dimanche 15 novembre
anniversaire
L'IMAGINARIUM DU DOCTEUR PARNASSUS
de Terry Gilliam
Un film dont ne peut pas ne pas savoir, en le voyant, qu'il n'est pas tout à fait ce qu'il aurait du être. Et pourtant, en l'état, qui vous laisse coi. (Vous n'êtes pas sans savoir que j'ai l'enthousiasme facile, mais bon, là, je suis encore une fois bouche-bée.)
Avec Terry, c'est une longue histoire (pas d'amour mais presque), avec des films que je porte dans mon coeur (FisherKing en première place, mais, pas loin derrière, Brazil, Munchausen, Bandits bandits), et d'autres pas vus (Tideland) ou moins aimés (Las Vegas parano, L'armée des 12 singes), voire oubliés (Les Frères Grimm). Il fait, de droit, partie des réalisateurs dits "que j'aime beaucoup".
Chez Terry Gilliam, la thématique est en général assez simple et basique : le Bien d'un côté, et le Mal de l'autre, qui se bouffent le nez, chacun essayant de piquer sa place à l'autre. Les riches et les pauvres. Les méchants, les gentils. Ca c'est le squelette narratif, qu'il va recouvrir avec plein de trucs et de machins qui vont nous faire faire oooh et aaah. Qu'il va enjoliver, enluminer. Donc, ici, qui s'affronte ?
Le Diable ? Soit ; ici, il est joué par Tom Waits, et il a pas l'air si méchant que ça , a priori (mais bon, faut toujours se méfier avec ce gugus-là). Et le gentil en face de lui ? Le Docteur Parnassus du titre (Christopher Plummer), un immortel devenu mortel et père d'une demoiselle qui va fêter ses seize ans, et à qui il doit avouer justement ce jour-là, (celui de son anniversaire), qu'il l'a perdue en pariant (et en perdant) contre le diable, qui vient justement pour récupérer son bien... On craindrait presque la bondieuserie, non ? D'autant plus qu'entre les deux (on ne saura finalement que très tard de quel côté il penche) se dresse Tony, un amnésique (boni)menteur sauvé de la pendaison, (joué par Heath Ledger), qui pourrait bien figurer un St Michel archange, non ? ou mieux, un St Georges terrassant le dragon (aurais-je trop fumé d'encens et bu de vin de messe ?) Le combat, donc, est épique.
Comme je l'ai dit plus haut, vous ne pouvez pas ne pas savoir que le jeune homme en question est mort d'un excès médicamenteux en plein milieu du tournage, ce qui laissait -une fois de plus- notre ami Terry G. un peu dans la panade. Mais bon, il a l'habitude des catastrophes, hein, et il n'a eu qu'a faire un peu phosphorer ses méninges (et celles du/des scénaristes(s) ?) pour réussir à finir le film avec une belle idée : remplacer Tony par des alter egi ( ?) chaque fois que celui-ci passe de l'autre côté du miroir (oui, oui, c'est le miroir qui ouvre la porte sur l'Imaginarium du titre), qu'il demandera à des amis du défunt de jouer (et quels amis! Johnny Depp, Jude Law, et Colinchou Farrel!).
On le sait, Terry Gilliam (euh, tiens, comme Jean-Pierre Jeunet ?) a une certaine tendresse pour les gueux, les déshérités, les laissés-pour-compte, les saltimbanques, les hors-système, (et les personnes de petite taille, aussi!) et la petite troupe de ce vieil alcoolo de Docteur Parnassus est un peu tout cela, qui essaie de survivre, traînant le long des rues sa petite carriole miteuse en apparence mais qui sait offrir à celui/celle qui osera traverser le miroir des trésors insoupçonnés. En face d'eux ? Des fêtards du samedi soir, des bourgeasses de la cinquième avenue, des mafieux russes d'opérette, qui vont successivement offrir leurs âmes qui à dieu qui à diable (j'enlève les majuscules, sinon je vais avoir l'impression de réécrire la bible...)
