films et bouquins
samedi 17 novembre 2018

tapis volant

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LE VOLEUR DE BAGDAD
de Michael Powell, Emeric Berger, Tim Whelan (et d'autres encore sans doute)

Prévisionnement Ecole et Cinéma 2 : celui-là je ne l'avais jamais vu en salle (et je crois bien même que je ne l'avais jamais vu du tout).
Technicolor flamboyant, féérie moyen-orientale genre Mille et une nuits (les palais ressemblent à des pâtisseries géantes enveloppées de pâte à sucre aux couleurs pastel (ah ce bleu et ce rose layette/loukhoum) doublage fraçais (le film sera proposé en vf) très connoté années 50 (avec chansons ad hoc), transparences attendrissantes, méchant très très méchant, gentils très très gentils, rien n'y manque...
Les deux héros sont l'ex-calife jeune et beau Ahmad qui a été détrôné par le très méchant vizir Jafar, jeté en prison par le même, ensorcelé (il est devenu aveugle), et son copain Abu, un jeune voleur (de Bagdad, d'où le titre du film) qui, lui, a été transformé en chien (d'aveugle, justement, on pourrait dire), parle même Jafar, en colère de ne pas avoir l'amour de la princesse qui, voyez-vous ça justement, est tombé amoureuse d'Ahmad (qui lui aussi a coup-de-foudré pour elle dès la première fois qu'il l'a vue). Jafarchounet (aux yeux inquiétents qui devraient impressionner quelques têtes blondes) a promis à la princesse que les sortilèges qu'il a lancés à Ahmad et Abu seraient levés dès qu'elle aurait accepté qu'il la serre dans ses bras.
Elle accepte, fin du premier acte (qui permettra notamment de préciser la notion de flash-back).
Mais ça ne fait que commencer...
Cheval volant, automate meurtrièr(e), oeil-qui-voit-tout, génie géant enfermé dans une bouteille, tapis volant, araignée géante, cul-de-basse-fosse avec pieuvres y nageant, mais aussi baiser enfiévré, mariage princier, méchant puni, il ne manquera pas un poil de turban ni une paillette de voile arachnéen à cette production délicieusement kitchissime (je redis l'épithète car il est particulièrement bien adapté...) qui a ravi l'esthète pervers qui sommeille en moi (ah cette scène d'ouverture avec les marins torse-nu grimpant dans les haubans, miam!) et le cinéphile admiratif, tout autant.

Jugez plutôt :

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Ahmad raconte son histoire

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l'arrivée en ville de la princesse

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la princesse

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la même, vue par le reflet de Ahmad

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Jafar et le père de la princesse

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Jafar et Ahmad (qui est le gentil, qui est le méchant ?)

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le génie

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le sanctuaire de la déesse

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l'oeil-qui-voit-tout

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accroche-toi à mes cheveux!

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Ahmad et Abu

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tapis volant

*

attention là je vais un peu vous spoiler la fin :

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aaaah....

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arghhhhh...

*

et l'affiche, quand même :

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vendredi 16 novembre 2018

tondeuse

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SHAUN LE MOUTON
de Richard Starzac et Mark Burton

Prévisionnement Ecole et Cinéma 1:
Quel bonheur de revoir "en vrai", sur grand écran, dans le bôô cinéma,un mercredi matin, les sensationnels moutons de ce film qui me fait toujours autant rire (comme une baleine même parfois).
C'est drôlissime, sans pourtant un seul mot de dialogue intelligible, et toutes ces bestioles (mais les humains aussi) en pâte à modeler (une animation fabuleusement minutieuse -ou minutieusement fabuleuse ? -) se démènent, à la campagne comme à la ville,  pour le plus grand bonheur des spectateurs.
Oui, c'est drôle, c'est malin, c'est plein de références et de clins d'oeil que chacun à son niveau (le film est entré dans le dispositif Ecole et Cinéma) percevra ou pas, c'est très british (et cet humour très spécifique dont je raffole), bref c'est absolutely fabulous!
Une réussite totale.
Si vous ne l'avez pas vu, allez-y, et si vous l'avez déjà vu, retournez-y!

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une des affiches...

