films et bouquins
mardi 7 juillet 2020

petite musique de nuit

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GHOST TROPIC
de Bas Devos

Toute une nuit... c'était déjà, il y a longtemps, un (beau) film nocturne et belge, signé  Chantal Akerman. Un film fiévreux et estival, dont allocinoche ne sait même plus la date de sortie, c'est dire. Un film choral, une nuit d'été en ville belge (que je reverrais bien d'ailleurs, tiens...)
Ici on est bien encore à Bruxelles, il y fait bel et bien nuit, mais c'est l'hiver. L'héroïne se prénomme Khadija, elle est femme de ménage, elle a une petite  voix (délicieuse), et la caméra la cueille à la fin de sa journée de travail, quand elle se prépare pour rentrer chez elle... Puis la suit lorsqu'elle prend le métro (et ne la lâchera d'ailleurs pratiquement plus jusqu'à la fin...)
Khadija s'est endormie, et voilà qu'elle est allée jusqu'au terminus, et c'est là qu'elle se réveille, au bout de la nuit, et la voilà bien obligée de se débrouiller pour rentrer chez elle par ses propres moyens... et le film donc l'accompagne, de rue en rue, de rencontre en rencontre (on en croise des gens la nuit dans la rue...) et on est heureux de leur emboîter le pas.
Le film, qui commence tout de même par un plan parfaitement immobile de plusieurs minutes qui pourrait en décourager certain(e)s (j'ai, à ce moment-là, pensé au mot exigeant : un film exigeant) se fait ensuite  plus aisé, plus mobile, sur les pas de Khadija, tout près d'elle, parfois la précédant et d'autres la suivant... Plus sinueux aussi, et d'autant plus attachant, entre réalisme social et presque fantastique urbain. Un conte de faits. Et une très jolie déambulation nocturne, frileuse, mélancolique juste ce qu'il faut, avec des lumières joliment chiadées, (j'ai un gros faible pour les lumières des villes la nuit dans les films), une  musiquette assez minimaliste parfaitement adaptée, à la rencontre de chaque fragment d'humanité qui y déambule (et qui croisera la route de Khadija, vieille dame très digne marchant vaillamment dans son odyssée nocturne.)
Un film poétique et humaniste dont les ingrédients restes pourtant toujours très simples (un gardien, un sdf, un chien, un jeune afghan, un groupe d'adolescents, des infirmières...) mais mis en lumière d'une certaine façon, qui contribuent chacun à sa façon à structurer le récit, enluminés façon chanson de gestes (mais qui serait juste murmurée), une comptine enfantine qui parlerait légèrement de choses graves...
Que dire d'autre ? Juste que c'est le genre de film que j'adore (et que j'aimerais voir les autres films de Bas Devos, mais ça a l'air d'être mission impossible, dommage...) Une vraie réussite.

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samedi 4 juillet 2020

unas cervezitas

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LE COLOCATAIRE (UN RUBIO)
de Marco Berger

Celui-là, Optimale (le distributeur) nous l'avait gentiment accordé, très en avant-première, pour notre désormais mort-née Semaine Latino 9. Le cocovirus en a décidé autrement, la sortie du film a été décalée au 1er juillet, et voilà que non seulement Optimale nous le repropose en sortie nationale mais que l'exploitant le programme en "film A" (plus de 20 séances pour la semaine...). J'y suis donc allé (et c'était en plus mon "retour" dans le bôô cinéma) pour la première séance, mercredi à 15h40, escomptant, par ce beau temps, une séance privée mais non, nous y fûmes deux...
J'ai déjà dit, à maintes reprises, tout le bien que je pense de Marco Berger, et ce depuis son premier film, Plan B (2010), et j'ai d'ailleurs vu tous ses films, même (et surtout) ceux sortis directement en vidéo (Hawai, Sexual tension : volatil, et Taekwondo), et même ses premiers courts, chopés sur Y*utube (Una última voluntad, El reloj)... Je peux dire que je possède donc assez bien le sujet...
Marco Berger est argentin et gay, et ses films sont à cette image duelle : il y est à chaque fois question de deux hommes entre lesquels va se nouer quelque chose (amour, amitié, va savoir...) bref un rapprochement (avec un grand D comme désir). Oui, Marco Berger est un cinéaste du désir (comme, on dirait avec la voix de Frédéric Miterrand, "Franck Capra est le cinéaste du bonheur..."). Bref le jeu du chat et du chat (il n'y a plus de souris ou bien elle est très périphérique à la narration), deux matous qui se tournent autour et semblent avoir envie d'aller goûter dans la gamelle du voisin. En tout bien tout honneur (j'en avais fait le leitmotiv d'un précédent post sur un autre film du même). En général, chaque film se cristallise autour d'une montée progressive dudit désir, portée jusqu'à l'incandescence, jusqu'à un happy-end où les deux finissent par concrétiser, juste à la fin du film, et s'envoient -enfin- joyeusement en l'air (en hors-champ) et hop!

