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lieux communs (et autres fadaises)
19 décembre 2023

jamaïque

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MIGRATION
de Benjamin Renner

Vu tout de suite après LOST COUNTRY (qui pourrait d'ailleurs aussi servir de titre à celui-ci), un film d'animation dont la bande-annonce vue il a assez longtemps m'avait déjà fait rire. "Du canard à l'orange, c'est quoi ?" demande incrédule, un caneton devant un chef cuisinier inquiétant sur le point de réaliser sa spécialité. "C'est toi, avec des oranges..." lui répond-on, rien que ça, j'adore...).
J'étais tout seul dans la grande salle 4, et j'ai donc pu tousser tout mon soul. Eclater de rire, aussi, assez régulièrement.
C'est que le réalisateur, Benjamin Renner, est aussi celui du délicieux GRAND MECHANT RENARD, en 2017, qui nous avait enchantés durablement. Et bien fait rire aussi, autant par ses personnages que par ses dialogues.
Il est ici passé à l'échelon supérieur (production ricaine, animation 3D -ce qui à mon sens affadit un peu le propos, le "lisse", tant le dessin un peu "débraillé" du MECHANT RENARD faisait incontestablement partie de son charme...) avec cette fistoire de famille de canards (papa, maman, fiston, cadette), qui, un peu par la force des choses (le père est un trouillard fini, (une poule mouillée) et n'a qu'une envie, rester dans sa mare tranquillou et y finir sa vie sans histoire...) va être amenée à prendre son envol pour effectuer sa première migration, à destination de la Jamaïque... Avec toutes les péripéties et rebondissements qu'on attend et qui ne vont pas manquer de se réaliser, bien sûr.
On est heureux de reconnaître, en tête de générique, les voix de Laura Calamy (la maman) et de Pio Marmaï (le papa), et qui visiblement se sont autant amusés à incarner leurs personnages que nous à les entendre le faire. Ils incarnent le plus savoureux couple de canards qu'on ait vu à l'écran depuis belle lurette (bon, c'est vrai, on n'en a pas tant vu que ça déjà hein, c'est vrai...).
Les péripéties suivent le cahier des charges, les dialogues crépitent (et plusieurs fois j'ai éclaté de rire -tout seul dans la salle, ça fait drôle-) le méchant n'est peut-être pas ce qu'il y a de plus réussi dans le film, mais bon hein on ne va pas bouder son plaisir.
Et de retrouver à l'écran des hérons pour la seconde fois de l'année (les hasards de la programmation, après le Miyazaki), et qui sont ici particulièrement impressionnants, mais, on se rassure, tout est bien qui finit bien, évidemment.

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la famille au complet (j'avais oublié Oncle Dan, vieux canard foldingue)

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(et là les voilà avec un perroquet qui va jouer un rôle important...)

 

17 décembre 2023

viva l'italia

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LA CHIMERE
d'Alice Rohrwacher

Je l'avais déjà vu (très) en avant-première, lors de notre SETTIMANA ITALIANA, je l'avais beaucoup aimé, et j'avais été déçu par le nombre de spectateurs qui y avaient assisté (beaucoup moins que pour l'autre avant-première, L'ENLEVEMENT, qui faisait, il est vrai, la soirée d'ouverture...)
Je suis donc revenu le voir au Victor Hugo (dans la salle 2, hélas, mais avec beaucoup moins de soucis visuels que je ne craignais d'en avoir...) Et j'ai re-trouvé ça excellent.
J'aime beaucoup le cinéma d'Alice Rohrwacher (le dernier, HEUREUX COMME LAZZARO, en 2018, déjà dans une SETTIMANA ITALIANA précédente, était une merveille). C'est un cinéma, suprenant, instable, malcommode parfois, réjouissant la plupart du temps. Un cinéma d'éboulis. Des blocs sont entassés de forme de taille différentes, et quand on s'y risque (promenade parfois, escalade souvent), il faut faire attention. Là où on pose le pied. des fois c'est c'est stable, et des fois ça tremble, ou même parfois carrément ça tourneboule et s'écroule. C'est inconfortable, et c'est ce qui en fait tout l'intérêt.
Un beau personnage masculin central (moins beau que Lazzaro, quand même) qui traverse le film d'un bout à l'autre dans le même costume clair. Au tour de lui une constellation de personnages féminins, de tous âges, vivants où morts, où j'ai eu un immense plaisir à retrouver Isabella Rossellini, en nonna, officellement donc (et merveilleusement) vieille.
Il est beaucoup question, dans le film, du passé (des Etrusques, dont le héros et ses copains pillent les sépultures), de la mort donc, et aussi de l'endroit où -et de la façon dont- on meurt.
C'est bien de re-voir un film, par exemple, si on est attentif, on sait dès la première image que, déjà, tout est joué...
Top 10 reconfirmé.

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La chimère

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celle-ci est pour moi une des plus belles affiches de l'année...

16 décembre 2023

esprit de noël

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BÂTIMENT 5
de Ladj Ly

Vu immédiatement après PERFECT DAYS (juste le temps de passer aux toilettes, mais pas de boire un café!), ce film en sortie nationale dans le bôô cinéma, deuxième film d'un réalisateur dont on avait adoré le premier (LES MISÉRABLES). On est de retour à Montfermeil (où se déroulait déjà le film précédent). On reconnaît Jeanne Balibar (que j'ai TOUJOURS plaisir à revoir, même si elle n'est pas, comme ici, dans un rôle très sympathique), ("avec la participation de"), on reconnaît Alexis Manenti, flic dans le premier et nouveau maire -pas joli joli- dans celui-ci, et Steve Tientcheu (toujours aussi imposant) qui jouait le maire dans LES MISÉRABLES, et devient ici le premier adjoint. Et on découvre la jeune Anta Diaw qui interprète Haby, une jeune habitante des "quartiers sensibles" fort investie dans le combat social et la lutte pour la défense de l'accès au logement des habitants du quartier. Et qui fait merveille. (J'ai failli écrire "qui casse la baraque, mais ce n'est pas elle hélas qui va gérer cet aspect là de l'opération).
Le film est autobiographique, et évoque une situation vécue par la grand-mère du réalisateur.
Comme dans LES MISÉRABLES, l'ambiance est à la guerre civile, à l'affrontement entre les "politiques" et les habitants. Et du "tous les coups sont permis" entre les deux forces en présence. L'affrontement est, une nouvelle fois, déséquilibré.
Il est surtout question de logement, et le film s'ouvre sur la destruction en grande pompe d'une barre HLM (provoquant d'ailleurs, indirectement, la nomination du nouveau -et jeune- maire, je vous laisse découvrir comment).
Il sera question d'un autre bâtiment, le fameux Bâtiment 5 du titre, dont les habitants vont être pris en otage, de façon vraiment dégueulasse, dans un contexte particulièrement sensible (je vous laisse, là aussi découvrir lequel), ce qui va provoquer une réaction violente d'un des personnages, un peu comme dans LES MISÉRABLES, où l'escalade dans la violence de part et d'autre conduisait à la mise en place d'une riposte particulièrement brutale et anxiogène. (Je me souviens d'avoir été quasiment tétanisé sur mon siège lors de cette dernière -et terrifiante- scène.)
Je peux vous assurer que je n'ai pas fermé l'oeil du tout, tant tout ça est serré, tendu, fiévreux, et que la mise en scène ne faiblit pas une seconde.
D'une belle force.
Comme dit la jeune Haby : "On ne peut pas être que en colère..."

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14 décembre 2023

photographier les arbres

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PERFECT DAYS
de Wim Wenders

(je suis étonné qu'aucun critique n'ait  pensé à intituler son article HIRAYAMA MON AMOUR... c'était bien pourtant, non ? J'avoue que je viens seulement d'y penser...)

