jeudi 19 novembre 2009

scarabée

A L'ORIGINE
de Xavier Giannoli

"C'est un drôle de truc de pouvoir aider les gens..." 
Au cinéma, j'ai toujours un peu peur peur face aux histoires d'imposture, (les "sérieuses", sinon c'est plutôt sympa) surtout quand un petit panneau annonce "d'après une histoire vraie". L'emploi du temps, de Laurent Cantet m'avait glacé, donc, j'étais au début, dans mes petits souliers.
François Cluzet (parfait) incarne un petit escroc, qui vit de petites combines (amasser le plus d'argent le plus vite possible et de disparaître). Au début du film, il arrive dans une région "sinistrée", laissée exsangue et chômageuse par les délocalisations diverses et l'arrêt prématuré d'un chantier énorme concernant un tronçon d'autoroute, entre Je ne Sais pas où et Là-bas Nulle part. Le voilà qui met le doigt dans un engrenage qu'il ne soupçonnait pas : l'espoir. En se faisant passer pour un mec d'une société Z filiale de la grosse boîte Trucmuche qui justement avait abandonné le chantier, voilà que viennent à lui, comme par enchantement, tous ceux qui s'étaient sentis floués, exclus, abandonnés, et que l'arnaque va se monter quasiment toute seule, grâce à la ferveur, au besoin de croire, (aux illusions balzaciennement perdues puis retrouvées) que lui témoignent tout ceux qui l'approchent, dans un effet de contamination quasi pandémique. Une femme de chambre, son jeune copain, les proprios d'une boîte de location de matériel, un gros chef de chantier, tous sont touchés les un après les autres, jusqu'à la mairesse (Emmanuelle Devos, sublime, qui n'a jamais été filmée aussi amoureusement -surtout ses yeux-) , ses adjoints, et même le banquier local, oui, tous vont venir lui manger dans la main, pour remettre en chantier ce tronçon autoroutier...
Jusqu'au jour où...
Le film est très intelligemment fait. Philippe Miller (l'arnaqueur) sait qu'il a trois mois pour amasser le maximum d'argent avant que le pot-aux-roses soit découvert. Donc, au début, consciencieusement, il fait tout pour entasser des billets et des billets dans son petit coffre-fort, (billets qu'il repasse d'ailleurs amoureusement), tout en regardant malgré tout -avec un début d'inquiétude- grossir démesurément la bulle de l'arnaque qu'il a mise -presque malgré lui- en place, et qu'il contrôle d'ailleurs de moins en moins. Les machines sont là, les ouvriers aussi, et tout se met en branle, inexorablement pourrait-on dire.
Car chaque jour qui passe, même s'il représente des mètres supplémentaires sur le tronçon routier, le rapproche aussi inexorablement de la date du 28 novembre, à laquelle il sait que toutes ses magouilles vont être dévoilées (même si, avant, courent déjà ça et là quelques interrogations, soupçons, et autres inquiétudes). Que la baudruche va se dégonfler, l'édifice va s'écrouler (déjà il se lézarde), la réalité va le rattraper. Oui, que tout va se casser la gueule.
Et voici qu'au moment où il commence à paniquer, vide son petit  coffre et décide de s'enfuir, le récit effectue une genre de demi-tour au frein à main, quand, justement, il s'arrête, comme pris de remords, pour prendre en stop le jeune homme qui lui sert de chauffeur, sous une pluie de tous les diables. Et passe de l'autre côté du miroir de son arnaque ?
Voici que ce personnage d'arnaqueur à la petite semaine va soudain se nimber d'une aura quasi messianique. Ce que les autres ont entrepris avec ferveur sous l'impulsion de ces petites magouilles et mensonges, voilà qu'à son tour il va se mettre à y croire, et tout faire pour que ce chantier soit réellement mené à son terme, que ce tronçon soit terminé dans les délais, en dépit des intempéries, en dépit du manque d'argent, en dépit de son irréalité... Il ira jusqu'à payer de sa personne, face un Gégé Depardieu en deus ex machina, monstrueux (dans tous les sens du terme), et pas seulement de sa personne, mais aussi jusqu'au dernier cent de son précieux petit coffre. Bien entendu, ça ne finira pas très bien (quand c'est "d'après une histoire vraie", en général ça ne finit pas bien...)
Le film est un film de visages et de corps, un film de souffles et de sueur (et donc bien entendu de boue  -à défaut de sang- et de larmes, Xavier Giannoli connaît la chanson...) Un film sur l'espoir et le désespoir, sur l'illusion (qu'elle soir amoureuse ou financière), bref un film d'homme(s).  Avec des acteurs magnifiques (Cluzet tout en sobriété, Emmanuelle Devos lumineuse, Vincent Rottiers rugueux juste ce qu'il faut, et tous les autres à l'avenant) pour une histoire qui ne l'est pas moins...

