samedi 30 novembre 2019

drone de drame

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LES MISÉRABLES
de Ladj Ly

Dans le bôô cinéma, à la séance de 16h15, ils avaient décidé de le programmer dans la plus petite salle : résultat, des gens assis jusqu'au premier rang ou presque, et vu la taille démesurée de l'écran, risque de dénuquage si on veut suivre ce qui se passe d'un bout à l'autre du scope. Deuxième trop bonne idée : le projectionniste (toujours facétieux) a fait démarrer la séance direct, sans pub (alors que d'hab' on s'en tartine une bonne vingtaine de minutes), et donc c'est pas tout à fait de bonne humeur que je me suis assis, à tâtons, dans le noir, devant un film déjà commencé...
HEUREUSEMENT
tout ça s'est évaporé tout de suite, tellement le film vous embarque et ne vous lâche plus, instantanément... En plus au bout de quelques minutes, qui vois-je débarquer sur l'écran ? Jeanne Balibar en... commissaire (?) (cest comme ça que s'appelle le chef, chez les keufs, non ?) tout à fait plausible... Bonheur mais bon on ne la reverra plus (au générique c'est bien précisé  "avec la participation de").
On assiste donc à l'arrivée d'un nouveau keuf, qui fait connaissance avec des deux partenaires (équipiers? ) de la BAC. Lui c'est Stéphane (Damien Bonnard, vraiment excellent), aussitôt baptisé Pento par Chris, le chef de meute, un peu bourrin juste ce qu'il faut (Alexis Manenti, plus vrai que nature). Le troisième pied-nickelé de cette team, c'est Gwada, un grand black débonnaire (Djebril  Zonga, parfait). Le nouveau, le cow-boy et le coolos, voilà notre trio parti dans la téci  dans sa voiture de patrouille...
Ca démarre plutôt décontracté, roulage de mécaniques en prime, et on va les suivre, (c'est le premier jour de Stéphane dans sa nouvelle affectation, et ses collègues ne se privent pas de le chambrer gentiment, en lui faisant découvrir sur le tas tous les intervenants de cette "zone sensible" : les adultes, chacun avec son territoire de pouvoir, les ados (les adotes), les parents, et les gamins aussi -ça m'a rappelé quelques petites choses-).
Chris fait le cow-boy devant quelques "responsables" du quartier qu'il présente au petit nouveau, puis effectue un contrôle un peu rentre-dedans pour des beurettes en train d'attendre le bus, bref se la (sur)joue un chouïa en expliquant, entre autres, 1) qu'un flic a toujours raison, 2) qu'il ne doit jamais s'excuser, et autres axiomes de "savoir-vivre" urbain du même tonneau... D'autant plus que la situation semble perpétuellement instable (explosive) entre les différents âges et les différents clans (et même au sein de chacun d'eux).
Les esprits vont commencer à s'échauffer à cause d'un lionceau qui a été chouré (dans un cirque qui vient de débarquer) par un ado, les mecs du cirque débarquent énervés avec des battes de base-ball et des gros muscles, et jouent à qui criera le plus fort, en promettant de revenir tout casser si la bestiole n'est pas retrouvée d'ici le soir, et voilà nos trois "baqueux" lancés sur les traces de Johnny (c'est son petit nom)...
A partir de là une chose va en entraîner une autre (je ne vais rien vous en dire de plus) puis une autre encore, mais en même temps que le ton monte et que les choses s'aggravent, le film lui-aussi se tend de plus en plus,  va monter encore en puissance, inéluctablement, et démarrer comme une fusée (il en a vraiment la puissance) jusqu'au point d'orgue d'une dernière partie quasiment apocalyptique...
Un film fort, que son distributeur a souhaité sortir dans un grand nombre de salles (beaucoup plus que pour une sortie "normale" de film d'auteur) mais visiblement, le public a suivi... Un film qui a la bonne idée de prendre pour héros (à la fois ogres et petits poucets) nos trois flics dans leur bagnole (le parallèle avec La haine est justifié, le film en est le symétrique). Un film qui m'a laissé comme désemparé quand les lumières se sont rallumées, tellement cette dernière partie est sidérante (c'est seulement à ce moment-là que les larmes sont montées).
Un film surpuissant (polar, thriller, constat social, drame).
Top 10.

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je ne comprenais pas le sens de cette affiche, jusqu'à ce que Marie m'explique que c'était la première scène du film, que donc j'avais ratée (merci le projectionniste facétieux!)

 

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vendredi 29 novembre 2019

entrevues 2019.5

(c'était le tout dernier jour, et je n'ai pas pu m'empêcher d'y revenir, pour en profiter encore un peu maintenant que c'est plus calme. Je suis venu avec Jacky, nous avons très bien roulé et nous avions donc trois quarts d'heure d'avance sur le timing que nous nous étions fixé, d'autant plus qu'il n'y a presque plus besoin de faire la queue tellement il reste peu de monde...)

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CLEO DE 5 A 7
d'Agnes Varda
depuis le temps qu'on voyait cette image sur l'écran(Cléo descendant les esacliers avec son boa) , il fallait quand même que je finisse par voir ce film, dont j'entends parler depuis si longtemps. Qui commence en couleurs et continue en noir et blanc. Une femme Cléo -une chanteuse- (Corinne Marchand) marche dans Paris, en "temps réel", (le film est divisé en chapitres numérotés, qui donnent l'heure -le minutage- et le nom de la (ou des) personne(s) qu'on y voit), en attendant le résultat de ses analyses (savoir si elle a le cancer ou pas). Nouvelle vague, liberté,Varda, années 60, bref tout une époque (on y voit même Michel Legrand jeune, c'est dire!) pour un film plaisant.