Ma rencontre avec Wenders coïncide avec la naissance de ma cinéphilie. Je l'ai aimé d'abord passionnément (AU FIL DU TEMPS, L'AMI AMERICAIN, et, juste un poil derrière, ALICE DANS LES VILLES, figurent toujours au firmament de ma petite cinémathèque intime). A l'époque, je ne connaissais pas Ozu (et n'avait pas forcément envie de le faire, oui, je sais, j'étais con -j'étais jeune, quoi-) et je n'ai donc pas vu TOKYO GA et autres opus (opi ?) japonisants de W.W (je les considérais comme n'étant pas des "vrais" films de Wenders. Wenders pour moi c'était la Germanie, point barre)). Maintenant que ma cinéphilie a grandi, s'est étoffée (a peut-être aussi, comme moi, pris du bide), je connais Ozu, je l'apprécie, je serais capable d'évoquer quelques points qui le caractérisent (ah la caméra à ras de tatami) mais, en voyant PERFECT DAYS, ce n'est pas à lui que j'ai pensé, mais à un autre cinéaste, et plus précisément, un film de cet autre cinéaste : PATERSON, de l'ami américain Jim Jarmusch...
Les deux films ont pour héros un homme, qui a un métier a priori pas très exaltant (nettoyeur de toilettes publiques ici, conducteur de bus là) mais doté d'une vie intérieure plutôt riche, (l'un écrit des poèmes, l'autre photographie les arbres) et productive, et donc doté d'un rapport "particulier" au réel, le tout narré via la chronique répétitive (rassurante ?), retraçant (délicatement) la chronologie quotidienne et la succession des jours. Toutes ces petites choses qui, mises bout à bout, font une journée, et puis le soir vient, on se couche, on s'endort et le matin tout recommence, on se réveille avec le bruit léger du balai de la voisine sur le trottoir...
Une vie au jour le jour, avec une belle rencontre à la fin (dans chacun des cas). Et puis hop! c'est le film qui est fini...
J'ai craint, au début, un excès d'angélisme. C'est vraiment un film doux, d'un bout à l'autre. L'acteur qui interprète le personnage principal (Koji Yakucho, qui a d'ailleurs obtenu le prix d'interprétation à Cannes 2023 pour ce rôle, que je pensais avoir déjà vu dans un Kore-Eda, -perdu c'était chez Kiyoshi Kurosawa, et à plusieurs reprises- et dont allocin*che m'apprend qu'il jouait aussi -déjà- dans mon TAMPOPO chéri, en 1985!) ne sourit-il pas trop pour être honnête ? Non, il kiffe, tout simplement. Hirayama  sourit beaucoup, d'autant plus qu'il parle peu (il n'a pas dû avoir trop de mal à apprendre son texte, hein ?).
Et, autre détail qui le rend encore plus sympathique, hormis le fait qu'il photographie les arbres (ce qui m'a tout de suite évoqué un ami), c'est qu'il écoute dans son véhicule des k7, oui des k7 audio, des k7 d'un "autre âge" dirons-nous, comme celles qu'on pouvait acheter quand on était jeunes -et j'avoue qu'il m'en reste quelques-unes, dans un carton, que je réécoute de temps à autre... peut-être que si je les revendais au Japon je deviendrais richissime ? hihi) et (désolé, la parenthèse précédente a été longue) que sa discothèque me paraît beaucoup ressembler à celle de Wim Wenders, non ? J'avoue que, excepté Patti Smith et Lou Reed, je n'en connaissais pas plus que ça...
Donc, il photographie les arbres, il écoute des K7, et... il rêve!
Et ses rêves sont sublimes. Je me souviens que dans un film de Wenders d'il y a longtemps (JUSTE AU BOUT DU MONDE peut-être ?) il était question d'une machine à enregistrer les rêves, et j'avais été extrêmement déçu par le rendu qu'en avait donné WW (les rêves sont un sujet qui m'a toujours passionné...). Eh bien, à charge de revanche (tardive), ceux-ci sont tout juste parfaits. Et interviennent régulièrement au fil de la narration, texture soyeuse, images tremblantes et floues, ombres, noir et blanc, reprenant avec à-propos des éléments de la journée passé. Ca, j'ai adoré.
Mais tout le reste du film aussi j'ai adoré, je n'ai pas encore évoqué, dans les plaisirs ritualisés de notre homme, les romans qu'il achète (1$ pièce) toujours chez le même bouquiniste, et aussi les bains publics -pour hommes-, qu'il fréquente tout aussi régulièrement, sans oublier tous les personnages ("qui gravitent", c'est l'expression rituelle) autour de ce personnage central : son collègue bavard, la beauté blonde que le collègue drague, sa nièce, qui vient lui rendre visite, la mère de sa nièce (sa soeur à lui donc)qui viendra la récupérer, mais aussi la patronne du bar où il passe rituellement le soir pour boire un verre avec des glaçons et un liquide transparent -dont on ne saura pas exactement de quoi il s'agissait...-, et, last but not least, l'inconnu qu'il rencontre un soir au bord de l'eau et avec lequel il fraternise autour d'une bière ert qui va lui raconter un peu sa vie...
Bref, une pure bulle de bonheur tokyoïte. Avec pour la clore en beauté, pour se séparer en douceur,  une version a minima du Perfect day de Lou Reed au piano, par Patrick Watson (que je ne connaissais pas, mais Emma, si...) parfaitement raccord avec le film.
Top 10, inévitablement

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12 décembre 2023

deux films à moitié vus (hélas)

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AUGURE
de Baloji

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C'est Nicolas qui nous en a parlé,( et l'a suggéré pour la "Semaine Belge")
(effectivement, c'est, contrairement aux apparences, un film belge!)
J'ai vu le début, "normalement", et puis j'ai plongé, littéralement, dans le sommeil, -je sentais ma tête tomber- et ne voyais plus que quelques scène éparses ici et là, que j'avais beaucoup de mal à relier entre elles Hansel & Gretel, par exemple)
J'étais encore "vaseux" en sortant, j'ai discuté avec la caissière-projectionniste, qui tentait de faire le point sur tout ce que je n'avais pas vu...

J'ai été marabouté par les puissances infernales du sommeil, c'est sûr...
Mérite incontestablement une deuxième chance, dans le bôô cinéma
(Mais du coup, j'étais bien réveillé pour le film suivant, UN HIVER A YANJI)

*

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MARX PEUT ATTENDRE
de Marco Bellocchio

C'était le troisième film de la journée, celui de trop, sans doute, mais c'était ma dernière occasion de le voir, j'y suis donc allé... (avant-dernier film de notre Mois du Doc 2023 -je ne pourrai pas voir ITALIA, LE FEU LA CENDRE qu'on avait apparié avec celui-ci.)
Même résultat (ou presque) que pour AUGURE : j'ai bien vu le début du film, la mise en route, l'histoire du frère de Marco Bellocchio qui s'est suicidé en 1968, et ce que les autres membres de la famille (nombreuse) Bellochio, en disaient (ou voulaient bien en dire...)
Et hop! les puissances infernales du sommeil sont ressorties de leur cachette et je n'ai plus capté que des bribes...
J'ai apprécié les extraits des premiers films de Marco B. insérés dans le film, notamment LES POINGS DANS LES POCHES, et compris l'importante part autobiographique qu'ils contenaient...
mais bon voilà je pense qu'il m'en manque une bonne partie (le tiers ? la moitié ?)
(Et je ne sais même pas pourquoi le film s'appelle comme ça, du coup...)

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(J'aime beaucoup la façon dont l'affiche est délicatement (subtilement) de traviole...)

7 décembre 2023

la belle qui couchait avec le roi de prusse...

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LE TEMPS D'AIMER
de Katel Quillévéré

Une saga, familiale, amoureuse, sociétale, ambitieuse aussi, avec Anaïs Demoustier et Vincent Lacoste. Un début très violent, en images d'archives, en noir et blanc, de femmes tondues à la Libération. Puis une rencontre sur la plage (on a rejoint la fiction et donc la couleur) entre elle, son fils (un très jeune homme très impressionnant) et lui. Un triangle qu'on observera pendant tout le reste du film. On va les suivre pendant une vingtaine d'années (de la France rance de 1945 à celle, tout aussi moisie, du début des années 60).
Elle a un secret, il va s'avérer que lui aussi. Ils se marient ("Ils se mirent en ménage, comme de bien entendu, elle avait du courage, comme de bien entendu..."). Avec entre eux, en plus de leur double secret, la présence de cet enfant au visage sombre... Qui lui aussi court après la résolution de son secret.
On suit leur histoire au fil des années, l'évolution de leur(s) relations(s) (l'affiche est une bonne grosse fausse piste), la "confusion des sentiments", avec, -ça j'adore- de brusques ellipses, et des années qui parfois, hop! passent comme ça d'un coup. Pas besoin de panneau ou d'intertitre genre "sept années plus tard" pour dater l'action. La réalisatrice a l'intelligence de parier sur, justement, l'intelligence du spectateur. Elle allège la narration. Et elle a eu raison. On est, du coup, encore plus attentif(s). D'ailleurs, je ne sais pas si ça vient du film ou de l'horaire de la séance (15h30), mais je suis resté parfaitement (r)éveillé d'un bout à l'autre (pourtant plus de deux heures!). Pas une seule défaillance.
La dernière fois que j'ai vu Anaïs Demoustier au cinéma, elle formait déjà un couple "au long cours" avec un acteur (là, c'était Tom Mercier) engagée dans une relation de couple qui durait, littéralement,  des lustres, c'était dans LA BÊTE DANS LA JUNGLE (de Patric Chiha). Et qui ne finissait pas très bien. (Non non, je n'ai pas écrit "non plus", ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, vous vous rendrez bien compte par vous-mêmes si oui ou non... Je resterai muet comme une tombe.)
C'est une saga, mais c'est aussi un mélo. Revisité, comme il est coutumier en ces temps de revisiter, en cuisine, des plats (des desserts, encore mieux.), en en gardant l'esprit, mais en variant la forme, la présentation, la saveur.  Un mélo revisité, avec moins de sucre sans doute, mais pas vraiment moins de larmes. (un mélo où on se pleurerait pas n'aurait pas de sens.). Et un beau travail sur la reconstitution historique (et les costumes qui vont avec.) Comme dans LA BÊTE DANS LA JUNGLE, Anaïs Demoustier va varier les tenues -et les coiffures qui vont avec-.
J'aime cette façon de montrer qu'à chaque fois il est question de politique : du bon peuple, du bon gouvernement, des bonnes lois, des bons résistants, des bons juges, sur lesquels vient se fracasser à chaque fois, à chaque virage de la narration (comme dans "on t'attend au tournant...") la destinée de chacun des protagonistes. Et des oppressions successives exercées pr le pouvoir en place.
Et le destin poignant de cet enfant (les acteurs qui l'interprètent successivement sont vraiment impressionnants), qui veut absolument connaître la vérité sur ses origines...
Un film tenu jusqu'au bout.
Un film où il n'est, finalement, question que d'amour, d'un bout à l'autre. Et des différentes apparences (incarnations) que celui-ci peut prendre...