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shaun le mouton

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... et quelques photos

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jeudi 15 novembre 2018

comme le mec à la télé

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YOMEDDINE
de A.B. Shawky

Tous les ans on a la chance d'avoir le directeur du Festival Lumières d'Afrique, qui vient de Besançon, pour nous présenter un film en avant-première dans le bôô cinéma. Cette année c'est un film de Cannes 2018, qui sortira en salle fin novembre, et est vraiment... impressionnant puisqu'il a pour héros Beshay, un lépreux, qui prend la route après la mort de son épouse pour tenter de retrouver son père, qui l'avait abandonné jadis à la léproserie en lui promettant de revenir le chercher. Beshay part avec son âne et sa carriole pour un road-movie à travers l'Egypte en compagnie d'un jeune nubien surnommé Obama.
On peut qualifier le projet de culotté, dans la mesure ou Beshay est un vrai lépreux, et que c'est vrai qu'on n'a pas l'habitude, en tant que spectateur occidental chouchouté, d'affronter la vision -frontalement donc- de séquelles de cette maladie sur un visage et sur un corps qui soient des "vraies" cicatrices et non des effets spéciaux de maquillage. Le réalisateur y va progressivement, "en douceur" mais n'hésite pas à nous le montrer, comme n'importe quel acteur principal de n'importe quel film, sous toutes les coutures. Beshay est un sacré bonhomme, doté du sens de la répartie et d'un  humour certain, et la paire qu'il constitue avec son jeune partenaire est tour à tour drôle, attachante, émouvante...
Dans une Egypte dont le réalisateur ne nous épargne rien de la marge (et des laissés-pour-compte), dans un indéniable souci de réalisme. On comprend bien ce qu'il a voulu tenté de dire, (de faire) mais le film n'est pas forcément toujours à la hauteur des ambitions revendiquées par le réalisateur (Elephant man) et sa sélection en compétition officielle à Cannes peut-être un peu (affectivement) surévaluée.
Reste un film juste, simple, respectueux envers ses personnages et les acteurs qui les incarnent.

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lundi 12 novembre 2018

singapour vaut bien un bouillon

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LA SAVEUR DES RAMEN
d'Eric Khoo

Celui-là il fallait de la chance et de l'acharnement pour réussir à le choper, vu qu'il ne passait plus qu'une fois par semaine au Victor Hugo. Ce fut fait en ce premier novembre pluvinasseux (vous voyez l'ambiance...). Eric Khoo est un réalisateur singapourien (le premier du genre) et auteur d'un film que j'ai adoré, BE WITH ME, en 2005 (rhhhhhha... souvenirs souvenirs, tout me revient, les bozarts, le jeune homme au t-shirt vert, ma jeunesse...). Puis il y avait eu MY MAGIC qui m'avait moins touché (ce magicien qui croquait du verre me mettait mal à l'aise) et un HOTEL SINGAPORA où il me semble avoir dormi hélas d'un bout à l'autre, et donc j'attendais ce RAMEN en espérant que le miracle BE WITH ME se reproduise. et que je f&asse une petite danse de joie en sortant du cinoche.
Les critiques étaient... mesurées, mais je voulais me faire mon propre avis.(les critiques hein je m'en méfie et je devrais avoir de la corne sur la paume des mains après toutes les fessées que j'ai eu envie de distribuer, qui aux Cahiaïs, qui à Libé, qui aux Inrocks -par ordre de fréquence on va dire-).
Bon, c'est vrai que, par rapport à l'éblouissement de Be with me, le plat ici (puisqu'il sera énormément question de cuisine) est un peu sage, un peu fadasse, un peu lisse... une histoire de famille, de cuisine et de géographie (la Chine, le Japon, Singapour) où un jeune cuisinier très mimi (fils d'un mariage mixte singapourien-japonais) fait le déplacement à Singapour  pour apprendre à cuisiner local, mais aussi pour en savoir plus sur l'histoire de sa mère. Il est spécialiste des ramen et veut apprendre à préparer le bak kut teh, qu'il assimilera, lorsque tous sera arrangé, à sa sauce en ramen tek.
Le film est agréable, se consomme sans déplaisir, mais hélas - reparlons cuisine- on l'a nappé d'une sauce écoeurante de musique violonnante et sirupeuse qui en dénature hélas la saveur. (j'aime le sucroté mais trop c'est trop...)
Tiens, je vais faire le fainéant, et vous renvoyer directos à la critique de Llibé (ici) que j'ai trouvée, cette fois, très drôle et très juste.
On en parlait avec Michèle, à la sortie  (surtout après le film kazakh, la comparaison ne jouait pas vraiment en faveur de Singapour). Un film... honnête, (sans plus), "pas indigne" a-t-on conclu d'une même voix... Mais pour qui se souvient de Be with me, ça n'est pas suffisant.