Chez Terry Gilliam, on sait, encore, la collision/collusion entre le Moyen-Age et l'aujourd'hui, des temps héroïques contre les temps modernes, de l'imagination contre la réalité (le réalisme ?), bref de l'illusion contre les certitudes. Et cette alternative est ici doublement présente, d'abord par le passage du miroir, comme (af)franchissement du réel, ensuite par le choix qui s'offre au "joueur", entre les deux possibilités offertes par les deux maîtres de jeu, le Diable et Parnassus. Et, même si c'est (presque comme toujours) joué d'avance, plastiquement, il s'en passe de belles, de l'autre côté du miroir... Car l'affontement "immémorial" entre les deux forces est prétexte à tout une inventivité qui relève directement du monde onirique /cauchemardesque.
Bon, tout cela doit vous sembler un peu confus, comme le film lui aussi peut l'être parfois (il y a des moments où on s'embrouille un peu dans l'histoire, mais tant pis, hein, on est chez Gilliam, et le souffle romanesco/épique nous gonfle suffisamment les voiles du cerveau pour qu'on accepte les quelques faibesses longueurs et mou-du-genoueries passagères dont souffre parfois le scénario. Les scènes dans l'Imaginarium sont suffisamment chiadées pour emporter l'adhésion (tiens, les Inrockchounets et Libé ne semblent pas du tout aussi enthousiastes que moi -mais je ne suis qu'un benêt provincial- et en seraient presque au coude à coude du pinçage de nez au-dessus de la poubelle...) et faire passer au spectateur un sacré bon moment de cinoche (même si -trois fois hélas-) en VF dans le bôô cinéma.

(je pense que le titre du film est un des plus invendables de l'histoire du cinéma, mais bon...)
mercredi 11 novembre
porte-clés
LIVERPOOL
de Lisandro Alonso
Les Inrockchounets parlaient me semble-t-il de "cinéma courageux", cela me paraît être un pudique et optimiste euphémisme... C'est du cinéma pointu pointu, du cinéma raidos, du cinéma pas aimable (quel est le contraire de aimable ?) du pur et dur, du sec sec... Après un générique comme j'aime (lettres rouges sur fond noir, avec une belle guitare électrique nerveuse... tiens comme Los bastardos), nous voici à bord d'un bateau, à partager un peu du quotidien (minimal et répétitif) de Farrel, un marin mutique (c'est lui le héros).
Farrel profite d'une escale à Ushuaïa (c'est -est-il besoin de le préciser- à l'ultime bout de la Patagonie) pour demander deux jours -et aller voir sa vieille mère- à pied. Il marchera beaucoup, donc, dans la neige de plus en plus présente (et omni-), il arrivera, il séjournera, et il repartira.
C'est un euphémisme (encore! , je dois avoir besoin de douceur -stylistique s'entend-...) de dire que le film n'est pas bavard. Il en deviendrait presque autiste (quant à Farrel, quant à son retour, quant à son départ, quant à sa famille (sa fille ? sa soeur ?)...) tant le réalisateur en dit le moins possible (et encore moins si cela pouvait se faire.)
Il ne reste donc qu'à regarder, essayer de deviner, se reconstituer sa propre histoire, s'introduire un peu de force dans ce récit, et plaf! quand les lumières se rallument, se sentir un peu sonné, groggy, exténué peut-être par tant de rigueur formelle (la neige est cinégénique, c'est bien connu) mais un peu agacé de s'être senti autant mis à l'écart de toute cette histoire...
Un film incontestablement froid.
samedi 07 novembre
"vous m'aimez, alors ?"
LES HERBES FOLLES
d'Alain Resnais
Celui-là, j'en avais vraiment très envie. Je ne sais pas pourquoi. (Je gardais de Coeurs un souvenir mitigé). Peut-être le nom de Christian Gailly au générique, à nouveau, peut-être la nonsensique bande-annonce, peut-être l'affiche, vraiment superbe (c'est rare qu'une affiche me fasse comme ça de l'effet, a priori). Toujours est-il que j'y suis allé dès la première séance.