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29 novembre 2023

péridurale

NOTRE CORPS
de Claire Simon

Celui-là n'est pas numéroté, car je suis parti avant la fin (j'ai dû voir une heure et demie sur les trois) à cause de ce que j'appellerai un concours malheureux de circonstances.
Déjà en cherchant la doc pour la copier / coller sur notre programmation du Mois du Doc, au lu du résumé et des critiques je m'étais dit que ça ne semblait pas vraiment un film "pour moi", dans mes cordes, mais bon c'était Claire Simon alors j'allais faire un effort... Dans une salle remplie de spectatrices attentives (eh oui j'étais le seul mec), j'ai rapidement eu la confirmation que je ne "tiendrais" pas les trois heures...
Au bout du troisième entretien médecin / patient, je me suis levé, j'ai salué mes voisines (j'étais assis entre Catherine et Dominique) j'ai pris mes cliques et mes claques et je suis sorti sur mes petites pattes d'oiseau.
C'est là que les ennuis ont commencé : plus de clés de voiture! nulle part, dans aucune poche, (même les poches "secrètes", maintenant j'ai l'habitude) je suis même sorti sur le parking jusqu'à ma voiture, qui était joyeusement -et simplement- fermée à clé, suis revenu dans le hall (désert). Que faire ? Le film duait trois heures, et tant qu'à faire, autant retourner dans la salle.
Regarder la suite du film, essayer de m'intéresser (ou peut-être réussir à m'endormir ?). Ah, on avait changé de créneau, on était à présent dans la FIV, et une infirmière expliquait à un sympathique papa, son précieux réceptacle à la main, comment procéder pour récupérer sa précieuse semence...
Mais bon, je pensais à ces fichues clés, qui étaient peut-être (sans doute) quelque part dans la salle (sinon la suite des événements promettait d'être affreusement compliquée -et contraignante- pour la personne (j'avais envisagé Catherine) à qui j'allais ensuite demander de m'aider...
J'ai ainsi regardé encore une heure de film (je l'avoue, vous vous en doutez, le coeur n'y était pas...
Jusqu'à ce que je décide de m'agenouiller devant mon fauteuil et de fouiller dessous.
Et elle y étaient! Elle étaient tombées de ma poche lorsque je m'étais vautré en position "chaise-longue" (on peut faire ça dans crtaines salles du bôô cinéma, la 11 et la 12, je crois...)
Je les ai donc rangées précieusement dans la poche de mon manteau, ai repris mes affaires, re-salué mes voisines (Dominique m'a juste glissé "Tu pars juste avant la péridurale..."), et suis sorti, joyeux et soulagé... (Et sans remords!)
(Pardon pardon, Claire S.)

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20 novembre 2023

raoule, avec un e

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VOLEUSES
de Mélanie Laurent

Et hop! je rentabilise encore mon abonnement N*tflix : le soir suivant, un autre film. Re-canapé donc, pour, cette fois assister aux aventure d'un gang de filles (Mélanie Laurent, Adèle Exarchopoulos d'abord, rejointes par Manon Bresch) coachées par Marraine (Isabelle Adjani).
Et on change complètement d'univers : autant THE KILLER , vu la veille, était sombre froid et cynique, autant VOLEUSES est solaire, enjoué, déconneur. Le trio fonctionne d'enfer, et Adèle Exarchopoulos y est vraiment fabuleuse, une fabulosité de chaque instant, comme si elle avait encore plus lâché les fauves en elle que d'habitude. Un festival, un régal. D'autant plus qu'on a, pour assaisonner la sauce, côté mâles, Philippe Katerine (comme toujours aussi génialement idiot) en organisateur de casse et Félix Moati (toujours aussi mimi) en fournisseur d'armes.
C'est drôle, plein d'énergie, ça carbure à toute allure, ça envoie des vannes, ça chambre à tout bout de champ, et ça s'offre un épilogue ("quatre ans après...") qui fait se demander au spectateur "mais comment elle a fait ?", un épilogue tout plein de tendresse et de féminitude...
A voir absolument donc (si vous avez N*tflix hihi)
(Le film était numero un mondial des visionnages sur N*tflix la semaine de sa sortie)

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16 novembre 2023

backroom

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THE OLD OAK
de Ken Loach

Bon a priori je n'en avais pas terriblement envie, mais Catherine a su me convaincre (par le seul fait qu'elle venait à la séance.
Ken Loach, c'est une longue histoire (depuis l'impressionnant FAMILY LIFE, terrible, en 1971, mais que je pense n'avoir vu qu'un peu plus tard...). Je l'ai suivi avec une certaine régulaité pendant toutes ces années, bon gré mal gré  (je me rappelle ainsi avoir terriblement dormi à LE VENT SE LEVE (2006), d'avoir adoré LOOKING FOR ERIC (2009), LA PART DES ANGES, (2012), THE NAVIGATORS (2001) , MY NAME IS JOE (1999), avec le charismatique Peter Mullan) alors que d'autres de ses films m'ont laissé moins de souvenirs...)
Et à Cannes il se disait que, à plus de 80 ans, il réalisait peut-être là son dernier film (d'ailleurs il n'est plus tout seul aux commandes...).
On connaît grosso-modo l'univers loachien : c'est très britton (ne manquent ni une tasse de thé ni une pinte (et les suivantes) au pub), il sera question de social (grèves, manifestations, licenciements) et aussi (c'est ça qui compte, d'amitié et/ou d'amour (c'est ça aussi qui compte grave...) sauf que ça ne finit pas toujours bien -hélas c'est un peu comme dans la vraie vie...-.
Un personnage hyper-attachant est au centre du film, TJ Ballantynes, (interprété par Dave Turner, qui appparaissait déjà ds le SORRY WE MISSED YOU du même Ken Loach, mais dans un rôle beaucoup plus fugace), patron du pub qui donne son titre au film. Un vieux pub, dans une vieille bourgade, avec des vieux habitués, qui jacassent autour d'une pinte. Une vieille routine, un peu mortifère, qui va être bouleversée avec l'arrivée -en bus- d'un groupe de réfugiés Syriens, et l'appareil-photo cassé d'une jeune Syrienne (le film s'ouvre, très joliment, par une série de photographies en noir et blanc, avec en off les dialogues qui vont avec), appareil-photo cassé à cause d'un grand con de britton qui ne voulait pas qu'on le photographie (mais, surtout, que le Syriens débarquent dans son patelin...)
La jeune fille s'appelle Yara, le vieux TJ buriné va sympathiser avec elle, et, ensemble, ils vont oeuvrer au rapprochement des deux communautés. Ca aura beaucoup à voir avec une certaine backroom (les gays aussitôt dresseront l'oreille, mais non non détrompez-vous ça n'a rien à voir...) la "pièce du fond" (derrière le pub de TJ) qui va devenir le coeur battant de cette (jolie) histoire, permettant habilement au scénariste Paul Laverty de brasser plusieurs thèmes loachiens (la grève des mineurs, la solidarité, l'aide aux déshérités, le racisme au quotidien, la cohabitation, les petites gens, les grands cons du cru) en y cristallisant en même temps toutes les rancoeurs et tous les espoirs.
Je me suis laissé totalement séduire par le film, et j'ai été particulièrement touché par deux scènes avec TJ qui se passent sur la plage, la première lorsqu'il raconte à yara comment il avait rencontré sa petite chienne (qui a un rôle important dans le film), et la seconde, qui se passe au même endroit et avec le même mood, où c'est cette fois une jeune fille dévalant le sentier côtier en criant qui va jouer le même rôle (voyez le film, vous comprendrez mieux...)
Après le Guédiguian de la soirée d'ouverture, (ET LA FÊTE CONTINUE!), qui "fait du bien", voilà le nouveau film de Loach, qui produit le même effet, et nous réchauffe sacrément bien! Thank you donc (ou plutôt, Choukrane..., ou, encore plus précisément شكرا)

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TJ

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les vieux cons

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the backroom

 

14 novembre 2023

viscères

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DE HUMANI CORPORIS FABRICA
de Verena Paravel et de Lucien Castaing-Taylor