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samedi 10 novembre 2018

cadres et tableaux

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LA TENDRE INDIFFÉRENCE DU MONDE
de Adilkhan Yerzhanov

Un film kazakh, je ne sais pas pourquoi, ça me fait toujours envie. La bande-annonce de celui-ci était suffisamment bien fichue pour m'appater encore un peu plus, et donc hop! direction Besac et le Victor Hugo en ce début novembre pour voir cette tendre indifférence (juste avant La saveur des ramen). Après en avoir vu quelques-uns lors d'une rétrospective au FICÄÂÂ, on pourrait faire l'assimilation film kazakh = réalisé avec trois roubles six kopeks et quelques bouts de ficelle, et on n'aurait pas tout à fait tort.
Celui-ci en tout cas est absolument magnifique. Par ses choixde mise en scène, qui font de chaque plan (cadrage, composition, couleur, lumière) un tableau à part entière (comme quand on visite un musée, qui mériterait qu'on s'arrête devant et qu'on prenne le temps de le contempler), avec une volonté formelle persistante (insistante, mais ça j'adore, ça devient presque comme un jeu entre le réalisateur et le spectateur),de faire figurer dans le cadre un autre cadre qui remet en jeu le ou les personnages de la scène, bref de re-cadrer,.
L'histoire en est simple (a priori). La jeune Saltanat, dont le père vient de mourir laissant la famille criblée de dette et menacée de faillite et de saisie de ses biens, est envoyée par sa mère "en ville" pour y rencontrer -et épouser- un vieil "oncle" qui serait prêt à éponger toutes les dettes, à condition qu'il y ait "un rapprochement" (ah qu'en termes galants ces choses-là sont dites...). Elle y est accompagnée (en vile) par Kuandyk, un jeune homme amoureux d'elle, qui la protège et la conseille, tout en tentant de se faire sa propre place sur le marché du caïdat local. (Comme l'explique le réalisateur, le Kazakhstan n'a rien connu d'autre que le système féodal et le socialisme, et que, exit le socialisme, on en est revenu au système féodal, le vassal et ses suzerains, le pouvoir du petit chef de clan local au niveau social, et celui de la famille au niveau individuel. Et le pouvoir donc, de l'argent. de la violence, de la corruption, et du mensonge.)
Saltanat est une jeune fille au caractère affirmé, Kuandyk est un viril jeune homme, et c'est visiblement entre eux deux que le "rapprochement" semble se faire. Le marivaudage entre les deux jeunes gens donne lieu à une série de scènes exquises (l'avion imaginaire, le musée imaginaire) qui sont comme le léger coeur battant du film....
Saltanat refuse dans un premier temps les propositions du vieux grigou, mais il faut bien vivre, et parfois faire des concessions à son éthique... Du côté de Kuandyk et de son ascension sociale, les choses se compliquent aussi...
Et elles ne vont pas aller en s'arrangeant, l'amour n'étant pas visiblement de taille à lutter contre la corruption (qui semble être un sport national kazakh), et le film va obliquer et prendre un peu la tangente, glissant vers une conclusion un tout petit peu trop stylisée à mon goût (mais somme toute logique).
En tout cas, on se sent bien dans ce film qui vient de très loin, beau comme un coeur, où l'on cite Camus, Stendhal, Jean-Paul Belmondo, les Impressionnistes, le Douanier-Rousseau, où l'importance de la culture est brandie haut et fort, revendiquée, par rapport à celle du pouvoir ou de l'argent, et qui fait, justement,  des merveilles avec peu.
Un réalisateur à suivre, donc...

