films et bouquins
mardi 15 janvier 2019

camus

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LA TENDRE INDIFFÉRENCE DU MONDE
de Adikhan Yerzhanov

Un plaisir de revoir ce film kazakh, déjà beaucoup aimé à Besac, cette fois en galante compagnie (entre Catherine et Manue), avec Claude W. juste à côté. Non que ça donne très envie d'aller vivre en Kazakhie (je sais je sais on ne dit pas comme ça, mais moi je préfère ainsi) où la corruption semble être aussi naturelle que l'air respiré, où les vieux hommes sont gros riches et corrompus et les jeunes pauvres un peu moins gros (quoique) et corruptibles (pour résumer grosso modo) et les femmes je ne vous en parle pas tellement leur situation n'est pas enviable.
Le constat du réalisateur est sans appel, et le film aurait être juste saumâtre par le récit qu'il fait s'il n'avait pas eu l'excellente idée de le transformer en magnifique objet de cinéma. Je pensais qu'il s'agissait d'un premier film (mais c'en est en réalité un second, le premier The Owners, ayant été présenté subrepticement à Cannes en 2014) vu le plaisir évident que prend le réalisateur à, justement, "faire du cinéma"... Soin apporté au cadrage et à la composition, et surtout exagération des effets sonores qu'on entend régulièrement surgir avec précision  ici ou là dans la salle (et donc presque comme détachés du film), dosage des effets (comiques), choix et utilisation des couleurs (ah la robe et les chaussures rouges de Sultanat), bref tout concourt à nous ravir.

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lundi 14 janvier 2019

on en parle ou on n'en parle pas ?

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L'HOMME FIDELE
de Louis Garrel

J'adore être surpris par un film. Surpris en bien, bien sûr. Un film dont on n'attendait rien, ou dont on attendait peu (ou prou), un film qu'on n'avait pas très envie de voir, à côté duquel on serait peut-être passé si le hasard n'avait pas fait en sorte que. Un film de (et avec) Louis Garrel, qu'on aima d'abord beaucoup par le passé puis qui, comme pour tant d'autres (on n'est pas le seul dans ce cas) nous agaça (enfin, commença de nous agacer), un film avec deux actrices pour lesquelles on ne ressentait pas une folle attraction (Mesdemoiselles Casta et Depp), bref un film pour lequel on aurait pu avoir envie de passer son tour.
Et puis non, finalement.
Et qu'est-ce qu'on a bien fait... Dès la première scène (pourtant juste un dialogue en champ/contrechamp classique, mais avec des échelles de plan différentes) on s'émeut : oh oh qu'est-ce que c'est bien filmé! Et ça ne fait que commencer.
On savait (on a lu l'interview de LG dans les Zinrocks) que l'argument du scénario -co signé par Louis G. et Jean-Claude Carrière- provient de La seconde surprise de l'amour, de Marivaux. Et donc on n'est pas surpris que, d'une certaine façon, le début du film marivaude. Mais marivaude à sa façon, en soufflant le chaud et le froid, entre les presques larmes et le demi-sourire. Le narrateur nous apprend par voix-off interposée que la femme qu'il aime et chez qui il habite vient de lui apprendre qu'elle était enceinte de son meilleur ami et qu'elle allait d'ailleurs l'épouser.
Et puis bing! premier virage : disparition d'un des personnages (qu'on n'a d'ailleurs encore jamais vu, mais dont on a beaucoup parlé) et voilà que l'intrigue bifurque sans prévenir vers une hitchcockerie plutôt plaisante, mais qu'on pourrait dire saupoudrée de Raul Ruiz (je ne sais pas trop pourquoi j'associe, justement, Laetitia Casta à Raul Ruiz) lors d'un deuxième acte où apparaît un personnage d'enfant, oui, ruizien, qu'aurait pu jouer Melvil Poupaud il y a quelques dizaines d'années, qui manipule la fiction et la tirerait du côté de Soupçons, tandis que les deux voix-off déjà présentes (la veuve, Laetitia/Marianne et l'éconduit, Louis/Abel) sont rejointes par une troisième qu'on n'avait pas forcément vue venir dans l'histoire (mais dont on savait qu'elle allait bien finir par arriver parce qu'on avait bien lu les noms en haut de l'affiche), celle de Lily-Rose/Eve, la belle-fille (c'est vrai que cette demoiselle a un visage étrangement beau, et mbellement étrange à la fois), et que se met en place le tango triangulaire du troisième acte, où l'on naviguerait cette fois du côté de chez Rohmer (on serait même en haute-(roh)mer) voire (ça c'est dit chez certains crtiiques) Woody Allen. (c'est vrai que les deux sont aussi bavards).
Avec toujours cette même réjouissante façon de filmer, à la fois précise et désinvolte, que je me laisserais même aller à qualifier de brillante, si si! Et ces réjouissantes voix-off qui commentent l'action et la commentent, chacun(e) à sa sauce.
De l'amour et du désir, du désir et de ses ambiguités (ou de ses paradoxes), du mensonge utilisé comme médicament (poison ou antidote) (et de l'humour comme poil à gratter -Loulou/Droopy excelle dans le genre, et on est -agréablement- surpris que Laetitia et Liily-Rose montrent des dispositions dans ce domaine), des adultes qui jouent comme des enfants (et un personnage d'enfant traité comme un adulte), tout ça dessine une Carte du Tendre plutôt plaisante et spirituelle.
Bravo Louis G., pour cette excellente première surprise de 2019.