Deuxième film du Mois du Doc. A trois séances aussi puisque nous l'avons programmé en tandem avec NOTRE CORPS, de Claire Simon. J'ai cru que j'allais avoir droit à une séance privée mais est arrivée une dame qui, me semble-t-il, voit beaucoup de nos films... Deuxième film, bon, on était deux, et les réalisatrice / teur aussi, donc, numérologiquement, ça se tenait (je dois avouer que je suis régulièrement déçu par les audiences des films que nous programmons dans le cadre) de ce Mois du Doc.) Duo de réalisateurs à qui on doit l'impressionnant LEVIATHAN (2013, quand même) que nous avions programmé (peut-être même déjà dans le mois du Doc ?). Sur un bateau de pêche en pleine mer (avec le mal de mer et les éléments déchaînés qui allaient avec)
Un navire dans la tempête, c'est un peu ce à quoi on pourrait comparer le système hospitalier contemporain  qui constitue le thème de ce film-ci. Fort astucieusement, le film joue des différents niveaux d'"exploration d'un corps" : physique, littéral (les chirurgiens qui vont à l'intérieur du corps des patients) et métaphorique : état des lieux "sur le vif" d'un système hospitalier français, lui aussi en souffrance et montré tel que, sans prendre de pincettes, avec des praticiens "en action", qu'ils soient en train de pratiquer (des interventions) ou de les commenter. Des corps en souffrance.
On peut être un peu décontenancé au début du film, qui louvoie un peu avant de nous immerger franco dans le vif du sujet (scalpel en main). On suit d'abord un vigile, accompagné d'un chien, filmés nerveusement (on a déjà vu les deux réallisateurs à l'oeuvre sur LEVIATHAN, et on était vraiment dans le bateau, jusqu'au cou et même un peu plus haut...)
Ici, le résultat est moins immédiatement immersif (même si j'adore cette mise en jambes initiale, sauf qu'elle aurait tout à fait pu être le début d'un autre film, qu'importe...) On aborde ensuite le monde hopitalier (si je souviens bien) en plan fixe et derrière une vitre dépolie, où l'on écoute des infirmières parler, de ci, de ça, de leur travail, de leurs problèmes...
Ce que j'apprécie, c'est qu'il n'y a pas d'intertitres (c'est seulement au générique de fin qu'on découvrira toute la palanquée d'hôptaux, cliniques, et services hospitaliers divers) et qu'on suit donc, en observateur captif, la suite (l'alternance) des scènes, gens vus du dehors (dans les couloirs) ou du dedans (microcaméras embarquées, dont on suit le périple parfois en temps réel et en son direct, et (moment de déglutition) les scènes au bloc opératoires, filmées avec toute l'objectivité (la crudité) et la proximité nécessaires pour parfois vous pousser à mettre votre main devant vos yeux pour ne pas tout à fait voir (les deux moments les plus emblématiquement malaisants étant une césarienne -filmée de a jusqu'à z- et une intervention pratiquée sur un jeune homme auquel on visse une double série de boulons -et les deux tiges parallèles qui s'y insèrent - le long de la colonne vertébrale (ou de la moëlle épinière ?).
Il y a aussi moins viscéral, un contrepoint humain (deux mamies dont l'une accompagne l'autre trèèèès doucement le long des couloirs, et aussi ce monsieur, qui relève visiblement de psychiatrie, qui réussit à se faire libérer de sa chambre, et qu'on retrouvera à la fin en compagnie d'un, puis deux infirmiers, chargés de la lui faire réintégrer.
Les scènes de couloirs ont ceci de spécial qu'elles sont accompagnées par ce qu'on pense être reconnaître comme le cri d'un paon, répétitif, stressant à la longue, mais qu'on découvrira à la fin de la séquence issu de la bouche d'une patiente, qui souffre et qui le manifeste.
L'hôpital, quoi...
J'ai pensé à une autre scène d'hôpital qui m'avait parfaitement terrifié, celle de L'ÉCHELLE DE JACOB (à base de brancards, de roue qui  couine, de sous-sols labyrinthiques, de patients, qui n'était finalement pas si éloignée de la version "clinique" -et objective- que nous en donnent ici V. Paravel et L. Castaing-Taylor).
Un film impressionnant, malaisant, hyper-réaliste. Une immersion brutale (et partiale ?) vertigineuse dans un univers parfois déstabilisant qu'on n'a pas l'habitude de voir appréhendé de si incisive façon. Où les deux réalisateurs confirment l'acuité de leur regard.

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8 novembre 2023

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"Dès qu’on soutient le peuple palestinien on est antisémite.
Dès qu’on soutient le peuple israélien on est islamophobe.
Du coup j’ai décidé de soutenir la raclette. C’est bon la raclette."
(@audejavel79)

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"Vache-qui-rit,
vache à moitié dans ton lit" (François Morel & fils)

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"La poésie c’est chercher la réponse
La joie c’est savoir qu’une réponse existe
La mort c’est connaître la réponse" (Gregory Corso)

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"Il est des gens qui ne font rien pour être aimés et qui le sont pourtant, et d'autres qui font tout pour être aimés et qui ne le seront jamais." (Stig Dagerman, Tuer un enfant)

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merci Co! j'adore cette photo...

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"Il n'y a pas de norme. Tous les hommes sont les exceptions d'une règle qui n'existe pas." (Fernando Pessoa, Le Livre de l'Intranquillité)

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"On devrait toujours être légèrement improbable"  (Oscar Wilde)

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"Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer au repos, dans une chambre." (Blaise Pascal, Discours sur les passions de l'amour)
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"Le fondement même du discours interhumain est le malentendu." (Jacques Lacan, Séminaire III)
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"Vous ne devriez pas avoir peur de quelqu’un qui a une bibliothèque et qui lit beaucoup de livres ; vous devriez craindre plutôt quelqu’un qui n’a qu’un seul livre et qu’il considère comme sacré alors qu’il ne l’a jamais lu." (Friedrich Nietzsche)
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"On devrait toujours se voir comme des gens qui vont mourir le lendemain. C'est le temps qu'on croit avoir devant soi qui nous tue." (Elsa Triolet)

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"Le désespoir de toute manière n'est jamais une solution." (Philip K Dick)

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sur tw*tter, il y en a un qui se fait traiter de "placenta frotté à la couenne de teub"...

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3 novembre 2023

dirhams

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DÉSERTS
de Faouzi Bensaïdi

Vu juste après le film de Yolande Moreau (donc, il avait intérêt à être bien. Et il le fut).
Un film marocain de grandes dimensions (dont l'image occupait TOUT l'écran, ça n'est pas si fréquent) avec deux mecs en costard cravate qui roulent dans le désert pour aller récupérer des dettes (crédits non remboursés) chez les très pauvres des villages miteux au milieu de rien (ou de nulle part, ce qui revient au même). Un rond placide et un petit barbu nerveux et colérique. Mehdi et Hamid. Qui sillonnent des paysages désertiques et grandioses dans une vieille bagnole rouge pourrie pour aller gratter quelques dirhams chez des villageois qui n'en ont pas (des dirhams) ou presque. Kilomètres dans la poussière, paysages à couper le souffle, rencontres de personnages plus ou moins pttoresques et/ou décalés (dont le réalisateur lui-même, en épicier aussi fataliste que saisi.)
Rien que ça, on se régale.
Et voilà soudain qu'au détour d'une rencontre (un chasseur de primes qui doit rentrer chez lui d'urgence pour s'occuper d'un décès dans la famille) nos deux zozos se trouvent en charge d'un "terroriste" menotté à ramener en cellule, et voilà soudain le film pris en otage, kidnappé, par un second récit, un autre film, presque. Une autre histoire, un autre rythme, une autre ambiance (même si on reste  dans les mêmes décors sublimes et hallucinés). Un poor lonesome cow-boy, un cheval, un fusil. Et une femme et un chien.
Et que le film va donc avancer clopin-clopant (les deux zozos / le cow-boy), donnant au récit un rythme un peu bancal (et, en ce qui me concerne, mais c'est juste parce que j'avais très envie de faire pipi et je ne voulais pas sortir de peur de manquer la fin, au bout d'un moment cette terrible sensation dite "des fausses fins", ressentie pour la dernière fois devant L'ARBRE AUX PAPILLONS D'OR, vous savez... on a une très belle séquence, on la suit jusqu'au bout, on se dit "tiens, là, ça pourrait être la fin..." et non, juste après un autre plan commence, à la fin duquel on se dit "tiens, là aussi ça pourrait être la fin..." et non, rebelote , et voilà qu'encore une autre séquence... etc.).
Le film alors flotte un peu (il faudrait que je le revoie dans un état plus... tranquille). Jusqu'aux scènes vraiment finales, qui bouclent très intelligemment la boucle en faisant se tisser, se nouer, se rejoindre, les deux histoires, avant un plan final de toute beauté...

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ps : et voilà qu'en fouinant sur allocin*che, je découvre que j'ai déjà vu un film de Faouzi Bensaïdi, WHAT A WONDERFUL WORLD (2007), - purée, seize ans!- et que ce que j'en avais -très enthousiastement- écrit (ici) pourrait tout à fait s'appliquer à ce film-ci.

31 octobre 2023

cerf en ciment

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LA FIANCEE DU POETE
de Yolande Moreau