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vendredi 9 novembre 2018

c'est la première fois qu'on me dit que j'ai raison d'avoir tort

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EN LIBERTÉ!
de Pierre Salvadori

Enthousiasmant!
J'adore sortir comme ça d'un film (et ce n'est pas si fréquent). Radieux, comme flottant au-dessus d'un petit nuage. Avec Catherine et Marie, on y est allé le premier jour, dès la première séance, dans le bôô cinéma. Et on en est sortis tous les trois dans le même état. Ce qui est plutôt bon signe.
Adèle Haenel, Pio Marmaï, Audrey Tautou, Damien Bonnard composent le quadrille de choc de cette histoire (avec Vincent Elbaz en joker dans sa propre bulle fictionnelle, son film dans le film). Soient Yvonne, une fliquette veuve depuis deux ans de Jean, un flic qu'elle croyait modèle, Antoine, un innocent tout juste libéré après après huit ans de prison, Agnès, sa femme qui l'a attendu pendant huit ans, et Louis, flic aussi, collègue d'Yvonne, ex-collègue de jean et amoureux d'Yvonne. Yvonne  qui apprend accidentellement que Jean n'était pas le superflic dont elle raconte les aventures à son fils chaque soir pour l'endormir, mais un sale ripou, qui a notamment envoyé un innocent en prison. Elle décide donc de tenter de réparer un peu les choses (de veiller sur Antoine et de lui venir en aide...) mais les choses ne vont pas être aussi faciles...
Le film démarre pleins gaz, avec une scène d'action survitaminée (et surenjolivée), une intervention policière pétaradante comme un quatorze juillet (qui reviendra plusieurs fois dans le film, avec de jouissives variations sur le motif) introduisant le personnage de Jean, puis enchaîne sur une scène de comédie dans un commissariat (présentant Yvonne et Louis, au milieu de toute une pittoresque faune encuirée et masquée raflée dans un bordel sm), avant de poursuivre (bifurquer) sur Antoine sortant de prison et revenant chez lui, pour une scène sublime d'émotion avec Agnès, sa femme (qui m'a mis oui oui la larme à l'oeil). Avant de redémarrer à fond les manettes en zigzaguant, en vrombissant (mais je ne vais pas tout vous raconter hein.). Ca ne va plus s'arrêter. L'"action", l'humour, l'émotion, Pierre Salvadori va jouer (superbement, subitilement) de ces trois curseurs, qu'il poussera plus ou moins loin, pour construire son histoire.
On a vu à peine dix minutes de film et on est déjà passé par tous les états. Et ça ne fait que commencer...
Pierre Salvadori (qu'est-ce qu'on l'aime cet homme) a façonné un bijou de comédie noire, ciselé les dialogues, poncé les situations au papier de verre double zéro (le plus doux) au petit poil, pour "mettre le spectateur dans un état de bonheur permanent" (c'est lui qui l'évoque dans une interview).
Et on l'est (et on le reste : ça faisait des lustres que je n'avais pas eu envie comme ça  de retourner voir un film juste quelques heures après l'avoir vu...). Plaisir, euphorie, jubilation, devant un scénario millimétré qui ne laisse pas une minute de répit, ni à ses personnages ni à ses spectateurs. Et les acteurs, tous, sont à la hauteur du film. et ça vole très haut je vous assure. Le "couple-vedette" (Adèle Haenel / Pio Marmaï, mamma mia, magnifiques) fait des étincelles, pyrotechnique, pétarade, mais toujours avec le (grâce au) contrepoint -aimant-, indispensable de leurs "moitiés" respectives (Damien Bonnard et Audrey Tautou re-mamma mia, tout aussi excellents). Le contrepoids. Chacun est indispensable à l'équilibre de l'histoire. Mais tout se joue (comme très souvent chez Salvadori) à coup de mensonges (ou de pas tout à fait la réalité) dans une galopade scénaristique où le spectateur a juste un peu d'avance sur chacun de ses personnages -et en profite d'autant plus-.
Le film est un cataclysme, un tsunami, mais qui ne vous veut que du bien. Un genre de train fantôme, comme celui, d'ailleurs qu'on y voit dedans. On s'y installe, ça démarre, on est emporté, ça fonce dans le noir, ça zigzague, ça virevolte, on sait que tout ça, même ce qui est censé faire peur, c'est pour de rire, mais on y va, on est transporté, on hurle quand il faut hurler, on reprend sa respiration au cours des pauses, on éclate de rire et on a les larmes aux yeux, et des fois tout ça en même temps... En liberté! est bien le plus juste des titres, pour qualifier le film lui-même, et son réalisateur.
Un manège coloré, bariolé, qui tourne joyeusement dans la nuit et vous laisse redescendre, étourdi et chancelant, la tête remplie d'étoiles...
A la sortie, avec Catherine et Marie on partageait notre bonheur, on échangeait les répliques, les situations. J'avoue qu'une de mes scènes préférées est celle des vigiles contemplant sur leurs écrans la scène du braquage. tout y est parfait. (mais je pourrais en dire autant de tout le reste du film).
Jamais un film n'aura mieux mérite ce qualificatif de perché. Et très haut.