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dimanche 13 janvier 2019

cigales aux nombres premiers

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VOYAGE A YOSHINO
de Naomi Kawase

On y allait comme sur la pointe des pieds. La bande-annonce semblait pompeuse, les échos de ceux qui l'avaient déjà vu n'étaient pas hyper-enthousiaste, mais bon, on y alla, à Yoshino.
Ca commence magnifiquement (on est bien tous d'accord là-dessus, Naomi Kawase est très forte pour filmer la nature, ici, en l'occurence la forêt (et, donc, les arbres, et ça tombe bien parce qu'il se trouve que justement, j'adore les arbres).
Mais, dans cette forêt (et, donc, entre ces arbres) voilà qu'elle y installe un certain nombre de personnages, dont les quatre plus importants pourraient constituer une sorte de carré magique : Gaku, une grand-mère aveugle, Tomo, un garde-forestier (interprété par Masatoshi Nagase, qu'on a pas mal vu ces derniers temps : Vers la lumière, Paterson, Les délices de Tokyo), Rin, un mystérieux jeune homme blessé, ... et Jeanne (interprétée par une Juliette Binoche que je ne regarde plus tout à fait de la même façon depuis ses incarnations successives dans Un beau soleil intérieur, et surtout dans High Life), qui vient compliquer le récit sylvestre déjà pas simple, à la recherche à la fois d'une plante rarissime et miraculeuse et du souvenir de son amour défunt.
Oui, le début est magnifique, et je me disais alors que les critiques étaient bien méchants et insensibles et au coeur sec et tout ça, lorsque les choses ont commencé un peu à s'emberlificoter (grosso-modo à partir du moment où Jeanne/Binoche revient à Yoshino -mais pourquoi donc l'avait-elle quitté ?-) et que le récit, déjàs simple, se complexifie encore davantage.
La plante que Binoche recherche et qui ne lâche ses spores que tous les mille ans s'appelle vision. Elle est en quelque sorte le mcguffin de cette histoire d'amour et de mort, (voire de résurrection), qui mêle aussi le passé et le présent, l'orient et l'occident, et culmine dans un final que j'ai malheureusement loupé (un instant hélas de cette chère somnolence qui m'est devenue habituelle) mais dont le peu que j'ai vu m'a paru aussi épique qu'incompréhensible (d'ailleurs à la sortie de la salle chacun des spectateurs (nous y étions quatre) y allait de ses interprétations de ses questionnements et autres supputations...)
Le hasard avait voulu que nous projetassions (? est-ce la bonne conjugaison ?) ce film la même semaine que Sophia Antipolis, de Virgil Vernier, qui lui non plus n'y va pas avec le dos de la cuillère dans l'abscons... Les voir tous les deux à un jour d'intervalle c'est le (double) dépaysement assuré... (et le grattage de tête en se posant des questions sur le sens de telle scène ou de tel détail).
Hervé m'a lu le lendemain au téléphone la "critique" de Pozitif qui était un simple et méchant dézinguage juste pour le plaisir de dézinguer (et c'est vrai que je reconnais que, parfois, l'exercice peut-être plaisant pour celui/celle qui s'y livre) mais je trouve ça vraiment -osons le mot- dégueulasse et excessif pour un vaillant petit film qui n'a finalement que le défaut d'être un peu trop ésotérique, alors que, lyrique, il sait l'être, magnifiquement. (Comme c'est souvent le cas  chez Kawase)