Ah, cette Yolande... A chaque fois, que ce soit en tant qu'actrice ou réalisatrice (ou même les deux, comme ici), elle rafle la mise. A chaque fois.
Ce film-ci est un film adorable (c'est le mot que j'avais en tête pendant toute la séance), d'autant plus que 1) je venais de recevoir de très bonnes nouvelles par sms 2) j'étais assis en compagnie de trois de mes "dames de coeur" (Catherine d'abord, qui fut suivie par Manue et Emma...) bref que j'étais dans les meilleures dispositions pour le voir...
C'est donc l'histoire de Mireille, qui rentre chez elle en autobus (dans une grande maison un peu délabrée), qui revient de quelque part mais on ne sait pas encore d'où (on saura bientôt le pourquoi et le comment), qui croise le curé du village en train de promener ses petits chiens et discute un peu avec lui, (curé qui est joué ô surprise par William Sheller!) curé qui va lui conseiller de prendre des locataires dans sa grande maison, histoire de récolter un peu d'argent...
Toc toc! le premier locataire est un jeune homme, étudiant aux Beaux-Arts, le second (dont le curé lui avait parlé) est -surprise-, Grégory Gadebois, un jardinier à la coiffure... équivoque (et qui d'ailleurs par la suite s'avèrera -de façon exquise- être plutôt une belle jardinière), suivi par un cow-boy musicien folk (joué par Esteban, à la tignasse et au phrasé si particuliers et reconnaissables), qui va s'avérer ne pas être tout à fait ce dont il a l'air (ou ce qu'il veut faire croire qu'il est...), trois locataires qui seront bientôt rejoints par un quatrième, le "poète" du titre (André Pierre de Mandiargues), qui va s'avérer lui-aussi être (tout à fait) autre chose, et est joué par le formidable Sergi Lopez. Qui se contentera, pour dormir, du dessous de la table de billard aménagé en chambrette, puisque toutes les chambres sont désormais occupées. Provisoirement. (Jusqu'à ce que brame le cerf en ciment)
Il y a, d'abord,  la présence merveilleuse de Mireille / Yolande (cette femme-là on l'adore depuis des lustres, depuis les fameux Deschiens, dont on retrouvera par ailleurs deux membres au coeur de la distribution), ce mélange incroyable de solidité et de fragilité, qui illumine vraiment le film. Et tous les autres interprètes, qui viennent aussi scintiller dans cette belle guirlande affectueuse et enjouée (guirlande éclectique plutôt qu'électrique, d'ailleurs).Chaleureusement. Tendrement. Un feel-good movie, donc, aussi humaniste qu'irréaliste, qui fait du bien sans arrêt, tout le temps, jusqu'au bout (le dernier plan, sur lequel va se dérouler le générique, est une merveille.)
Un conte, une fable, une utopie, une variation autour du mot "faussaire". Et finalement, une place au top 10, pour la quantité d'hormones positives et bienfaisantes (ocytocine, dopamine sérotonine) sécrétées pendant la projection. Et visiblement je n'étais pas le seul à ressentir ça (un peu l'effet d'un bon petit pétard, finalement, qui vous laisse avec un sourire un peu béat et les yeux brillants), mes voisines proches vous le confirmeront...
Oui, un film adorable, dans lequel on aimerait bien vivre (Si seulement la vraie vie pouvait ressembler à ça...)

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29 octobre 2023

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L'ENFANT DU PARADIS
de Salim Kechiouche

(entregent) Oh oh merci le gentil distributeur (la 25ème heure) qui nous envoie le lien de visionnage pour ce film (qui sortira le 6 décembre). Un premier film d'un (pour moi) sacré bogoss... (chaque fois que je le vois à l'écran je ne peux pas m'empêcher de faire des captures...)
allocin*che m'apprend qu'il a débuté à 15 ans chez Gaël Morel dans A TOUTE VITESSE (même si je ne trouve pas le même résultat, il y a un problème avec les dates mais bon passons), et la dernière fois que je l'ai vu à l'écran c'était dans CONSTANCE AUX ENFERS, avec Miou-Miou, où je l'ai trouvé carrément torride...
L'ENFANT DU PARADIS est un film court (1h12), qu'on pourrait qualifier de "à l'os", centré sur un personnage de jeune acteur maghrébin, Yazid. Sur ce qu'il vit, là, maintenant, aujourd'hui, au présent, mais le portrait où  le réalisateur  insère, à plusieurs reprises, des extraits de vidéos familiales, ("réelles") où il apparaît, enfant ou adolescent. Des scènes "de gens" plus que  de genre (l'humain prime dans ce cinéma, où les relations entre les personnes, relations affectives, semblent souvent en grand-écart entre l'affrontement et la réconciliation.) Avec un double clin d'oeil au film de Marcel Carné, via son titre, et aussi le prénom de la jeune femme aimée par Yazid (Garance, bien sûr...) sans qu'on y voie pourtant une influence dans l'intrigue du film (à part peut-être le fameux " Paris est tout petit pour ceux qui s'aiment comme nous d'un aussi grand amour" de ladite Garance dans ledit film de Carné)
Il s'agirait alors plutôt d'autofiction (dont je trouve la définition suivante : "Plus précisément, l'autofiction serait un récit d'apparence autobiographique mais où le pacte autobiographique (qui rappelons-le affirme l'identité de la triade auteur-narrateur-personnage) est faussé par des inexactitudes référentielles"). puisque, m'apprend Pr*mière, mais sans cela il aurait été impossible de le deviner, Salim Kechiouche y déclare  évoquer dans son film  le parcours d'un autre acteur, Yasmine Belmadi (qu'on avait découvert dans LES CORPS OUVERTS, de Sébastien Lifshitz (1997) puis retrouvé dans son sublime WILD SIDE, (2004)), qui était son ami, et à qui il a voulu rendre hommage, en hybridant donc deux histoires, celle de son ami et la sienne. Comme un "Parce que c'éttait lui, parce que c'était moi". Muni de cette clé, on (re)voit le film un peu différemment (en continuant de se demander ce qui appartient à la vie de l'un ou de l'autre).
Le film est construit en deux blocs narratifs, le premier nous présentant le personnage (c'est Salim Kechiouche qui joue le rôle du jeune acteur) et ceux qui l'entourent (sa tante, sa copine, son ex-femme, son fils, ses potes, ses futurs beaux-parents, sa soeur, avec son alternance d'altercations et de moments de partage -une magnifique scène de dans collective à la fin du rapas chez les beaux-parents), et le second prenant le parti de le suivre pendant toute une nuit. Toute la nuit, jusqu'au bout. Nuit bleue, nuit noire.
Un film attachant, passionné, à vif (il y aurait un peu du Pialat dans ces affrontements familiaux), réaliste et pessimiste. Jusqu'au bout.

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deux affiches, comme les deux côtés du film, le jour et la nuit

30 octobre 2023

masques d'animaux

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LE SYNDROME DES AMOURS PASSÉES
de Ann Sirot & Raphaël Balboni

Ces deux-là nous avaient déjà co-réalisé le plaisant UNE VIE DEMENTE, qui avait brillé dans notre dernière Semaine Belge. Je me suis donc dépêché (moi-même) pour aller le voir à Besac, où il était en sortie nationale et en salle 3 (au Victor Hugo), et dans la salle on était 2, pour cette première séance.
Rire quand on n'est que deux dans une salle, c'est moins facile. D'autant plus qu'on ne pouffe jamais violemment (avec ma voisine on a quand même pouffoté quelques fois...).
Dans le film précédent il était question d'un couple qui voulait un enfant, et ici rebelote. Elle (Lucie Debay) et lui (Lazare Gousseau) voudraient un enfant et n'y arrivent pas, jusqu' à ce qu'un éminet spécialiste leur annoncent qu'ils souffrent d'un syndrome (celui "des amours passées) qui génère un blocage qui les empêche de procréer. Pour le guérir, ils doivent "simplement" re-coucher avec tous leurs précédents partenaires... Soient trois pour lui, et une ribambelle pour elle, ce qui donne lieu à une très jolie installation murale à base de photos, de petites lumières, et de texte écrit en dessous au marqueur, tout ça sur un très joli mur pastel.
Et les voilà en chasse tous les deux de leurs anciens partenaires, ce qui donne lieu à d'assez plaisantes rencontres (lui a ainsi la chance de faire la connaissance de Marion (la toujours aussi exquise Florence Loiret-Caille, qu'on a hélas un peu perdue de vue depuis le très aimé BUREAU DES LEGENDES : Marie-Jeanne, reviens!!!) qui ne figure pas sur sa shortlist, mais va lui servir de mentor (et il en a besoin, ce grand nounours un peu balourd...)
Le film est un peu -beaucoup- agaçant de par son montage (un critique m'a appris qu'il utilisait le procédé dit du "jumpcut", le fait des couper des images à plusieurs reprises dans un plan, pour lui donner un aspect saccadé -et agaçant, donc-). Même s'il est tout aussi attachant grâce à ses interprètes (et son statut assumé de feelgood movie).
On a connu la Belgique plus tonique, plus drôle, plus bête et méchante (enfin, surtout son cinéma) et on finit par regretter que le film ne soit pas un peu plus tout ça, pour dépasser le stade la "comédie sympathique", ce qui ne nous en aurait fait que l'aimer davantage (tout en reconnaissant, comme dans le précédent UNE VIE DEMENTE ses indéniables qualités plastiques (notammant une mémorable soirée déguisée avec masque d'animaux qui n'aurait pas déparé chez Stanley K. hihi...) et la qualité de sa bande-son aussi.
Et le plaisir de revoir Florence Loiret-Caille!