Les herbes folles est un film riche, un film élégant, un film touffu, un film brillant. "Ca, c'est du cinéma!" comme a dit Titi, un ami, en sortant de la salle. A partir d'une histoire simple ("man meets woman"), Alain Resnais nous donne -malicieusement- une vraie belle leçon de cinéma. Il joue, avec les personnages, avec l'histoire, avec les dialogues, avec les effets (qu'il ne ménage pas, d'ailleurs... Ou bien si, au contraire ? voilà que j'en perds mon latin et que je ne sais plus exactement ce que signifie l'expression.), avec la technique, avec les trucs, et avec le spectateur, bien sûr. Jeux de l'être et jeux de maux. Jeux demain...
De le voir juste après le film de Jeunet permet de les mettre quelque peu en perspective : le même André Dussolier (mais qui est ici bien plus dense, bien moins schématique, bref, beaucoup plus intéressant), la même façon de jouer avec la matière même du film (mais à un autre niveau : là où Jeunet rajoute les trucs à son récit, l'enjolive, l'accessoirise en quelque sorte, Resnais s'aventure bien plus loin, en faisant de ces "incidents" la matière même de son récit.)
Les herbes folles du titre sont à la fois celles banales, qu'on trouve partout, ("à la campagne..."), dans les champs, le long des talus, qu'on foule sans y prendre garde, qui sont la naturellement, à leur palce en quelque sorte, mais aussi celles, à la ville, qui croissent entre les interstices, le béton, le bitume, les conventions narratives... et il en faut, de la force et de l'obstination... D'aucuns diraient les mauvaises herbes, mais le réalisateur ne se pose pas ici en jardiner, juste en herboriste. Quand la nature reprend ses droits.
Et la nature de Georges Palet (Dussolier) nous restera bien joliment mystérieuse, comme celle de Marguerite Muir (Azéma), qui vont s'aimer / ne pas s'aimer (observés/commentés par une voix off -Edouard Baer- aussi ironique qu'indispensable) au gré du vent et des cent et quelques minutes de cette histoire, aussi obscure qu'ensoleillée, aussi réaliste qu'ir-, aussi fantaisiste que grave, et qui sèmera sans aucun doute au coeur de chaque spectateur les petites graines des questions non résolues (ou des interprétations multiples) des et si... et des peut-être que..., appelé alors à prendre ses propres petits outils, à se débrouiller tout seul pour cultiver son jardin et séparer le bon grain de l'ivraie.
Un bonheur de jardinage cérébral.

(j'aime énormément cette affiche...)
lundi 02 novembre
contorsionniste
MICMACS A TIRE-LARIGOT
de Jean-Pierre Jeunet
J'hésitais, j'avais envie et en même temps j'hésitais. Et je me suis décidé. Un dimanche soir, (quel benêt), familles, popcorn, coups de pieds dans le siège de devant (moi en l'occurrence) et conversations comme devant la télé. Voilà, j'étais là pour voir un film grand public, un film commercial, un film "facile"...
Bon, il y a une franchise Jeunet (dans les deux sens du terme ?) : la fidélité à une équipe, le fond de commerce (bric-à-brac façon récup'), la façon de raconter une histoire, (avec digressions, coq-à-l'ânes, avatars et autres coquecigrues -ça n'est pas de moi-), le style, entre populaire (diront certains) et populiste (rétorqueront d'autres -et les pincements de nez horrifiés des Inrocks mettant dans le même sac le film de Jugnot, celui avec Dubosc et celui-ci me donnent vraiment envie de leur coller des baffes , à ces esthètes parisiens en escarpins vernis, et de déchirer mon abonnement illico-) et l'esprit de l'entreprise (certains diront fleur-bleue et d'autres franchouillard, encore une fois suivez mon regard) que je qualifierais quant à moi d'espiègle, de canaille, voire, oui, de roublard (il y a quelque chose là dedans pour moi entre Bibi Fricotin et Les Pieds Nickelés), bref, d'enfantin (que certains traduiront naïf et d'autres infantile).