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Il y a aussi -surtout- la façon de filmer les corps masculins qui me ravit : Marco Berger fait ça à merveille, d'une caméra aimablement voyeuse en nous gratifiant régulièrement de gros plans "subjectifs" sur les beautés cachées (à peine) de ses protagonistes (ah, les jeunes gens qui dorment dans le même lit, ETBTH*, dans Plan B) en slip, en maillot de bain, en caleçon, en jean, en jogging, et ces plans récurrents (et muets) sont comme des petites ampoules qui clignotent, complices, sur la guirlande du récit... On sait donc à quoi, peu ou prou, s'attendre, quand on va voir un film de Marco Berger (et on sait ce qu'on espère / on a envie d'y voir).
Et voilà que dans ce Colocataire (le titre français n'est pas très affriolant) -à chaque fois je pense à coloscopie, par exemple- il change -légèrement- la donne : deux hommes, certes, un brun (Juan) et un blond (Gabriel, dit Gabo) qui partagent un grand appartement, le brun est un queutard plutôt désinhibé (il reçoit régulièrement ses copines), le blond est père d'une fillette qui vit loin chez sa grand-mère et qu'il va voir régulièrement le week-end, hétéro macho 1 et hétéro macho 2, donc,a priori. L'un parle beaucoup et l'autre très peu, et pourtant ce qui devait arriver arrive, regards, frôlements, mouvements d'approche, plus proche, encore plus encore et bam,  les voilà qui s'ébattent, mais, mais mais, on est à un tiers du film seulement, alors que d'habitude c'est "ça" qui le conclut...
D'habitude, il n'est question que du désir (et c'est justement ça que j'adore), tout ce qui se passe dans la tête avant, tandis que la concrétisation, le passage à l'acte, ce n'est visiblement pas ce qui intéresse le plus le réalisateur, qui préfère allumer des mèches à combustion lente et observer de près comment le feu se met aux poudres. Que va-t-il donc se passer après ?
Pour la première fois, dans un film de Marco Berger on va voir... la suite! Ce qu'i se passe entre les points de suspension. La vie de couple, donc, si on veut (ils sont amants et ils habitent ensemble) de "presque" couple puisqu'elle n'existe qu'entre les murs de l'appartement. Et que lorsqu'ils sont seuls, ce qui n'arrive pas souvent. Entre les ex-copines de Juan, les potes qui défilent, les moments d'intimité sont rares (même si le désir pointe régulièrement le bout de son museau), surtout que Juan se comporte un peu comme un ado, égoïste et capricieux (mais tous ceux qui passent dans le salon, à se vautrer devant la télé en buvant des bières des matés ou en bouffant des pizzas se comportent aussi comme des ados, et l'omniprésence de la télé en off (matches de foot, séries, films), en rajoute encore dans ce sens.)
Juan et Gabo vont faire l'expérience de la vie de couple, hauts et bas, espoirs et déceptions, et leur relation évolue, tangue,  de l'amour il y en a, c'est sûr,  mais pas toujours quand on voudrait, comme on voudrait (un problème de synchronicité) ce qui rend les choses de plus en plus... délicates et compliquées (d'autant plus que Gabo est quasiment mutique et n'extériorise rien ou presque de ce qu'il ressent.) "Dans un couple, il y en a toujours un qui souffre et un qui s'ennuie..." Et l'autre phrase, c'était quoi, déjà ? Ah oui "Aimer c'est vouloir donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas..." Pile-poil!
Le récit (et le montage du film, assuré aussi par le réalisateur) souffle le chaud et le froid, comme la relation entre les deux hommes, et j'aime cette chronologie heurtée et pourtant rectiligne, ces ellipses, ces trous d'air, ces embrasements... et Berger boucle là une belle chronique sensible sur cette histoire d'amour, qui m'a finalement beaucoup touché (même s'il ne s'y passe rien de vraiment inimaginable, c'est la vie, quoi, oui, juste c'est comme la vie) aidé par  la qualité de l'interprétation des deux acteurs principaux (Gaston Re et Alfonso Baron) et  la force que leur conviction donne à leurs personnages (ils ont d'ailleurs tous les deux co-produit le film...)
Si le relatif désenchantement de cette vie de couple est indiscutable, il est pondéré par des petites touches d'optimisme, de la tendresse, des scènes douces, de la complicité (même si on est en droit de trouver in fine inacceptable la lâcheté d'un des deux -j'ai bien sûr pensé alors au délicat Maurice de James Ivory...). Le film laisse un goût (un peu) plus amer que les autres de Marco Berger (juste parce qu'il a le courage -les couilles ?- d'aller plus loin dans la topographie d'une histoire amoureuse), mais il est incontestablement aussi fort...
Et vaut cent fois mieux que ne voudrait le laisser croire la critique proprement dégueulasse que j'en ai lue dans Libé (et qui méritait presque le désabonnement).