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samedi 12 janvier 2019

juste avant la fin du monde

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SOPHIA ANTIPOLIS
de Virgil Vernier

Ah. (Perplexe).
Je ne savais rien du film ou presque (les critiques utilisées pour  la plaquette restaient étrangement vagues et sibyllines). Eh bien c'est exactement ça : le film m'est resté étrangement vague et sibyllin (d'ailleurs si au générique il est fait mention de réalisation il ne me semble pas avoir aperçu le terme de scénario).
Bon j'ai appris tout d'abord que Sophia Antipolis n'est pas le nom d'une dame (je sais, je sais, je peux parfois être extrêmement benêt) mais celui d'une technopole (c'est wikipédioche qui m'en informe et m'a donné le mot exact). Un espace urbain nouveau (comme pouvit lêtre La Défense pour Buffet froid). Et c'est donc là, dans cet espace que je ne réussis pas vraiment à appréhender,  que se passe le film. (Mais bon il y a tout de même dans le film une demoiselle qui porte le prénom de Sophia, parce que, justement, elle y est née, dans cette technopole.)
Voilà pour ce qui est des certitudes. Après les choses deviennent beaucoup plus problématiques. Il est tout d'abord question d'une série de jeunes filles qui veulent subir des opérations de chirurgie esthétique (se faire refaire les seins, c'est ce qu'elles veulent toutes), puis, on passe à autre chose,  d'une jeune veuve et de son fils. Puis de deux vigiles black (un grand, l'ancien, et un petit, le nouveau) qui au cours d'une ronde nocturne (la première pour le nouveau) trouvent, notamment, une plume de paon (après avoir chassé un couple de jeunes venus se réfugier là) puis d'un genre de secte où un genre de gourou hypnotise les gens  puis d'une salle de boxe, puis de ce qui pourrait être une choérgraphie contemporaine mais se révèle être une séance d'entraînement pour les membres d'une milice, puis de la fin d'un repas où on partage un très bon gâteau, puis etc. Et ainsi de suite.
On est très désarçonné pendant un grand moment (enfin, moi). Comme si la caméra était une mouche qui bzzz voletait de ci de là et nous retransmettait ce qu'elle enregistre. Des scènes s'enchaînent, au départ sans grand rapport entre elles, et c'est sur la durée que le film commence à faire un peu sens. On repère des visages déjà vus dans une scène précédente. parfois un enchaînement de scènes est "logique" (mais souvent non ça n'a rien à voir). Parfois la voix-off explicite quelque chose (mais souvent non plus ça n'a pas grand-chose à voir).
Un objet étrange, qui échappe à la logique (j'étais un peu étonné lorsque j'ai lu le synopsis du film : ah bon ? ça parlait de ça ?). un peu comme des lasagnes : une couche de fiction, une couche de documentaire, un chouïa de mysticisme, deux doigts de mystère, une louche de violence, une pincée d'envolée lyrique... Pour raconter quoi, on ne le sait pas trop, mais la façon dont c'est fait rend incontestablement la chose intéressante. Même si frustrante, d'une certaine façon.
Bref, si je suis sorti de là hier soir un peu agacé, il me reste ce matin (après coup, donc) une sensation bien plus agréable.