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mardi 6 novembre 2018

rain and tears

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CHACUN POUR TOUS
de Vianney Lebasque

Tiens! Encore un film qui parle de sport,  et d'une équipe masculine, et qui se termine sur une compétition internationale, et avec une médaille d'or pour l'équipe en question... (je ne spoile rien du tout). Ici le sport c'est le basket, l'entraîneur c'est Gérard Darroussin et l'équipe est celle de déficients mentaux qu'il souhaite présenter aux Jeux Paralympiques de Sydney. Sauf que, plusieurs de ses joueurs habituels lui ayant fait défaut, le voilà bam! qui conçoit un stratagème : engager des faux handicapés mentaux pour que l'équipe puisse figurer à Sydney (et assurer la pérennité de la subvention pour sa fédération qu'on menace de lui retirer.) Et va donc procéder à un casting pour constituer sa nouvelle équipe.
Dans l'équipe définitive (qui passe avec succès l'épreuve de la visite médicale grâce à un coaching intenif) ne figurent plus que deux "vrais" déficients mentaux (Freddy et Yohan, joués par de "vrais" acteurs déficients mentaux), tandis que tous les autres jouent : notamment la paire-vedette, Stan (Ahmed Sylla) et Pippo (Olivier Barthélémy), deux amis d'enfance, un black et un grand balèze barbu, peut-être un peu con-cons, dans la bonne moyenne quoi, mais pas déficients (enfin, mesurés officiellement en tant que tels). Evidemment, il sera question au début du film de moralité et de scrupules,vite repoussés sous le tapis, évidemment ils vont tous partir à Sydney, évidemment ils vont aller jusqu'en finale, et, évidemment ils vont la gagner, cette finale... On est, une fois encore, dans un feel good movie, donc on feel good, et ça fait plaisir de revivre, à quelques jours d'intervalle après Le Grand Bain, une finale victorieuse pour nos héros, avec tout autant d'émotion (j'ai même versé ma larmichette, si si...) même si les enjeux sont tout à fait différents.
Une comédie qui évoque le handicap, c'est un dosage délicat à réussir a priori. Du genre nitroglycérine.Il s'agit de faire rire avec et non au détriment de. Précisément. Encore plus lorsqu'il s'agit de mecs "normaux" censés simuler la déficience. Corde raide. Et ma foi Vianney Lebasque s'en sort plutôt avec les honneurs. A la paire-vedette "déficients" (Freddy et Yohan) répond l'autre paire-vedette "efficients" (Stan et Pippo), dans un certain souci d'équité (chacun ses qualités, chacun ses problèmes), de leur confrontation naîssent les étincelles -les crépitements- de la comédie, avec le toujours bon Darroussin entre les deux. L'ensemble des personnages secondaires rajoute encore du baume au coeur de la fiction (à quoi ça tient d'être "normal" ou presque, hein ?) et contribue à la réussite -et à la justesse- du film. Bon, on peut regretter que le casting féminin joue un peu sur le banc des remplaçantes (Camélia Jordana dans un rôle un peu joliment "décoratif", et deux "esquisses" : une splendide athlète jamaïcaine en chaise roulante pour une idylle avec Pippo, et une jeune fille surnommée Paprika par Freddy, qui lui aussi a droit à son idylle...) dans ce qui est surtout, comme Le grand bain encore une fois, une histoire d'hommes (mais qui roule un peu plus des mécaniques que le film de Lellouche, ce qui n'est pas forcément une bonne chose).
Le film a un peu de mal a démarrer (histoire de ton, d'abord, ce qui serait comme un échauffement un peu laborieux) puis trouve son rythme, à partir de l'arrivée au village olympique, les choses vont de mieux en mieux (le dosage déconne/émotion), en même temps que la cohabitation déficients/efficents s'affine et s'approfondit, jusqu'à cette fin en point d'orgue (jamais je n'avais été aussi ému par une chanson de Démis Roussos promis juré...) et le retour (de bâton) à la réalité qui suit. (Le film est inspiré d'une histoire vraie, la même grosso-modo, qui est arrivée à l'équipe d'Espagne (où 10 joueurs sur 12 n'étaient pas déficients mentaux, et ont perdu leur médaille d'or, que seuls les vrais déficients ont pu conserver...))
I feel good... (un cran en-dessous du Grand bain, mais feel good quand même...)