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(je préfère l'affiche originale à l'affiche française...)

 

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mardi 30 juin 2020

il était un foie...

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UN FILS
de Mehdi M. Barsaoui

Le retour au "vrai" cinéma ne s'est pas fait dans le bôô d'ici comme je l'avais supposé mais très loin, dans un autre (très) beau cinéma, le Rex à Nogent-le-Rotrou, avec Dominique et Malou. Premier point positif : on peut se garer juste devant (et c'est bien parce que, un peu à cause de moi on était ric-rac pile à l'heure). On a mis nos masques (obligatoires) on a payé nos places (6,80€) et on est entré dans la salle, qui était entièrement vide. (On s'est installés serrés en plein milieu).
Un film que j'aurais pu voir en avant-première quand le monsieur du Festival Lumières d'Afrique était venu le présenter dans le bôô cinéma justement, quelques mois auparavant (mais je n'avais pas pu).
Un film dense et triste ("Mais avec quand même un happy-end..." avait rajouté Malou) qui démarre avec un jeune couple (une joyeuse petite famille plus exactement, papa, maman, fiston) en voiture qui chante à tue-tête et rigole joyeusement en choeur sur la route de Tataouine, on pressent qu'il va arriver quelque chose, et le quelque chose de terrible se produit : une embuscade de terroristes (?) dans laquelle le fiston est gravement blessé...
On le conduit à l'hôpital où les ennuis vont commencer vraiment...
C'est la seule chose que je pourrais reprocher au réalisateur, c'est qu'il a voulu un peu trop en mettre, sur les problèmes de la Tunisie aujourd'hui, à travers ce couple qu'on trouvait au début si joli et si joyeux (et si insouciant), sur lequel vont dégringoler à peu près toutes les misères du monde... paternité, religion, poids des traditions, trafic d'organes, guerre, et bim et bim et bim comme on dit par chez nous "ça tombe comme à Gravelotte..." et c'est le papa (joué par un excellent Sami Bouajila qui y a d'ailleurs gagné un Prix d'Interprétation à Venise) qui est au centre de la tourmente... Et il va avoir fort à faire pour que le film finisse bien. Mais comme il est très fort il va y arriver...
Malou, Dominique et moi  étions tous trois attentifs, concentrés, tenus en haleine, et personne n'a fermé le moindre oeil pendant le film, ce qui est plutôt bon signe...
Un très bon premier film, qui va nous donner envie d'attendre le suivant de Mehdi M. Marsaoui...