Oui on est dans une bande dessinée, ou, mieux encore, dans un de ces albums animés que mon amie Malou affectionne tout particulièrement. Il y a toujours un truc à pousser, à tirer, à faire tourner, à déplier, une surprise (une trouvaille) pour agrémenter le récit avant de passer à la page suivante. Ben là c'est pareil, et j'aime ça (en tout cas c'est comme ça que je veux le voir.) Je retrouve toujours des bribes de Foutaises (son premier court-métrage, que j'adore) et je me suis amusé, d'un bout à l'autre, j'ai apprécié tous ces personnages, toutes ces tronches (et j'ai même trouvé que - y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis- Dany Boon, oui oui, était vraiment très bien (à l'origine, le rôle avait été écrit pour Jamel Debbouze, qui a mis les voiles au dernier moment...), dans un rôle presque muet,en demi-ton, presque en retrait, profil bas, en quelque sorte.) même si on peut regretter que certains soient juste esquissés, mais on est dans un comic, ne l'oublions pas.
On peut se demander pourquoi le générique est en anglais, pourquoi cette volonté de donner au film une couleur dominante (ici , le jaune), est-ce que l'histoire d'amour était vraiment nécessaire, on se dit que la vision des marchands d'armes est un peu simpliste, que le slogan ("quand les petits s'attaquent aux grands" ) est accrocheur mais bon, on ne va pas chercher la petite bête , hein, (on est en famille, n'est-ce pas ?) d'autant plus qu'on a l'impression que les acteurs s'amusent autant que nous (Jean-Pierre Marielle, notamment, jubile et me fait jubiler). Alors, que demande le peuple ? Popcorn à volonté!
samedi 31 octobre
prévisionnement
YUKI ET NINA
de Nobuhiro Suwa et Hippolyte Girardot
LA DOMINATION MASCULINE
de Patric Jean
SAMSON AND DELILAH
de Warwick Thornton
KERITY
de Dominique Monféry
soi(en)t, successivement : un film franco-japonais (dans tous les sens du terme), un documentaire bien monté (!), une Caméra d'or Cannes 2009 aborigène et, en dessert, une charmante animation livresque.
Très bien tous les quatre (et je ne fus pas le seul à le penser)
Une très belle journée, donc, de prévisonnement...
Je reviendrai sur chacun des films en temps utile...
vendredi 30 octobre
épreuve de pureté par le feu
SITA CHANTE LE BLUES
de Nina Paley
Encore une fois Hervé l'avait dit, et encore une fois il avait raison (pfff il devient agaçant celui-là à deviner comme ça à l'avance ce qui va me plaire). Et comme hélas il ne passe que trois fois dans le bôô cinéma, j'ai du réaliser des prodiges d'emploi du temps pour réussir à aller le voir.
Et j'en sors, avec un sourire large de deux fois une oreille à l'autre. On était quatre dans la salle, tant pis pour les autres. C'est vraiment un petit bijou. (Et pourquoi "petit", d'abord, hein ?). Ok, un bijou tout court. D'abord parce qu'il se démarque singulièrement de toutes les dernières animations 3D récemment vues : si les techniques d'animation de Sita sont multiples, elles se caractérisent par une technique "old fashioned" : papiers découpés, dessins, ombres chinoises alternent dans ce petit théâtre à plat, simple, artisanal, kitsch, exquis (cochez les cases correspondantes), alliant la candeur de l'esprit Bollywood des aventures d'une princesse de légende au... réalisme des aléas sentimentaux -et autobiographiques- d'une demoiselle américaine contemporaine
A chacun des trois niveaux de narration (1) Nina se fait larguer par son mec 2) des jeunes Indiens confrontent leurs souvenirs du Ramayana 3) l'histoire de Ramachounet et de Sitachounette) correspondent une ambiance, une musique et une technique différente (dessin au trait / ombres chinoises / papier découpé) allant du très simple au très kitsch, en passant par le très drôle... D'autant plus que la partie "Rama/Sita" est bâtie autour des chansons d'une certaine Annette Hanshaw (du blues, donc, des années 20, et re-donc d'où le titre), créant a priori un délicieux décalage entre ce qui est chanté et les aventures à l'écran de notre pure et virginale héroïne et de son -finalement- bellâtre bleu...
