films et bouquins
dimanche 22 avril 2018

séparatistes

052
FROST
de Sharunas Bartas

Bon. Je suis nul en histoire et en géo (et tout autant donc en géopolitique et histo-politique -ça existe-ça ? je ne suis pas certain-) ce qui ne facilite pas la compréhension du propos. (En rentrant j'ai googlé et wikipédié tout ça pour essayer d'y voir un peu plus clair). En 2014 deux jeunes lituaniens (j'aurais mis ma main à couper qu'on y mettait un h), Rokas (lui) et Inga (elle) partent dans un fourgon "humanitaire" de Vilnius (Lituanie) vers l'Ukraine pour apporter des vivres et des chaussures  aux soldats qui se battent là-bas. En regardant la carte (a posteriori bien sûr), je me suis d'abord demandé  pourquoi ils passent par la Pologne plutôt que la Biélorussie, mais en lisant un peu on comprend que les biélorusses sont plus copains avec les russes, et pas catalogués très gentils gentils bien au contraire.
Le film est signé Sharunas Bartas, grand chantre de la solitude mélancolique (certain critique le surnomme "Le Tarkovski Lituanien") et de la désespérance muette (ou c'est tout comme). J'ai vu ses premiers films (Corridor, Few of us, The House), tristissimes, il y a longtemps (dans les années 90) et j'avais eu, vingt ans plus tard, le plaisir de voir, en 2015, (dans une petite salle du 6ème, sur un écran à peu près de la taille de ma télé) son Peace to us in our dreams, que j'avais trouvé lumineux, élégiaque et... serein. Apaisé, quoi. Pour faire court, Bartas a l'habitude de filmer des gens tristes et des paysages sublimes.
C'est tout à fait le cas avec Frost. Plans rapprochés sur les visages et plans d'ensemble pour les paysages (ce qui est logique). Ces deux-là (nos tourtereaux lituaniens) vont faire un sacré périple dans leur fourgon, après une décision hâtive de Rokas suite à la proposition d'un camarade, sans avoir vraiment conscience de ce qu'ils font ou de pourquoi ils le font.
Rien que les plans d'autoroutes et de pare-brises embués, filmés par Bartas, c'est grandiose. Alors quand il filme la route enneigée ou, simplement, le défilé des arbres entrevus par la vitre du fourgon, dans un travelling aussi poétique que graphique, on touche évidemment au sublime. Ce road-movie est filmé avec une grande rigueur, dans la mesure ou "la guerre" reste pendant longtemps présentée comme une chose abstraite, lointaine, hors-champ, à la fois omniprésente mais tout autant omni-absente, que le récit, dans sa première partie, se plait à éluder. Le ton est curieusement (mais pour le bartasophile, c'est habituel) atone et dépassionalisé. Tout ce qui pourrait, dans un premier temps, être sujet à ennuis et à inquiétude (les passages de douane, les contrôles, les militaires, les armes) et que n'importe réalisateur aurait filmé avec une musique qui fait peur et un suspense au couteau est ici mis à plat, simplement. Nos héros parviendront-ils à mener à destination leur fourgon humanitaire ? tout semble faire penser que oui, au moins, dans un premier temps, tout autant que chacun(e) des personnes rencontrées (dans un road-movie, c'est normal, on fait des rencocntres) semble se poser la même question : "Mais qu'allaient-ils faire dans cette galère ?".
Une jolie parenthèse s'ouvre dans le film, une nuit dans un hôtel plutôt chicos, où séjourne une (joyeuse ?) troupe d'humanitaires (et/ou de journalistes) qui vont accueillir, pour la nuit justement, nos deux jeunes gens, qui eux, après les libations d'usages (non non c'est vrai on ne suce pas de la glace...)  vont vivre cette nuit séparément, Inga dans la chambre d'un  certain humanitaire à lunettes (qui allez savoir pourquoi m'a fait penser à Milos Forman), et Rokas dans celle de Marianne (Vanessa Paradis, très bien, avec un très joli discours sur l'amour, mais dont la brièveté de l'intervention ne justifiait pas forcément sa place tout en haut de l'affiche... moi je dis ça hein...).
Et le film, comme le camion*, reprend son cours, vers ces soldats ukrainiens jusqu'à alors fantomatiques, mais qui vont soudain prendre corps, dans une dernière partie qui s'achemine vers un ultime plan (j'avais écrit blanc, c'était justifié) d'une beauté à couper le souffle. Ce qui était jusque là une notion vague ("la guerre"), puis a fait l'objet de discussions animées ("Est-ce une guerre civile ?", "Faut-il mourir pour sa patrie ?" -j'avoue que là c'est le moment où j'ai un peu dormi-) prend tout à coup forme, se matérialise (s'incarne") , dans un premier temps via le groupe de soldats qui accueille pour la nuit Rokas et inga, juste après avoir failli les tuer (parce qu'ils ne sont sont pas arrêté lorsqu'on leur en donnait l'ordre et ont bousillé la roue du camion en roulant sur la herse), et la façon justement dont on passe du rudoiement et des menaces à la complicité, de la suspicion au partage (j'aime beaucoup cette partie), puis dans cette ultime séquence où Rokas finit par se (re) trouver face à ce qu'il (re)cherchait depuis le début du film. Et Sharunas Bartas prouve une nouvelle fois qu'il est un grand cinéaste. Le dernier travelling arrière justifierait à lui seul qu'on aille voir le film.