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lundi 5 novembre 2018

radio-cassette rose

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THUNDER ROAD
de Jim Cummings

Il y a des films comme ça, que, dès le résumé sur allocinoche, on a envie d'aimer, de défendre, de poupouner, et puis, le soir où on le voit (gaffe! juste trois séançounettes dans le bôô cinéma) rien ne se passe comme prévu, et finalement on est triste que la rencontre attendue (espérée) n'ait pas vraiment eu lieu.
Oui, c'est comme l'amour, ça ne s'explique pas. Ce monsieur, Jim Cummings, a pourtant tout fait ou presque (il écrit, il filme, il joue, il produit, il musique...) et on avait trop envie de l'aimer. Et à la fin du film on est déçu, c'est normal, parce qu'il nous agace (au mieux) nous exaspère (au pire). Nous dérange peut-être aussi, avec son personnage de flic un peu borderline, un peu psychorigide d'apparence, genre bon élève bien peigné, mais prompt à péter les plombs à la moindre occasion. Un colérique un peu enfantin, qui taperait juste un peu plus fort du pied, et surtout aurait un flingue. et des occasions de péter les plombs, le film ne manque pas de lui en procurer, qu'elles soient familiales, affectives, ou professionnelles...
Mais on est un peu embêté parce que tout ça vire un peu au one-man-show, un peu forcé souvent. C'est difficile à la ois de jouer et de se filmer en même temps.
Bon c'est vrai, j'étais fatigué, j'ai piqué du nez de temps en temps, mais j'étais réveillé en sursaut à chaque fois ou presque par ce mec qui gueulait et j'avoue que ça m'a gavé (doublement, à la fois parce que je m'endormais et parce que ça me réveillait.)
J'ai un peu mal au coeur de critiquer "un peu", parce qu'on a le sentiment que c'est le genre de film où le type a vraiment mis tout son coeur, toutes ses tripes, toute son énergie (et ses économies, aussi, me semble-t-il). Quelque chose de vital. Qui mérite le respect, en même temps.
Alors je ne le dis pas trop fort.
C'est vrai que la première scène est anthologique (d'ailleurs, à l'origine, c'était un court-métrage à elle toute seule). Mais même cette scène-là, à la longue, elle me met déjà mal à l'aise...
Voilà, on avait envie d'aimer, on n'aime pas vraiment, on est déçu...
Mais peut-être que la prochaine fois que je le verrai je serai dans de meilleures dispositions. (Qui sait ?)

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dimanche 4 novembre 2018

le téléphone pourra sonner (il n'y aura plus d'abonné)

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NOS BATAILLES
de Guillaume Senez