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(je voulais initialement voir le film de Lumet dans la section Chasse à l'homme, mais Michelle D. et Jacky m'ont fait hésiter en évoquant ce film est-allemand magnifique qui était projeté en même temps, et en utilisant le fait que j'avais beaucoup plus de chance de revoir le film sur les chaînes cablées que cet incunable (en copie restaurée) venu de la Cinémathèque et y retournant inexorablement après cette ultime projection... après avoir (un peu) hésité, je suis leur conseil)

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LES ASSASSINS SONT PARMI NOUS
de Wolfgang Staudte
Le film a été tourné en 1945, à Berlin, en décors réels (la ville bombardée). l'histoire d'une jeune fille qui, rescapée des camps de concentration, revient dans sa ville, et trouve son appartement occupé par un "Docteur" visiblement assez tourmenté, fuyant dans l'alccol un passé qui nous sera progressivement reconstitué... Les voici qui cohabitent, les choses s'apaisent un peu jusqu'à ce que le Docteur se retrouve face à une figure qui le ramène à ce passé qu'il souhaite fuir... Un beau mélodrame avec de l'amour, de la culpabilité, de la guerre, de la vengeance (ou pas), dans une copie magnifique (très beau travail sur la lumière les contrastes et les cadrages) et magnifiquement restaurée. (Le titre original est le même que celui de M le Maudit).

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COPS/ FIANCES EN FOLIE
de Buster Keaton
Bonne idée de réunir dans un même programme ces deux films emblématiques de l'art (et de la folie froide) de Buster Keaton : dans le premier il est poursuivi par des dizaines, des centaines, des milliers de flics, et dans le deuxième par des dizaines, des centaines, des milliers de mariées!

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(et c'était très bien, pour la dernière séance, de finir en beauté avec ce film-ci que j'avais trèsenvie de voir, mais que je n'avais pas pu voir le prmeier jour pour cause de séance de 14h complète)

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J'AI ENGAGÉ UN TUEUR
d'Aki Kaurismaki
Londres (ce qui n'est pas si courant chez Kaurismaki), un Jean-Pierre Léaud grandiose, qui vient de se faire licencier (un job comme celui des fonctionnaires qu'on voir à l'oeuvre dans Brazil), qui essaie vainement de se suicider, et, comme l'indique le titre, finit par engager un tueur pour qu'il fasse le boulot à sa place. Sauf qu'entretemps il a fait la connaissance d'une jolie british girl blonde à lèvres rouges (qui vend des roses dans les bars le soir), et donc n'a plus vraiment envie de mourir, mais le tueur qui doit se charger de lui est singulièrement obstiné (en plus il ne lui reste plus non plus beaucoup de temps à vivre...) et donc les choses se compliquent, mais... simplement, comme toujours chez Kaurismaki.  Un film superbement kaurismakien (personnages, décors, dialogues, couleurs, musiques et chansons) une gourmandise, bref, on se régale d'un bout à l'autre...

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(et puis voilà  Entrevues 2019, c'est finito!)

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jeudi 28 novembre 2019

entrevues 2019.4

(deuxième journée, un peu effrangée des rencontres exploitants : un film le matin, puis une table ronde ouverte au public  avec des réalisateurs et des exploitants et des distributeurs sur le thème "Qu'est-ce qu'un film qui marche ?" et les organisateurs sont malins puisqu'e, à la même heure, ils n'ont mis aucune autre séance, ce qui fait que la salle était plutôt agréablement remplie, et la table-ronde s'est avérée très intéressante)

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SOLO
de Artemio Benki
Le "coup de coeur de l'acid" à Cannes 2019, un film extrêmement touchant (franco-argentino-tchèque) autour d'un personnage que Thomas Choury (programmateur de l'acid que j'étais très content de rencontrer "en vrai" avoir beaucoup échangé par mail) définit comme "bigger than life", martin, musicien, pianiste et schizophrène. le personnage est véritablement très impressionnant, et le façon de le filmer qu'a choisie le réalisateur aussi, alternant les moments d'enthousiasme et ceux d'abattement. Martin n'aspire qu'a une chose "tocar el piano" et c'est fort émouvant la façon dont il le fait. Un film qui parle de maladies mentales, et de malades mentaux, montres "in situ" (lieux de vie collective et de soins) mais aussi lorsque Martin vole de ses propres ailes (pas toujours de la plus joyeuse des façons, il faut le préciser)... Plusieurs fois j'ai eu les larmes aux yeux... Merci l'acid! (et merci Thomas!)
(pas de sortie prévue pour l'instant, parce que pas de distributeur!)

