126
LE GRAND BAL
de Laetitia Carton

C'était la soirée d'ouverture de saison, avec le film qu'on offre à nos adhérents (mais qui nous est facturé par l'esploitant, faut pas rêver non plus...), avec, cette année, une fois n'est pas coutume, un doc. Mais quel doc... Et si le bonheur était dans la salle, sur l'écran, il le fut aussi, après la séance, dans le hall du cinéma, puisqu'un groupe ami (Akan) s'y était installé pour, lui aussi, (nous) proposer un grand bal, et donc ça guinchait, ça tournait, ça virevoltait, avec un plaisir manifeste et des sourires grands comme ça.
J'avoue que j'étais, avant le début du film, un tout petit peu sceptique sur l'intérêt de la chose : un documentaire sur des gens qui se réunissent tous les ans, à 2000, pour passer une semaine à danser ? Mouais me disais-je... Et j'ai d'ailleurs continué à avoir un (tout petit) peu peur, au tout début du film : on y voit, effectivement, des gens qui dansent, la logistique du festival, les cours, les bals, les boeufs... Des gens qui parlent de ce festival, de la danse, de la façon dont ils vivent l'événement.
Et, comme une danse, justement, ça se met en route, tout doucement, à petits pas, mine de rien, et puis ça prend de l'ampleur, de l'espace, de la vitesse. De la force. Tiens, comme Le beau Danube Bleu, au début c'est calmos et riquiqui, comme si les musiciens (comme si les danseurs) prenaient le temps de s'accorder, de se mettre dans le bain, et puis ça prend de l'ampleur, ça accélère et ça tourbillonne majestueusement, à profusion, de plus en plus, comme si ça n'allait jamais s'arrêter.
Et c'est comme ça que Laetitia Carton a construit son film. Plus on avance, plus on danse, et plus ça devient passionnant. Moins il y a de mots et plus il y a de corps, de mouvement, d'énergie. Et de cinéma. Il y a dans ce Grand bal des scènes sublimes, ma préférée (la première) étant peut-être -paradoxalement- celle qui est centrée sur un couple, quasiment immobile au milieu de la piste, enlacé, les mains de la femme tenant le dos de son cavalier, tandis qu'au fond, en flou, ça s'agite joyeusement. autour d'eux, d'abord sur une musique "rapportéé", puis le son descend progressivement jusqu'au silence complet -un moment éblouissant- avant que la réalisatrice ne rende à la scène son son d'origine, et c'est comme si, à partir de ce moment, le film (pour moi) avait véritablement pris son envol. Oui, à partir de ce moment le pari est gagné, j'étais conquis, séduit, enthousiasmé. Une danse où ne sont filmés que les pieds, En surface par Etienne daho et Dominique A, un monsieur qui signe les consignes d'une danse, un gros plan sur deux mains jointes d'un couple en train de tourner follement, un grand cercle collectif avec des pas en avant puis en arrière, qui pourrait ne jamais s'arrêter, tout passionne, attendrit, émerveille, ponctué (accompagné) par la voix-off de la réalisatrice qui vient presque chuchoter à notre oreille des choses douces et tendres...
Ce qui est frappant (et qui s'est ensuite vérifié dans le hall, "en vrai") c'est la joie qu'on peut lire sur tous les visages de ces danseurs, l'incroyable sentiment de communauté, de partage, qui se dégage de ces corps en mouvement. Ca donnerait presque envie de s'y lancer, de les rejoindre (et le film m'a permis d'éclaircir un peu le rapport compliqué que j'ai personnellement avec la danse (celle qu'on pratique, pas celle qu'on regarde) : danser c'est toucher, accepter d'être touché, et c'est sans doute pour ça que je n'y suis pas très à l'aise...)
Un beau moment de liesse cinématographique à regarder, en tout cas.

3095514