gamins s'acharnent sur un mec simplet. Bienvenue  en Pologne, une Pologne "profonde", catholique, brutale, xénophobe. On fait ensuite la connaissance du personnage principal, un prêtre qui bosse dans un foyer d'accueil pour jeunes délinquants, en train d'arbitrer un match de foot plutôt... viril. l'arbitre se fait insulter par un des joueurs et lui colle un carton rouge. On va suivre un moment notre prêtre barbu et charismatique (magnifiquement incarné par Andrzej Chyra, vu récemment dans le Frost de Sharunas Bartas) exerçant son sacerdoce (c'est comme ça qu'on dit) au sein de ce bouillonnant aréopage de jeunes bourrins testostéronés pour qui l'affrontement viriliste est le seul moyen de communication ou presque (et donc, plastiquement, esthétiquement devrais-je dire, tout ça ne pouvait que me plaire vous vous en doutez...)
Il va s'avérer que notre prêtre, si sa foi semble entière (intègre) est tout de même soumis à certains tiraillements intimes (les choses sont assez vite posées, oui, un prêtre ça a aussi le droit de se branler), d'abord avec la proposition plutôt directe d'une jeune et jolie paroissienne bovaryenne, qu'il récuse frontalement, ensuite avec, bien plus indidieusement, l'intérêt croissant qu'il porte à un jeune barbu christique, frère justement du simplet victime des ados dans la scène d'ouverture.
Et (hoho là ça devient intéressant pour moi) de l'attention à l'intention, il n'y a qu'un pas, mais ce pas-là est sacrément dur à envisager pour notre père qui connaît alors les affres du désir (sport que j'avoue avoir moi-même pratiqué avec une certaine obstination) surtout quand l'objet de votre désir est a priori absolument hors de votre portée. sauf qu'ici, il va s'avérer que, eh bien justement (là ça devenait encore plus intéressant) l'objet du désir, il n'est peut-être pas si inaccessible que ça et que, eh bien, il ne serait peut-être pas forcément à ce que. A ce que quoi, justement ? Il y a toute une série de scènes délicieuses qui mettent en place le rapprochement progressif des deux tourtereaux (la réalisatrice n'y allant pas forcément de main morte dans l'imagerie christique et/ou sulpicienne : la leçon de natation comme un baptême, la course dans les champs de maïs avec cris d'animaux...) et qui m'ont mis en émoi, avec toujours l'environnement bourrinesque et homophobe qui sert d'écrin à ce beau roman, à cette belle histoire (à cette romance d'aujourd'huiiiiiiiii... Je ne persifle pas, j'ai vraiment beaucoup beaucoup aimé ça...)
Mais rien n'est facile pour notre prêtre, qui, en plus des tourments moraux inéhrents à ses sentiments envers le jeune homme, va devoir faire face à d'autres problèmes : l'arrivée d'un nouveau jeune perturbateur et provoquant (un blondin gay et actif, on l'entrapercevra à l'oeuvre), le suicide d'un des pensionnaires, et, surtout, la dénonciation à l'évêque de la part du plus proche collaborateur du prêtre... Et le film qui, jusque là tenait la route sans mollir, va se mettre à tanguer furieusement du scénario et à partir un peu trop dans tous les sens. D'abord en perdant de vue, pendant un temps suffisamment long, le p'tit barbu christique -où en ne s'y intéressant plus assez pour qu'on ait l'occasion d'y croire- ce qui est, à mon sens une erreur, puis en enfonçant le clou avec deux scènes d'ivresse un peu pénibles et excessives). Le rythme du film en pâtit, et le spectateur en est un peu déboussolé.
Heureusement dans la dernière partie la réalisatrice reprend les choses en main, d'abord avec une magnifique scène de procession, mettant, justement, en scène tous les protagonistes du film, sur un chouette morceau de Band of horses, et annonçant, un peu, le début de la fin.
Où (ah midinet un jour midinet toujours) on voit réapparaître -enfin!- le jeune barbu dans une dernière partie qu'on attendait, forcément, pour la grande scène des retrouvailles et de l'amour enfin consommé, (mmmh c'est délicieux, je le redis), juste avant un épilogue que je n'avais pas du tout vu venir. Qui m'a un peu agacé dans un premier temps je l'avoue, tellement je l'inattendais, mais qui, en y réfléchissant à deux fois (j'ai tendance, je l'ai déjà dit mille fois, à être primaire) est une belle et ironique façon de conclure. Et pan dans les dents de la religion!
Un film, donc, que je suis très content d'avoir finalement vu, et que j'aime énormément malgré certaines faiblessechounettes.

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Le film a obtenu le Teddy d'Or à Berlin...
(mais je trouve que l'affiche est mal fichue, une histoire de composition et de proportions, sans doute...)

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(christiques vous disais-je...)

 

27 février 2019

aspasie

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LA CHUTE DE L'EMPIRE AMERICAIN
de Denys Arcand