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ABOU LEILA
de Amin Sidi-Boumediene
De ce film je ne savais absolument rien, et ça a donc été une belle claque. Un film en scope à la croisée de plusieurs genres, qui débute par une scène d'attentat (un terroriste flingue à bout portant un notable dans sa voiture, les flics arrivent et des coups de feu sont échangés de part et d'autre), continue en road-movie (deux mecs dans une bagnole, dont on nous fait comprendre que l'un des deux au moins ne va pas très bien dans sa tête, et qui ne sera d'ailleurs jamais nommé dans le film, juste par S.), puis bifurque vers le fantastique via des scènes successives de rêves et/ou d'hallucinations et/ou de souvenirs qui s'enchaînent comme les dunes dans le désert( désert très présent dans le film,et, comme souvent, extrêmement cinégénique), s'imbriquent et se mélangent de plus en plus (j'adore ce système de rêve dans le rêve dans le rêve ou le spectateur est de plus en plus égaré). Un vrai bonheur de cinéma, même si de temps en temps un peu trop... démonstratif.
(sortie prévue le 4 mars 2020)

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ADOLESCENTES
de Sébastien Lifshitz
On change complètement d'univers et de genre avec ce très beau film d'un réalisateur que j'aime énormément et dont j'ai vu presque tous les films (depuis Presque rien, en 2000), qui a réalisé des films documentaires et d'autres de fiction, toujours avec la même acuité (etn pour moi, avec le même bonheur). Sébastien Lifshitz est un cinéaste précieux parce qu'attentif. Ici, document, puisqu'on s'intéresse, comme le titre l'indique, à deux demoiselles, Anaïs et Emma, deux "meilleures amies", qu'on va suivre de la quatrième à la terminale. Deux jeunes filles assez différentes, par leur physique et par leur milieu (et aussi leur façon de vivre les choses même si elle sont saisies à un moment -l'adolescence- où le rapport avec les autres (la famille surtout) vire généralement à la guerre de tranchées.) Un film d'autant plus touchant que le réalisateur, ayant opté pour un déroulement linéaire et chronologique, insère l'histoire de ses deux héroïnes dans la "grande", nous permettant de revivre quelques moment particulièrement marquants de l'histoire de france de ces dernières années. Et un film (paradoxalement ?) d'une grande douceur, idéal pour clôre en beauté cette journée. C'est juste c'est simple, c'est tendre, c'est drôle...
(sortie prévue 29 avril 2020)

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(et peut-être aussi, pour moi, cette édition d'Entrevues. Je n'ai pas voulu rester pour le film suivant, ni même -je le regrette un peu, -finalement je n'étais pas à cinq minutes- la discussion avec Sébastien Lifshitz -Le bonhomme a l'air adorable (et il l'est effectivement, comme me le confirmera plus tard une des organisatrices.)- tellement j'appréhendais le retour de nuit et en voiture. heureusement, pas de pluie, presque pas de brouillard, presque plus de travaux, mais un trajet plutôt éprouvant (je n'y vois bien qu'en plein phares, je déteste rouler de nuit...)

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mardi 26 novembre 2019

entrevues 2019.3

nous voici enfin arrivés aux fameuses "Journées Exploitants", le sacro-saint noyau dur de ce séjour à Entrevues, cinq films prévus pour la journée -je zappe comme d'hab' le repas de midi à la salle des fêtes-)

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LA FILLE AU BRACELET
de Stéphane Demoustier
Du beau linge : Rochdy Zem et Chiara Mastroianni sont les parents d'une jeune fille, Lise (Mélissa Guers, impressionnante) accusée d'avoir assassiné sa meilleure amie de sept coups de couteau... Un "film de procès" (et, tiens, Anaïs Demoustier joue l'avocat général, et, re-tiens, c'est la première fois qu'elle interprète un personnage pas folichonnement sympathique...). Un film de prétoire et de plaidoiries, d'interrogatoires et de témoignages de spécialistes, de beaucoup de questions et pas forcément de réponses, bref un film solide, un beau portrait de jeune fille, un constat (celui du fossé de plus en plus grandissant entre les adultes et "les ados"), un très touchant dernier plan, bref un film qui tient ses promesses... (Sortie prévue le 5 février 2020)

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NUESTRAS MADRES
de
Guatémala. Un jeune homme est employé à reconstitue les squelettes des victimes de massacres organisés, retrouvées dans des charniers,  pour les rendre à leur famille. Et aussi à recueillir les témoignages de celles qui ont perdu un proche lors de ces mêmes exécutions sommaires. Mais ce jeune homme est aussi à la recherche de son père, à propos duquel sa mère n'a jamais été très bavarde. L'audition d'une femme lui donne un espoir, il va suivre cette piste qui lui est donnée... Un film magnifique, impressionnant, touchant. Poignant (sortie prévue le 8 avril 2020)

(pause de midi au Bistroquet avec Mimi et sa cousine, jambonneau/lentilles, avant le retour aux projections, mais nous sommes désormais dans des salles avec des "projections publiques", donc il faut anticiper et faire la queue tô si on veut être sûrs d'avoir des places...)

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TOUTES LES VIES DE KOJIN
de Diako Yazdani
Un film qui m'a laissé un peu perplexe : le réalisateur, kurde iranien, exilé à Paris depuis 2011, retourne au Kurdistan irakien pour y faire un film sur Kojin, un jeune homosexuel de 23 ans (et de ses amis). C'est très courageux d'avoir le projet de parler de l'homosexualité dans un pays où officiellement, elle n'existe pas. Mais deux choses me posent problème : le fait que le réalisateur ait choisi un personnage bien trop "emblématique" qui dans un premier temps évoque plus un trans qu'un gay, et aussi, plus gênant, que ce même réalisateur prenne à plusieurs reprises ses distances avec son sujet, "je ne suis pas comme ça" affirme-t-il (paradoxalement ?) en farsi sur une pancarte joyeusement colorée, lors d'une gay pride parisienne. un film qui a le mérite d'exister et le revendique (l'évocation des traitements réservés aux gays est proprement terrifiante) mais qui donne un peu le sentiment que le réalisateur s'est un peu fourvoyé, en parlant finalement davantage de lui (sans que pourtant toutefois toutes les choses soient dites) que de Kojin (qui est abandonné à son sort en quelques lignes à la fin du film). une sacrée sensation de malaise en tout cas. (sortie prévue le 12 février 2020)

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(on change de salle et hop! on y retourne...)