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jeudi 10 janvier 2019

castes à nerfs

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MONSIEUR
de Rohena Gera

Un très joli film pour (bien) commencer cette nouvelle année cinématographique (que je vous souhaite d'ailleurs bonne et heureuse, riche en découvertes et chiche en déceptions...), un cocktail assez plaisamment dosé (1/3 d'Inde, 1/3 d'amour, 1/3 de constat social, ajoutez un trait de citronnade et servez bien frais) et un film auquel je souhaite le même succès que The Lunchbox (avec qui il présente d'ailleurs quelques similitudes).
Il est question de Rana, un jeune veuve qui a quitté son village (dans lequel, eu égard de son statut de veuve précoce, elle n'avait plus aucun avenir envisageable) et a été envoyée à la ville (Bombay) pour y travailler comme servante dans une famille plutôt aisée. Plus exactement elle a été chez Ashwin, un jeune homme seul et tristounet, au début du film, juste après un mariage annulé à la dernière minute.
Rana est aux petits soins pour lui, mais rêve d'autre chose pour elle-même : elle veut prendre des cours de couture car elle voudrait devenir créatrice de mode (fashion designer).
Dès le début ou presque on sait ce qui va se nouer (se tisser, pour rester dans les métaphores de saris et de couture) entre ces deux-là. La vaillante jeune fille pauvre mais pleine de projets et le jeune homme riche et triste à la recherche de l'âme soeur. On voit ça gros comme une maison, voui voui. Mais la réalisatrice traite son argument de roman-photo avec une telle élégance qu'on se laisse volontiers emporter au fil de cette romance soyeuse.
Le film prend son temps, s'étire en échanges de regards et en frôlements, dans une progression millimétrique des manifestations amoureuses où ne manquerait que la musique de Michael Galasso pour In the mood for love. Mais la réalisatrice ne s'est pas juste cantonnée à une histoire d'amour (que, je le redis on serait en droit de trouver parfaitement irréaliste -mais en même temps délicieusement idéaliste-), à travers le (beau) personnage de Rana, elle n'hésite pas à convoquer un contexte social précis dont elle ne manque pas de souligner les problèmes (sociétaux) récurrents : poids écrasant des traditions de la famille, des castes, des hommes, statut des femmes, des veuves, difficultés de l'émancipation, mais, encore une fois, avec une  attention délicate, toujours en équilibre sur le fil de son récit qu'un mouvement brusque suffirait à faire basculer.
Oui, Monsieur (Sir, plus significatif, en version originale) est un modèle de retenue (surtout pour un film indien : ramassé dans sa durée, sobre dans sa forme -à peine une bollywooderie le temps d'un trajet en deux-roues (sans le moindre ballet en vue)-, chatoyant dans ses  costumes (India, quand même!), et efficace dans son propos...) et réussit sans effort à nous intéresser jusqu'au bout.
Sans en faire des tonnes.
Oui, vraiment, un joli film réussi,  qui ouvre avec panache la liste des films de 2019.

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dimanche 30 décembre 2018

je peux conduire

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WILDLIFE
de Paul Danno

J'ai vu seulement qu'il  avait droit à deux pages dans le Libé du jour, et le nom de Paul Danno (le réalisateur) m'a remis en mémoire l'adolescent mutique de Little Miss Sunshine... Je ne savais rien du film à part deux lignes de résumé et j'ai donc été agréablement surpris par cette reconstitution soignée d'une amérique des sixties à travers l'histoire d'une famille (juste après celle de Kore-Eda, justement, c'était le jour!) -maman, papa, fiston- racontée par le fiston (d'après un roman de Richard Ford, Une saison ardente, c'est d'ailleurs le sous-titre du film).
Le papa c'est Jake Gyllenhaal et la maman je savais que je connaissais son visage et une petite lumière a clignoté dans ma tête au bout d'un moment et une petite voix a chuchuté mais mais mais c'est peut-être Carey Mulligan, mais je n'en étais pas complètement sûr, et au générique de fin, bingo! c'est le premier nom qui apparaît). Et le fiston, un adolescent au visage poupin, est interprété par Ed Oxenbould (qui -merci allocinoche- tenait un des deux rôles principaux du plutôt flippant The Visit, mais semble avoir  déjà par ailleurs malgré son jeune âge une carrière longue comme le bras).
La famille chez Kore-Eda était recomposée, celle-ci est en voie de décomposition. Dans les premières scènes c'est vraiment la représentation de la famille parfaite américain vintage qu'on voit sur les vieilles pubs (comme je les adore) où tout le monde est souriant, les tables bien garnies, les bagnoles formidables, les maisons magnifiques, bref où elle est trop belle l'américan way of life.
Et plus le film progresse plus cette image initiale se lézarde se fissure se désagrège sous les yeux de ce jeune homme qui voit, en même temps prendre fin son enfance.
Les acteurs sont magnifiques.

(et comme pour le film de Kore-Eda, mine de rien  du temps a passé, des agapes -et des libations- aussi, et ce post s'est interrompu là pendant trop longtemps pour que je l'y reprenne... Sachez juste tout le grand bien que j'en pense...)