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mercredi 18 novembre 2009

médusé

(attention, âmes prudes et chastes yeux, ne lisez pas plus loin...)
J'ai loupé de peu l'attaque cardiaque : j'étais assis dans ma voiture, au soleil, en train de lire la rubrique cinéma de mon quotidien préféré, lorsqu'est venu se garer bruyamment derrière moi un camion allemand (j'ai juste regardé la plaque). En descend illico le chauffeur, qui passe sur le côté pour se dissimuler aux yeux des passants lorsqu'il fait son gros pipi. (les routiers anglo-saxons appellent ça watering the tires). Je le suis des yeux dans le rétro, quand même un peu intéressé, puis je le vois se remettre les choses en places remonter dans le bahut, et claquer la portière.
Je crois l'affaire terminée, quand, en jetant à nouveau un coup d'oeil dans le rétro, je vois... un truc. Que je n'identifie pas immédiatement. Il se tient debout au milieu de l'habitacle, et l'angle des rayons du soleil fait que le haut du corps reste dans l'obscurité. Qu'est-ce ? Je regarde mieux, oui, oui, il n'y a pas de doute, il est là, immobile, et, visiblement il vient d'enlever le bas. Je vois la touffe noire, je vois sa teub. Mon coeur fait comme qui dirait un bond. Serait-ce une invite ?
Je sors de la voiture, et me rapproche juste un peu du camion. Il y a comme un mouvement, à l'intérieur, après ces quelques secondes "suspendues",  il se penche, s'agite, et visiblement, ôte son slip. Je suis comme hypnotisé. Il continue, se retourne, et m'exhibe cette fois son côté face, un cul assez joyeusement rebondi. et apparemment velu. Je reste là, à baver quasiment, quand il y a un nouveau mouvement, et je le vois, après m'avoir jeté un oeil, effectuer un nouveau mouvement, pour enfiler un shorty blanc (que j'imagine repassé de frais et sentant bon l'adoucissant). Hop! il remballe tout, et continue, cette fois-ci, il faut un peu plus se contorsionner, il remet son jean...
Ce spectacle charmant n'a pas duré plus de deux minutes, je réalise alors que j'avais l'appareil-photo dans mon sac et que j'aurais pu immortaliser l'événement, peut-être, non ? Non.
Et je suis resté là, comme un con, pendant que le bahut redémarrait virilement...

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mardi 17 novembre 2009

l'heure de la fermeture

Samedi, en sortant de Lettre d'une inconnue, d'Ophuls, je n'avais pas envie de remonter comme ça aussi sec dans ma voiture et donc je suis allé un peu zoner en ville (il était 18h passées). Le parcours habituel, des magasins qui m'intéressent, que j'ai fait en prenant mon temps, en flânant.
J'étais tout au fond (rayons cd/dvd) d'une grande surface de la Culture, lorsque, clac, clac, clac, comme dans les films, les lumières ont commencé à s'éteindre progressivement, poussant ainsi les clients qui s'y trouvaient vers l'entrée du magasin, encore éclairée... Je suis donc sortie, me disant "tiens ça doit être l'heure..." et, effectivement, dans les rues, le long du trajet de retour, c'était partout le même bazar, rideaux de fer qui tombent, serrures qu'on verrouille, lumières qui s'éteignent... Je me sentais un peu comme dans le clip de Billie Jean, mais à l'envers : plus j'avançais, et plus ça s'éteignait, ça se fermait, ça se verrouillait, ça se cadenassait... J'avançais dans une ville qui s'éteignait. J'avais l'impression que c'était la première fois que ça m'arrivait, ou, du moins, que j'en avais conscience... (sentiment d'être à moitié dans un film ou dans un rêve). Je n'en ai tiré aucune conclusion métaphysique mais bon.