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* "Camion dans la nuit
Camion bâché
Comme un ballon lâché
D'illusions, d'espoirs
Et le sang taché
Sangles attachées
Ne plus rien vouloir
D'une époque à vomir
Ne plus rien dire
Rouler dans le noir
Par les rêves attaqués
Sur les bas-côtés
Du désespoir"
("Camion bâché", Gérard Manset, tiens, que ça m'a donné envie de réécouter)

 

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jeudi 12 avril 2018

dents

051
APRES L'OMBRE
de Stéphane Mercurio

Quel dommage. oui, quel dommage que nos chers adhérents n'aient pas jugé utile de se déplacer ce vendredi soir jusqu'au bôô cinéma pour y voir le très beau Après l'ombre, en plus, en présence de sa réalisatrice, Stéphane Mercurio (qui nous avait déjà fait le plaisir de venir à notre rencontre, pour son précédent A côté. Oui, c'est toujours rageant de se décarcasser pour organiser une soirée  et que le public ne soit pas au rendez-vous...
Certes, c'était le premier soir des vacances, certes l'horaire avait -sans explication- été avancé à 20h par le directeur de la salle, certes la dernière fois la réalisatrice annoncée n'était pas venue, certes le théme du film n'était pas des plus gaudriolesques (la prison, les longues peines), beaucoup de certes, certes, mais on n'a pas pu s'empêcher d'être très déçus, et de se dire que c'était la dernière fois qu'on organisait un truc...
D'autant plus que, si le film est magnifique (Hervé nous l'avait déjà dit), la rencontre avec la réalisatrice qui a suivi (dans la salle d'abord, juste après le film, puis, pour cause de séance à 22h -on vit même entrer deux trois gugusses avec leur seau de popcorn-, dans le hall, où, heureusement, personne ne nous coupa la lumière -certain projectionniste était visiblement de bonne humeur ce soir-là-) s'est avéré tout aussi passionnante. Parce qu'elle-même est tout aussi passionnée, par le sujet de son film et par ce qu'elle y a mis, qu'elle est habituée à en parler, à le défendre, et ça sent et que du coup on pourrait l'écouter pendant des heures.
Après l'ombre  fait partie d'une -pour l'instant a précisé la réalisatrice- trilogie (A côté (2008), sur les visites et l'heure du parloir et ce lieu "d'accueil" installé juste à côté de la prison de Rennes, puis A l'ombre de la république, sur le travail du CGLPL (Contrôle général des lieux de privation de liberté) filmé dans plusieurs établissements pénitentiaires), dont le thème central, et "en creux", est la prison, l'incarcération, et le système carcéral français.
Un état des lieux lucide et courageux d'autant plus que l'administration pénitentiaire aura fait tout son possible à chaque fois pour ne pas lui faciliter la tâche  en mettant le maximum de bâtons dans le maximum de roues. Lorsque le pouvoir s'exerce, l'abus de pouvoir n'est jamais très loin.
Ici, on est, encore une fois (car on a vu les deux films précédents), en dehors du cadre strict de l'enfermement et de la réclusion puisqu'il est question de théâtre. Et donc de représentation. Le metteur en scène Didier Ruiz a élaboré un projet de création à cinq voix (quatre hommes et une femme, quatre ex-détenus et une femme d'ex-détenu) tous ayant vécu l'expérience d'une "longue peine", pour faire affleurer sur scène ce que chacun(e) en a gardé, ce qu'i/elle est capable d'en dire,bref de leur donner la parole, tout simplement. Et le résultat est, tout simplement, bouleversant.
On assiste, par étapes,  à l'intégralité du projet, depuis les premiers entretiens "sur table" entre le metteur en scène et chacun de ses  acteurs, puis les répétitions, la façon dont le metteur en scène permet à chacun(e) de trouver sa voix, les "ateliers", mais aussi, très important, les pauses, les respirations, jusqu'au grand soir, tant attendu, celui de la première, devant une salle comble, où la réalisatrice aura le bon sens (le tact ?) de nous laisser dans les coulisses, même si -j'ai essayé (maladroitement) de m'en expliquer lors de la discussion- on en ressent un peu de frustration : on les aime tellement, ces cinq-là, qu'on n'a pas envie de les abandonner là, comme ça, on veut les accompagner, mais c'est vrai que c'est bien que le début de la pièce "en vrai" soit aussi la fin du film. c'est une autre histoire, et ç'aurait été une autre façon de filmer.
Annette, Louis, Dédé, Alain, Eric. Je tenais à rendre leur prénom à ceux qu'allocinoche dans sa rubrique "générique" qualifie d'"acteurs inconnus". Leur rendre justice (!) pour la puissance de ce qui s'est joué sous nos yeux. Et de cette force avec laquelle ils parviennent à figurer l'indicible. Comment se vit une longue peine, au quotidien, au jour le jour, dans le détail, et, surtout comment on en sort, comment on s'en sort, de quelle façon on gère les marques (les stigmates) qu'elle a imprimées tout autant sur le corps que dans la tête.
Ces cinq-là ont survécu, chacun à sa manière, et leur témoignage en est d'autant plus poignant. L'administration pénitentiaire, les gardiens, la violence, l'isolement, la sexualité, les transferts, les mutilations, les brimades et les humiliations, chacun(e) prend la parole, tour à tour, et nous sidère et nous fascine à chaque fois (et la façon de filmer ces scènes, avec ce fond noir omniprésent dont ils sortent et où ils s'effacent, à la fois écran et écrin, rajoute encore à la solennité -simple et juste- de  ce dire).
Un film magnifique, donc, dont nous ne serons hélas qu'une douzaine à avoir profité... (si je n'ai pu m'empêcher, au tout début, d'évoquer le très beau César doit mourir, des Frères Taviani, qui conjugue aussi ces deux thèmes : le théâtre et la prison,  très vite je me suis complètement immergé dans cet Après l'ombre tellement ça fonctionne bien et de façon autonome.)
Il s'agit bien, au départ, de parler des longues peines, mais aussi (surtout) de la façon dont s'est constitué et solidifié ce groupe (cette troupe, puisqu'il s'agit de théâtre) avec, toujours, cette incroyable humanité  et ses enjeux (je ne parlerai pas de rédemption, plutôt de reconstruction).
Grand moment.