Un jeune philosophe célibataire, une jeune pute de luxe fleur bleue, un plus vieux voleur honnête, un un plus vieux haut-financier onctueux, un duo de flics entre les deux (elle/lui) starsky et hutchesque, des malfrats de toutes les couleurs (des blacks, des latinos, des irlandais), plus deux gros sacs de sport pleins de biffetons qui excitent toutes les convoitises, et tout ça avec un accent québecois garanti 100% sirop d'érable (je me souviens que dans les années 70/80 les films de Gilles Carles, dans le même joual, étaient sous-titrés, ici on laisse le spectateur, dont on suppose qu'il en est désormais coutumier du fait, se démarder, tabarnac...), allons-y donc voir comment tout ça tourne...
Ce film est annoncé comme le dernier volet d'une trilogie comprenant Le déclin de l'empire américain (1986, tout de même) et Les invasions barbares (2003), une trilogie qui s'étale donc sur plus de trente ans, et l'annonce ressemble plutôt à une idée-marketing qu'autre chose, un truc pour appâter éventuellement le client, bref une argutie publicitaire (finalement) menteuse (si on retrouvait bien les mêmes acteurs/personnages dans les deux premiers,là il n'y a plus personne, le seul point commun de ce dernier segment avec les autres est  la présence au générique de Rémy Girard, mais qui ne joue même pas le même personnage, il a bien vieilli d'ailleurs, alors, arrêtez un peu de prendre les spectateurs pour des niaiseux, hein) et, donc, un argument de tiroir-caisse.
Passons outre ce point de détail un peu agaçant. La chute de l'empire américain est un film plaisant, très plaisant, une jolie mécanique scénaristique qui (ne) parle justement (que) de gros sous, à laquelle j'ai trouvé le charme de (de ce côté) certaines comédies sociales  de Pierre Jolivet (Zim and co) ou de Lucas Belvaux (La raison du plus faible), -lorsque ceux-ci ne se prennent pas trop au sérieux-, ou même (de l'autre côté) carrément, allez, les frères Coen (oui oui) quand ils font de même, et c'est dire si on y prend plaisir...
Un jeune homme propre sur lui, amateur de philosophie et de théâtre classique, mais sans le sou, attentif aux malheurs des autres (il donne aux sdf, s'investit dans une association d'aides aux plus défavorisés, bref le gendre idéal, se trouve, avec son van de livraisons, sur les lieux d'un hold-up qui tourne mal, où les braqueurs (blacks) et le vigile se sont entretués sous ses yeux, et se retrouve, donc (le jeune homme) en possession de deux gros sacs d'argent sale, dont il ne sait d'abord pas trop quoi faire. Sur internet il fait la rencontre d'une escort-girl lettrée elle-aussi (elle cite Racine) qui vient le voir chez lui (c'est un amour de jolie blondinette) et le fait grimper presque au septième ciel, attaché sur une chaise les mains dans le dos avec une cravate, presque car la séance est interrompue par l'arrivée de deux enquêteur/trice, ceux-là même qui ont déjà cuisiné le jeune homme à chaud pendant des heures sur le lieu du hold-up, et nourrissent, bien évidemment, des soupçons à son égard (ils utiliseront tout les moyens dont ils disposent, -et l'arsenal technologique est vaste-, pour mener leur enquête, mais avec toujours dans leur progression un temps de latence, un délicieux effet "bipbip et le coyote", qui les fait à chaque fois louper leur cible de peu, de très peu, d'extrêmement peu, d'extrêmement très peu, comme la flèche et la cible dans le très zen Traité du zen dans l'art chevaleresque du tir à l'arc, ou, plus prosaïquement le Caramba, encore raté! de chez Tintin ).
Le jeune homme a pris contact avec un voleur tout juste sorti de prison mais ayant suivi des cours d'économie, de gestion et de finance, donc l'homme qu'il pense idéal pour l'aider à gérer son nouveau patrimoine, tandis que la jeune fille (dont on continuera à se demander pendant un moment si elle l'aime vraiment ou si elle veut juste siphonner ses économies) lui fait rencontrer un avocat d'affaires qui pourrait bien être leur sésame providentiel dans le monde de la finance et du blanchiment de pépètes malhonnêtement gagnées... Tout ça tandis que des malfrats très méchants font tout ce qu'ils peuvent pour récupérer le fric qui leur appartient (celui qui est dans les sacs) de façon(s) assez violente(s) (le truc des bras attachés dans le dos avec la chaîne, ça fait très mal, même juste à regarder) et, victime après victime, se rapprochent de plus en plus dangereusement de nos héros...
C'est très bien construit, c'est malin, amoral et/ou cynique juste ce qu'il faut, bon enfant et midinet juste ce qu'il faut aussi, avec certaines "préoccupations sociales" du réalisateur qui peuvent sembler parfois un peu insistantes (et aussi une façon de se dédouaner, de se donner bonne conscience, de signaler "regardez comme je suis conscient des malheurs de tous ceux ceux qui m'entourent") mais bon on lui pardonne c'est bien de s'inquiéter de son prochain.
Tellement on y prend de plaisir.
Et voyez-vous j'ai même été, à l'improviste, ému par le joli plan-séquence de la fin (les regards-caméra) même s'il est -ne nous voilons pas la face- bien inspiré (ou, au choix, honteusement pompé, hihihi) sur celui de Diarios de motocicleta (qui m'avait d'ailleurs fort ému, exactement de la même manière).
Je ne dis pas que c'est le film de l'année, mais j'y ai passé un sacré bon moment Tabarnak d'Ostie d'Crisse de Cââlisse