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samedi 29 décembre 2018

croquettes

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UNE AFFAIRE DE FAMILLE
de Hirokazu Kore-Eda

Le voilà enfin ce dernier film de Kore-Eda (dont je pense, oui oui, que j'ai vu tous les films) qui a obtenu la Pale d'or à Cannes 2018. Une (belle) histoire de famille dont on apprend assez viste qu'elle n'est pas aussi ordinaire qu'elle n'en donne tout d'abord l'air. On croirait qu'il y a là un papa, une maman, une grand-mère, une fille aînée, un benjamin, mais non non les choses sont en réalité beaucoup plus compliquées. Et le deviennent encore un petit peu plus lorsqu'ils recueillent, un soir d'hiver, la fillette d'un couple de voisins, dont on comprend qu'elle est une enfant battue...
La "famille" vit dans une drôle de petite maison biscornue, bizarrement épargnée au milieu des immeubles, comme faite de bric et de broc, et on va, au cours de la première partie du film, la voir à l'oeuvre, principalement  occupée à chaparder de la nourriture dans les magasins (et c'est une petite entreprise visiblement bien rôdée) pour ses repas, au jour le jour.
Chacun(e) à sa place, chacun(e) à sa tâche, sauf la petite Yuri, la dernière arrivée, qui, dans un premier temps ne fait que les accompagner, les observer. Et va trouver la sienne, au fil de cette première partie attentive (attentionnée) où les choses se mettent en place à leur rythme, où des réponses sont données à certaines questions que se pose le spectateur, mais à d'autres non (ça donne du grain à moudre pour les discussions après la séance dans le hall du cinéma.)
C'est plaisant, les choses semblent tellement simples, le déroulement tellement facile, fluide, que je me suis dit que tout allait presque "trop bien" (je suis un assidu de Kore-Eda et aucun de sesfilms n'est jamais uniquement et simplement joyeux) que le film ne pouvait pas continuer comme ça puisqu'il n'y avait pratiquement aucun enjeu dramatique,,,
Et paf! Ca finit par arriver, une petite chose, qui en entraïne une autre, puis une autre, qui va venir chambouler (bouleverser) cette "organisation familiale" bien rôdée, au cours d'une seconde partie où la "société" (et les services sociaux) viennent pointer leur museau fouineur et réprobateur dans ce terrier qui ne leur semble ni normal ni normé...
Et c'est là que le film prend vraiment toute sa force.
Et sa belle amertume.

(et voilà mine de rien, le temps a passé et je n'ai pas retouché ce post et je vous le livre donc tel quel, en précisant qu'il fera partie du Festival Téléramuche, et donc visible dans le bôô cinéma à la mi-janvier et que je retournerai d'ailleurs le voir et voilà...)

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dimanche 23 décembre 2018

canne-épée

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LES LARMES DU CLOWN
de  Victor Sjöström

Un ciné-concert au théâtre (une fois ici n'est pas coutume). Un film de Victor Sjöström (qui là, au générique, s'appelle Seastrom), qui a eu récemment les honneurs d'un autre ciné-concert à Besac pour un aautre de ses films, Le vent. Un film de 1924 dont le titre original est He who gets slapped ("celui qui reçoit des gifles") et dont le personnage-titre est interprété par Lon Chaney ("l'homme au mille visages").
Un bon drame de derrière les fagots avec un scientifique  spolié du résultat de ses travaux par un baron sans scrupules à cause d'une femme perfide qui survit au déshonneur en se déguisant en clown qui reçoit des gifles, jusqu'à ce que le baron réapparaisse un soir dans le public du cinéma et que les choses aillent de mal en pis. A la fin,il meurt en scène dans les bras de la femme qu'il aime (mais qui ne l'aime pas) en lui disant qu'il meur heureux. Et Yop la boum...
Le film est ciné-concertisé en live par Gaël Mevel, Jacques Di Donato et  Thierry Waziniak  (un clarinettiste, un pianise/bandoneoniste et un batteur) qui ont composé une éémouvante partition. Belle et triste. Comme le film.
Le bandonéon de la scène finale tirerait des larmes à une pierre. Le film s'achève, et les trois musiciens continuent encore un peu de jouer, prenant le temps pour s'arrêter, jusqu'à l'expiration, jusqu'au silence.
"C'est beau mais c'est triste..."