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dimanche 15 novembre 2009

anniversaire

L'IMAGINARIUM DU DOCTEUR PARNASSUS
de Terry Gilliam

Un film dont ne peut pas ne pas savoir, en le voyant, qu'il n'est pas tout à fait ce qu'il aurait du être. Et pourtant, en l'état, qui vous laisse coi. (Vous n'êtes pas sans savoir que j'ai l'enthousiasme facile, mais bon, là, je suis encore une fois bouche-bée.)
Avec Terry, c'est une longue histoire (pas d'amour mais presque), avec des films que je porte dans mon coeur (FisherKing en première place, mais, pas loin derrière, Brazil, Munchausen, Bandits bandits), et d'autres pas vus (Tideland) ou moins aimés (Las Vegas parano, L'armée des 12 singes), voire oubliés (Les Frères Grimm). Il fait, de droit, partie des réalisateurs dits "que j'aime beaucoup".
Chez Terry Gilliam, la thématique est en général assez simple et basique : le Bien d'un côté, et le Mal de l'autre, qui se bouffent le nez, chacun essayant de piquer sa place à l'autre. Les riches et les pauvres. Les méchants, les gentils. Ca c'est le squelette narratif, qu'il va recouvrir avec plein de trucs et de machins qui vont nous faire faire oooh et aaah. Qu'il va enjoliver, enluminer. Donc, ici, qui s'affronte ?
Le Diable ? Soit ; ici, il est joué par Tom Waits, et il a pas l'air si méchant que ça , a priori (mais bon, faut toujours se méfier avec ce gugus-là). Et le gentil en face de lui ? Le Docteur Parnassus du titre (Christopher Plummer), un immortel devenu mortel et père d'une demoiselle qui va fêter ses seize ans, et à qui il doit avouer justement ce jour-là, (celui de son anniversaire), qu'il l'a perdue en pariant (et en perdant) contre le diable, qui vient justement pour récupérer son bien... On craindrait presque la bondieuserie, non ? D'autant plus qu'entre les deux (on ne saura finalement que très tard de quel côté il penche) se dresse Tony, un amnésique (boni)menteur sauvé de la pendaison, (joué par Heath Ledger), qui pourrait bien figurer un St Michel archange, non ? ou mieux, un St Georges terrassant le dragon (aurais-je trop fumé d'encens et bu de vin de messe ?) Le combat, donc, est épique.
Comme je l'ai dit plus haut, vous ne pouvez pas ne pas savoir que le jeune homme en question est mort d'un excès médicamenteux en plein milieu du tournage, ce qui laissait  -une fois de plus- notre ami Terry G. un peu dans la panade. Mais bon, il a l'habitude des catastrophes, hein, et il n'a eu qu'a faire un peu phosphorer ses méninges (et celles du/des scénaristes(s) ?) pour réussir à finir le film avec une belle idée : remplacer Tony par des alter egi ( ?) chaque fois que celui-ci passe de l'autre côté du miroir (oui, oui, c'est le miroir qui ouvre la porte sur l'Imaginarium du titre), qu'il demandera à des amis du défunt de jouer (et quels amis! Johnny Depp, Jude Law, et Colinchou Farrel!).
On le sait, Terry Gilliam (euh, tiens, comme Jean-Pierre Jeunet ?) a une certaine tendresse pour les gueux, les déshérités, les laissés-pour-compte, les saltimbanques, les hors-système, (et les personnes de petite taille, aussi!) et la petite troupe de ce vieil alcoolo de Docteur Parnassus est un peu tout cela, qui essaie de survivre, traînant le long des rues sa petite carriole miteuse en apparence mais qui sait offrir à celui/celle qui osera traverser le miroir des trésors insoupçonnés. En face d'eux ? Des fêtards du samedi soir, des bourgeasses de la cinquième avenue, des mafieux russes d'opérette, qui vont successivement offrir leurs âmes qui à dieu qui à diable (j'enlève les majuscules, sinon je vais avoir l'impression de réécrire la bible...)
Chez Terry Gilliam, on sait, encore, la collision/collusion entre le Moyen-Age et l'aujourd'hui, des temps héroïques contre les temps modernes, de l'imagination contre la réalité (le réalisme ?), bref de l'illusion contre les certitudes. Et cette alternative est ici doublement présente, d'abord par le passage du miroir, comme (af)franchissement du réel,  ensuite par le choix qui s'offre au "joueur", entre les deux possibilités offertes par les deux maîtres de jeu, le Diable et Parnassus. Et, même si c'est (presque comme toujours) joué d'avance, plastiquement, il s'en passe de belles, de l'autre côté du miroir... Car l'affontement "immémorial" entre les deux forces est prétexte à tout une inventivité qui relève directement du monde  onirique /cauchemardesque.
Bon, tout cela doit vous sembler un peu confus, comme le film lui aussi peut l'être parfois (il y a des moments où on s'embrouille un peu dans l'histoire, mais tant pis, hein, on est chez Gilliam, et le souffle romanesco/épique nous gonfle suffisamment les voiles du cerveau pour qu'on accepte les quelques faibesses  longueurs et mou-du-genoueries passagères dont souffre parfois le scénario. Les scènes dans l'Imaginarium sont suffisamment chiadées pour emporter l'adhésion (tiens, les Inrockchounets et Libé ne semblent pas du tout aussi enthousiastes que moi -mais je ne suis qu'un benêt provincial- et en seraient presque au coude à coude du pinçage de nez au-dessus de la poubelle...) et faire passer au spectateur un sacré bon moment de cinoche (même si -trois fois hélas-) en VF dans le bôô cinéma.