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mercredi 11 avril 2018

bleu rouge bleu

049
050

TESNOTA -UNE VIE A L'ETROIT
de Kantemir Balagov

Un choc. D'un jeune cinéaste russe, un premier film beau à pleurer. Palpitant, fulgurant, intense, fiévreux, mais en même temps très simple, centré sur ses personnages que la caméra du réalisateur caresse avec tendresse. Qui sont sont tous beaux (simplement, naturellement, justement), de cette beauté qui touche parce qu'elle vient du dedans. Qui, c'est une famille russe (en fait, soyons précis, une famille juive quelque part en Russie), le père, la mère, le fils, la fille. Plus la copine du fils (ils vont bientôt se marier) et le copain de la fille (qu'elle voit en cachette parce qu'il ne fait pas partie de la même "tribu", eux sont juifs et lui est est kabarde -musulman-). Ilana, la jeune fille, est le personnage principal, qu'on voit à l'oeuvre, dès le premier plan, en salopette, les mains dans le cambouis, en train de tripatouiller dans les moteurs des bagnoles de l'atelier de son père, avec qui on la voit ensuite partager un moment, et on sent immédiatement la simplicité -encore- et la force (la douceur) des liens qui les unissent. Même chose lorsqu'on la voit ensuite avec son frère, dehors, fumant tous les deux en cachette, se chamaillant affectueusement par le mot et par le geste (il est beaucoup question de la bite du frère en question). On fait ensuite la connaissance de la mère, souveraine dans sa maison (et sa cusinie : on prépare un repas de fête) et le constat reste le même : force, justesse, simplicité, avec, toujours, un époustouflant sens du cadrage, cette façon de scruter les visages et les corps de très près, avant le plan large de la cérémonie interfamiliale des fiançailles du frérot. Plus tard, suivant un rituel visiblement bien rôdé (après s'être chargée de barres chocolatées) on verra Ilana quitter en cachette sa chambre par la fenêtre pour aller furtivement retrouver Zalim, son beau nounours kabarde, pompiste de nuit. On connaît alors tous les personnages, et l'histoire peut commencer.
L'histoire (il s'agit d'un fait-divers authentique) est simple. En rentrant à la maison, Ilana trouve sa mère effondrée : David et sa copine ont été enlevés, et une rançon demandée, dont le montant dépasse les moyens de la famille. Comment faire ? L'aide sollicitée aux autres membres de la communauté juive ne permettant pas de régler la totalité de la somme, ni la vente de l'atelier paternel,  il est envisagé (et annoncé par la mère) de marier Ilana au fils d'une autre famille, en échange d'une "dot" qui permettrait, enfin, de régler la rançon...
Et la caméra de Kantemir Balagov continue de suivre ses personnages de très près (on pourrait sans doute respirer leur odeur, leur parfum) avec autant d'attention (d'empathie). On est pourtant ici dans le même marasme socio-politique que tous les autres films russes (ou ukrainiens, oui, je sais, ouille! Hervé ne me tape pas) -Léviathan, La tribu, My Joy par exemple- oui dans le même incontestable merdier/bourbier, pourtant on ne perçoit pas tout à fait de la même façon l'habituel désespoir glaçant, même s'il est patent, car si la violence est incontestablement présente (une longue et insoutenable séquence de brutalités à la télévision) c'est surtout -paradoxalement ?- de l'amour qu'on perçoit, qu'on reçoit, dont on est témoin.
Le film de Balagov, est "tout simplement" exceptionnel, emballant son fond (humaniste) dans une forme esthétique baroquement violente (ou le contraire) qui ne pouvait que ravir presque jusqu'aux limites du raisonnable (une scène de teuf qui manque de virer au décollement de rétine tellement ça stroboscope) l'amateur de bleu et de contrastes que je suis.
Les quasiment deux heures de l'histoire d'Iliana filent à toute berzingue, charriant des émois de l'ordre de l'intime voire de l'indicible mis en images avec une folle virtuosité (qui a fait d'ailleurs renâcler certains critiques, assimilant le film à juste une esbrouffe de film de festival, les benêts) qui font que, lorsque je l'ai revu (car j'y suis retourné deux jours plus tard), à partir de la scène de l'enveloppe (une des scènes les plus fortes et les plus bouleversantes que j'ai vues depuis longtemps) je n'ai pas cessé d'être émotionnellement chamboulé et ce sans en perdre une miette.
Je crois que je n'ai jamais vu un film où les gens s'étreignent autant, l'étreinte -le hug- est une figure qui revient très souvent, elle est celle d'ailleurs qui permet de faire tenir deux personnages dans le cadre le plus resserré possible. L'extrême proximité des corps permet aussi, souvent, d'économiser les mots...
Et pour clore le chapitre j'ai été agréablement étonné  par le "je ne sais pas ce qui leur est arrivé après" lapidaire qui s'inscrit en sous-titre -tchack!- juste après la dernière scène (comme la narration, d'ailleurs, avait débuté, elle aussi, en sous-titres du discours de personne, au tout début du film, où le réalisateur se présente et nous présente son film par écrit, ouvrant la parenthèse qu'il refermera à la fin de la même façon) juste avant le générique de fin (dans lequel est remercié Sokourov, qui semble être le parrain -esthétique, on le comprend-, l'ange sur l'épaule, de ce Tesnota (la vie à l'étroit semblant un rajout du titre français) qui nous éblouit (ébleuit ?) et nous transporte.
Un top 10 indiscutable.