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vendredi 19 juin 2020

greta ou bien

(C-EFF5)

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SLOW MACHINE
de Joe Denardo & Paul Felten

Tôt ce matin, ce long-métrage américain en compét' (aussi court que le film colombien de l'autre jour). Un film indie, avec deux réalisateurs aux manettes, ça ne peut pas ne pas faire penser aux (désormais) très chers frèrots Safdie (j'avais eu un peu de mal avec leurs premiers films). Un film finalement très sundancien, avec pour héroïne Stéphanie,  une demoiselle blonde (une actrice) dont cette chère Greta Gerwig aurait pu jouer le personnage, mais dont la copine (alerte rouge alerte rouge film indépendant et rebelle) est vraiment jouée par cette très chère aussi Chloé Sevigny...
Un film à la temporalité tourmentée (les indications de temps sont aussi utiles que celles, de, me semble-t-il Un chien andalou de Bunuel).
Un film parlant.
Très parlant (je n'ai pas dit bavard, hein!), où ce qui se dit est aussi important (si ce n'est pas davantage, d'ailleurs) que ce qui s'y fait. Se qui s'y joue.
New-York, Brooklyn, lofts, parties, terrasses, les scènes se suivent, les pages tournent (il est d'ailleurs, dans une très jolie scène de Chloé S., question de pages de scénario), les interprétations s'enchaînent, vrai faux réalité fiction vraisemblance  quelle importance ?
Même si rien de (très) nouveau sous le soleil de la fiction new-yorkaise et des films "avec Greta Gerwig mais sans Greta Gerwig" (mais avec Chloé Sevigny, j'ai regardé ça jusqu'au bout avec plaisir tellement j'ai trouvé que ça sonnait juste dans sa simplicité et/ou complexité narrative...
Racontez, racontez, il en restera toujours quelque chose...

 

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jeudi 18 juin 2020

combats

(C-EFF4)

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GREVE OU CREVE
de Jonathan Rescignio

Toujours d'aussi bonnes découvertes dans ce festival champs-élyséen(s). décidément les choix de Sophie Dulac et de son équipe, pour l'instant, côtoient le sans-faute. Un documentaire (premier film me semble-t-il) à cheval sur deux époques (mais ça n'apparaîtra que progressivement au spectateur -surtout celui qui, comme moi, a voulu aborder les choses avec candeur et ne rien lire dessus avant-).
Dans une ville qui n'est jamais nommée (mais, après, je me suis renseigné et j'ai appris qu'il s'agissait de Forbach) seront évoquées en premier lieu des grèves et manifestations de mineurs qui (les images l'attestent) furent violentes mais avec une certaine élégance formelle et nocturne (et sonore, la ponctuation émotionnelle sera, à plusieurs reprises, sonore). Avant que la caméra ne se transporte (et nous avec) dans une salle de boxe, où des jeunes boxeurs s'entraînent sous la férule d'une entraîneur fort en gueule (mais qu'on soupçonnera vite, et à juste raison, d'avoir un coeur gros comme ça), on va suivre deux de ces jeunes gens sur une fête foraine (une très jolie scène), puis on passera (si ma mémoire est bonne) à un troisème fil narratif : un couple dont le mari, bonne pâte,  a eu un accident (de travail) à la main, mais que son patron a convaincu de faire passer ça en accident du travail ("pour arranger les choses") , et que sa femme pousse à réagir...
Et le film, avec toujours beaucoup d'élégance, va suivre ses trois fils, ses trois univers où il serait, à chaque fois, question de combat, construisant avec soin le passage de l'un à l'autre la transition le chevauchement le passage de relais  (et, je ne sais pas pourquoi, mais une des scènes, celle où  les deux jeunes rebeus (assis sur un terril ?) discutent dans la pénombre montante tout en étant assaillis par les moustiques, a beaucoup résonné en moi... N'aurait-elle pas, auparavant, fait l'objet d'un court-métrage, que j'aurais pu voir à Clermont, par exemple ?*)
En tout cas j'ai passé un sacré beau moment (même si je ne suis pas, d'ordinaire, un acharné des films dits "de boxe"), peut-être parce que, justement, ici, c'est plus l'action de combattre qui est importante, plus que l'issue du match (et la façon dont le réalisateur laisse en suspens, justement, l'issue du combat en cours est à cet égard significative).
J'ai vraiment beaucoup beaucoup aimé ça...

* j'ai eu beaucoup chercher, gougler, je n'ai pas retrouvé la trace de ce film, précisément, mais juste la certitude que le réalisateur est un artiste extrêmement préoccupé par ce sujet, puisqu'il en a déjà fait plusieurs autres (voir les traces ici) qui en parlent.