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(je pense que le titre du film est un des plus invendables de l'histoire du cinéma, mais bon...)

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mercredi 11 novembre 2009

porte-clés

LIVERPOOL
de Lisandro Alonso

Les Inrockchounets parlaient me semble-t-il de "cinéma courageux", cela me paraît être un pudique et optimiste euphémisme... C'est du cinéma pointu pointu, du cinéma raidos, du cinéma pas aimable (quel est le contraire de aimable ?) du pur et dur, du sec sec... Après un générique comme j'aime (lettres rouges sur fond noir, avec une belle guitare électrique nerveuse... tiens comme Los bastardos), nous voici à bord d'un bateau, à partager un peu du quotidien (minimal et répétitif)  de Farrel, un marin mutique (c'est lui le héros).
Farrel profite d'une escale à Ushuaïa (c'est -est-il besoin de le préciser- à l'ultime bout de la Patagonie) pour demander deux jours -et aller voir sa vieille mère- à pied. Il marchera beaucoup, donc, dans la neige de plus en plus présente (et omni-), il arrivera, il séjournera, et il repartira.
C'est un euphémisme (encore! , je dois avoir besoin de douceur -stylistique s'entend-...) de dire que le film n'est pas bavard. Il en deviendrait presque autiste (quant à Farrel, quant à son retour, quant à son départ, quant à sa famille (sa fille ? sa soeur ?)...) tant le réalisateur en dit le moins possible (et encore moins si cela pouvait se faire.)
Il ne reste donc qu'à regarder, essayer de deviner, se reconstituer sa propre histoire, s'introduire un peu de force dans ce récit, et plaf! quand les lumières se rallument, se sentir un peu sonné, groggy, exténué peut-être par tant de rigueur formelle (la neige est cinégénique, c'est bien connu) mais un peu agacé de s'être senti autant mis à l'écart de toute cette histoire...
Un film incontestablement froid.