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APRES LA NUIT
de Marius Olteanu
un film roumain en compèt', forcément j'étais curieux. un film en trois parties, sur l'histoire d'un couple. Part 1 : Dana, l'histoire de la femme. Part 2 : Andrei, le mari. Si le film s'était arrêté là, ou à peine un peu plus loin, je lui aurais mis la note maximale, tellement je trouvais ça magistral. Mais il y a, c'est dommage, une part 3 : Monstres (mari et femme), qui n'en finit plus de s'étirer de sinuer et de louvoyer (et de s'apesantir), avec le -pour moi- tragique syndrome dit "des fins successives", où à la fin de chaque plan on se dit "là, ça y est, c'est fini", ou plutôt "ça serait bien que sa foit fini" mais non hélas ça dure dure dure... Dommage, j'ai vraiment adoré les deux premiers tiers, le premier -la femme et le chauffeur de taxi- très "Drôle d'endroit pour une rencontre" est juste parfait, et le second -le mari et Alex- plutôt "drôle de rencontre", drôlement et idéalement roumain (glaçant et grinçant sous ses apparences cliniques). Avec un bout en moins (le film fait presque 2h) oui vraiment  c'eût été parfait...

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(nous ne sommes pas allés voir Solo, le dernier film prévu, puisque nous savions que nous le verrions le lendemain matin "en privé"... C'est moi qui ai plus ou moins proposé le film de remplacement, parce que j'avais vu qu'y figurait au générique ma chérie-chérie Françoise Hardy...)

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UNE BALLE AU COEUR
de Jean-Daniel Pollet
Le film annonce en tête de générique Sami Frey et Françoise Hardy, et on pourrait presque parler d'escroquerie : si Sami Frey est quasiment de tous les plans, françoise hardy (alors tout jeunette) n'apparaît qu'au bout de 45 minutes (et, encore furtivement, la première fois on la voit trente secondes) et n'a droit ensuite  qu'à quelques scènes par-ci par là (alors que c'est l'autre interprète féminine du film, jenny Karezi , qui aurait mérité d'être créditée en tête de générique, mais c'eût sans doute été moins vendeur... Dans la section "chasse à l'homme", une histoire avec des tueurs à gages qui poursuivent le pauvre Sami, (nobliau dépossédé (spolié)de son vieux chaâteau par un affreux maffieux) et beaucoups de bouzoukis. Mais cher Mikis Theodorakis (qui a composé la musique) vous n'êtes pas sans savoir que trop de bouzouki tue le bouzouki... Folklorique, vous avez dit ? Allez, dansons un petit sirtaki, sirotons un petit ouzo et oublions...

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(et rentrons à l'hôtel pour la -déjà- dernière nuit de ce belfortain séjour...)

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lundi 25 novembre 2019

entrevues 2019.2

(Deux films hier, aujourd'hui ce sera au moins quatre si tout va bien, en fait ce sera trois et demi. Comme je suis très en avance pour la séance de midi où j'ai rdv avec Michelle, je vais voir la première moitié du film de Rohmer.)

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LE BEAU MARIAGE
d'Eric Rohmer
Béatrice Romand, Arielle Dombasle vraiment jeune, idem André Dussollier, pour un marivaudage très rohmérien : une jeune fille décide soudain qu'elle va se marier , sans savoir encore avec qui, mais sa meilleure amie (Arielle D.) joue les entremetteuses en lui présentant un jeune avocat... (Je suis sorti au bout de quarante-cinq minutes, pour pouvoir faire la queue pour L'amour à la mer, mais presque à regret, tellement le film -encore une belle copie remastérisée- fonctionne à merveille et donne envie de revoir tous les films d'Eric R.)

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L'AMOUR A LA MER
de Guy Gilles
C'est Mimi qui m'en avait parlé, et j'ai suivi son conseil. De Guy Gilles je ne connaissais que Le jardin qui bascule -quel beau titre- et je ne suis même pas certain de l'avoir vu, et donc je ne savais pas du tout à quoi m'attendre. Encore le début des années 60, et si, hier, le héros d'Adieu Philippine partait pour la guerre d'Algérie, le héros de celui-ci en revient... Mon gros coup de coeur découverte pour cette édition d'Entrevues. Un jeune marin un peu déboussolé (de retour, donc, de cette fameuse guerre non dite) sympathise avec une jeune fille et ils passent un peu de temps ensemble, mais il doit partir pour Brest pour sa dernière année de service. Les jeunes gens vont s'écrire, sauf que, si Geneviève aime Daniel, Daniel n'aime pas vraiment Geneviève. Intervient alors dans le récit Guy (joué par Guy Gilles) un autre marin, camarade de Daniel, qui raconte un epu de son histoire... Une forme très libre, flottante, graphique, alternant très simplement (naturellement) les prises de vues en noir et blanc et celles en couleur, riche d'une violente mélancolie mais d'une poésie tout aussi intense. Splendide. (avec le petit bonheur supplémentaire de voir passer en coup de vent le jeune Jean-Pierre Léaud).

 

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(Je n'ai pas pu voir J'ai engagé un tueur, avec pourtant le même Jean-Pierre Léaud, car la séance était complétissime, et, surtout, c'était un sacré beau bordel dans le hall... donc j'en ai profité pour faire une pause sandwich/bière, assis à côté d'un couple de jeunes tourtereaux qui picoraient elle une gaufre chocolat-chantilly et lui un café gourmand...)