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mercredi 17 juin 2020

t-shirts de contrebande

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LOS CONTACTOS
de Camilo Restrepo

(C-EFF3)

Un (court, 1h10) long-métrage venu de Colombie. Prix du Meilleur premier film à la Berlinale 2020. Au départ (je n'avais lu aucun résumé ni quoi que ce soit d'approchant) on est un peu désorienté (pas un mot ne sera prononcé pendant les onze premières minutes). il fait très sombre, une main qui tient un révolver, un coup de feu, un gros plan sur le trou d'une balle dans une chemise blanche, enchainé avec l'orifice d'une moto dans laquelle on met de l'essence, une main qui ramasse une pierre, le bruit de l'impact, une série de plans brefs qui s'enchaînent, entre minimalisme et expressionnisme, dans ce qu'on ressent comme un polar stylisé, un récit que son dépouillement rend quasiment expérimental, dont le héros est un jeune homme barbu et chevelu (la main qui a tiré, qui a lancé la pierre, c'est lui) tout en noir, qui va soudain se mettre à parler, à nous parler, à nous raconter son histoire, (sans qu'on comprenne tout de suite vraiment le rapport avec tout ce qu'on vient de voir...)
Le film nous confirme ce que nous ont déjà dit d'autres films en provenance du même pays : wow, la Colombie, ça craint!
il y a tout un pan quasi documentaire dans le récit du jeune homme barbu et chevelu : "Comment survivre en Colombie ?". Imprimer des t-shirts de contrebande en sérigraphie, du tissu d'ameublement "typique", récupérer du cuivre dans les fils éléctriques, en faire des bobines pour la revente...
Puis l'histoire se complexifie dans la mesure ol'histoire que le jeune homme racontait (et les personnages qu'il évoquait) devient l'histoire qui nous est racontée à l'écran, on revoit des événements, on en comprend mieux certains (et d'autres pas forcément) et le récit glisse vers l'allégorique (le métaphysique) où le jeune homme en noir rencontre un autre jeune homme lui tout en balnc (joué, d'ailleurs, on l'apprend au générique) par le réalisateur) , le récit à nouveau se duplique quand ils échangent leurs vêtements (Dieu ? Diable ?) et qu'on voit à nouveau les événements du début, à nouveau sous un nouvel éclairage (on est un peu perdu) à nouveau le même flingue à crosse gravée "ceci est ma vie"...
En tout cas une expérience sensorielle plutôt forte (la preuve, on pardonne les à-peu-près techniques, surtout au niveau de la lumière (et de l'éclairage et/ou de la colorimétrie) qui restera instable pendant tout le film) . Comment dit-on Bresson en colombien ? (j'y ai pensé plusieurs fois, surtout au début, surtout au Bresson de l'Argent, mais finalement il ne serait pas très loin non plus celui du Diable probablement...)
Violence, épure, punkitude, ésotérisme, encore un film de mecs (finalement suite logique après le Jusqu'à l'os de Betbeder vu hier) dont il est intéressant de suivre le générique de fin en entier.

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lundi 15 juin 2020

char à voile

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JUSQU'A L'OS
de Sébastien Betbeder