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l'affiche est très juste par rapport au film

 

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mardi 10 avril 2018

le singe en veste rose et le couteau électrique

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ABRACADABRA
de Pablo Berger

Au sortir de notre Semaine Latino, j'ai eu encore envie d'entendre parler español, et, coup de bol, sortait justement au Victor Hugo ce film, sur lequel j'avais lu la veille en diagonale une notule dont je me rappelais juste que le réalisateur avait déjà fait un film que j'aimais bien (je croyais que c'était La Isla Minima, mais pas du tout -j'ai vérifié ensuite- c'était Blanca Nieves -que je n'avais pas adoré tant que ça, et, je l'ai appris au même moment sur allocinoche, Torremolinos 73, vu aussi et d'assez triste mémoire) et que l'acteur principal jouait, là j'en étais sûr, dans, justement La Isla Minima.
Dominique m'y a gentiment accompagné, alors que je l'avais bien prévenue que je déclinais toute responsabilité, résultat, à la fin du film, tandis que je lui présentais quasiment mes excuses tant j'avais trouvé ça navrant, elle a été beaucoup plus indulgente que moi pour le coup et a dit qu'elle avait trouvé ça pas mal...
Oui, navrant. Ça a beau être (parler) español, ça ne mérite pas pour autant toutes les indulgences coupables. J'ai trouvé ça moche, mal foutu, incohérent, dispersé, et, surtout, dommage. Le pitch ? Un mari beauf, macho, amateur de foot, bas de plafond est, suite à un numéro d'hypnotisme, transformé en gentil mari et super papa, pour le plus grand plaisir de son épouse et de sa fille, sauf qu'on apprend qu'il est habité par l'esprit d'un schizophrène meurtrier (qui a pénétré dans son mental en profitant d'une faille de l'espace-temps générée par La danse des canards, si si, je n'invente rien je vous promets). Tout va bien sauf que l'envahisseur, comme tout schizophrène qui se respecte, n'est pas toujours d'humeur égale... A partir de là, le scénario va commencer à pertir en vrille, ou, plutôt, dans tous les sens : que ce soit dans le ton, le "genre" abordé, le traitement, on a le sentiment que le réalisateur ne sait plus trop sur quel pied danser, et donc il essaie un peu tout ce qui lui passe par la tête, et comme la grue dont le contrôle a soudain été perdu (par le mari lorsqu'il est en position "schizo gentil" -traduisez "un peu pédé maricon sur les bords puisqu'il fait le ménage" quelle ibère finesse), on passe nous aussi par tous les états, toutes les positions, on appuie sur tous les boutons, sans savoir quel est celui qui va faire fonctionner la machine comme il faut. Il y a des moments qui fonctionnent, oui, et d'autres pas, voire vraiment pas (certains notamment où j'avais presque honte pour le réalisateur, je pense à la scène de l'hôpital et du mourant, et du slip Superman).
Oui j'étais, comment dire, content que ça finisse, voilà.
Lo siento.

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dimanche 8 avril 2018

bébés (ou pas)

047
COLOMBIENNES
programme de courts-métrages

Semaine Latino 7.6 : Colombi
Cinq courts-métrages, donc, tout à fait dans ce qui fut l'humeur moyenne de cette programmation : tristounette! Comme le nom du programme l'indique, cinq portraits de personnages féminins dont la spécifité est d'être colombienne(s) : une fillette que sa mère envoie chercher de l'eau ""au ruisseau, pas à la mare" (dans Camino del Agua), une adolescente qui hésite à se remettre en couple (pour la nième fois) avec son copain qui l'aime mais qui la trompe gaillardement (Solecito), une autre, (hébergée chez sa tante, amatrice de grande musique) qui hésite à garder le bébé qu'elle porte (Flores), une autre qui a déjà accouché mais a bien du mal à savoir où est le papa (et ce qu'il a fait la nuit dernière) et le cherche un peu partout (Leidi, palme d'or du court-métrage, tout de même), et, enfin, une mère qui n'est carrément pas là puisqu'elle a émigré en Espagne, en laissant son jeune fils aux soins de son ex-mari (Rio).
Bref un joli programme, et une sympathique façon -pour moi- de clore cette 7ème Semaine Latino par un genre de bouquet. Couleurs variées, certes, mais avec une certaine -et incontestable- amertume comme point commun. Comme Manue a résumé "Ca n'est pas rigolo d'être colombienne aujourd'hui!"

