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PARVANA
de Nora Twomey

La question était : en VO ou en VF? On avait le choix, dans le bôô cinéma, pour ce film, classé Jeune Public (on a eu droit aux bandes-annonces des prochains Dysnuche), mais finalement pas tant que ça, du simple fait qu'il existe une VO. Je m'étais déjà posé la question pour d'autres films d'animation, ceux notamment de Miyazaki et je m'étais dit que oui oui on peut les voir en VF. Là j'ai opté, en bon puriste, pour la VO. Ce film se passe en Afghanistan, avec des personnages afghans donc, et, (en bon puriste) j'ai eu la surprise d'entendre tout le monde y parler en anglais (mais avec l'accent afghan, donc), et me suis alors dit que j'aurais très bien pu le voir en VF (où j'aurais eu le plaisir d'entendre la jolie voix de la jolie Golshifteh Farahani).
C'est l'histoire, donc, d'une fillette prénommée Parvana, vivant à Kaboul, avec sa famille (papa, maman, une grande soeur et un petit frère). Et les talibans. Omniprésents. Dont la violence et l'imbécilité sont clairement montrées. De la même façon que la violence et l'imbécilité des diktats par eux imposés aux femmes, transformées, dès qu'elles sortent de chez elles, en tristes tentes monoplaces avec juste un judas grillagé à hauteur des yeux. Tout ça pour "passer inaperçues". Quelle tristesse...
Un certain concours de circonstances fait que le père de Parvana est arrêté et emmené en prison et que la vie, déjà pas facile (la faim et le manque d'argent sont clairement évoqués) devient quasiment invivable (puisqu'une femme seule ne peut rien faire : on n'a pas le droit de la servir au marché, par exemple, puisque les talibans (sur)veillent). La mère de Parvana en fait l'amère expérience lorsqu'elle tente d'aller avec sa fille jusqu'à la prison, pour rendre à son mari handicapé (qui a perdu une jambe au combat) la canne dont il a besoin, où elle va va se faire jeter à terre et violemment frapper par un garde spécialement hargneux et violent (mais tous les talibans sont hargneux et violents).
La seule solution trouvée par Parvana pour que sa famille puisse survivre est de sacrifier sa chevelure et de se déguiser en garçon, au moins pour pouvoir aller faire les courses... Elle va alors entreprendre d'aller elle aussi voir son père à la prison, pour lui donner cette fameuse canne. Plusieurs fois. En vain. Les forces en présences sont trop inégales. Et le film a la bonne idée de mettre en parallèle l'histoire de Parvana avec les aventures d'un petit garçon nommé Soliman, héros d'un conte qu'elle (Parvana) raconte à son jeune frère Zaki,  un jeune villageois qui s'oppose à d'affreux tigres aux yeux rouges commandés par un dieu-éléphant qui ont volé les semences pour son village et qu'il entreprend de récupérer. Le conte de Soliman (dont on comprendra à la fin du film le pourquoi du choix de ce prénom) et l'histoire de Parvana avancent ainsi en alternance, chacune des séquences de l'une permettant de se remettre des émotions générées par les séquences de l'autre. A la dimension très mythologique des aventures de Soliman répond celle, plus "terre-à-terre" (réaliste) mais tout aussi mythique des aléas de Parvana.
Bien sûr les deux histoires (on est en Jeune Public, mais pas au Tombeau des Lucioles) auront -chic!- des fins heureuses, et ça fait du bien. Tout ca redonne comme qui dirait de l'espoir. Un très beau film, (doublement récompensé à Annecy) à défendre toutes griffes dehors.

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