(C-EFF2)
Continuons avec le festival... Un court-métrage (30') présenté hors-compète, dans la section Musique & Cinéma. A juste titre, puisque centré autour de Usé (Nicolas Belvalette) vrai musicien (que j'avais déjà repéré, notamment avec son Slow avec un flic), dont un journaliste pigiste au Courrier Picard (joué par le toujours intéressant Thomas Scimeca) est censé faire le portrait (le film démarre sur ladite interview devant des moules-frites.)
Le duo va vite sortir du sillon habituel de l'interview, (ne pas oublier qu'on est chez l'ami Betbeder, qui ne cesse de me ravir depuis le magnifique 2 automnes, 3 hivers, avec, tiens donc Vincent Macaigne), les deux hommes  (curieusement physiquement proches, c'est drôle, le même pif les mêmes cheveux raidasses déclinés en deux version, blond et brun) vont vite sympathiser et partir en crabe dans les rues d'Amiens (et l'histoire aussi, comme d'hab' chez Sébastien B., remember ses zozos en voyage au Groenland, aller, retour, et encore davantage, avec, tiens, d'ailleurs déjà le même Thomas Scimeca -déjà repéré dans le grandiose Apnée de Jean-Christophe Meurisse-). A une certaine (et attendrissante) gaucherie initiale (le film à l'allumage) va succéder une tout aussi attachante balade (dérive) faussement touristique genre "Amiens comme vous ne l'avez jamais vu"
Et comme hier dans le film de Guillaume Brac, le duo va devenir trio, suite à une abracadabrantesque histoire de cierge et de voeu (dans la cathédrale d'Amiens, justement) et hop!  voilà Jojo (Jonathan Capdevielle) qui entre à son tour en piste (et en scène).
C'est bien entendu Usé qui a fait la musique du film (et on le verra d'ailleurs en scène plusieurs fois, dont un mémorable duo avec Jonathan Capdevielle).
Un film de mec(s) d'accord, mais avec toujours, en filigrane, le beau visage de Rebecca (Alma Jodorowski), grâce à qui, d'une certaine façon, tout ça a pu arriver...
Un peu barré,  un peu punk, un peu instable, le film prouve une nouvelle fois que Sébastien excelle dans l'art de nous chatouiller et de nous grattouiller là où ça fait du bien. Orléans ? Char à voile ?  Atypique ? Excentrique ? On en redemande en tout cas...

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Jojo, Usé, Thomas

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samedi 13 juin 2020

canyoning

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A L'ABORDAGE!
de Guillaume Brac

(C-EFF1)

Je ne savais pas que c'était Sophie Dulac qui organisait le Champs-Elysées Film Festival -, du 9 au 16 juin, il suffit de s'inscrire- (ce festival je le connaissais de nom, mais je ne suis pas sûr d'y avoir déjà assisté... début juin, c'était "trop tôt" quand je travaillais encore, et, ensuite, je ne suis plus allé à Paris donc c'était mort) Et voilà que cette année malgré les conditions actuelles plutôt mortifères pour le cinéma "en vrai", cette chère Sophie D. décide non seulement de le maintenir, mais de le dématérialiser, et, encore mieux, de donner la possibilité aux spectateurs de voir les films gratuitement (dans la limite des places disponibles), et , des places, il y en avait 500 pour la séance de 18h du nouveau film de Guillaume Brac (je me suis pointé à la séance à 18h30 mais j'ai quand même pu voir le film...)
Guillaume Brac, j'y suis venu grâce à Vincent Macaigne il y a une dizaine d'années (Le Naufragé (2009), Un Monde sans femmes (2011) Tonnerre (2013)) puis j'ai continué d'embarquer même sans Vincent M., tellement j'ai aimé aimé la petite musique de Guillaume Brac , et je suis allé voir le diptyque Contes de Juillet / L'île au trésor (dont le titre de ce film-ci semble une suite logique.) qu'on, d'ailleurs aussi programmés.
Je reprend donc ici ce jour mes chroniques-ciné (l'avant-dernière, n° 049, date du 29 février!), et je suis très très très content de le faire avec ce film... On est en terrain connu : filles et garçons, marivaudages estivaux, manoeuvres d'approche, confusion des sentiments, on ne manquera pas d'évoquer l'ombre tutélaire de Tonton Eric (Rohmer)... Mais Guillaume Brac fait bien mieux que du Rohmer, il fait du Guillaume Brac. Et j'aime beaucoup ça.
Trois garçons  : Félix, Chérif, et Edouard (dit "Chaton"). Félix décide de rejoindre à l'improviste Alma qui vient de partir en vacances dans le sud (et qu'il vient juste de rencontrer), il part avec son pote Chérif, et ils se font co-voiturer par Edouard, qui a emprunté la voiture de sa maman. Et nous voilà partis avec cet aimable trio, dans un climat gentiment un peu tendu au départ (fils de banlieue vs fils à maman), et voilà qu'à l'arrivée, les choses pour chacun des garçons, ne vont pas vraiment se passer comme prévu, soucis divers de mécanique automobile, et de mécanique humaine tout autant. Et donc, réparations envisageables.
Je n'en dirai pas plus sur l'intrigue, juste que c'est (justement!) très juste, très simple, et donc, très touchant. Dans la description, fine,  des personnages, et la mise en place des fils  (et donc des noeuds) de la trame qui va servir de base au tissage des relations "compliquées" (mais pas tant que ça) de ces  garçons et de ces filles (c'est un univers très hétéronormé mais je ne m'en formalise pas, au contraire, tellement cette mécanique cinématographique est agréable et apaisante, comme un peu de biafine sur une peau rougie, en été justement).Un film de "jeunres gens"...
Hésitations, atermoiements, tergiversations revirements (il me semble avoir déjà écrit ça quelque part) entre le camping, la rivière, et (surtout) le bar avec son karaoké fait-maison et bon enfant (une très jolie scène presque finale), mais toujours sur un mode plutôt léger. Estival. (Et c'est rohmérien de le dire, hihi). On a perdu Vincent M. mais on a gagné trois zigotos tout aussi attachants...
Merci au C-EFF, Merci à Sophie Dulac!
(sur allocinoche il est dit que le film sortira prochainement)