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l'affiche est joliette je trouve
(ce programme a été composé et diffusé par l'Agence du Court-Métrage, à l'occasion de l'Année de la Colombie)

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samedi 7 avril 2018

une mite au plafond, un chien sans laisse, et un chat nommé chat

044
ALBA
de Ana Cristina Barragan
Semaine latino 7.3 : Equateur
Portrait d'une fillette de 11 ans qui doit soudain aller vivre avec son père, parce que sa mère est malade. Le papa en question, elle ne le connaît pas, d'ailleurs elle ne lui parle pas, et lui non plus. Il a l'air vieux, tristounet, malade. On découvrira progressivement que ce père, s'il n'est pas très expansif, fait, en silence, patiemment, tout ce qu'il peut pour le bien de sa fille. Un film lent, attentif, juste, à propos d'une fillette qui grandit (j'ai eu comme l'impression qu'elle me rappelait queqlu'un...) avec un intéressant travail sur la couleur et le rythme. Un film à l'image du père, pas bavard (sauf dans les scènes avec les enfants, qui résonnent de jacasseries comme autant de volières) mais doté d'une indéniable tendresse. Un film, enfin, qui s'épanouit et nous bouleverse dans une très simple et touchante scène finale.

Alba_(film)

 

045
MARIANA (LOS PERROS)
de Marcella Saïd
Semaine latino 7.4 : Chili
Portrait d'une femme de la haute bourgeoisie chilienne pétée de thunes, qui tombe amoureuse de son prof d'équitation, qui s'avère être un ex-colonel "responsable de la sécurité" (et donc de multiples disparitions) sous Pinochet. Une saloperie, donc. Trouble, fascination, ambiguïté, dans cette relation naissante entre celle qui ne supporte pas qu'on lui donne des ordres et celui qui avoue qu'il ne connaît pas la peur, et encore moins les remords. Où les chiens du titre ne sont pas uniquement ceux qu'on voit y courir ou qu'on entend (avec insistance) aboyer.  Par la réalisatrice de L'été des poissons-volants (projeté dans la Semaine Latino 3, et dont la critique est ), une étude soignée, grinçante, et plutôt glaçante. Moralité : les riches (ou les puissants) ont toujours le dernier mot.

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NOTRE ENFANT
de Diego Lerman
Semaine latino 7.5 : Argentine
Portrait d'une femme médecin de Buenos Aires (encore un personnage de femme forte) qui parcourt 800km (après une belle scène d'ouverture nocturne à base de bruit d'essuie-glaces et de gouttes sur les vitres) pour aller chercher le bébé qu'elle a entrepris d'adopter et qui va vite déchanter en réalisant le traquenard dans lequel elle est tombée, et tenter l'impossible : se révolter, face à un trafic très organisé où les notables locaux s'en mettent plein les poches. Ce qu'on croyait être au départ une simple chronique sociétale se transforme quasiment en thriller où l'on est, à chaque instant, de plus en plus tendu et inquiet. a chaque nouveau rebondissement je me crispais un peu plus sur mon siège. Oppressant. Moralité : comme ci-dessus, les riches (ou les puissants) ont toujours le dernier mot.

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vendredi 6 avril 2018

valet de carreau

043
7 PSYCHOPATHES
de Martin Mc Donagh

Mais comment ai-je pu passer à côté de ce film? J'avais pourtant adoré Bons baisers de Bruges, le premier film du réalisateur, et c'est 3 billboards, son troisième, qui m'a donné l'envie d'aller voir ce qui se cachait entre les deux (même si, si j'ai bien compris, ledit réalisateur le désavoue maintenant plus ou moins).
Résumons : comme dans Bons baisers... on a Colinchou Farrell en vedette, une sacrée bonne dose d'humour (noir) et des mecs avec des  flingues qui s'entretuent mais pas de façon conventionnelle ; et comme dans 3 Billboards, on a Woody Harrelson et Sam Rockwell, une histoire à rebondissements, encore des mecs avec des flingues, et toujours une sacrée dose d'humour (noir). Avec, ici, en prime, un Christopher Walken anthologique, un Tom Waits idem, plus la présence en ouverture de Michael Pitt et de ce très cher Michael Stuhlbarg, qu'en ce moment j'ai tendance à voir -et à aimer- un peu partout, et qui reste bien de devenir ma prochaine coqueluche...
Ajoutez un scénario tordu, oui, au sens propre, vrillé comme un ruban de Möbius (en gros l'histoire d'un scénariste qui écrit un film mais va finir par s'y retrouver en plein dedans, 7 psychopathes pourrait être au polar ce que Scream fut au film d'horreur : une mise en abyme maligne,où le cinéaste examine les  "codes" sous un angle théorique et complice mais les intègre finalement en tant qu'éléments de son propre film). Un scénariste écrit le scénario d'un film qui s'appelle 7 Psychopathes (comme dans paludes, Gide écrivait un bouquin qui s'appelait paludes, mais dedans il y a avit beaucoup moins de flingues).
C'est le premier film qu'a réalisé Martin Mc Donagh aux Etats-unis (qui nous le signifie bien dès l'ouverture, avec un plan sur l'inévitable HOLLYWOOD à flanc de colline) et il nous offre (voir, plus bas, la campagne d'affichage américaine) un casting inoxydable, où chacun(e) tient son rôle de jubilatoire façon (bon, c'est "un film de mecs" : la critique d'un des personnages sur le manque d'épaisseur des personnages féminins dans le scénario -Ô Pirandello- n'est pas totalement injustifiée, et le réalisateur saura d'ailleurs s'écouter (en tenir compte) et rectifier le tir en offrant à Frances Mc Dormand le rôle principal en or massif de son film suivant).
Le récit est un peu déconstruit, et avance, au moins au début, un peu de bric et de broc, avec différentes histoires que le cinéaste ou un de ses personnages nous raconte(nt), histoires qui ne se situent pas toutes, d'ailleurs sur le même plan fictionnel mais qu'on suit toujours avec grand plaisir (tout le début du film ferait un peu penser à une compilation, une anthologie d'histoires de psychopathes) qu'après il est plus ou moins facile de relier entre elles. Mais le réalisateur y vas de bon coeur.
Martin Mc Donagh pratique une forme d'humour (et de distanciation) que j'adore : il met en scène des personnages (ou des situations) qui sont des clichés, mais ont suffisamment de force pour regarder en face le spectateur et lui dire "Oui, je sais, je suis un cliché mais regardez comme j'en suis conscient..." Oui, qui le revendiquent. Et bam bam! (les mecs et leurs gros flingues, pour un amateur de sous-sous-texte gay comme moi, c'est du vrai grand bonheur, tellement ils aiment les sortir et les braquer, leurs gros machins rutilants et chromés, pour un oui pour un non, c'est ça les vrais z'hommes hin hin).
Bref, 7 psychopathes est un film ludique, facétieux, ironique. un film qui, même s'il ne tient pas toutes ses promesses, m'a, en l'état, grandement réjoui.