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26 octobre 2023

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LE CIEL ROUGE
de Christian Petzold

Comme promis dans mon précédent post honteux et confus à propos de ce film (j'avais oublié de le chroniquer !) j'y suis retourné, dans le bôô cinéma. Et j'ai adoré ça. De A jusqu'à Z. (puisqu'il y est question, entre autres, d'écriture. C'est un film d'une extrême finesse (sous une apparente simplicité) et à l'écriture, justement, magnifique.
Deux garçons, Leon et Félix, débarquent dans la résidence secondaire du père de Félix, pour "travailler au calme",agréable  maison  de campagne où ils trouvent une jeune femme déjà installée, Nadja, jeune fille avec laquelle ils n'ont tout d'abord que peu de rapports (excepté les nuisances sonores de ses rapports nocturnes (les cloisons sont minces) avec Devid (avec un e) un jeune maître-nageur ("sauveteur") comme on l'apprendra un peu plus tard...
Les journées passent : Léon essaye de travailler (il planche sur son nouveau roman) Félix lui, préfère aller se baigner, et, sur la plage fait connaissance avec Devid, le sauveteur. Tous les quatre se retrouvent le soir à table autour d'un goulasch que Nadja, on l'apprendra plus tard, rapporte de l'hôtel où elle travaille...
Déjà (ça c'est personnel) c'est un plaisir d'entendre parler allemand. Ensuite, c'est (toujours) un plaisir de retrouver Christian Petzold, un cinéaste qui ne m'a jamais déçu (et dont nous avons programmé tous les films depuis YELLA, en 2007, avec la somptueuse Nina Hoss, qui fut sa muse jusqu'en 2018 (TRANSIT) où elle fut remplacée par la toujours exquise Paula Beer). Et, tertio c'est un plaisir de regarder un film d'une intelligence pareille.
Ces petites histoires humaines trop humaines, ce petit théâtre des sentiments, parfois tendre et parfois cruel qui se joue sur l'espace réduit de la maison et du jardin (avec la plage, puis la forêt, comme décors alternatifs) tandis que se joue, hors-champ pendant une grande partie du film, une tragédie autrement violente (incendie de forêt). Qui finira par rattrapper (au vol) notre quadrille de tourtereaux. Quintet, plutôt, puisque viendra se rajouter bientôt un cinquième personnage, l'éditeur de Léon, qui vient redistribuer les cartes, rééquilibrer les forces.
J'ai adoré la façon dont, dans le film, rien n'est sûr. Du grand art, cette façon, par exemple, de nous balader, dans la séquence d'ouverture, sur la fausse piste d'un quasi-début de film d'horreur (la panne de voiture, la forêt, la nuit qui tombe, les bruits ...) avant que de rebondir sur tout à fait autre chose, un genre de comédie rohmérienne, où l'on parle beaucoup mais où les sentiments restent flous... Circulation d'affects. Suppositions. Frémissements. Au début, les deux potes pourraient être davantage que ça... Leon pourrait être amoureux de Felix. Nadja fait irruption dans leur relation, avec sa belle robe rouge. Et après on ne sait plus trop, avec l'apparition du "sauveteur" Devid. Ca marivaude, ça parle beaucoup, et chaque situation semble rebattre les cartes. En jouant avec notre étonnement de spectateur.
Tout me plaît dans ce film, où les rapports entre les protagonistes sont finalement beaucoup plus complexes que ce qu'on aurait pu croire au début. A priori. Où chaque personnage a le don de vous surprendre. Et dont la seconde partie s'avère moins légère, moins "marivaudante" au fur et à mesure qu'on progresse dans l'intrigue. (A propos de laquelle certain(e)s critiques ont fait la fine bouche, et pan, machine à gifles!)
Indiscutablement, Top 10

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25 octobre 2023

pâtes aux noix et aux anchois

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ET LA FÊTE CONTINUE!
de Robert Guédiguian

Un film parfait pour cette Soirée d'Ouverture de Saison. Par son titre et par son thème. Et qui visiblement a plu au plus grand nombre. (En plus, il y en avait, du monde, dans la salle 4, et ça aussi ça nous a fait plaisir. Bon, même si ça nous coûte bonbon, hein...°
Plaisir de retrouver Robert G, sa ville, son quartier, sa bande (Ascaride, Neymark, Darroussin, Meylan, Stévenin, Leprince-Ringuet -qui, ouf, pour une fois n'a pas un rôle de salopard- et je pensais dire qu'Alicia Da Luz Gomes était la "petite nouvelle" sauf qu'allocinoche m'apprend qu'elle était déjà dans le précédent TWIST A BAMAKO, que je n'ai pas vu...) et ses thème récurrents : l'Arménie (et les Arméniens), la politique (les socialistes et les communistes) les revendications sociales, la famille et les relations filiales, et... l'amour ("il n'y a pas d'âge etc." hihihi) qui vient mettre son grain de sel et c'est très bien.
Un Guédiguian un peu à part parce que plus doux, plus tendre, plus apaisé. Pas de caillou dans la chaussure de la narration, pas de cas de conscience, le dilemne le plus aigu étant celui posé au personnage d'Ariane Ascaride : va-t-elle ou non être tête de liste aux prochaines élections ? Et ça aussi ça fait beaucoup de bien.
Un film qui vous donne le sourire, un grand sourire, et que je vous invite à voir si vous l'avez manqué lorsque nous le reprendrons dans le bôô cinéma à sa sortie, à la mi-novembre (le 15, exactement).

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22 octobre 2023

esmée

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LE RAVISSEMENT
d'Iris Kaltenbäck

Je l'ai vu parce que j'étais à Besac. Parce que "l'occasion a fait le larron". Et je ne l'ai pas regretté, bien au contraire. Un film "d'après une histoire vraie" ça ne m'attire a priori pas plus que ça. Une histoire de bébé, de bébé volé (emprunté, plutôt) non plus. Mais là quelque chose de mystérieux s'est produit : parce que la voleuse de bébé est aussi sage-femme, et, surtout, qu'elle est interprétée par Hafsia Herzi, comédienne troublante (à propos de qui j'ai pu avoir parfois dans le passé  ça et là  des réserves sur la qualité de son jeu -ou non-jeu-) qui se révèle ici parfaitement enthousiasmante. D'autant plus qu'elle forme dans ce film un couple avec Alexis Manenti, tout aussi parfaitement surprenant, en conducteur de bus serbe atone et, quasiment, diaphane (c'est sa voix, que j'ai reconnue "à l'oreille" assez rapidement, qui introduira le récit, nous informant ex abrupto de l'issue de cette histoire et commentera à intervalles réguliers la progression de l'histoire). Alexis Manenti qu'on n'a jamais connu d'une telle douceur un peu éteinte, somnambulique presque , mais qui fait le job à la perfection, formant avec Hafsia Herzi un non-couple (un "faux couple" ?) un peu blafard, sidérant, qui fait la grande force du film (qui laisse une sensation de froid).
Qu'on suit, un peu en apnée, faisant le dos rond devant l'imminence de la catastrophe. Avec, au bout du compte deux mots dans la tête : "profondément malaisant". Et une scène finale hypnotique.

(Tiens, je me réconcilie avec la critique de Libé à qui j'ai déjà promis par le passé  maintes machines à gifles mais qui livre ici une critique impeccable):

"Pour dire la force captivante du Ravissement dès ses premiers instants, rien ne sert d’évoquer autre chose que le visage de son interprète. On le savait, chaque apparition de Hafsia Herzi à l’écran se prête à une étude sur son sourire laconique, sa manière de bouger les yeux, ces paupières lourdes d’un vécu qu’on ignore. Ce nouveau personnage d’amoureuse au cœur brisé, larguée au tout début de l’histoire, semble d’ailleurs échouer d’un précédent film qu’elle réalisait en 2019, Tu mérites un amour. Dans le premier long métrage de la Française Iris Kaltenbäck, la superbe de l’actrice frappe encore d’un grand coup de blues et de grâce.
Surtout pas évanescente, la grâce. Toujours cette trempe du réel et du contemporain dans lequel la cinéaste veille à ancrer son film, dans le concret de la matière. Lydia, la trentaine, ne connaît en effet que ça, travaillant dans une maternité comme sage-femme. Le premier beau programme du film consiste à l’accompagner au travail, enregistrant son passage parmi les foules d’anonymes qui, comme elle, mènent une existence de nuit. Un sentiment reconnaissable file dans la cohue parisienne, quelque chose comme la solitude des villes, imprégnée des mines absorbées des passants au hasard de leurs circulations. Un autre film les aurait voulus "sans fard", or celui-ci les farde au contraire – fards d’une nuit de synthèse, marbrée de couleurs romantiques, phare rouge de ce manteau que Lydia ne quitte jamais.

(...) Son souvenir est imparfaitement reconstitué au passé, en voix off, à travers les yeux de l’homme qu’elle a dupé et des hypothèses formées par son imagination. Dindon de la farce, le voici réennobli par ce pouvoir de narrateur, délicatesse qui donne une idée des attentions qu’a la fiction pour ses personnages. Une autre s’illustre dans une scène qu’on sent tributaire de l’imprévu du tournage. Alors que Lydia se blottit dans un rideau, prise en chasse et sans échappatoire, le bébé dans ses bras agrippe le tissu avec sa petite pogne pour le rabattre sur elle, comme pour la protéger. Beauté de l’accident que le film semble toujours prêt à accueillir, et qui lui va en effet à ravir."

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21 octobre 2023

marionnettes

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LE GRAND CHARIOT
de Philippe Garrel

Oh la la j'ai honte j'ai dormi dormi dormi (j'ai même réussi à piquer du nez pendant les bandes-annonces!). J'ai dormi copieusement, voluptueusement. J'ai loupé la mort du père (Aurélien Recoing, que j'aime pourtant beaucoup) que je n'ai vu que trente secondes lors de la scène d'ouverture et je n'ai ouvert les yeux qu'à celle de la mère (Oh, Francine Bergé pour qui je garde une grande tendresse quasiment amoureuse depuis son interprétation de LA BELLE JARDINIERE, feuilleton quotidien en noir et blanc de ma jeunesse...)
J'ai donc pris l'histoire en cours, mais cette histoire de marionett(ist)es m'intéressait moyennement (repensé à la scène de Guignol au début de SOMBRE de Philippe Grandrieux
Louis Garrel, Esther Garrel, Léna Garrel, trois frères et soeurs dans la vie qui jouet trois frères et soeurs de fiction dans un histoire, qui, paraît-il, ressemble à la leur.
Il me semble avoir compris qu'a eu lieu une permutation de couples, et qu'une des deux soeurs se met en ménage avec Pieter, qui faisait partie de la bande de marionnettistes mais va lui aussi quitter le navire (Louis part faire du théâtre et va devenir célèbre, et donc laisse tomber les marionnettes) pour faire de la peinture, de plus en plus obsessionnellement (spoiler : il finira à l'asile).
Avec une très jolie image finale (et un très joli décadrage / recadrage).
Je ne suis pas autorisé à émettre le moindre jugement sur ce film après y avoir autant dormi.
Je suis passé à côté de ce film, je suis un peu désolé...