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l'affiche originale

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le ciné-concert (pas chez nous)

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la fin du film

 

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samedi 22 décembre 2018

cric rouge

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THE HOUSE THAT JACK BUILT
de Lars Von Trier

J'y suis finalement allé ce dimanche soir, après beaucoup d'hésitations... J'avais peur d'avoir peur, mais ce ne fut pas le cas. Ce fut autre chose. Des scènes insupportables par contre, le film n'en manqua pas. Qu'est-ce qu'une scène insupportable ? Ce n'est pas une scène gore, c'est pire que ça. C'est une scène malsaine, dégueulasse, inexcusable, injustifiable... je continuerai la liste des qualificatifs...) Lars von Trier sait très bien faire ça sans qu'on puisse précisément dire ce qui relève du goût de la provoc ou bien du sens du marketing.
Pour simplifier, ce film est à l'acte de tuer ce que Nymphomaniac était à celui de jouir. Dans sa structure, d'abord : Jack raconte son histoire à un auditeur qui la commente. L'histoire en question est divisée en chapitres (ici nommés "incidents"), chaque épisode étant "agrémenté"  de considérations annexes à visée plus ou moins pédagogique. Joe était une baiseuse, Jack est un tueur.
Pour les quelques qui l'ignoreraient, Jack est un serial killer ("Mr Sophistication"), de femmes principalement. Mais on n'est ni dans Le Voyeur (que je n'aime pas trop) ni dans Henry portrait d'un serial killer (que j'aime encore moins), on est... ailleurs. On n'est pas non plus dans American Psycho, ni dans The killer inside me, autres tristes histoires d'aussi tristes tueurs que je n'ai pas voulu(s) voir, les histoires de tueurs à la chaîne n'étant pas, en prinicipe, ma tasse de thé... On est chez LVT. Et donc il nous accommode ça à sa sauce. Mi-visionnaire et mi-fouille-merde. Mi répugnante et mi-fascinante.
Techniquement, le film est impressionnant de maîtrise (si Jack fait de chacun de ses crimes une référence à l'Art, Larsounet fait la même chose, par la façon dont il les filme) et place le spectateur (moi dans le cas précis) dans une position plutôt inconfortable (j'ai d'ailleurs beaucoup gigoté pendant les deux heures et demie que dure le film), un peu comme le faisait Haneke dans le malsain -et c'est rien de le dire- Funny Games, que je n'ai jamais vu et que je me suis juré de ne jamais voir... J'étais à la fois exaspéré et sidéré.
On a parlé de morale et d'éthique, de politiquement incorrect et de dépasser les bornes, mais ça fait sacrément du bien de se dire que tout ça n'est que du cinéma. (Ouf!). Un personnage abject commet des actes qui le sont tout autant, mais la façon dont le réalisateur le traite (les traite, le personnage et ses actes) produit en même temps, ce double effet de sidération mais aussi de mise à distance.
Matt Dillon est au centre du dispositif (il en a fait du chemin le petit, depuis Rumble Fish), épaulé par Bruno Ganz (que pendant longtemps on ne fera qu'entendre -il en a fait du chemin lui aussi, depuis L'Ami Américain...- ô ma jeunesse enfuie!) et une série de femmes (les victimes) au sein (! je n'ai pas fait exprès, vous comprendrez si vous allez voir le film) desquelles Uma Thurman est créditée au générique (mais que je n'ai pas -techniquement- reconnue), traitées -c'est le propre du serail killer comme des objets (du bétail, et c'est là que le film fait le plus mal, est le plus nauséabond). Le prédateur et ses proies (ou, comme il est expliqué dans le film, le tigre et ses moutons). Et, pour aller jusqu'au bout, le réalisateur et ses spectateurs.
Il me semble (à chaud) que c'est un des films les plus cohérents de LVT (qui, -merci allocinoche- boucle la boucle et revient au thème de son premier film Element of crime (1984, ô ma jeunesse enfuie, re) qui m'avait - en son temps-  pas mal bluffé aussi.)
Le film est très intelligemment construit, au début oui oui, il m'est même arrivé de ricanasser, puis de sourire, mais un peu moins, puis plus du tout. Les éléments sont de plus en plus barrés : le cric, le nettoyage, la chasse en famille, le nouveau petit porte-monnaie, la balle full metal jacket, sans oublier bien sur, l'épilogue, qui en serait le toit, l'aboutissement, le couronnement. Car le film se construit sous nos yeux comme cette maison dont parle le titre (et qui finira aussi par être construite, in extremis, sous nos yeux ébahis).
La fin (à partir de la chambre froide) est une folie furieuse, une bonne grosse omelette danoise, d'abord glacée puis brûlante, et je dois dire que j'ai trouvé ça tout aussi frappé que frappant.
Oui, on est aux enfers, bon sang mais c'est bien sûr, et Bruno Ganz s'appelle Verge parce que Virgile, et le tableau de Delacroix minutieusement reconstitué est La barque de Dante, et la figuration infernale est celle de Gustave Doré, et le paradis c'est celui des faucheurs, venu de l'enfance du tueur et seulement vu par la fenêtre ("mais là nous n'y avons pas accès...") Accès, excès,  facile de faire le saut (comme les coq-à-l'âne pédagogiques de LVT). Et de l'excès au too much. Et ainsi de suite, jusqu'à la chute finale -somme toute logique- ("c'est la chute finaaaale groupons-nous et de demaiiiiiiiin..."). Et c'est une autre chanson, guillerette, comme un pied-de-nez final, qui suit, Hit the road, Jack... qui fait comme un sas rigolard (désinvolte) et permet de revenir au réel et de quitter la salle dans un état à peu près normal.
A peu près normal, j'ai dit, oui.
(mais je pense que si j'avais été une femme je l'aurais forcément beaucoup plus mal pris, et je n'aurais pas pû m'empêcher d'écrire une lettre au réalisateur pour lui dire des choses désagréables...)
Mais bon, je le redis, ça n'est qu'un film...