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21 février 2019

nounours et crocodiles

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PUPILLE
de Jeanne Herry

Vu avec Emma lundi après-midi  ce film, raté à sa sortie, reprogrammé grâce à la proximité des Césars. Aubaine! J'avais bien aimé les actrices/teurs entrevus dans la bande-annonce mais bon moi, les histoires de bébés et de services sociaux, hein... Dans la salle il devait y avoir une quinzaine de dames et moi comme seul porteurs de gonades. Eh bien je peux vous dire qu'on a tous fini dans le même état, vu le silence et l'immobilité qui ont succédé au générique de fin...
J'ai rarement été autant bouleversé par un film, aussi longtemps je veux dire : j'ai eu la larme à l'oeil pratiquement pendant tout le film, j'avais même peur d'avoir épuisé mon stock de larmes disons mensuel, c'est dire! (paradoxalement, pourtant, c'est à la fin que j'ai le moins pleuré...).
Donc, une jeune fille vient accoucher à l'hôpital et déclare aussitôt qu'elle ne veut ni voir ni toucher son bébé, bref qu'elle ne veut pas le garder. Aussitot, (comme dans Réparer les vivants on assistait à la mise en place et au déroulement du processus de don d'organes) va se mettre en branle le processus d'abandon de progéniture ("né sous X") et, parallèlement, (mais il a déjà commencé bien avant) celui d'adoption d'un bébé.
On va suivre une assistante sociale (Clothilde Mollet, sensationnelle), une éducatrice (Sandrine Kiberlain, sensationnelle), une éducatrice-chef (Miou-Miou, la maman de la réalisatrice, sensationnelle), un père d'accueil (Gilles Lellouche, sensationnel), une travailleuse sociale (Olivia Côte, sensationnelle), et, bien sûr, une candidate maman (Elodie Bouchez, sensationnelle). Ne croyez pas que je me moque, c'est vraiment ce que j'ai ressenti : elles/ils sont tous sensationnel/le/s (j'ai failli le dire à Emma pendant la projection mais je me suis retenu...). On suit le boulot -et on partage un tout petit peu de la vie- de tous ces gens-là (et j'ai repensé à Réparer les vivants) avec, au centre du dispositif ce bébé prénommé Théo (mais -attention je spoile- qui deviendra Mathieu) depuis le jour de sa naissance jusqu'à celui où il rencontre sa nouvelle maman.
Oui, tout ça m'a bouleversé, cette belle histoire (on souhaite/on espère que ça se passe toujours aussi bien que ça dans la vraie vie) c'est de l'humanité qui fait du bien, tout simplement. Du bonheur.
En plus, on a le plaisir de voir passer en coup de vent des acteurs qu'on aime (Thibaut Vinçon, Grégory Gadebois, Bruno Podalydès, Jean-François stévenin), plus-value encore au bonheur éprouvé...
Un tout petit bémol, toutefois : il n'était pas indispensable de rajouter cette historiette d'amour entre K et L, qui  vient un peu parasiter l'histoire et n'apporte rien de plus à celle qui nous intéresse.
Un film à l'image de ses affiches, d'une extrême douceur.

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7 février 2019

in the sauna

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ENTRE LES ROSEAUX
de Mikko Makela

(entregent) Hasard des visionnages, ce film arrive juste à point, logiquement, oui, juste après Border (Welcome to Finland) et Mon cher enfant (Welcome to Syria). Vu ce matin, grâce à un lien vimeo et le mot de passe adéquat, ce joli film. L'histoire de Leevi et Tareq. Le premier est un jeune Finlandais qui fait une pause dans ses études littéraires parisiennes (il termine sa thèse de poésie comparée) pour revenir quelques jours en Finlande, notamment pour donner un coup de main à son père dans la réfection de leur maison de vacances, avant que celle-ci ne soit vendue, et le second est un jeune (et craquantissime) Syrien, recruté par le père via une agence d'intérim pour donner un coup de main dans lesdits travaux de réfection.
Le père, le fils, et le saint-esprit non, l'ouvrier.
Le père n'est pas commode (un vieux con finlandais pourrait-on dire, non, mieux, un vieux con universel comme il s'en fait -et s'en exporte- partout) et a du mal à accepter le mode de vie de son fils (d'abord qu'il soit gay, ensuite ses études frivoles, et le fait qu'il ne soit pas encore un homme parce qu'il n'a pas encore fait son service militaire -on apprend, incidemment, que la Finlande est, avec la Russie et la Corée du Nord, un des derniers pays à voir conservé cette institution...-).
Et le fils va vite trouver ce nouvel -et joli- ouvrier fort à son goût (etcomme on l'apprendra assez vite, réciproquement). Et comme le père est récemment appelé ailleurs pour régler les problèmes de sa petite entreprise défaillante, les deux jeunes gens vont se retrouver seuls, fort propicement, ce qui va bien arranger leurs affaires affectives et autres (et les nôtres, de spectateurs). Mondialisation gay pourrait-on dire, que cette rencontre finno-syrienne (pas si fréquente, quoique vue il n'y a pas très longtemps, pas tout à fait sous le même angle il est vrai,  dans le délicieux L'autre côté de l'espoir kaurismakien).
Le film est simple, il est juste. Rempli de sincérité. Et plutôt touchant ma foi. J'aime toujours ces histoires de rencontres entre deux gars, où la structure et le déroulement sont connus (premier contact, rapprochement, découverte mutuelle, travaux d'approche, premier baiser, "il faut bien que le corps exulte" (le passage à l'acte), les confidences, le bonheur partagé, et, forcément, la suite des événements -des fois c'est rose, des fois c'est noir, ça dépend du contexte et de la situation des tourtereaux concernés- et la conclusion, bien entendu, avec la même remarque que précédemment) mais dont la représentation fait toujours, oui oui,  du bien à mon coeur de midinet.
Les paysages (Finlande, bois et lacs) sont mêêêrveilleux (arghhhh! Ficâââ sors de ce corps!), les jeunes gens sont au diapason (avec, je le redis, un gros gros faible pour le jeune et viril barbu syrien), le constat est idyllique juste ce qu'il faut, mais réaliste exactement dans les mêmes proportions (principe de roucoulades vs principe du réel), bref, un film qu'on a envie de défendre et de poupouner (de cajoler) parce qu'il modernise (qu'il recycle, c'est dans l'air du temps) des thèmes archi-rebattus en y insérant des éléments résolument (et, parfois, tristement) contemporains.
"Les histoires d'a, les histoires d'amour finissent mal, en général -en généraaaaaal...-" (comme chanté par les Rita Mitsouko)

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mimi, non ?

 

20 janvier 2019

boulevard 2.0

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DOUBLES VIES
d'Olivier Assayas.