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20 octobre 2023

code civil

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MARIE-LINE ET SON JUGE
de Jean-Pierre Améris

Un après-midi pluvieux et cinématographique. Entre deux films du Festival Parlons d'amours, j'avais un trou, et j'en ai profité pour aller voir celui-là (dans la salle 1, mais que j'ai trouvée, surprise, bien remplie!). J'avais vu la bande-annonce et j'y avais entraperçu Nathalie Richard. Une excellente raison, donc...
Un cas d'école : ça commence très très très (j'en mets trois exprès) mal : mal joué, mal dialogué, mal scénarisé, mal éclairé, mal musiqué mal tout : (et on se dit pour quoi tant de haine ? et de quel droit faire jouer à Louane E. un personnage de fille aussi ouvertement et définitivement conne, à un point que ça en devient insupportable, inregardable, indéfendable...)
(Ouille!)
Et puis il se produit un genre de miracle : le vrai démarrage du film, c'est la confrontation entre les deux personnages de l'affiche (la jeune fille conne, donc, et le vieux juge qui est lui aussi entretient sa panoplie de vieux con dans un autre style) qui se met en place, et "contre toute attente", voilà que ça prend vie, que ça fonctionne, et l'histoire, par la grâce de son duo d'interprètes (ça matche vraiment entre Louane et Michel Blanc, c'est perceptible) devient touchante, amusante, émouvante, (on pense à DRIVING MISS DAISY -qu'on n'a pourtant jamais vu mais dont on connait le pitch-, on pense aussi, dans un autre registre, à DRIVE MY CAR, et le film ressemble un peu à cette voiture rouge cabossée rafistolée, où on est installé avec les deux protagonistes, au début un peu contre notre gré, puis dans laquelle on commence à  prendre nos aises ; on a l'impression de connaître le trajet à l'avance (on est en terrain connu), mais plus ça progresse et plus on prend ses aises sur les sièges (qu'on imagine défoncés), on s'y attache...)
Jusqu'à cette scène avec la divinissime Nathalie Richard (qu'est-ce qu'on l'aime, mais qu'est-ce qu'on l'aime, celle-ci!), avant que le film ne se termine très youplaboumesquement... On est passé, insensiblement, du très très mal au très très bien, et on sort donc de la salle avec le sourire (on n'a même plus envie d'enguirlander les trois de devant -deux nanas et un mec- qui nous ont pourtant bien fait suer pendant la séance...)

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Capture d’écran (1042)

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16 octobre 2023

étrusques

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LA CHIMERE
d'Alice Rohrwacher
(sortie prévue le 06 décembre 2023)

Et voilà!
Déjà le dernier film pour moi de cette DSI. Séance "de vieux" à 13h30, avec, bonne surprise,  un public assez conséquent. Et c'est, sans doute l'effet last but not least, le film de la sélection que j'avais le plus envie de voir... J'avais adoré son HEUREUX COMME LAZZARO, en 2018 (post enthousiaste ici), et je dois dire que celui-ci m'a tout autant enthousiasmé.
Le héros, Arthur, est un jeune homme un peu mutique (on comprendra ensuite que c'est parce qu'il est anglais), interrompu au milieu d'un rêve par le contrôleur du train dans lequel il voyage (on comprendra ensuite qu'il sort de prison et rentre chez lui), refuse de (re)voir ses anciens amis (on comprendra ensuite qu'ils sont complices dans une occupation illégale, et que lui s'est fait arrêter mais pas eux) et préfère aller voir une vieille amie (le plaisir de retrouver Isabella Rossellini en nonna) dans une maison qui fut somptueuse mais semble à présent délabrée, où elle vit avec ses filles (une flopée) et une élève-cantatrice qui lui sert aussi de bonne à tout faire, Italia... Une de ses filles, Beniamina, absente, revient souvent dans la conversation, on comprend qu'Arthur, (le jeune homme pas bavard), est amoureux d'elle et qu'il attend son retour...
On va bientôt en savoir davantage sur les "occupations" d'Arthur et de ses camarades : ce sont des tombaroli, des pilleurs de tombes étrusques, tombes qu'ils découvrent grâce au talent singulier d'Arthur : avec une baguette il arrive à percevoir sous la terre l'espace vide de ces sépultures, et indique précisément là où il faut creuser. ils sont en cheville avec un mystérieux -et longtemps invisible- Spartaco, qui leur rachète leurs trouvailles... (dont l'interprète n'étonnera pas vraiment ceux qui connaissent les films d'Alice Rohrwacher clic clic). Arthur mène la danse (et la réalisatrice aime visiblement le regarder le faire) , détecte le vide, perçoit l'imperceptible (la réalisatrice nous signale avec une astuce de mise en scène toute simple mais très plaisante chaque fois qu'il entre en transe.), et les comparses s'activent pour creuser et faciliter l'accès (priorité à celui qui a trouvé la tombe).
Ce qui est bien, chez Alice Rohrwacher (on l'avait déjà senti dans les films précédents et celui-ci le confirme) c'est qu'elle aime les petites gens. Les gens simples, les pauvres, vous, moi. Ceux qui sans cesse courent derrière leur chimera, le rêve d'une vie meilleure avec l'argent que cela suppose (et les moyens pas forcément légaux pour y parvenir...). Le délabrement, le précaire, est une notion qui revient plusieurs fois dans le film, que ce soit la maison de la nonna, celle d'Arthur, où la gare désaffectée ("à personne et à tout le monde") dans laquelle va se créer un genre de communauté sororale (où Arthur sera autorisé à venir  jouer les faux-bourdons).
Un film un peu ébouriffé (les pauvres ça n'a pas de peigne, comme le confirme mon expérience personnelle), un peu débraillé, mieux : dépenaillé (les pauvres ça n'a pas de dressing-room, hihi) mais, sans doute justement pour ça incroyablement attachant (vivement la sortie nationale, qu'on puisse le reprogrammer dans le bôô cinéma).
Avec, pour moi, un plaisir supplémentaire (et parfaitement inattendu), celui d'entendre (je l'ai reconnu dès les premières secondes) un morceau de Kraftwerk (Spacelab) qui vient illuminer toute une séquence...

Top 10

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15 octobre 2023

side-car

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LA CHRONIQUE DES PAUVRES AMANTS
de Carlos Lizzani

Elle suit son cours, cette DSI, piano piano, un film par jour... Et là je découvrais ce film d'un réalisateur inconnu (de moi) que Hervé nous avait suggéré avec disons une certaine insistance... Eh bin vous savez quoi ? Il avait, encore une fois, tout à fait raison (je l'aurai, un jour, je l'aurai...) Un film en noir et blanc, superbe, dans une copie magnifique, avec des sous-titres attentifs (pas la même taille de police de caractères selon que ce sont les personnages qui s'expriment ou la voix du narrateur...). Chronique sociale située dans un quartier de Florence, en 1925, où débarque le jeune Mario, qui va prendre pension chez Maciste, un forgeron anti-fasciste... Il est (il sera) question d'affontement(s) , pendant tout le film, entre les chemises noires et les chemises rouges, les fascistes et les anti-fascistes, au sein de ce quartier, de cette rue presque, dépeinte par le réalisateur comme un petit village où tout le monde connaît tout le monde, et c'est par les fenêtres que communiquent tous les habitants du lieu...
C'est comme un petit théâtre florentin, où défilent et s'entrecroisent les hommes (si on était en basse-cour, je dirais du vieux coq roublard au jeune coquelet plein d'ambition, sans oublier le jeune poussin idéaliste et plein d'illusions) et les femmes (pour filer la métaphore aviaire, toute une série de jeunes poulettes sémillantes, avec en arrière-plan une vieille poule qui surveille tout ce qui se passe et tient son poulailler d'une patte de fer).
J'ai trouvé le film vraiment excellent, en particulier une longue scène nocturne où deux de nos héros, en side-car, parcourent la ville pour aller prévenir ceux que les fascistes ont décidé d'éliminer. Comme d'habitude, j'ai été un peu handicapé dans ma compréhension du récit par mon manque -désolant- de connaissances historiques (concernant l'italie fasciste, notamment).

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12 octobre 2023

"circoncire le pape" ?