L'ensemble est vraiment plaisant, le sous-texte du film me plaisait (j'y ai même pour ça envoyé Marie) et, même si certains ont fait la fine bouche devant la "rusticité" parfois de l'animation., moi je me suis régalé. Et enfin un film qui exploite intelligemment les possibilités du dolby (le dernier en date pour moi était L'échelle de jacob), dans la scène de l'intermission (on avait vraiment l'impression que la salle était pleine de gens qui discutaient en se baladant), en temps réel...) Moi, ça m'a tellement plu que j'y suis retourné, à deux jours d'intervalle. Et ça risque bien d'être "mon" film d'animation de l'année!
(pour la petite histoire, savez-vous que la France est le seul pays au monde dans lequel le film soit sorti en salle ? Les ayant-droit d'Annette Hanshaw ayant demandé une somme tellement énorme (l'équivalent du budget du film) pour la diffusion en salles, la réalisatrice a préféré diffuser le film directement sur Internet, vous pouvez d'ailleurs le trouver là...)
lundi 26 octobre
let's dance
FISHTANK
de Andrea Arnold
La demoiselle s'appelle Mia. D'emblée, elle nous est présentée comme pas commode. Bon, elle a des excuses : sa mère est une pouffe, une blondasse qui fume qui picole et se tape des mecs qu'elle ramène à la maison. Cohabitant (vivre serait trop aimable) avec cette mère et sa jeune soeur, au langage fleuri de charretier., Mia passe dans cet appartement comme on traverserait un champ de mines.
Angleterre à terre, petites gens qui flippent, mal dans leur peau, chômage, insultes comme du tout-venant et baise et défonce comme lien social, on connait un peu le tableau (les anglais savent très lucidement se représenter au cinéma, n'est-ce pas messieurs Loach, Frears, Meadows...) Là c'est une dame qui est aux manettes (on avait vu il y a quelques temps son splendide Red Road) mais l'univers reste - désespérément, c'est le cas de le dire- le même. Et gris et moche et fuck et gin, vive la vie made in England!
Mia n'a même pas 16 ans, et sa vie semble déjà toute tracée. Son seul espoir d'avenir, sa seule projection, son seul intérêt c'est danser, danser sur du r'n'b, danser seule et furieusement, en rêvant aux mirages d'une carrière de star. Jusqu'à ce que que débarque à la maison le nouveau petit copain de sa mère, qu'elle va découvrir en même temps que nous, spectateurs ébahis (j'avais sur le coup je l'avoue, un peu la mâchoire qui tombe et la bave aux lèvres, tant ce mec torse poil, descendant nonchalamment l'escalier avec son petit jean ouvert très taille basse sur un petit cul à la cambrure d'enfer et que devant on y voit presque les poils pubiens est filmé amoureusement par la réalisatrice) pour lequel elle va nous jouer le numéro "la haine est l'antichambre de l'amour" (comme on disait quand on était en 6ème) tant il est évident que celui-là non seulement est moins pire que les autres mais qu'il a l'air de vouloir rester, et pourrait quasiment suppléer au père manquant qu'elle n'a visiblement jamais eu.
Voilà Mia donc plus aussi pas commode que par le passé, se surprenant même à esquisser de ci de là un sourire, et quasiment apprivoisée par le jeune homme en question. Ce qui provoque force ricanements chez sa mère et sa frangine. On n'en est alors qu'à vingt minutes de film et donc je ne vais pas tout vous raconter, bien que toute la suite soit assez logique, mais sachez juste que ce n'est pas aussi noir ni violent que j'ai un instant pu le croire. Il y a quelques moments dans le film où l'on a vraiment la trouille au ventre, et quelques autres aussi, à l'opposé, où il pourrait être question de tendresse, de douceur, de chaleur humaine, et n'en sont que plus touchantes.