Assayas, Binoche, Macaigne, voilà le joli petit tiercé qui m'avait donné envie d'aller au bôô cinéma et ce dès la première séance du film (oui oui on l'avait en sortie nationale!) et c'est donc là que j'ai retrouvé Emma . Doubles vies, dit le titre, mais double film finalement aussi.
Je l'ai déjà dit et je le répète (et je ne me lasserai pas de le répéter), j'adore Vincent Macaigne, surtout quand, comme ici, il a sa bonne grosse barbe, et même quand, comme ici il macaignise : hirsute, plaintif, zyeux de chien battu, mauvaise foi, hésitations, pleurnicheries presque, attendrissant comme un aimal de compagnie qui voudrait sans cesse être rassuré sur les sentiments que vous lui portez : ce mec-là est grandiose, point.
Et il a en face de lui une Binoche dans ses meilleurs jours, comme je l'aime : simplement juste (justement simple). A la question que je me posais, suite à ses précédents films ("Est-ce que qu'elle couche ?") il a été répondu  oui. Oui, après Xavier Beauvois, Robert Pattinson, Masatochi Nagase, pour n'évoquer que ces films les plus récents (c'est vrai qu'en ce moment on assiste à un genre de festival Juliette) on la voit effectivement ici au lit avec tiens je ne vous dirai pas qui, vous verrez bien vous même, je ne vais pas spoiler, mais bon, oui, elle couche (mais c'est ici très pudique, Assayas quand même).
Binoche, Macaigne, et en face, Guillaume Canet (que j'aime poliment, et qui ici ne démérite pas) et Nora Hamzawi, que je ne connaissais pas et que j'ai trouvée excellente. Les voilà formés en deux couples, avec pour pimenter ce quadrille et le transformer en jeu des quatre coins, la jeune Christa Théret, découverte il n'y a pas si longtemps en soeurette de Félid Moati dans le délicieux Gaspard va au mariage d'Anthony Cordier.
Macaigne est écrivain, sa femme Nora est attachée parlementaire, Canet est éditeur et sa femme, Binoche, est actrice dans une série policière à succés ("Collusion"), comme on le voit on n'est ni dans le RSA ni vraiment non plus les fins de mois qui déchantent. Passons. bons jobs, beux apparts, ces gens-là se réunissent lors de soirées chez les uns ou les autres qu'on croirait scénarisées par Valérie Lermercier (la Renardière et ses "grandes salades"), où le comble du raffinement est de manger avec l'assiette posée sur ses genoux mais surtout, surtout, de parler, de discourir plutôt, d'une  intolérable façon. Comme si un robinet de lieux communs (et autres fadaises) avait été ouvert : enfilades de poncifs sur les sujets les plus divers, (qu'Emma, dans sa grande bonté, supposait avoir été écrits comme ça exprès pour montrer à quel point ces gens-là (et leurs conversations) sont ridicules, parce que le film est une comédie, alors que moi je craignais que non, justement.
Le film, donc, glose. Dès qu'ils se réunissent, piapiapia,  ils jactent comme wikipédioche, ou comme dans "le livre numérique pour les nuls", ou comme dans "la politique pour les nuls", ou comme dans une notice de vulgarisation, et c'est très très agaçant. Limite insupportable.
Ca c'est dans le premier film (les affres d'un écrivain d'auto-fictions à qui son éditeur refuse de publier son dernier manuscrit, tandis que les temps changent, et que la liseuse a insidieusement remplacé les bons vieux livres en papier avec les pages qui tournent). On s'y morfond un peu, avec son assiette sur les genoux, quand soudain commence le second. La deuxième couche, le double-fond : A trompe B avec C, B ttrompe C avec D, et D avec E (et on soupçonne rapidement que E ne devrait pas tarder à faire la même chose avec... avec qui d'ailleurs ? on ne sait plus très bien mais là, dans ces histoires de cul de coucheries et de cocufiages divers il advient, ô bonheur, que les gens parlent simplement, normalement, habituellement, comme dans un film normal où un homme normal couche avec une femme normale. Ou le contraire. En trompant son mari ou sa femme normale. Et ces scènes sont justes. Et elles fonctionnent. Jusqu'à ce que, à nouveau, le robinet à platitudes et autres généralités se déverse à nouveau.
Oui, voilà un film double, tout aussi exaspérant qu'attachant, jusqu'à ce que, finalement, ce soit l'attachant qui finisse par l'emporter. Grâce aux acteurs-trices, surtout, sans doute. Autant Assayas est pénible (et lourdaud) dans le didactique et le magistral, autant il excelle dans l'humain et l'affectif.
Paradoxalement me restera donc de ce film un sentiment général plutôt positif (grâce à mon tiercé de tête initial -Macaigne/Binoche/Assayas- auquel je rajoute l'outsider Nora Hamzawi, qui restera pour moi la vraie révélation du film).

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11 décembre 2018

oeil de crocodile

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HIGH LIFE
de Claire Denis

Celui-là j'étais plutôt curieux de le voir (un peu en souci aussi), surtout après le jugement doublement  négatif -et lapidaire-  ("parfaitement ridicule") que j'en avais eu (de la part de Dominique et Jean-Luc), et qui me laissait craindre le même décalage que celui apparu entre les critiques (dithyrambiques) et le ressenti des spectateurs, à propos de son avant-dernier film,  Un beau soleil intérieur, qui m'avait laissé... perplexe (et insatisfait). on allait voir ce qu'on allait voir.
On annonçait Pattinson, on annonçait Binoche, on annonçait science-fiction, on annonçait  trip galactique, eh bien tout y fut. (La S-F, j'ai un faible.) Un huis-clos trouble (troublé et troublant) dans un vaisseau spatial & spécial (dont les passagers et l'ambiance générale  évoquent ceux de Alien 3) lancé dans un voyage sans retour. (Oui, sans retour).

Claire Denis, pour moi, c'est une (très) longue histoire, je la suis depuis son premier long-métrage, Chocolat (1988), (mais, en fait, depuis encore bien plus longtemps,  (merci allocinoche!) depuis son tout premier film en fait, où elle était créditée au générique en tant que 2ème assistante-réalisatrice,  Sweet movie, -qui m'est cher parce qu'il s'agit d'un de mes premiers émois érotiques au cinéma- en 1974!). J'ai vu plus d'une dizaine de ses films, certains que j'ai vraiment beaucoup aimés (35 rhums, Vendredi soir, White material, Beau travail) d'autres moins (Nénette et Boni, J'ai pas sommeil) voire pas  du tout (Trouble everyday m'avait filé la gerbe, et Les salauds aussi, même si pour des raisons différentes, et  ce dernier m'avait d'ailleurs carrément mis en colère à cause d'une scène finale injustifiable).