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L'ENLEVEMENT
de Marco Bellocchio
(sortie le 1er novembre 2023)

Premier film de notre DSI ( Decima Settima Italiana), et première avant-première...
Le pitch n'en est pas forcément affriolant (surtout en ce qui me concerne : un enfant est enlevé à sa famille juive parce qu'il a été baptisé en cachette, et est donc catholique, et voilà même que le pape en fait une affaire personnelle et son enfant chéri...) et sa famille veut tout faire pour le récupérer...), mais tous ceux qui l'avaient vu à Cââânnes étaient unanimes... Grand film, qu'ils disaient.
Le tout début le confirme un peu, (le "pas très affriolant") et puis enfin le film prend son essor (j'étais encore impressionné par l'homme-oiseau du film précédent) flop flop déploie ses ailes -de géant- et va vous en mettre plein les yeux et les oreilles, et ne plus vous lâcher jusqu'à la toute fin.
Une mise en scène grandiose, sublime, jusqu'à la démesure, parfaitement adaptée à la pompe au décorum aux ors à la magnificence (et au m'as-tu-vu) des rites et rituels de la religion catholique, pour une histoire -je le répète- dont le sujet ne m'intéresse pas vraiment (catho ou pas catho ?) mais dont le traitement ensuite me passionne, et me laisse souvent avec les yeux écarquillés (et les oreilles aussi, d'ailleurs!) comme un gamin émerveillé.
J'ai -encore une fois - un peu regretté mes lacunes historiques, concernant celle -l'histoire- de l'Italie (comme ce sera un peu plus tard le cas, mais j'anticipe, avec la CHRONIQUE DES PAUVRES AMANTS).
Ce qui est sûr c'est que la religion catho, d'un bout à l'autre, en prend pour son grade, et c'est très bien, avec surtout un chef de l'inquisition glaçant (qu'on croirait dessiné par Gotlib pour Notre Dame de Paris), et surtout, surtout, un pape encore plus angoissant (dont on s'inquièterait de la santé mentale, tant il a des allures de psychopape, pardonc, de psychopathe...) Et le réalisateur a l'intelligence de pousser le bouchon jusqu'au bout, jusqu'à la dernière scène où le jeune homme (c'est celui qui a été enlevé au début) revient au chevet de sa mère mourante, et, alors qu'on pense qu'il va implorer son pardon, tente une dernière fois de la baptiser... Aaargh! Catho un jour, catho toujours...
Bref un film à grand spectacle, brillant, bluffant, bref parfait pour une soirée d'ouverture (d'ailleurs, la cinquantaine de personnes présentes semblait plutôt enchantée).

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11 octobre 2023

"je vais demander ma mut'..."

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LE REGNE ANIMAL
de Thomas Cailley

On l'avait demandé dans notre prog, mais le bôô cinéma l'a eu en sortie nationale, et comme c'était notre SETTIMANA ITALIANA, on n'a pas eu d'"autre" film hélas...
J'avais beaucoup aimé le film précédent de Thomas Cailley (LES COMBATTANTS, en 2014, le post est ) qui n'est pas sans présenter quelques points communs avec celui-ci (la pugnacité, la forêt, l'armée, la peur de la "fin du monde", et même les animaux!), et celui-ci j'y suis donc allé dès la première séance dans le bôô cinéma...
Romain Duris (qui vieillit décidément très bien) en papa et Paul Kirchner (qui a toute la vie devant lui mais qui explose déjà les compteurs, souvenez-vous du LYCÉEN de Christophe Honoré) en fiston sont en voiture dans un embouteillage et commencent à se prendre de bec -pour une histoire de rendez-vous semble-t-il- , QUAND SOUDAIN, d'une ambulance immobilisée un peu plus loin dans la file d'attente commencent à retentir des coups violents, avant que la vitre arrière ne vole en éclat, laissant s'échapper un... un quoi déjà ? un homme avec des ailes ?, coupant court net à la dispute familiale. On se calme illico et on remonte dans la voiture.
Le rendez-vous était chez une doctoresse (et on a le coeur tout tirebouchonné de joie de voir qu'elle est incarnée par la divine Nathalie Richard, mais on le savait déjà parce qu'on avait bien vu la bande-annonce) avec qui tous les deux vont s'entretenir de Lana, épouse de l'un et mère du second, qui souffre d'une affection mystérieuse (Lana qu'on entrapercevra un peu plus tard, fugacement), qui elle aussi est devenue une "créature" (et est en train de se métamorphoser en animal...) dont on va beaucoup parler pendant tout le reste du film.
Elle va être transférée dans un autre centre thérapeutique, dans le sud de la France, mieux adapté à son état, et voici donc père et fils qui font leurs bagages pour rester plus près d'elle. Sauf que le camion qui transportait les "créatures" a eu un accident et que tous ses passagers se sont enfuis. Dans la forêt (forêt magnifique, et magnifiquement filmée) toute proche. Le père a pris un nouveau job, le fils est dans une nouvelle classe, avec des nouveaux congénères, tous deux s'adaptent à leur nouvel espace de vie, mais en continuant de chercher Lana...
On le sait, de tout temps, dans les contes de quand on était tout petit, la forêt a jours été -par définition- un lieu magique... Et l'adolescent va vite le découvrir... C'est d'autant plus impressionnant que le reste du film est traité de façon extrêmement "réaliste". Avec, ponctuellement, ça et là, des apparitions de mutants (comme celle, très réussie, dans le supermarché, qui permet à nos héros de faire la connaissance d'un adjudant très mimi, incarné par la toujours aussi impressionnante -et juste- Adèle Exarchopoulos). Le traitement m'a fait un peu penser au TEDDY des frères Boukherma, (avec Anthony Bajon en loup-garou, je dis ça je dis rien hein...), avec ce mélange réussi  de chronique "villageoise" et de fantastique (avec, encore une fois, l'orée de la forêt comme frontière...)
On sait que l'adolescence est le cadre (le temps) d'importantes transformations, et le jeune garçon va en faire -doublement- l'expérience... ("en faire les frais" serait tout aussi juste.)
Il y a les gens "normaux", qui vivent leur vie "normale", et, juste à côté les "autres", retournés, malgré eux, à la vie sauvage, au sein de cette forêt qui devient le refuge idéal pour les uns le lieu de toutes les peurs pour les autres...
Emile va y passer de plus en plus de temps, et réussir à sympathiser avec une créature fascinante, l'homme-oiseau entrevu au tout début du film (incarné par un Tom Mercier en état de grâce, qui justifie à lui seul le fait de voir le film).
Et je m'arrêterai là de raconter le film.
Sachez juste qu'il m'a beaucoup, beaucoup impressionné. (D'autant plus que j'avais, tout au bout de mon rang, une voisine un peu étrange, qui parlait toute seule, ricanait dans les moments inquiétants, et commentait l'action en prenant de temps en temps les personnages à parti). Je l'ai même soupçonnée un instant d'être une de ces "créatures"...)
Le film cartonne, et c'est tant mieux, il le mérite. Le réalisateur s'est assez longuement exprimé sur sa volonté -tenue- de ne pas user d'effets numériques, mais de "trucs" réels, bricolés avec les moyens du bord (maquillages, prothèses) afin de préserver jusqu'au bout l'humanité de toutes ses créatures.
Et le film n'en est que plus fort. Et devient politique (comme l'était déjà LES COMBATTANTS) et -hélas ?- très actuel de par les multiples thématiques (sociétales et personnelles) qu'il aborde.

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fils et père

9 octobre 2023

ce matin un lapin...

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COUP DE CHANCE
de Woody Allen

Alors ce Woody Allen franco-français, il est comment, hein ? Même si Woody a gardé la même typographie pour les titres et le même style musical pour l'habillage (je dois dire que j'ai trouvé cette fois la musique particulièrement envahissante), on se retrouve en terrain de connaissance(s) mais pas tout à fait, puisqu'on est à Paris (et qu'on y restera la majeure partie du film, sauf les week-ends à la campagne...), dans des petits appartements tout simples de 10 000m2 (ça aussi c'est agaçant, hein, mais c'est finalement comme dans Columbo, les meurtres c'est toujours l'affaire des riches...).
Une blondinette (Lou de Lââge, très bien), mariée -et semble-t-il heureuse en ménage- à un richissime -mais mystérieux- homme d'affaires (Melvil Poupaud va nous faire ça très bien...), rencontre par hasard dans la rue un jeune homme qu'elle a connu à l'école -à New-York, quand même- des années plus tôt (Niels Schneider, très bien) qui lui avoue qu'à l'époque il était amoureux d'elle et qu'il n'a jamais osé lui dire... Et voilà qu'il se rapprochent insensiblement, jusqu'à ce que, ouiiiiii un baiser dans les escaliers et crac! l'adultère est consommé... Ménage à trois donc (avec l'accent new-yorkais) et tempête sous un crâne (celui de la jeune fille) : tromper son mari plus que parfait et plus qu'amoureux ?
Jusque là, on a suivi d'un peu loin cette bluette avec des couleurs plus automnales tu meurs, sans véritablement d'intérêt, quand, soudain, voilà que le mari (placer là un rire sardonique à la Vincent Price) nous confime qu'il n'est qu'un faux gentil (Melvil Poupaud est délicieux d'excès de machiavélisme dans les plans fixes que lui organise le réalisateur) - on avait quand même quelques doutes à son sujet- et va s'employer à régler le problème de l'adultère à se façon (adultère qui lui a été confirmé par le détective privé qu'il à engagé -Grégory Gadebois, dont jamais on ne se le lassera...-)
Un personnage va donc disparaître, et c'est un autre personnage, la belle-mère (incarnée par une Valérie Lemercier parfaite), qui va mener l'enquête à propos de celui envers lequel elle a commencé à avoir des doutes...)
Et tout se finira dans les bois, avec cette omniprésente lumière automnale qui n'en finit pas de nimber, lors d'une scène où on comprendra pour le film s'appelle ainsi...
Où tout serait, en fin de compte, bien qui finit bien...
La boucle est bouclée, le film est terminé, on a passé un moment sympathique et voilà...

(On a pensé à MATCH POINT, à MEURTRES MYSTERIEUX A MANHATTAn...)

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