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LE BONHEUR
d'Agnès Varda
Autre film suggéré par Mimi, que je ne connaissais que de nom -je suis venu à Varda assez tard- vu à la 15 ce qui était plutôt bon signe car je n'ay ai vu que des choses excellentes, qui, à ma grande surprise est en couleur (je le croyais en n&b), et a pour vedette Jean-Claude Drouot (l'interprète de ce cher Thierry la Fronde) qui est venu dans le film avec armes et bagages (sa vraie femme et ses vrais enfants de la vraie vie. Un film en couleurs, donc, et c'est tant mieux, un film solaire qui s'ouvre sur des tournesols (le film sera très champêtre et fleuri) et de la musique "classique" (adagio et fugue en ut mineur de Mozart) et une famille (papa maman les enfants) qui vient vers nous main dans la main à travers les sous-bois. La même famille (ou presque, le détail à son importance) repartira dans le même mouvement, à la fin du film. Car entretemps le papa menuisier aura fait la connaissance d'une jeune et blonde postière (et du bonheur -"ajouté"- d'une relation extra-conjugale). Un film qui pourtant à sa sortie fut interdit aux moins de 18 ans pour immoralité (ce qui fait doucement rigoler). Un film où fait merveille l'oeil de photographe d'Agnès V. et son sens du détail "juste". Encore une excellente découverte.

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(j'avais tellement peur de louper le film suivant que j'ai fait la queue une heure à l'avance, et c'est d'ailleurs là que j'ai retrouvé Hervé, et fait un peu plus ample connaissance avec le jeune et sympathiquement barbu Vincent, le -gentil- cerbère (il en faut bien un) de ces lieux), celui qui gère l'accès aux salles (le paradis du premier étage))

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LES SIFFLEURS
de Corneliu Porumboiu
Le cinéma roumain, pour moi, c'est une longue histoire d'amour (et tout particulièrement Corneliu Porumboiu) et donc c'est dire si je frétillais à l'annonce de ce nouveau film. C'est extrêmement roumain (le héros est un impassible -on pourrait le supposer atteint de paralysie faciale- flic, qui va vite se révéler -ah, Roumanie!- archi-archi-pourri plus corrompu que lui tu meurs) pris dans une spirale de film noir très noir, avec flics, mafieux, femme fatale, tueur mystérieux, gros flingues) et pourtant totalement surprenant dans la manière dont le réalisateur met en place -et en chapitres, chacun avec son intertitre coloré- cet gangstèrerie (le flic corrompu, la mafia, la femme fatale, les grosses bagnoles, les gros flingues, le tueur mystérieux) en lui adjoignant une autre singularité scénaristique : ledit flic est amené -mais il n'a pas vraiment le choix- à apprendre la langue sifflée qui se pratique sur l'île de la Gomera (c'est même le titre original du film), la même langue sifflée pratiquée dans le film Sybil, vu en début d'année, ceci dit pour la petite histoire... Un flic pourri siffleur communiquant ainsi (entre autres) avec sa dulcinée... Un polar à la fois roumain et exotique, donc, doté en plus d'un final quasiment apocalytique à Singapour (mais ça j'ai a-do-ré!)

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(trois films et demi, pas mal pour cette journée, je pouvais donc ce soir rentrer à l'hôtel la tête haute...)

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dimanche 24 novembre 2019

entrevues 2019.1

Entrevues a été avancé, Entrevues a été un peu ratiboisé aussi (moins de jours, moins de films, moins de séances) et comme l'an dernier je me suis pris trois nuits d'hôtel (à l'ibis Budget aux chambres petites mais au petit-déj' copieux, ceci compensant cela).Mes amis n'arriveront que demain.
On commence par la Journée du Pôle Image (de Montbéliard) qui fête ses vingts ans, avec un spectacle sympathique Silence on tourne! pour deux acteurs et une table mashup (avec notamment des trucages aux petits oignons).
J'arrive juste à l'heure (10h15) de début du spectacle, pour cause de fort et long ralentissement à cause d'un accident mortel (2h pour faire 60km)

Repas ensuite en groupe au Bistroquet, puis

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UN FILM DRAMATIQUE
d'Eric Baudelaire

un film qui a priori ne me faisait pas forcément envie mais que Sacha a su me vendre (et il a fort bien fait) : le réalisateur a suivi un groupe d'élèves du collège Dora Marr de St Denis (de la 6ème à la 3ème), dans le cadre d'activités plastiques extra-scolaires hebdomadaires, (une heure en plus après les cours) autour du cinéma, du film, de la caméra, de son maniement, et de tout ce qu'on peut bien faire avec. Au début ils sont petits, (on se demande un peu ce que va devenir le film sur la distance) et, pendant les presque deux heures du film, on va les voir grandir, s'approprier l'outil, filmer, se filmer, et faire apparaître, comme dans l'obscurité d'un labo-photo, dans le premier bac (celui du révélateur) apparaître progressivement ce je ne sais quoi de mystérieux qui s'appelle l'identité... Au sein des jeunes gens, un certain David (qui m'a fort rappelé un de mes anciens élèves) crève vraiment l'écran lors de plusieurs séquences pourtant fort différentes (le racisme, le son disparu, l'auto-portrait) mais tout aussi touchantes. Le film était suivi d'une discussion avec la productrice du film et deux des jeunes gens du film, avec souvent des poses et des maladresses de faons. Oui, touchant. Le film a obtenu le Prix Marcel Duchamp.