Eh bien celui-ci, de Claire Denis, n'en déplaise à Dominique et Jean-Luc, fait partie de ceux que j'ai plutôt beaucoup aimés. Je dirais même qu'il contient plutôt moins de poil à gratter cinématographique que ce que j'aurais pu craindre.
Car le cinéma de Claire Denis, c'est souvent, pour moi, une affaire d'inconfort. Oui, un truc qui gratte qui dérange démange. Souvent dans les personnages, ce qu'ils sont et la façon dont la réalisatrice les montre (on pourrait avoir le sentiment qu'elle ne les aime pas toujours.) Ici, au commencement, tout doux, un homme et un bébé, dont on apprendra bientôt qu'ils sont père et fille, puis, encore un peu plus tard, comment la conception de la fillette a eu lieu, et encore plus tard, ce qui va leur arriver... Le papa c'est Robert Pattinson, très bien (comme toujours ou presque) dans un rôle très "rentré". Pendant un assez long moment on le suivra, au présent, dans ses réparations, son jardin, devant ses écrans de contrôle, avant que son histoire ne se reconstruise progressivement, sous formes de flashes puis de flash-backs... Et c'est vrai que les relations plus ou moins troubles entre les papas et leurs filles reviennent régulièrement dans les films de Claire Denis, et que celui-ci précisément n'évitera pas de nous poser la question...

Apparaît bientôt la scientifique de l'expédition, sous les traits d'une Juliette Binoche à très longs cheveux noirs et à desseins plutôt troubles (principalement à base d'échantillons de sperme). De toute manière, de tout temps, dans les vaisseaux intergalactiques des films de S-F, s'il y a un pourri de service dans l'équipage, c'est forcément le scientifique de l'équipe (cf Alien, ou, bien plus tôt, le précurseur, HAL, le superordinateur de 2001). Alors on sait en gros à quoi s'en tenir. Juliette bidouille avec le sperme des gars (et les oeufs des filles) et elle ne dépare pas dans la galerie, elle y va même franco, de bon coeur, et si je trouve  qu'une ou deux de ses scènes sont un peu too much, c'est vrai qu'elle n'hésite pas à payer de sa personne.

Les autres personnages sont hélas un peu sacrifiés, certains juste réduits vraiment à des esquisses, et c'est là que pour moi le film pèche. On aimerait qu'eux aussi aient des souvenirs (comme ceux, très tarkovskiens tendance Stalker est pourvu le personnage de Pattinson). par exemple j'étais très content de voir réapparaître Lars Eidinger (après l'avoir croisé en metteur en scène branchouille dans le très aimé Sils Maria)  mais le pauvre il ne fait ici que passer, et c'est bien dommage je trouve.

Le film est assez claustro, cet espace clos et confiné est opressant, mais finalement moins que l'utilisation qui est faite de l'extérieur (l'espace noir et infini, qui me ramène invariablement à mes angoisses d'enfant face au Capitaine Haddock dérivant dans l'espace, justement , sur le point de disparaître à jamais, dans On a marché sur la lune)  qui n'est jamais rassurante (bien au contraire) et se réfère toujours à la perte ou à la disparition..

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Bref j'ai plutôt beaucoup aimé cette incursion de Claire Denis du coté de la SF, non seulement pour ce qu'elle y raconte (et qui est tout de même assez joyeusement désespéré) mais aussi pour toutes les réminiscences qu'elle a provoquées : Alien, 2001 odyssée de l'espace, Silent Running, Sunshine, et même Ikarie XB-1,un très vieux film de science-fiction tchécoslovaque (1963) en noir et blanc, vu justement à la télévision quand j'étais enfant, bref toutes ces histoires d'espace (qui, comme les histoires d'amour, finissent mal en général) qui m'ont fait rêver et enchanté... (je réalise que j'adore vraiment ça, les films de vaisseaux spatiaux...)

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3 décembre 2018

un mardi après-midi où il n'y avait pas grand-chose d'autre à faire

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LIBRE
de Michel Toesca

(mois du doc, suite : après le land-art (Penché dans le vent) et la mort (Madame Fang) il fut cette fois question de fraternité.) Portrait de Cédric Herrou, un agriculteur dans la vallée de la Roya (une exception géographique française, italienne, italo-française, franco-italienne, bref où c'est un peu le bordel question frontières). Cédric Herrou élève des poules, s'occupe de ses oliviers, et accueille et héberge les migrants que le hasard fait passer devant sa maison. Puis les aide à aller plus loin. Et c'est là qu'il va se heurter à la justice de notre pays et ses réglements abscons et kafkaïens, via les gendarmes, la préfecture, le tribunal, où il lui est d'abord reproché le délit de solidarité (comme si ces deux mots pouvaient aller ensemble). Michel Toesca, cinéaste et ami de Cédric Herrou aposé là sa caméra pendant plusieurs mois et nous livre une chronique du combat (des démêlés) de ce "Robin des Bois des migrants". Où comment désormais, au nom de la fraternité (gravée au fronton de nos bêtiments publics) Le Conseil constitutionnel a affirmé  qu'une aide désintéressée au "séjour irrégulier" ne saurait être passible de poursuites, et a censuré en conséquence des dispositions du Code de l'entrée et du séjour des étrangers. Un document édifiant, sur un homme touchant.