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un casting inoxydable vous disais-je...

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mercredi 4 avril 2018

ce soir,petite chambre...

043
LES BONNES MANIERES
de Juliana Rojas et Marco Dutra

Semaine latino 7.2 : Brésil
Vu hier le film interdit aux moins de 16 ans, et cet aprèm' celui-ci, "seulement" interdit aux moins de 12a. Après, ils seront tous "tous publics". Bon je l'appréhendais un peu à cause de ce que je savais du pitch (qui en fait n'est que la moitié du film). On avait déjà programmé, lors d'une précédente semaine latina, le précédent (et premier ?) long-métrage de ce couple de réalisateurs : Trabalhar cansa (Travailler fatigue) qui distillait déjà une certaine -et réjouissante- singularité (la critiquounette est ). Celui-là vient juste de sortir (21 mars) et les critiques en sont plutôt très bonnes (il a même été primé à Locarno, eh!), et je l'ai bien aimé, oui, mais en sachant que je n'aurais sans doute pas envie de le revoir...
Un bemolito, donc, mais voilà parfois j'ai un léger problème avec le cinéma "de genre" (Hammer des années 60 et toutes ses diverses créatures...) car c'est bien de  film de genre qu'il est question ici (pour être dans l'air du temps, on pourrait même le qualifier de transgenre, tant il en a, avec intelligence, récupéré les codes, mais pour les transposer dans le Brésil -cinématographique- d'aujourd'hui, avec la chronique (critique) sociale et politique qui va avec.)
La première partie (le film est, oui, comme déchiré de l'intérieur par une scène centrale) est la moins surprenante (mais pas la moins intéressante) : on est en terrain connu. Une femme (une employée) arrive chez une autre femme (une patronne) dans son magnifique appartement pour un entretien d'embauche (que la patronne avait d'ailleurs oublié). Malgré des références pas très convaincantes, elle est pourtant engagée par cette riche bourgeoise enceinte, qui a besoin de quelqu'un pour être là à demeure et l'aider jusqu'à l'arrivée du bébé, dont elle sera chargée ensuite de s'occuper comme nounou. La patronne en question a bien quelques comportements nocturnes bizarres, mais va vite se nouer entre les deux femmes une relation amoureuse passionnée, un peu déséquilibrée par les errances somnambuliques de la patronne (dont elle ne garde d'ailleurs aucun souvenir au matin), qui ont lieu uniquement quelques jours par mois (oui, oui, la pleine lune vous avez deviné...) mais dont l'amante ne semble pas lui tenir rigueur....
Après la scène déchirante, au sens propre, on voit d'un coup quelques années passer (juste avec du linge pendu sur un fil, idée simple mais joliment efficace) et on retrouve la nounou avec un adorable petit garçon, Joël. Et démarre une seconde partie beaucoup plus inattendue, dans un film brésilien je veux dire (mais pour qui a vu -spoiler attention- disonsLLe loup-garou de Londres, de John Landis, rien de vraiment étonnant, à part le fait qu'il s'agit ici d'un enfant-garou.) Une maman brésilienne et son fils de cinq ans, et les problèmes d'éducation que cela suppose. Car l'enfant est vaiment particulier (commez chez Rohmer, hihi, surtout Les nuits de la pleine lune, où il est davantage ... dirons-nous... agité). Et j'avoue qu'il y a dans cette moitié-là des images plutôt dérangeantes pour la petite chose sensible que je suis (et que, je pense, on voit ici pour la première fois) pas forcément les plus gore -le film reste bien plus souvent dans l'allusif et n'éclabousse jamais excessivement- juste celles relatives à la figuration de la pilosité chez le personnage en question.
Mis à part ce détail, c'est très bien construit, les effets spéciaux sont là mais jamais  trop abusivement, la progression de l'action est bien dosée, dans ce film au-dessus duquel volettent plusieurs ombres tutélaires bienveillantes (une très jolie scène de terreur enfantine nocturne dans un super-marché, à mi-chemin entre Nocturama et Jacques Tourneur), une scène de révolte populaire qui m'a évoqué le Frankenstein de James Whale, jusqu'à une image finale très forte, (et, somme toute, logique, inévitable) comme celle de Butch Cassidy et le Kid (oui oui!) sans oublier celle, plus diffuse peut-être, du Truffaut de L'enfant sauvage...
Décidément le Brésil est très fort pour nous offrir, à chaque nouvelle Semaine latino, un film saisissant, surprenant, inclassable...