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Edouard, Félix et Chérif (avant le départ)

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lundi 16 mars 2020

dernier concert

Lundi dernier, (j'ai l'impression que c'était il y a des mois) , nous sommes allés, avec Manue, à La Rodia, pour voir le concert des Tindersticks, dont on avait craint d'abord qu'il ne soit annulé, mais non nous avait dit la demoiselle à la caisse, à ce moment-là, on n'interdisait que les manifestations publiques de plus de 1000 personnes.
En arrivant, on a croisé plusieurs personnes qui repartaient, on s'est inquiété, mais non fausse alerte. Le concert avait bien lieu. Le public au bar nous a bien semblé un peu clairsemé, on était en avance, on a pris le temps de boire une bière, ça a sonné pour annoncer le début du concert, on a bu encore un peu nos bières, jusqu'à la sonnerie suivante où on s'est enfin décidé (je ne savais même pas qui assurait la première partie.)
Billet scanné, talon déchiré, et ensuite, surprise, pas l'habituel tampon sur le poignet mais un joli bracelet rose comme dans les festivals (la demoiselle a expliqué à Manue que l'usage du tampon avait été suspendu, cocovirus oblige, et nous a précisé que "le concert était déjà commencé, et qu'elle nous souhaitait une bonne soirée...").
Et à l'intérieur, surprise : ils avaient installé des chaises! Oui, toute la partie basse était emplie de chaises bien alignées, de ces chaises merdiques qui font assez vite mal au dos et au cul, toutes bien rangées, et chacune avec un cul de gens posé dessus... Tous assis bien sagement... Mais c'est là qu'ils étaient, les gens, ils le savaient eux qu'il y aurait des chaises, on les avait prévenus, et ils étaient venu s'y installer...
Heureusement, ils ont construit une petite estrade, au fond de la salle (sous le balcon), et, par chance, on était pratiquement les premiers à s'y installer, assis au bord : on avait la place pour étendre ses jambes, on était pile-poil au milieu (à droite de la sono), bref la vue était parfaite, et on s'est donc installé là, en faisant attention de ne pas renverser nos bières...
C'téait déjà commencé, la première partie je veux dire, il y avait au milieu de la scène un monsieur assis derrière une impressionnante batterie, un monsieur qui chantait, et qui avait une pédale d'effets pour re-enregistrer et re-diffuser ce qu'il chantait, un monsieur accompagné d'un autre monsieur qui jouait qui du violon qui de la scie musicale. J'ai appris par la suite que le monsieur s'appelle Thomas Belhom, qu'il est un batteur talentueux, et a d'ailleurs bossé avec les Tindersticks dans les années 2000. Il joue trente minutes et puis s'en va. La scie musicale est un instrument inhabituel, on va dire, et dont je ne suis pas particulièrement friand. "C'est intéressant..." a conclu Manue au rallumage des lumières avant de retourner chercher des bières (on était tellement bien installés que je n'ai même pas voulu me lever pour aller faire pipi, de peur de perdre ma place, d'autant plus qu'était venu s'installer à côté de moi un charmant nounours solide et barbu avec lequel j'ai même osé engager la conversation le temps que Manue revienne avec les cervoises...)
On a aussi discuté un peu avec le grand Christophe (qu'on voit à peu près à tous les concerts) pendant que les roadies s'activaient sur scène. A 21h et quelques, les lumières s'éteignent enfin  (on en avait quelques rampes juste au dessus de nos têtes), la musique d'ambiance s'arrête (le public fait "aaaaah") et les musiciens entrent sur scène, sous les applaudissements, Manue me regarde en sourient et me chuchote "bon voyage...", tandis que le chanteur (Stuart Staples) commence à susurrer au micro, et j'ai les larmes aux yeux...
Et c'est parti pour une heure trente de musique élégante, romantique, précieuse, classieuse (Manue a dit à la fin qu'elle avait trouvé ça délicieux...), un concert dont je ne connaissais aucun des morceaux (ils ont surtout joué leur dernier album No treasure but hope) à part la chanson Willow -du générique du dernier film de Claire Denis, et que je ne connaissais que chantée par Robert Pattinson- un concert qui fut (tout le monde était unanime à la sortie) un enchantement.
On pouvait sentir dans la salle un certain recueillement, une ferveur, comme si les spectateurs communiaient dans le fait de vivre ce qu'on ne savait pas encore être le dernier concert avant la fin du monde avant longtemps. Les morceaux se succédaient, alternant les humeurs du très doux au -oui oui il y en eut- plus rock (je me souviendrai longtemps du petit guitariste barbu, en fond de scène, qui grattait comme un malade pendant les morceaux en question), sans aucune perte d'énergie, sans aucune faute de goût, rien à jeter tout était juste parfait (bon c'est vrai, il faut le reconnaître que la voix de Stuart Staples est un élément prépondérant de la magie que génère le groupe sur scène...)
Chaque morceau était applaudi avec enthousiasme (mon gentil voisin était visiblement aux anges, ce qui redoublait encore le mien) et on a savouré  ça avec gourmandise, jusqu'au rappel (tout le monde s'était levé et applaudissait à tout rompre pour le réclamer) pour lequel on s'est rassis le temps de deux morceaux.
Pendant tout ce temps, on n'a fait que prendre du plaisir, on ne pensait plus ni cocovirus ni confinement ni contamination (d'ailleurs on était même plutôt rapprochés, bien loin du mètre préconisé dans ce cgenre de situation). Bref c'était du bonheur ce dernier concert
(et jusqu'à quand hein?)
Encore merci à Manue pour ce merveilleux cadeau de Noël!