*

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MA FILLE
de Laura Bispusi

Rohrwacher / Golino actrices dans un film de Laura Bispusi* (c'est écrit juste au-dessus!) ou l'histoire de deux femmes "liées par un lourd secret" (qu'on devine assez vite) concernant la fillette à la chevelure flamboyante rousse de l'une (comme une Agathe Bonitzer transalpine) la brune (Valeria Golino), qui est en réalité la fille de l'autre (la blonde, Alba Rohrwacher, vue la veille dans Lazzaro, et qui là, je trouve, pousse le bouchon un peu loin question picole et prostitution), tout ça un peu à gros traits (ou en gros sabots) mais l'occasion pour le mateur que je suis d'oberver à maintes occasions de rudes gaillards du cru (transalpins eux aussi), souvent torse-nu au travail, et c'est toujours ça, hein...

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EUFORIA
de Valeria Golino

dans le précédent elle était actrice, et là elle a changé de casquette. Pour l'histoire de deux frères, un gay et pété de thunes (Ricardo Scammarcio) et l'autre (Valerio Mastandrea) pauvre et atteint d'une tumeur (mais il ne le sait pas vraiment). Le pété de thunes va prendre son frérot chez lui, afin d'adoucir ses derniers jours... Ce qui va permettre aux deux frérots de se retrouver un peu (une fois que chacun aura fait sa part du chemin)... Après la lourdeur du film précédent, celui-ci m'a semblé avoir des légèretés de libellule, (alors que le résumé de l'histoire, quand même, ne semblait pas forcément le tirer dans ce sens) et c'est tant mieux. Valeria Golino scrute ses personnages avec attention et tendresse, nous parle de fraternité et d'amour, dans un filmage plutôt sobre et classique mais qui s'autorise ça et là quelques embardées étonnantes dans les mouvements de caméra. Un film plaisant, très en avant-première (sortie prévue 20 février) en plus, et qui a fait du bien au midinet que je suis.

(du coup je ne suis pas retourné voir Nous nous sommes tant aimés!)

* oui oui, Hervé, j'ai corrigé!

28 novembre 2018

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(deuxième journée des Rencontres Exploitants, après une première nuit à l'hôtel)

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UN VIOLENT DÉSIR DE BONHEUR
de Clément Schneider
première surprise de la matinée que ce film "historique" qui narre l'histoire d'un moinillon soudain confronté à la Révolution et à ses soldats qui réquisitionnent son couvent. Plaisant de retrouver dans ce récit le jeune acteur de Desplechin, confronté à un autre jeune acteur du Nocturama de Bonnello. Un sacré beau film, à la facture suffisamment épurée pour qu'on puisse la qualifier de modernité (j'ai pensé aux derniers films "historiques" de Rabah Ameur Zaimèche) -qui pourrait, comme le film de Radu Jude vu hier, poser la question de la reconstitution-, avec un sens indéniable de la mise en scène (et une utilisation plus qu'intelligente de la musique), par un jeune réalisateur qui est venu, à la fin du film, nous présenter son travail, et le défendre avec une ardeur communicative.

sortie 26 décembre 2018

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L'AMOUR DEBOUT
de Michaël Dacheux

c'était le deuxième "inconnu" de la matinée, et ce fut encore une sacrée belle surprise... Une jeune fille et un jeune garçon (ils s'appellent Martin et Léa, et ce n'est certainement pas le fait du hasard, coucou Alain Cavalier), au début du film, dont on comprend qu'ils viennent de se séparer, et qu'on va suivre ensuite, séparément à certains moments et ensemble à d'autres. Un film de gens et de paroles, de rencontres et d'échanges, (marivaudage doux) où l'on voit passer amicalement Françoise Lebrun, où l'on a plaisir à retrouver Pascal Cervo, bref un film tendre, drôle,"référencé", aimable, entre relations, création, séduction... Les ombres tutélaires   de papa Rohmer (et celle de papa Eustache aussi) flottent amicalement au-dessus de cette plaisante histoire. Une goormandise cinéphilique, donc.

sortie 30 janvier 2019

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SIMONE BARBES OU LA VERTU
de Marie-Claude Treilhou

(re)vu dans une salle bourrée à craquer, avec 90% de jeunes (qui ont hélas quitté la salle en masse dès la dernière image sans profiter de la rencontre avec la réalisatrice) ce film pour lequel j'ai énormément de tendresse (et pas seulement parce que ma soeur y fait une apparition de quelques secondes), parce qu'il me ramène à ma propre jeunesse. Film en trois parties (le hall du ciné porno / la boîte de nuit lesbienne / la voiture du vieux dragueur) dont je trouve la première et la troisième parfaites (celle de la boîte s'étire un peu à mon goût -et se mélange un peu dans ma mémoire d'ailleurs avec celle de Victor Victoria-) un film Diagonale (avec tout l'affect que ça représente pour moi) un personnage féminin magnifique, (Ingrid Bourgoin y est pour beaucoup) entre gouaille et mélancolie, et une scène finale qui représenterait pour moi une quintessence de cinéma : voiture, intérieur nuit, un homme et une femme, par la force démesurée de ce qui s'y joue. J'étais très content (et ému) de la chaleur avec laquelle Lili Hirstin a présenté le film

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UNE HACHE POUR LA LUNE DE MIEL
de Mario Bava

pour celui-là j'hésitais un peu : j'aurais pu, à la même heure, retourner voir le Hong Sang Soo en séance publique, afin d'expier mes fautes dormitives, mais bon je me suis laissé tenter par cette chose-là... Quelle erreur! Une histoire inepte, un bellâtre huileux comme héros, une copie ayant viré au rose,  un son métallique et désagréable, une musique jouée beaucoup trop fort, une salle pas terrible, avec un groupillon de jeunes gens qui ont pris plaisir à casser les pieds -et les oreilles- au reste des spectateurs, bref, mauvaise pioche sur toute la ligne  (je n'y ai pas trouvé la moindre trace de cette "macération poétique" évoquée par le présentateur lorsqu'il a présenté le film...)