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mardi 3 avril 2018

dans la cabane

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LA RÉGION SAUVAGE
de Amat Escalante

Semaine latino 7.1 : Mexique
Et nous entrons de plain-pied dans notre querida Semaine Latino (la 7ème déjà!). Plain-pied est d'ailleurs une façon de parler, et pas forcément la plus appropriée puisque le pied n'est pas l'organe (le membre ?) le plus sollicité dans le film (pour entrer, je veux dire). Interdit aux moins de 16 ans il est. Diantre. C'est cul, c'est cru, et ça démarre en fanfare : premier plan : une demoiselle se caresse avec un chose pas très bien identifiée, deuxième plan une autre demoiselle, dans son lit, se fait matinalement et de dos honorer par son mari, troisième plan (ou presque) un homme est assailli tout aussi par derrière et énergiquement par un  autre monsieur (qui y va de bon coeur...) bref, on rentre dans le vif du sujet (et des sujettes) avec vigueur. L'appétence sexuelle est une chose nous concerne tous, partout, géographiquement, mais on peut dire qu'elle est spéciquement intensive ici, (enfin, là-bas, quand on regarde depuis chez nous) au Mexique. (L'amateur attentif de langues étrangères apprendra notamment, via sms, que baiser se dit coger... et notre héros aime ça, coger...) Comme je l'ai déjà écrit, ailleurs, Mexico, Mexiiiico, serait-on donc à même de chanter à pleins poumons au moment de la jouissance. On comprend assez vite que le monsieur avec la dame et celui avec l'autre monsieur sont le même, Angel, puis que la dame et l'autre monsieur qu'il honore sont frère et soeur... Donc, voci le trio : la femme, le mari, et le beau-frère. Plus la demoiselle du début, qui va assez vite les rejoindre.
Il est aussi question d'une cabane au milieu des bois où un couple de vieux scientifiques hébergent quelque chose, qui provoque le plaisir -et l'addiction- de celles (d'abord), puis ceux qui en font la connaissance, et qui nous sera révélé (le quelque chose) aussi progressivement que la bestiole dans Alien, pour vous donner un ordre d'idée (pour ceux qui se souviennent de Possession, avec isabelle Adjani, ce sera aussi le même ordre d'idée...). Et cette fameuse cabane va accuieillir, l'un(e) après l'autre, chacun des principaux protagonistes.
Amat Escalante, on l'aime aussi beaucoup ici (Sangre, Los bastardos) et on a passé presque tous ses films. mais qui dit Mexique pense aussi forcément Carlos Reygadas,  qu'on a aussi  toujours beaucoup aimé par ici (Japon, Batalla en el cielo, Post tenebras lux), auquel ce film ici emprunte non seulement ses paysages matinaux verdoyants embrumés et humides mais également une certaine folie furieuse. Les deux hommes se connaissent (Escalante a été l'assistant de Reygadas, et Reygadas a co-produit les films d'Escalante) leurs univers cinématographiques respectifs sont un peu poreux, perméables l'un à l'autre, et leurs films ont en commun une certaine violence, une frontalité, une crudité qui peut en désarçonner certain(e)s (mais qui, personnellement ne m'est pas du tout inconfortable...) à la seule différence que, chez Escalante, on n'a jamis de QV.
On a donc un récit extrêmement réaliste et prosaïque (des gens qui travaillent, qui préparent à manger, qui prennent leurs repas, qui vont chercher les enfants à l'école) dans lequel vient interférer un élément "autre" qui va bien sûr perturber -parasiter- cette réalité terre-à-terre et ordinaire ("normale", quoi) comme une maladie contaminerait progressivement une population donnée (et deviendrait visible au même rythme). Comment la fatalité affecte, en ricochet, une série de personnages diversement maussades (on ne sourit pas beaucoup dans le film, et c'est rien de le dire... Le récit se situe dans le registre de l'excès, qu'il soit de malheur, de violence, ou de sexe. Où le plus monstrueux finalement, ne serait pas forcément celui qu'on croit... Avec au centre du récit ce personnage masculin particulièrement double (il baise en douce le frère de sa soeur mais tient officiellement un discours macho et outrageusement homophobe), dualité qu'on retrouve aussi, in fine, en écho, chez la bestiole... (Premier film mexicain, à ma connaissance, avec un alien. En tout cas, un film qui marque.)

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(je trouve l'affiche très réussie)

 

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lundi 2 avril 2018

you make me feel

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MEKTOUB MY LOVE : CANTO UNO
d'Abdellatif Kechiche