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dimanche 8 novembre 2009

micro70

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plus les vacances passent, et plus ma bonne humeur se ratatine :
y aurait-il un rapport ?

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"une injure, ça laisse des traces, ça ne s'oublie pas, tandis qu'une claque..."
(dans un film)

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l'histoire (vraie) de la femme qui a abandonné ses deux enfants devant la pharmacie.

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Le  dernier livre de Jorn Riel, qui vient de sortir chez Gaïa, n'est hélas pas imprimé sur du papier rose

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un conseil d'école comme du David Lynch : sous un néon qui clignote en faisant du bruit

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un week-end passé à faire redémarrer la chaudière toutes les deux heures

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saleté de mois de novembre

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8h : les Argentins vont se coucher, et les Turcs se réveillent...

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les pantalons des peintres (des maçons)

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le froid, ça commence par les pieds

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samedi 7 novembre 2009

"vous m'aimez, alors ?"

LES HERBES FOLLES
d'Alain Resnais

Celui-là, j'en avais vraiment très envie. Je ne sais pas pourquoi. (Je gardais de Coeurs un souvenir mitigé). Peut-être le nom de Christian Gailly au générique, à nouveau, peut-être la nonsensique bande-annonce, peut-être l'affiche, vraiment superbe (c'est rare qu'une affiche me fasse comme ça de l'effet, a priori). Toujours est-il que j'y suis allé dès la première séance.
Les herbes folles est un film riche, un film élégant, un film touffu, un film brillant. "Ca, c'est du cinéma!" comme a dit Titi, un ami, en sortant de la salle. A partir d'une histoire simple ("man meets woman"), Alain Resnais nous donne -malicieusement- une vraie belle leçon de cinéma. Il joue, avec les personnages, avec l'histoire, avec les dialogues, avec les effets (qu'il ne ménage pas, d'ailleurs... Ou bien si, au contraire ? voilà que j'en perds mon latin et que je ne sais plus exactement ce que signifie l'expression.), avec la technique, avec les trucs, et avec le spectateur, bien sûr. Jeux de l'être et jeux de maux. Jeux demain...
De le voir juste après le film de Jeunet permet de les mettre quelque peu en perspective : le même André Dussolier (mais qui est ici bien plus dense, bien moins schématique, bref, beaucoup plus intéressant), la même façon de jouer avec la matière même du film (mais à un autre niveau :  là où Jeunet rajoute les trucs à son récit, l'enjolive, l'accessoirise en quelque sorte, Resnais s'aventure bien plus loin, en faisant de ces "incidents" la matière même de son récit.)
Les herbes folles du titre sont à la fois celles  banales, qu'on trouve  partout, ("à la campagne..."), dans les champs, le long des talus, qu'on foule sans y prendre garde, qui sont la naturellement, à leur palce en quelque sorte, mais aussi celles, à la ville, qui croissent entre les interstices, le béton, le bitume, les conventions narratives... et il en faut, de la force et de l'obstination... D'aucuns diraient les mauvaises herbes, mais le réalisateur ne se pose pas ici en jardiner, juste en herboriste. Quand la nature reprend ses droits.
Et la nature de Georges Palet (Dussolier) nous restera  bien joliment mystérieuse, comme celle de Marguerite Muir (Azéma), qui vont s'aimer / ne pas s'aimer (observés/commentés par une voix off  -Edouard Baer- aussi ironique qu'indispensable) au gré du vent et des cent et quelques minutes de cette histoire, aussi obscure qu'ensoleillée, aussi réaliste qu'ir-, aussi fantaisiste que grave, et qui sèmera sans aucun doute au coeur de chaque spectateur les petites graines des questions non résolues (ou des interprétations multiples) des et si... et des peut-être que..., appelé alors à prendre ses propres petits outils, à se débrouiller tout seul pour cultiver son jardin et séparer le bon grain de l'ivraie.
Un bonheur de jardinage cérébral.

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(j'aime énormément cette affiche...)