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*

 

(après une deuxième nuit, pas très bonne, à l'hôtel, mais un toujours aussi apprécié petit-déj')

samedi 24

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PLUS QU'HIER, MOINS QUE DEMAIN
de Laurent Achard

le dernier film pour moi de cette édition 2018, à la séance de midi, avant de repartir, dans la section "les premiers films de". Drôle de revoir, à vingt-quatre heures d'intervalle, un Pascal Cervo plus jeune de trente ans (dans un rôle pas forcément très sympathique). Une chronique familiale (comme le réalisateur en a évoqué à plusieurs reprises) douce-amère (on passera très progressivement de l'une à l'autre), une famille étouffante et un chouïa dysfonctionnelle (comme celles que Laurent Achard présentera souvent dans ses films suivants), où une jeune fille tristounette fait une visite à ses parents et son jeune frère qu'elle n'a pas vus depuis longtemps, avec son mari et son bébé. Un père faible, une mère toute-puissante, des secrets familiaux, et la machine est lancée. Du cinéma juste et amer, (l'ombre de Pialat) pour ce premier long-métrage du réalisateur, qui reçut un bel accueil critique.

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primé à Entrevues, donc, il y a vingt ans. Et la boucle est bouclée.
A l'année prochaine, Belfort!

3 novembre 2018

pourquoi pas les hommes-dauphins ?

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LE GRAND BAIN
de Gilles Lellouche

(par ordre alphabétique) Mathieu Amalric, Jean-Hugues Anglade, Guillaume Canet, Alban Ivanov, Philippe Katerine, Félix Moati, Benoît Poelvoorde, Balasingham Thamilchelvan, Jonathan Zaccaï, pour les hommes,
Leila Bekhti, Mélanie Doutey, Virginie Efira, Marina Foïs, pour les femmes,
si ça n'est pas un casting de malade(s), ça, hein... Plus les trèèès bons échos glanés ça et là chez celles qui avaient eu l'occasion de le voir (Zabetta à Cannes, Isa à l'avant-première, Emma à Gray), je piaffais donc d'impatience, et ce samedi après-midi pluvineux (enfin! la pluie! alleluïa!) m'en donna -tout de même- l'occasion, après pourtant moultes indécisions hésitations et tergiversations (à tel point que j'ai manqué les premières images du film...)
Soient sept mâles d'âge moyen (entre trente quelque-chose et cinquante-quelque chose) qui se retrouvent à la piscine pour des entraînements de natation synchronisée masculine (la dernière fois que j'ai vu de la natation synchronisée au cinéma, c'était dans le très beau La naissance des pieuvres, de Céline Sciamma, mais c'était avec des jeunes filles en fleur, notamment Adèle Haenel quand elle était encore toute petite... alors jugez plutôt du contraste avec notre brochette d'impétrants -je n'ai pas dit impotents, hein-). Sept mecs moyens, à l'apparence moyenne, aux vies moyennes, (on s'attachera plus en détail à la vie de quelques-uns d'entre eux, presque tous en effet, et je ferai une petite critique à cet égard : pourquoi Alban Ivanov -pour lequel j'ai une grosse tendresse, depuis Le sens de la fête, notamment- et Balasingham Thamilchelvan n'y ont-ils pas droit autant que les autres, hein, Gillou?).
Déjà rien que ça c'est drôle de les voir, comme ça, au bord de la piscine, maillot, serviette, bonnet de bain (rien qu'en soi, le bonnet de bain est déjà un élément comique) avec leurs corps moyens (mais si attendrissants), le bidon, les poils, la dégaine, la... bonhomie...  oui, attendrissants.
Chacun avec ses problèmes de trentenaire/quarantenaire/cinquantenaire : le job, la dépression, la faillite, les (dés)illusions, le manque d'amour, de reconnaissance, d'estime de ses enfants, bref il les cumulent, ils les accumulent, les merdouilles du quotidien (mais je suis quasiment certain qu'en prenant, au hasard, un échantillon de sept spécimens mâles dans la salle -qui était ma foi fort bien remplie, il semblerait que le film a très bien démarré et j'en suis heureux pour son réalisateur, Gilles Lellouche, dont je m'aperçois que je n'ai pas encore parlé*- on arriverait peu ou prou au même échantillonnage de cabossages et d'emmerdes divers(es)), et -je termine ma phrase- ce "créneau" d'entraînement est aussi pour chacun d'eux prétexte à un moment d'échanges et de partage, en un "effet de meute" qui me ravit (j'adore être spectateur du laisser-aller des mecs entre eux)...
Il s'agit aussi d'un feel good movie (et dieu sait si vraiment j'adore ça) et donc on sait on devine on se dit depuis le début que, quelques calamiteuses que soient leurs prestations aquatiques, malgré les cachetons, les engueulades, les brimades, ils vont -bien sûr- la gagner, cette fichue médaille...
Avec l'aide de leurs deux entraîneuses successives (aussi bien l'une que l'autre, Virgine Efira en ex-championne alcoolique anonyme qui leur lit du Verlaine aux entraînements et Leila Bekhti en version féminine de l'adjudant de Full métal jacket en chaise à roulettes qui leur hurle dessus en les faisant marcher à la badine).
On aura assisté, parallèlement à la préparation à l'ultime compétition (mmmmh tous ces hommes en maillot venus du monde entier...) à la reconstruction (la réparation) de quelques histoires personnelles, quelques trajectoires individuelles - feel good movie oblige- et ça aussi,(midinet un jour midinet toujours), ça participe à la jubilation générée par le film.
(Et ils la gagnent, au terme d'une séquence superbe où le spectateur est aussi noué qu'eux sont concentrés, une séquence joliment construite -on tremble vraiment avec eux en temps réel- puis finement désamorcée, (on zappe les résultats) puis réamorcée ("On a gagné!"), et suivie par une série de plans "conclusifs" hautement réjouissants, style "la médaille, elle est importante juste pour celui qui la gagne...")
Ce qui fait peut-être le plus plaisir, surtout de la part du réalisateur, c'est ce désamorçage (ce dynamitage) du mythe de la virilité testostéronée et surpuissante, nos super-héros en seraient ici plutôt des sous, sous l'eau, je veux dire bien sûr, mais quel bonheur de les y voir (et au-dessus aussi). Question SSTG**, j'y ai d'ailleurs -malicieusement- plaisir, pas de QV (le film est très pudique là-dessus) mais tout un arsenal de plans qu'on pourrait qualifier d'"homo-érotiques" (odalisquets alanguis en sauna, chorégraphies aquatiques sous-marines à hauteur de maillots...) délicieux.
Le film est siglé "grand-public" et c'est une encore meilleure chose de valoriser ces monsieurs tout le monde capables de gagner et de s'illustrer à la face du monde -et en tire fierté- par ce qui est défini -Zaccaï ici joue le candide beauf surbeauf, l'"observateur moyen"- comme un "sport de tafioles, de tarlouzes, de gonzesses"... Allez les gars!
Un film ultra-réjouissant, donc, une excellente surprise revigorante de ce début d'automne.