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(Je ne vais pas à la séance suivante pour pouvoir aller m'installer à l'hôtel, où je suis cette année dans une chambre encore plus minuscule que l'année dernière, mais au rez-de-chaussée...)

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ADIEU PHILIPPINE
de Jacques Rosier

Je ne l'avais jamais vu, c'était l'occasion. surpris de voir qu'il s'agit d'un film en noir et blanc alors que je le pensais en couleur. Un jeune homme qui va bientôt partir en Algérie pour son service militaire, un titi parigot assez gouailleur, qui vient d'acheter une voiture avec trois autres godelureaux pour aller frimer et draguer les minettes... Elles sont deux, justement, Liliane et Juliette, rencontrées à la porte du studio-télé où lui n'est que machiniste, mais se fait mousser devant elles pour les mettre dans sa poche. Les voilà qui partent en vacances (ou, pour mon plus grand bonheur, en vacance, c'est beaucoup plus troublant) avec des histoires de coeur, de draguouille, de disputes, de jalousies, des dialogues et des situations très authentiquement sixties, très nouvelle vague (avec, assez loin derrière en filigrane mais tout aussi omniprésente, la guerre d'Algérie...). Comme un Jules et Jim, mais en négatif (un homme et deux femmes). Un film libre. Touchant, frétillant, revigorant, et qui plus est dans une copie restaurée magnifiquement... Sensass, quoi!

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(pas pu voir ensuite Coming out, film est-allemand dont la séance -unique- était archi complète, et donc retour à l'hôtel, après avoir mangé une salade dans le seul truc qui était encore ouvert, un peu la queue basse mais bon ce n'est que le premier soir...)

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Dans l'ouvrage (coordonné par Emmanuel Burdeau), qui lui est consacré en 2001, Jacques Rosier évoque la genèse du projet : "Ce qui me frappait, c'était la ligne de séparation existant alors entre ceux qui avaient vingt ans, concernés par la guerre, et le reste de la population française qui semblait ne pas trop d'en soucier. A ce décalage s'ajoutait, vers 58, l'apparition des premiers "bienfaits" de la société de consommation. Mais pour mon histoire de conscrit, j'avais très peu de documentation sur ce que représentait l'arrivée dans une caserne. Je me suis dit en plus qu'il n'y avait aucune chance d'obtenir l'autorisation d'y filmer. Donc lorsque je rencontre Georges de Beauregard, mars-avril 60, je songe à faire plutôt une comédie frivole, avec un titre provisoire de comédie américaine légère, Embrassez-nous ce soir. L'histoire d'un garçon avec deux filles : il sort avec l'une, avec l'autre, à la fin elles restent toutes les deux, seules. J'ai soudain réalisé, en me demandant où pourrait partir ce garçon, qu'il pouvait fort bien être appelé sous les drapeaux, et croiser ainsi les deux idées, le film léger et le scénario plus grave." (merci allocinoche)

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mercredi 20 novembre 2019

son enfance et sa joie

177
LA CORDILLERE DES SONGES
de Patricio Guzman

C'est, d'après ce que dit le réalisateur dans son commentaire en voix-off, le vingtième film qu'il a réalisé sur le Chili. Et le dernier volume d'une trilogie entamée par Nostalgie de la lumière (2010) et pourquivie avec Le bouton de nacre (2015).D'abord le désert, puis l'océan, et, finalement, ici, la montagne. A chaque fois envisagés d'un point de vue multiple : géographique, plastique et politique. Trois lieux spécifiques de la géographie (et de l'histoire) chilienne : le désert d'Atacama, l'Océan Pacifique, et, ici, la Cordillère des Andes. Et à chaque fois en rapport avec Pinochet et le coup d'état du 11 septembre 1973, qui renversa le gouvernement d'Unité populaire de Salvador Allende (merci l'Universalis).
Rien que les vues de la Cordillère des Andes (j'avais écrit des anges) justifieraient de voir le film tant elles sont à couper le souffle, à plus forte raison quand le réalisateur (dans son commentaire que j'ai trouvé très posé, articulé (trop ?) , comme s'il avait peur que l'on ne puisse pas tout comprendre) s'épanche sur ladite montagne, et s'attache à nous faire ressentir la façon -désolante- dont Pinochet n'a pas été seulement un tyran sanguinaire qui a fait disparaître des milliers d'opposants (enterrés dans le désert -film 1- jetés dans l'océan -film 2-) mais aussi celui qui est à l'origine de l'installation au Chili du capitalisme triomphant et autres joyeux néo-libéralismes.  (Ce dernier volet serait davantage géo-socio-économique qu'historio-politique.)
Patricio Guzman effectue un genre d'état des lieux du pays, plutôt démoralisant (mais comme partout ailleurs ou presque : les riches encore plus riches et les pauvres toujours plus pauvres, l'ordre des choses, quoi) et termine son constat en faisant  un voeu (qu'il chuchote à la fin dans l'oreille du spectateur : que son pays (le Chili) retrouve enfin son enfance et sa joie...)
On quitte donc la salle sur ce constat plutôt tristounet, quand les lumières de la salle se rallument -avant la fin du générique bien évidemment-, mais avec encore dans les yeux les étincelles générées par la vision de ces sommets majestueux, enneigés, et résistant -encore pour combien de temps ?- à la funeste connerie des hommes...