Andrea Arnold filme tout ça très bien, une caméra proche, un montage plutôt nerveux, avec ce que j'avais déjà beaucoup aimé dans Red Road : des plans de coupe superbes (et sans rapport direct avec le sujet d'ailleurs) des respirations, des parenthèses "naturalistes", des ouvertures donnant au récit (et au spectateur) quelques appels d'air au moment où il en a le plus besoin. Les acteurs sont au diapason. Avec une mention spéciale, il va sans dire, pour la jeune Katie Jarvis ainsi que pour Michael Fassbender (qui nous avait déjà scotchés dans Hunger.) qui ont tous les deux la particularité d'avoir une physionomie variable (tout dépend de la façon dont ils sont filmés, de l'angle de prise de vue : parfois ils sont juste quelconques, et parfois ils sont sublimes) .
samedi 24 octobre
au piano
UN SOIR AU CLUB
de Jean Achache
Dans la catégorie "les belles soirées auxquelles vous n'avez hélas pas assisté et tant pis pour vous", la projection, en avant-première dans le bôô cinéma, du film tiré du roman éponyme de Christian Gailly. En présence du réalisateur et d'une des actrices du film (l'exquise Maryline Canto).
Un moment fort, pour un film qui ne l'est pas moins. Un genre d'ingénieur en on ne sait pas trop quoi (Thierry Hancisse, idoine d'épaisseur et de fragilité, bref, d'humanité) en déplacement à Brest va boire un verre dans un club de jazz avant de reprendre son train de retour pour Paris, où l'attendent sa femme (Maryline Canto, donc) et son fils.
Sauf que le train en question, il ne le prendra pas. Car ce monsieur n'est pas l'ingénieur en on ne sait pas trop quoi que l'on a vu auparavant. Enfin, pas que. L'intervention ,dans le même club d'une chanteuse (Elise Caron, troublante) et d'une bouteille de vodka vont le remettre face à face avec son passé de pianiste de jazz, qu'il abandonna dix ans auparavant, pour cause d'alcoolisme et d'autres affinités.(c'est lui qui le dit). Tiré (sauvé) de là par sa femme, et abonné / adonné depuis à une vie pépère et sans vagues. Et voilà que soudain tout ça refait violemment irruption, et qu'à nouveau sa vie bascule, ou risque de, l'espace d'une nuit.
Lui à Brest, à nouveau au piano et à la vodka, accompagné (puis raccompagné) par la chanteuse en question (avec qui il nouera, bien sûr, des liens plus qu'amicaux), et sa femme là-bas, à Paris, à l'autre bout du téléphone (car ce n'est qu'ainsi qu'ils dialogueront tout au long de cette longue nuit.) La passion et la raison, le hasard et la nécessité, le formatage et l'improvisation, le thème et les variations, le voici à nouveau en déséquilibre, ou plutôt à la recherche d'un ancien équilibre... Il renoue le fil de sa passion passée, et sa femme le sent bien, que les dix ans qui viennent de passer sont soudain comme abolis, qu'à nouveau il va lui échapper.
Alors elle tente à nouveau de se rapprocher, de le protéger (Maryline Canto évoquait, à propos de son personnage, "les femmes qui veulent consoler des hommes inconsolables"), elle part dans la nuit, à sa rencontre. (Elle y sera toujours seule, et c'est vrai, comme le soulignait l'actrice, "que ce n'est pas facile de jouer juste avec un téléphone comme partenaire..."). Ces deux-là ne se rencontreront plus, ou en tout cas pas vraiment de la façon qu'elle aurait pu envisager. Au matin, les choses vont changer...