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(j'aime beaucoup les deux affiches)



* Gilles Lellouche, je l'ai d'abord beaucoup aimé comme acteur (il m'avait beaucoup impressionné dans Ne le dis à personne), viril viril, quoi,  les mâchoires, les muscles, les poils, la barbe de trois jours, limite bourrinus bourrinans en tant que spécimen, qui par la suite m'a un peu déçu en enchaînant des films qui ne m'attiraient pas forcément (et que je ne suis pas allé voir) ; en tant que réalisateur, je n'ai pas voulu voir Les Infidèles, le film qu'il a co-réalisé à seize mains, pour suspicion de relents homophobes, mais celui-là, allez savoir pourquoi, je voulais vraiment m'y plonger... Et j'ai bien fait! Et me voilà réconcilié avec ce Gilles-là...

** : Sous-sous-texte gay

24 octobre 2018

y avait un makabe...

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INVASION
de Kyioshi Kurosawa

Quand j'étais plus jeune et que je lisais de la science-fiction, j'ai toujours eu un faible pour les histoires de fin du monde et d'invasion extra-terrestre, et quand j'ai pu en voir au cinéma, évidemment, je m'y suis précipité. J'ai pu voir, dans le désordre, les différentes versions de Body snatchers (idiotement traduit par "profanateurs de sépulture", alors qu'on n'en voit pas la queue d'une -de sépulture- maiscomme beaucoup d'autres idioties, celle-ci est passée à la postérité), celle de Philip Kaufman en 1978, puis un peu plus tard l'original, de Don Siegel, en noir et blanc (1956) tard un soir au ciné-club je pense, et enfin le remake d'Abel Ferrara en 1993 et vu le résumé, je pensais que ce film-ci en était plus ou moins un...
Pas tout à fait.
(Invasion est quand même un remake, celui du film précédent de Kurosawa, Avant que nous disparaissions, qui était l'adaptation de la pièce de théâtre du même nom, sauf que le réalisateur a changé de point de vue, les aliens dans le premier, les terriens dans celui-ci)
S'il y a bien des extra-terrestres qui prennent progressivement possession (belle allitération postillonnante) des humains, ils ne le font pas via les cosses de haricots géantes qui m'avait tant impressionné dans les "body snatchers" précédents oh les délices de la s-f parano des années 50!), simplement (au début du film en tout cas) ils les déshumanisent, ils leurs volent des concepts en leur appuyant le doigt sur le front, en dépossédant ainsi leurs propriétaires (une jeune fille, ainsi, ne reconnaît plus son père, puisqu'on lui a pris le concept de "famille"). "On" c'est surtout un homme, Makabe, chirurgien nouvellement arrivé dans l'hôpital où travaille Tatsuo, le mari de l'héroïne, Etsuko. Etsuko réalise que les gens autour d'elle sont en train de changer (normal, on leur vole leurs sentiments) et qu'il ne s'agit que de la première étape de la véritable invasion. tatsuo sert de "guide" à Makabe, en lui fournissant des proies auxquelles il peut vider la tête (mais qui servent en réalité à assouvir de mesquines vengeances de la part de Tatsuo). mais ce sera bien, me semble-t-il, le seul alien qu'on verra dans le film.
Le film est le remontage d'une série télé de 5 épisodes, ce qu'on ressent un peu au niveau du montage (et de la durée aussi). Si le début est vraiment efficace et anxiogène, les enjeux narratifs se diluent un peu ensuite, et la fin carrément, (je trouve), tire en longueur. J'ai toujours la même réserve vis-à-vis de fils de KK : un je-ne-sais-quoi qui m'empêche d'adhérer complètement au projet (c'était déjà le cas dans le précédent Creepy), dans l'esthétique, peut-être, avec cette lumière volontairement moche et froide, dans la construction aussi, avec cet effritement des enjeux dramatiques et leur progressive mise en sur-place ou quasiment.
Mais j'aime énormément le parti-pris d'un fantastique "à l'ancienne", sans aucun effet spécial ou presque, où ce qu'on ne voit pas pourrait être bien plus terrifiant que ce que le réalisateur nous montre, où l'amour triomphe -dans une certaine mesure- et où certaines répliques m'ont donné envie de les retenir ("J'avais sous-estimé la force de l'amour..." ou  "Jamais un extra-terrestre ne tomberait dans un piège aussi grossier"), sans oublier la noirceur foncière du constat (Kurosawa n'est pas un optimiste, et il a bien raison).
Et il faut reconnaître qu'il est super-doué pour foutre la trouille.
Catherine, qui l'a vu avant moi, m'a dit s'être un peu endormie au début, moi ce le fut plutôt vers le milieu : à nous deux, on devrait pouvoir se reconstituer le film en entier (mais je continue de penser que les 2h20 n'étaient pas indispensables...)

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