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mardi 19 novembre 2019

ocytocine

176
LITTLE JOE
de Jessica Hausner

Oh oh l'étrange film... De la dame j'avais déjà vu Lourdes -chroniqué ici-) et aussi, avant, l'étrange Hotel dont je me souviens juste que la fin m'avait rendu plus que perplexe). Ici nous sommes dans un centre de phytogénétique (on s'emploie à créer de nouvelles plantes) dont rien que le décor nous transporte ailleurs : ambiances curieusement colorées (un critique a évoqué du Dario Argento en plus glacé, et c'est tout à fait juste) scientifiques en blouses vert pâle (parfaitement assorties au roux des cheveux de notre héroïne), et musiquette horripilante genre opéra chinois (enfin, musique qui tape sur les nerfs, et c'est tout à fait fait pour).
Notre héroïne donc, a fabriqué une plante, qu'elle a nommée affectueusement Little Joe, une plante rouge qui est censée apporter, via les phéromonoes incluses dans son pollen, le bonheur à son propriétaire, pourvu qu'il s'occupe bien d'elle : l'arroser, lui parler, la bichonner. Elle en a même rapporté une à la maison, en douce, pour offrir en cadeau à son fils, justement prénommé Joe.
On effectue les dernières analyses sur les éventuels risques allergènes du pollen de Little Joe, avant sa présentation à une Grande Foire des fleurs où on espère que sa présentation pourrait créer l'événement (et consacrer la réussite du labo).
Or voilà que vont commencer à se produire quelques phénomènes curieux qui vont amener Alice (la maman de Joe -et de little Joe-) à se poser des questions...
Paranoïa ? Un film qui évoque furieusement, (mais, dans les faits, très calmement) un classique des années 50, le fameux Invasion of the bodysnatchers (idiotement traduit en français par profananateurs de sépultures hihi), si vous connaissez vous avez saisi l'allusion, sinon je préfère vous laisser le plaisir de la découverte...
Un film d'horreur light à feu très doux (sans aucune image horrible), un film glacial/glaçant, tout en retenue, comme à distance, où pourtant l'inquiétude grandit à chaque plan ou presque. Et finit par du trop beau pour être vrai.
Comme il est dit à très juste (sous) titre sur l'affiche Le bonheur est contagieux.
A mi-chemin entre Le meilleur des mondes possibles (d'Aldous Huxley) et Un bonheur insoutenable (d'Ira Levin), pour vous donner une petite idée...

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la jolie affiche

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et la jolie fleur

 

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lundi 18 novembre 2019

frontières

BÂTARDS / DÉPLACEMENT

la dernière fois que j'étais venu voir de la danse à l4espace, je n'avais pas été conquis (le coup des plaques de placo), là je le fus, et doublement. Deux enthousiasmes, pour le prix d'un. Deux "petites formes" (30' chacune) juxtaposées, avec juste un entracte technique au milieu (10) pour installer/ désinstaller le plateau.
D'abord un duo, Michel Schweizer et Mathieu Desseigne, un qui parle et un qui danse, qui, dans BÂTARDS nous font un genre de mini-conférence sur... le barbelé, qui commence, drôlement, hors-plateau par un speech du danseur (on croit que c'est un nouvel intervenant de l'Espace, qui, papier à la main, nous évoque un projet culturel d'envergure impulsé par l'actuel ministre de la culture, mais également jacques Wingler, le fondateur de l'Espace justement... On est d'abord étonné, ému, puis débarque, hors-plateau aussi, l'autre zigoto, pantalon de cuir et urne funéraire sous le bras, tout sourire, qu'il pose (l'urne, pas le sourire) sur le rebord de la scène (et dont on ne connaître la finalité qu'à la toute fin, justement), et que se mette en place leur dialogue clown blanc / Auguste, avant qu'ils ne montent tout deux sur scène.
Mathieu Dessaigne est danseur et acrobate (son cv précise qu'il est passé par la Compagnie C de la B. d'Alain Platel) et joue de son corps virtuosement (c'est même au-delà de ça...) pendant que Michel Schweizer, imperturbablement ou presque, nous fait un exposé sur l'histoire du fil de fer barbelé...
C'est... juste parfait. Le corps de l'un, les mots de l'autre se répondent et s'accompagnent. Ce que fait Mathieu Dessaigne est proprement époustouflant, et agit comme un contrepoint drôle, surprenant, aux propos de plus en plus fumeux, ampoulés, et vides (bref, amphigouriques)  de notre imperturbable conférencier en pantalon de cuir. les deux se complètent à merveille : on n'a d'yeux que pour le danseur, et on prête l'oreille au disserteur.
Jusqu'à l'image finale, d'une douceur et d'une tendresse qu'on n'aurait pas vraiment pu soupçonner. Un grand moment.

(à l'entracte, les machinos, dans la pénombre, vident la scène, ôtent (déscotchent et renroulent) les tapis de sol juxtaposés qui faisaient un espace immaculé et ne laissent qu'un espace vide, plateau nu nu avec juste deux enceintes sur pied au fond et une paire de bottes).