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jeudi 5 novembre 2009

comme un bouquet

Quand je suis sorti pour aller au ciné, non seulement la pluie s'était arrêtée, mais il y avait en plus un vache de beau soleil qui m' a fait regretter
a) de ne pas avoir pris mon appareil-photo
b) (surtout) de ne pas être parti suffisamment à l'avance pour avoir le temps de prendre des photos (mais bon finalement comme je n'avais pas d'appareil, ça tombait bien!)
D'autant plus que, partout, "ils" semblaient soudain s'être donné le mot... Qui? les mecs en ciré jaune, les gars de l'équipement, ceux de la DDE et assimilés... Il y en avait partout! Les premiers, juste au bout de ma rue, sur le rond-point : une voiture mal garée, avec les warnings, et de l'autre côté, un camion-benne garé en merde, barrant la rue suivante, et lorsque je démarre passe devant moi, traversant,  un gaillard en ciré jaune et pantalon bleu (à moins que ce soit l'inverse), j'ai à peine le temps de croiser son regard et d'admirer sa gueule pas rasée qu'il est déjà dans mon rétro, et en faisant le tour du rond-point, je vois qu'il est allé en retrouver un autre (ça doit être le contremaître),  et ils font des grands gestes comme dans la pub Manpower.
Un peu plus loin, je longe un chantier où rien ne s'est passé pendant des mois, et voilà que cet après-midi, entre deux averses donc, ça grouille comme une vraie fourmilière, des vestes et des gilets fluo un peu partout, et que je pelleteuse, et que je charpente métallique, et que je bétonne, et que je... On dirait une vraie gravure de vocabulaire de mon enfance, genre "Le chantier et les mille jolies choses qu'on peut y voir"...
(Et, à ce moment-là, j'ai presque envie de faire demi-tour pour retourner chez moi prendre mon appareil, et  j'envisage presque de rater cette séance pour aller à la suivante. D'autant plus qu'au bout de cette même rue (qui est pourtant d'hab' la plus paisible des rues) en plein milieu est stationnée une camionnette, avec à nouveau un nuage laborieux de ces rudes -mais plaisants- travailleurs, sur la route et même dans le trou qui est au milieu de ladite route, signalée par les bandes rouges et blanches habituelles... Travailleurs que j'ai à peine le temps de mater un peu en douce (je suis arrêté quelques instants au stop mais il ne faut pas que je perde le rythme, je vais rater sinon le début de la séance, car la raison a repris le dessus).
Du soleil, des flaques, des reflets, et partout les tâches jaunes des vestes et baudriers. Comme un bouquet, oui. (On m'a dit, plus tard, que j'avais aussi raté un superbe arc-en-ciel... On ne peut pas avoir les yeux partout, hein ?)

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mercredi 4 novembre 2009

toujours à l'ouest

trouvé ça
(c'est ma marraine de blog, oui, celle qui m'a mis le pied à l'étrier, donc envers qui je me sens d'une certaine façon redevable -reconnaissant-, et là je suis doublement content parce que je craignais  qu'elle n'ait déposé les armes, à la mi-septembre, et mis la clé sous le paillasson du blog, mais non, she's back!, et en plus j'ai vraiment beaucoup aimé ce petit billet que je vous livre donc tel quel :)

"Et puis je vais un peu raconter ma vie si vous voulez bien. Je suis régulièrement prise de doute, de mollesse bloguesque, d'apathie... d'abloguie, voilà docteur, je souffre d'abloguie. Le fait est que je n'ai plus rien à raconter : je ne vis plus à l'étranger, je n'ai plus de problèmes de réadaptation à la France, je ne suis plus enceinte, je n'ai plus de bébés, je ne déménage plus, je n'ai plus de travaux à la maison, nous sommes tous en bonne santé. Bref, je n'ai plus de quoi me plaindre, plus personne après qui râler (quoique, j'ai de futurs voisins qui font des travaux très bruyants depuis 3 mois, tout n'est sans doute pas perdu). Rien non plus sur le front du boulot, pas de Vaness' en puissance, ils m'ont collé des troisièmes adorables (enfin, Dylan va sans doute se révéler cette année qui sait). Bref, je deviens très ennuyeuse. Et puis je suis beaucoup trop flemmarde pour participer aux défis, au tricot treize, aux self portraits..."