Ohlalalala... 2h55 annoncées mais j'ai eu l'impression que ça en durait au moins cinq! Je me méfiais un peu je dois dire (je trouve toujours les films de Kechiche un peu beaucoup trop longs) mais bon la bande-annonce avait l'air sympathique (c'est sans doute le Youuuu make me feeeeeel qui m'a appâté) et c'est le sms d'Isa ("un cinéday à 20h ça te dit ?") qui a comme on dit emporté le morceau.
Au début du film, le jeune Amine observe à la dérobée (à travers les persiennes) une scène de baise torride entre Ophélie et Tony. Ledit Amine, d'ailleurs, ne va faire que ça dans le film : mater (serait-il l'alter ego du réalisateur ?, son Antoine Doisnel sétois ?) Ophélie (qui, entre parenthèses surjoue cette scène de baise avec des mines d'actrice porno, mais bon)  couche "en cachette" avec Tony (elle doit épouser clément, qu'on ne verra jamais). Quand Amine finit par frapper à la porte, Tony se barre et Ophélie se rhabille, short en jean et cache-coeur pigeonnant,  et lui ouvre pour lui faire la conversation. Et nous expliquer la situation. Amine rentre à Sète pour les vacances, après une année studieuse à Paris, et retourve sa famille et ses copains/pines.
Plus tard, les mêmes, à la plage, vont faire la connaissance de Charlotte et Céline. Tony, Amine, Ophélie. Charlotte est séduite par Tony, et croit qu'Ophélie veut le lui piquer (alors qu'elle l'a déjà, mais que l'autre ne le sait pas) ce qui va être la source d'interminables discussions (euh... tu vois...elle m'a dit ça... et j'ai dit ça... et euh... tu vois...) entre les protagonistes, et Amine, qui sert surtout de confident/confesseur (et dont on se demandera jusqu'à la fin s'il a du désir, une sexualité, tellement il se place en observateur (dès la première scène du film) et détonne un peu par rapport aux autres qui ont tous l'air d'être en surchauffe et d'avoir le feu aux fesses...) En parlant de fesses, justement, on va beaucoup en voir, dans le film, et filmées avec une complaisance qui confine bien souvent à la vulgarité. Kechiche aime les gros culs, et nous le proclame avec insistance en les filmant en très gros plans lubriques (on a le sentiment que s'il pouvait mettre la caméra  encore plus près (dedans) il le ferait carrément, et c'est peut-être cette (pour moi) obscénité-là qui a fait bander à mort tous les critiques ? Cette légitimation de pouvoir baver à son aise sur ces spécimens callipyges m'agace et me dérange (bon, je reconnais, je préfère baver sur le cul des mecs oui oui c'est vrai ). Mais bon, c'est comme les dialogues  niveau roman-photo ou courrier du coeur ou série ado (et le niveau sonore de ces jacasseries), au bout d'un moment, ça lasse.
Mektoub my love est comme la nourriture de fast-food, un film extrudé : si on enlevait tout l'air qu'il contient,
1) il aurait une durée normale
2) il serait beaucoup plus digeste
Là j'avoue que, très souvent, j'ai pris mon mal en patience (je soupirais intérieurement pour ne pas gêner mes voisines) mais certaines scènes sont -véritablement- interminables : celle où tout le monde se prépare à partir en boîte notamment (et où tout le mond est déjà bourré, où j'ai failli sortir tant ça m'énervait), celle de la boîte de nuit (la plus putassière -et la plus loooongue- du film mais bon), et même celle de la mise à bas de la brebis (oui oui). Certains personnages, en plus, me posent problème (enfin plutôt la façon dont le réalisateur les traite), surtout Céline (la copine de Charlotte) dont on a du mal à comprendre  l'enthousiasme à s'asseoir sur les genoux d'un vieux cochon alcoolisé (le tonton Kamel) et se faire tripoter  à part d'être juste dépeinte en (comme dirait Blier) "reine des salopes" (c'est la seule utilité qu'elle a dans le film, la seule façon dont elle est décrite), pour faire la balance avec sa copine qui serait, par opposition l'amante courtoise qui ne rêve que d'amour pur (et qui donc est malheureuse). Les personnages dans leur grosse majorité sont brossés à gros traits (et on a un peu de mal à s'y reconnaître et les différencier, les mères, les tantes, les cousin/sines). Par contre on a le plaisir de retrouver, soudain, Hafsia Herzi dans un rôle de tantine joyeuse et libérée (et juste, ce qui n'a pas toujours été le cas...)
Mais il faut reconnaître -soyons objectif, ou tentons de l'être- que le film n'est pas dépourvu de qualités. J'aime beaucoup le montage,  la façon  dont Kéchiche passe d'une scène à l'autre, ses transitions abruptes, très séchement. Et, surtout, surtout, j'adore la dernière scène, peut-être parce qu'elle n'a pas tout à fait l'air d'appartenir au même film. Allez savoir pourquoi, m'est soudain revenue l'image de Melvil Poupaud dans Conte d'été, ou d'Amanda Langlet dans Pauline à la plage. Oui, tout à coup, in extremis, nous voilà de retour chez Tonton Rohmer (et ça fait un bien fou...)
Mais bon je vous confirme que je suis sorti du film surtout en ronchonnant, et plutôt d'abord avec ce qu'en avait pensé Zabetta (isa était moins catégorique que moi, mais, me semble-t-il, pas hyper-enthousiaste quand même), et, en rentrant  je suis donc illico allé voir sur allocinoche et là, ah la la, bien ce que je craignais : ça ding-dingue-dongue de ***** (cinq étoiles), et de pleines brouettes de dithyrambes délirantes et de superlatifs en colliers et de lauriers tressés en pleurant de joie par la quasi-unanimité des critiques qui n'en peuvent plus (et qui n'ont sans doute pas vu le même film que moi) et, tiens, pour conclure,  cette fois je serais plutôt d'accord avec Ecran large : "Les amateurs du cinéma de Kechiche apprécieront la formidable sensualité de cet opus organique, quand les autres regretteront les effets de redite d'un film trop long et stéréotypé."

 

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