Je l'ai enchaîné directement après Le Grand Bain et l'écart de température(s) était saisissant. Romain Duris en père courage, que sa femme a laissé seul avec leurs deux jeunes enfants, partie pour "faire le point" (où on ne sait trop quoi d'autres), et qui donc se démène, se démerde pour assumer le quotidien, son boulot, ses fonctions de syndicaliste, en butte à une DRH spécialement impitoyable... bref, après le feel good movie, c'était le feel pas très good movie.
La qualité d'interprétation de l'ensemble des acteurs est vraiment remarquable (Duris en tête, bien évidemment, dont je pense -et je ne suis pas le seul- qu'il trouve là un de ses meilleurs rôles, mais aussi les enfants -le garçon, Basile Grunberger, est sidérant-, sans oublier les partenaires féminines, Laure Calamy plus que parfaite dans le rôle de la collègue syndicaliste, bonne copine, et plus si affinités, et la toujours aussi enthousiasmante Laetitia Dosch dans le rôle -trop court- de la frangine intermittente du spectacle), et ce sentiment d'extrême justesse de la part de chacun(e) rend le film encore plus attachant.
Le pauvre film hélas ne passait que 3 fois dans le beau cinéma, et j'étais obligé de le voir à cette séance-là, mais, bonne surprise, le public était au rendez-vous (une trentaine de spectateurs dans la petite salle 1 du bôô cinéma pour cette séance de 18h, mais bon tous les films n'ont pas les mêmes chance face au public, hein : par exemple Le Grand bain était, lui, programmé plus de 30 fois la même semaine, hein, les inégalités parfois sont criantes...)
Un beau (et complexe) personnage masculin, des personnages féminins tout aussi fouillés et attachants, un éventail de thématiques (et de problématiques) plutôt dense (le couple, l'amour, le travail, le syndicalisme, la famille, l'engagement, l'honnêteté) -peut-être même un peu trop ?- font de Nos batailles un beau film fort. Irréprochable, mais, allez savoir pourquoi, je n'ai pas adoré autant que j'aurais dû. Je m'y suis même, à un moment, presqu'un peu ennuyé.  La proximité immédiate du Grand bain, sans doute.
Il y a pourtant toute une série de scènes magnifiques, qui me touchent, par exemple toute celle sur Le paradis blanc de Michel Berger, (chanson qui me touche depuis que je suis petit) et toute la dernière partie (avec le vote familial -"La démocratie c'est nul..." "Oui mais il vaut mieux qu'il y ait un déçu plutôt que deux..."- et la peinture sur le mur) plus légère(s) que le reste...
Le film finit sur une note plutôt optimiste, et ça c'est bien. Feel presque good movie, in extremis. Les histoires d'amour finissent bien en général (surtout quand le héros est doté d'une conscience politique). oui, vraiment, un magnifique personnage, entouré d'autres, tout aussi magnifiques...
Je précise qu'à la sortie, tous les autres spectateurs avec qui j'ai discuté étaient unanimes (et enthousiastes), et le film le mérite. Si vous avez l'occasion, vraiment, allez-y (mais pas dans le bôô cinéma, il ne passe déjà plus).
(je tente de m'absoudre de ma mauvaise conscience).

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samedi 3 novembre 2018

pourquoi pas les hommes-dauphins ?

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LE GRAND BAIN
de Gilles Lellouche