Déplacement, le solo du chorégraphe Mithkal Alzghair. Dans un silence religieux, il entre sur scène portant un drap blanc plié qu'il pose au sol (et auquel il ne touchera plus), puis marche jusqu'au centre du plateau pour enfiler les bottes, avec lesquelles il se mettra à marcher sur place, d'abord martialement, puis à danser, à rythmer, à marcher, dans un solo très physique (et pendant très longtemps sans musique, juste le bruit des bottes et la respiration du danseur) et, dans son dépouillement, très impressionnant, où le chorégraphe, avec très peu de choses (une paire de bottes, une chemise) parvient à évoquer/recréer son pays, la Syrie, et surtout la guerre, dans une chorégraphie asphyxiante de beauté (les pas traditionnels, les danses, puis  la violence, le conflit, la souffrance, et même la mort). On est scotché. A chaque nouvelle étape (quand il enlève sa chemise, quand il ôte les bottes, quand il se dépêtre de son pantalon) l'émotion grandit. c'est très fort. Une proposition a priori très éloignée, par le ton et la manière (tout ça sans un mot, juste le corps) des Bâtards de la première partie, mais qui, pourtant, rejoint son propos et le complète parfaitement. Yin yang. Oui, complémentaires.

Je suis sorti de là ravi.

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dimanche 17 novembre 2019

tête de pigeon

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HÉRÉDITÉ
d'Aris Aster

Pas vu au cinéma mais à la maison. Ca faisait quelques temps déjà que je l'avais récupéré (même si en VF) et que les diverses critiques (spécialisées, le film est classé en épouvante/horreur par allocinoche) enthousiastes m'avaient donné envie d'y jeter un oeil  (mais comme j'avais peur d'avoir peur, il fallait attendre le moment propice, et là, justement, ça pouvait le faire et donc je me suis lancé).
D'abord, savoir reconnaître quand on se plante : je trouvais que Jessica Chastain était vraiment une actrice intense et surprenante, et comment donc avait-elle fait pour se faire cette tête et qu'on ne la reconnaisse pas ? Normal, ai-je appris en lisant le générique de fin, puisque ça n'était pas elle, mais Toni Collette, une autre actrice  que j'aime bien (Muriel, Little Miss Sunshine, The Hours).
La bande-annonce fait comprendre que le film va faire flipper sa race, et, de ce côté-là il tient plutôt bien ses promesses. Ca commence par un enterrement, celui de la grand-mère, dont on apprend assez rapidement que c'était une drôle de bonne femme (mais vous vous doutez bien qu'on n'a pas fini d'en entendre parler, de la mère-grand..., et que la chevillette va être bientôt être tirée...), puis on va s'intéresser au reste de la famille : la maman (Toni Collette), qu'on pressent un peu tourmentée (et la suite nous prouvera qu'on avait raison), qui construit des maquettes un poil anxiogènes où elle reconstitue des scènes de vie (la sienne) avec des décors et des personnages miniatures, le papa (Gabriel Byrne) qui lui porte sur le front l'étiquette "normal", la jeune soeur Charlie (dont on sait tout de suite qu'elle est bizarre et même plus) et le frère aîné, Peter, aussi joli grand brun (ténébreux), que grand amateur de beuh...
Le film démarre doucement, tranquillement, prend son temps, pose le cadre, y installe les personnages, à la façon de Rosemary's baby, dont le réalisateur évoque l'influence (et ne fait pas que l'évoquer, d'ailleurs...) et est même suffisamment malin (le réalisateur) pour construire une intrigue pleine de zigzags et de demi-tours au frein à main, réussissant d'une scène à l'autre à nous déstabiliser, en utilisant fort intelligemment son décor de maison de poupées, et la musique qui va avec (très très bien, la musique), pour mettre en place un genre d'exercice de style sur la frousse au cinéma, avec montée progressive (par paliers) de l'angoisse (on passe de l'étrangeté à l'inquiétante étrangeté, puis à la très inquiétante étrangeté, puis à la terrifiante etc.) qui culmine, pour moi, dans une scène (flippante sa race comme l'avait promis la bande-annonce) où le fils se réveille en sursaut dans une maison où personne ne répond à ses appels... et avance tout seul dans un couloir de plus en plus sombre (avec, là encore un clin d'oeil manifeste, et pour moi flipantissime, au Rosemary's baby déjà cité).
Le réalisateur est un doué, un roublard, un malin, n'abusant ni des images-choc ni des jump-scares (le bouh fais moi peur! des films d'horreur pour ados, destiné à vous faire sursauter un grand coup sur votre siège - ça je déteste- hélas désormais si tristement banalisés, industralisés...) Même s'il est (souvent) question de têtes coupées (et donc, fatalement, de corps sans têtes), de sorciers, de démons, de conjuration, Aris Aster  utilise pour nous faire flanquer la trouille des choses aussi simples et prosaïques qu'un carnet de dessins ou un claquement de langue (si si! ça c'est vraiment une très bonne idée). Et, bien sûr, les maquettes de Maman... D'expérimentations occultes en livres de sorcellerie avec des passages soulignés au crayon de papier (clic clic Rosemary's baby, hein), de pendentif ésotérique en album-photo révélateur, de cauchemar en cauchemar dans le cauchemar (ça aussi j'aime bien) le film gravit la même pente escarpée que, tiens, Une nuit sur le Mont Chauve, pour culminer dans une scène finale de folie furieuse - la folie, c'est dans la tête que ça bat...- (que j'ai trouvée d'abord un peu too much, puis, finalement, parfaitement réussie et justifiée -et là je claque de la langue à votre égard, en vous regardant dans les yeux, prosternez-vous à mes pieds ô vous misérables lecteurs...-) Efficace donc (j'ai rallumé la lumière dans la pièce à côté, et je suis allé vérifier que la porte d'entrée était bien fermée à clé, avant, justement, cette fameuse scène finale) Il faudra que je voie le Midsommar suivant du même réalisateur...

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noir c'est noir, hein ?

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