L'abloguie, oui, c'est pas mal... en ce qui me concerne, j'ai un peu contourné le problème en publiant des notules cinématographiques (dont tout le monde visiblement se contrefiche un peu mais c'était sans doute là le but du jeu) comme ça ça m'évite de parler (vraiment) de moi, et de de me creuser la tête pour raconter dieu sait quoi, la notion de temps de toussaint, ce que j'ai fait de beau pendant les vacances, mes états d'âme par rapport à la rentrée, ma recette de moules au cidre, mes tergiversations sur le site de la sncf pour acheter un billet pour noël, mes émois devant cam4, etc., rien que du passionnant et du croustillant, n'est-il pas ?


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lundi 2 novembre 2009

contorsionniste

MICMACS A TIRE-LARIGOT
de Jean-Pierre Jeunet

J'hésitais, j'avais envie et en même temps j'hésitais. Et je me suis décidé. Un dimanche soir, (quel benêt), familles, popcorn, coups de pieds dans le siège de devant (moi en l'occurrence) et conversations comme devant la télé. Voilà, j'étais là pour voir un film grand public, un film commercial, un film "facile"...
Bon, il y a une franchise Jeunet (dans les deux sens du terme ?) : la fidélité à une équipe, le fond de  commerce (bric-à-brac façon récup'), la façon de raconter une histoire, (avec digressions, coq-à-l'ânes, avatars et autres coquecigrues -ça n'est pas de moi-), le style, entre populaire (diront certains) et populiste (rétorqueront d'autres -et les pincements de nez horrifiés des Inrocks mettant dans le même sac le film de Jugnot, celui avec Dubosc et celui-ci me donnent vraiment envie de leur coller des baffes , à ces esthètes parisiens en escarpins vernis, et de déchirer mon abonnement illico-) et l'esprit de l'entreprise (certains diront fleur-bleue et d'autres franchouillard, encore une fois suivez mon regard) que je qualifierais quant à moi d'espiègle, de canaille, voire, oui,  de roublard (il y a quelque chose là dedans pour moi entre Bibi Fricotin et Les Pieds Nickelés), bref, d'enfantin (que certains traduiront naïf et d'autres infantile).
Oui on est dans une bande dessinée, ou, mieux encore, dans un de ces albums animés que mon amie Malou affectionne tout particulièrement. Il y a toujours un truc à pousser, à tirer, à faire tourner, à déplier, une surprise (une trouvaille) pour agrémenter le récit avant de passer à la page suivante. Ben là c'est pareil, et j'aime ça (en tout cas c'est comme ça que je veux le voir.) Je retrouve toujours des bribes de Foutaises (son premier court-métrage, que j'adore) et je me suis amusé, d'un bout à l'autre, j'ai apprécié tous ces personnages, toutes ces tronches (et j'ai même trouvé que - y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis- Dany Boon, oui oui,  était vraiment très bien (à l'origine, le rôle avait été écrit pour Jamel Debbouze, qui a mis les voiles au dernier moment...), dans un rôle presque muet,en demi-ton, presque en retrait, profil bas, en quelque sorte.) même si on peut regretter que certains soient  juste esquissés, mais on est dans un comic, ne l'oublions pas.
On peut se demander pourquoi le générique est en anglais, pourquoi cette volonté de donner au film une couleur dominante (ici , le jaune), est-ce que l'histoire d'amour était vraiment nécessaire, on se dit que la vision des marchands d'armes est un peu simpliste, que le slogan ("quand les petits s'attaquent aux grands" ) est accrocheur mais bon, on ne va pas chercher la petite bête , hein, (on est en famille, n'est-ce pas ?) d'autant plus qu'on  a  l'impression que les acteurs s'amusent autant que nous (Jean-Pierre Marielle, notamment, jubile et me fait jubiler). Alors, que demande le peuple ? Popcorn à volonté!

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