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l'affiche

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le tableau de Delacroix

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... et sa reproduction

 

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vendredi 14 décembre 2018

ne me secouez pas...

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AMANDA
de Mikhael Hers

Oh oh me voilà bien embêté...
J'y suis allé cet après-midi avec Catherine et Marie et voilà qu'à ma grande surprise j'en suis sorti avec l'oeil tout à fait sec, alors qu'elles deux pas. Pourtant d'un réalisateur que j'aime beaucoup, une histoire de deuil, des acteurs excellents (Vincent Lacoste et la petite Isaure Multrier) et, si j'ai suivi le film sans en perdre une miette (on est toujours intéressé par le beau travail sensible de Mikhael Hers), je ne me suis pas ennuyé (la preuve, je n'ai pas fermé l'oeil), mais bon je n'ai pas versé une larme.
(Ca m'interroge).
Peut-être le sujet m'est-il trop étranger (ou peut-être me suis-je inconsciemment protégé, ou mis à distance) toujours est-il que l'histoire de ce jeune homme obligé, après un concours de circonstances parfaitement terrible, de s'occuper de sa jeune nièce, ne m'a pas passionné  (bouleversé) plus que ça. En parallèle ce jeune homme entame une relation avec une jeune fille (Stacy Martin, que je n'ai identifiée qu'au générique de fin, après l'avoir confondue pendant tout le film pour Vimala Pons dont je ne parvenais pas non plus à retrouver le nom, c'est peut-être ça qui m'a chiffonné pendant tout ce temps) elle-aussi victime du même attentat que celui qui a coûté la vie à la soeur du jeune homme (et maman de la petite Amanda), relation pas simple à mettre en place, (c'est d'ailleurs une des  seules scènes qui m'a vraiment ému, le moment où il rentre chez lui et écoute le message téléphonique qu'elle lui a laissé -sur une très jolie musique, Pale saints si j'en crois que le générique-), et, pour couronner le tout, il a aussi des problèmes avec sa mère, qu'il n'a pas connu et s'est sauvée en Angleterre à sa naissance, qui lui envoie des lettres qu'il jette à la poubelle, et qu'il va finit par rencontrer dans un parc à Londres (le film s'achève à Wimbledon devant un match de tennis que j'ai trouvé un peu  lourdement métaphorique...)
Je l'ai déjà dit et re-dit la famille est pour moi une terra incognita, et là je suis comme qui dirait resté malheureusement à la porte de la maison. j'aime toujours autant la façon de filmer de Mikhel Hers, sa petite musique, mais là, allez savoir pourquoi, je suis resté à des kilomètres, comme dans ces vues aériennes de vues qu'il affectionne. Le plus embêtant, c'est que je n'ai rien de précis à lui reprocher, à ce film. j'vais envie d'être bouleversé, comme mes voisines, et je ne l'ai pas été. Déçu dêtre déçu, en somme (ne s'en prendre qu'à soi).
Une rencontre ratée, sans doute de ma faute.

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