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vendredi 13 mars 2020

tonie & didier

tonie-marshall

Tonie Marshall, déjà, d'abord, c'était la fille de Micheline Presle.
Je l'ai d'abord connue actrice, dans les années quatre-vingt, dans les très aimés films de chez Diagonale : d'abord le -pour moi- mythique QUI TROP EMBRASSE, de Jacques Davila, en 1986, puis, la même année, le touchant BEAU TEMPS MAIS ORAGEUX EN FIN DE JOURNEE, de Gérard Frot-Coutaz, puis, en 1989, toujours Diagonale, LE CHAMPIGNON DES CARPATHES, de Jean-Claude Biette, et encore Jacques Davila, en 1990 pour LA CAMPAGNE DE CICERON...
Puis ce fut la découverte de Tonie Marshall réalisatrice, avec le sympathique PENTIMENTO (1989, avec Antoine de Caunes), puis l'intriguant PAS TRES CATHOLIQUE (1994, avec la grande Anémone en détective) avant l'emblématique (et très réussi) VENUS BEAUTE INSTITUT, (1999, Nathalie Baye Audrey tautout et Mathilde Seigner, et un casting en béton armé -et fémisinissime- coté clientes) qui lui valut quatre César (et le statut particulier d'unique réalisatrice récompensée dans ladite cérémonie, hihi)
J'ai toujours eu beaucoup de sympathie pour cette dame.
Elle est morte hier, "des suites d'une longue maladie"...

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Hier aussi, et lui aussi "des suites d'une longue maladie" est décédé Didier Bezace, acteur de théâtre, habitué des seconds rôles au cinéma (LES VOLEURS d'André Téchiné, CA IRA MIEUX DEMAIN, puis C'EST LE BOUQUET de Jeanne Labrune, ) mais surtout cher à mon coeur cinéphile pour sa solide -et très juste- prestation dans le magnifique L.627 de Bertrand Tavernier...

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