(par ordre alphabétique) Mathieu Amalric, Jean-Hugues Anglade, Guillaume Canet, Alban Ivanov, Philippe Katerine, Félix Moati, Benoît Poelvoorde, Balasingham Thamilchelvan, Jonathan Zaccaï, pour les hommes,
Leila Bekhti, Mélanie Doutey, Virginie Efira, Marina Foïs, pour les femmes,
si ça n'est pas un casting de malade(s), ça, hein... Plus les trèèès bons échos glanés ça et là chez celles qui avaient eu l'occasion de le voir (Zabetta à Cannes, Isa à l'avant-première, Emma à Gray), je piaffais donc d'impatience, et ce samedi après-midi pluvineux (enfin! la pluie! alleluïa!) m'en donna -tout de même- l'occasion, après pourtant moultes indécisions hésitations et tergiversations (à tel point que j'ai manqué les premières images du film...)
Soient sept mâles d'âge moyen (entre trente quelque-chose et cinquante-quelque chose) qui se retrouvent à la piscine pour des entraînements de natation synchronisée masculine (la dernière fois que j'ai vu de la natation synchronisée au cinéma, c'était dans le très beau La naissance des pieuvres, de Céline Sciamma, mais c'était avec des jeunes filles en fleur, notamment Adèle Haenel quand elle était encore toute petite... alors jugez plutôt du contraste avec notre brochette d'impétrants -je n'ai pas dit impotents, hein-). Sept mecs moyens, à l'apparence moyenne, aux vies moyennes, (on s'attachera plus en détail à la vie de quelques-uns d'entre eux, presque tous en effet, et je ferai une petite critique à cet égard : pourquoi Alban Ivanov -pour lequel j'ai une grosse tendresse, depuis Le sens de la fête, notamment- et Balasingham Thamilchelvan n'y ont-ils pas droit autant que les autres, hein, Gillou?).
Déjà rien que ça c'est drôle de les voir, comme ça, au bord de la piscine, maillot, serviette, bonnet de bain (rien qu'en soi, le bonnet de bain est déjà un élément comique) avec leurs corps moyens (mais si attendrissants), le bidon, les poils, la dégaine, la... bonhomie...  oui, attendrissants.
Chacun avec ses problèmes de trentenaire/quarantenaire/cinquantenaire : le job, la dépression, la faillite, les (dés)illusions, le manque d'amour, de reconnaissance, d'estime de ses enfants, bref il les cumulent, ils les accumulent, les merdouilles du quotidien (mais je suis quasiment certain qu'en prenant, au hasard, un échantillon de sept spécimens mâles dans la salle -qui était ma foi fort bien remplie, il semblerait que le film a très bien démarré et j'en suis heureux pour son réalisateur, Gilles Lellouche, dont je m'aperçois que je n'ai pas encore parlé*- on arriverait peu ou prou au même échantillonnage de cabossages et d'emmerdes divers(es)), et -je termine ma phrase- ce "créneau" d'entraînement est aussi pour chacun d'eux prétexte à un moment d'échanges et de partage, en un "effet de meute" qui me ravit (j'adore être spectateur du laisser-aller des mecs entre eux)...
Il s'agit aussi d'un feel good movie (et dieu sait si vraiment j'adore ça) et donc on sait on devine on se dit depuis le début que, quelques calamiteuses que soient leurs prestations aquatiques, malgré les cachetons, les engueulades, les brimades, ils vont -bien sûr- la gagner, cette fichue médaille...
Avec l'aide de leurs deux entraîneuses successives (aussi épatantes l'une que l'autre, Virgine Efira en ex-championne alcoolique anonyme qui leur lit du Verlaine aux entraînements et Leila Bekhti en version féminine de l'adjudant de Full métal jacket en chaise à roulettes qui leur hurle dessus en les faisant marcher à la badine).
On aura assisté, parallèlement à la préparation à l'ultime compétition (mmmmh tous ces hommes en maillot venus du monde entier...) à la reconstruction (la réparation) de quelques histoires personnelles, quelques trajectoires individuelles - feel good movie oblige- et ça aussi,(midinet un jour midinet toujours), ça participe à la jubilation générée par le film.
(Et ils la gagnent, au terme d'une séquence superbe où le spectateur est aussi noué qu'eux sont concentrés, une séquence joliment construite -on tremble vraiment avec eux en temps réel- puis finement désamorcée, (on zappe les résultats) puis réamorcée ("On a gagné!"), et suivie par une série de plans "conclusifs" hautement réjouissants, style "la médaille, elle est importante juste pour celui qui la gagne...")
Ce qui fait peut-être le plus plaisir, surtout de la part du réalisateur, c'est ce désamorçage (ce dynamitage) du mythe de la virilité testostéronée et surpuissante, nos super-héros en seraient ici plutôt des sous, sous l'eau, je veux dire bien sûr, mais quel bonheur de les y voir (et au-dessus aussi). Question SSTG**, j'y ai d'ailleurs -malicieusement- plaisir, pas de QV (le film est très pudique là-dessus) mais tout un arsenal de plans qu'on pourrait qualifier d'"homo-érotiques" (odalisquets alanguis en sauna, chorégraphies aquatiques sous-marines à hauteur de maillots...) délicieux.
Le film est siglé "grand-public" et c'est une encore meilleure chose de valoriser ces monsieurs tout le monde capables de ganer et de s'illustrer à la face du monde -et en tire fierté- par ce qui est défini -Zaccaï ici joue le candide beauf beauf surbeauf, l'"observateur moyen"- comme un "sport de tafioles, de tarlouzes, de gonzesses"... Allez les gars!
Un film ultra-réjouissant, donc, une excellente surprise revigorante de ce début d'automne.

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(j'aime beaucoup les deux affiches)



* Gilles Lellouche, je l'ai d'abord beaucoup aimé comme acteur (il m'avait beaucoup impressionné dans Ne le dis à personne), viril viril, quoi,  les mâchoires, les muscles, les poils, la barbe de trois jours, limite bourrinus bourrinans en tant que spécimen, qui par la suite m'a un peu déçu en enchaînant des films qui ne m'attiraient pas forcément (et que je ne suis pas allé voir) ; en tant que réalisateur, je n'ai pas voulu voir Les Infidèles, le film qu'il a co-réalisé à seize mains, pour suspicion de relents homophobes, mais celui-là, allez savoir pourquoi, je voulais vraiment m'y plonger... Et j'ai bien fait! Et me voilà réconcilié avec ce Gilles-là...

** : Sous-sous-texte gay

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