Il ne semblait pas évident à première vue, que soit restituée l'originalité et la spécificité de l'écriture de Christian Gailly (et des écrivains de chez Minuit d'une façon un peu générale) et pourtant Jean Achache s'est livré à un travail d'appropriation assez sidérant. Un roman est un roman (oui, oui, ce blog ne s'appelle pas Lieux communs pour rien...) et la transposition à l'écran est toujours problématique et cause de simplifications, de modifications, de déceptions, de trahison même parfois. Il n'en est rien ici. Le film respecte le bouquin, dont il a su capter l'esprit, l'essence, (même s'il en modifie le happy end originel) et conserve, par la simplicité et l'acuité de ses images, l'imperceptible distance ironique (et l'incontestable sens rythmique) du phrasé de Christian Gailly (comme a dit mon ami Nicolas "C'est un miracle...").
Et nous étions ce soir, tous doublement heureux, d'y avoir assisté d'abord, et d'avoir ensuite pu le partager avec le réalisateur, l'actrice, mais aussi la distributrice, chez qui on a senti palpiter la même ferveur, la même passion, la même petite musique, oui, au diapason, à l'unisson...
Le film sort le 18 novembre dans les salles, mais une semaine plus tôt en Bretagne, pour cause de services rendus...
mercredi 21 octobre
tout le long le long le long de l'eau...
AU VOLEUR
de Sarah Léonor
Un drôle de premier film (me semble-t-il) quasiment double (ou jumeau) (une version douce de Tropical malady ?) Où dans un premier temps, Guillaume le voleur, (fils de Jacques le voleur repenti), rencontre et séduit (mais il n'a pas grand-chose à faire pour ça, la vérité serait peut-être même qu'il se laisse juste séduire) par Florence la prof d'allemand TZR (non non ce n'est pas une maladie génétique). Des fragments (des échardes, des esquilles) inscrits dans une réalité assez réaliste. Menus trafics, allées et venues, larcins, chapardages, qui vole un oeuf..., billets qui changent de main, et les flics qui rôdent, et un drôle de pépiement d'oiseau en signe d'alerte ou de ralliement.
Et puis, pour une raison assez réaliste (bagnole volée, flics, etc.) voilà ceux-là qui se carapatent, en voiture d'abord (une vraie course-poursuite comme dans les polars) puis, la voiture embourbée, à pied d'abord, en courant, gibier furtif, dans les futaies, les taillis et autres sous-bois, puis les voilà en barque, le long d'une rivière en pleine cambrousse, toujours fuyant(s), dérivant, comme si soudain le récit avait perdu pied, en tout cas le pied qu'il avait plongé dans le réel très réaliste, et, bifurquant, se prenait soudain à flâner. à se laisser porter, ou du moins à partir ailleurs. Bien qu'on sache très bien, dès le début, que cette histoire-là n'est pas forcément vouée à bien se terminer...
On s'embarque avec eux de bon gré, d'autant plus que ce conte est doublement épaulé, par une nature superbement filmée autant que par une bande-son, aussi étrange qu'originale (trop, peut-être ? semblait s'interroger mon ami Jacky lors du générique de fin...). Où l'on verrait même, à un moment, passer comme une réminiscence du Dead man de Jim Jarmusch.
Guillaume D. fait son Guillaume (enfin, reste au diapason des personnages joués dans ses ultimes films, Versailles et autres Inséparables...) et le fait excellemment, comme d'habitude, mais j'avoue que, ce film-là, j'avais envie de le voir surtout pour la merveilleuse Florence Loiret-Caille (qui m'avais déjà quasiment tirer des larmes dans le très beau J'attends quelqu'un, de Jérôme Bonnel), et elle l'est toujours autant, merveilleuse...
dimanche 18 octobre
il fait froid dans le monde
Premier spectacle de ma "saison culturelle 2009/2010" : un concert de Brigitte Fontaine!
J'étais déjà content, dès le début de la soirée, parce que j'avais l'impression qu'il n'y avait jamais eu autant de gens que j'aime réunis en même temps dans le hall de ce théâtre... Et quand ça a commencé, j'ai eu une grosse pensée pour mon amie Malou, que j'avais vraiment envie d'associer à cet instant...
J'ai eu un peu peur, je l'avoue, au début du concert : la balance de la première chanson n'était pas bonne (on ne comprenait quasiment pas un mot de ce qu'elle chantait), dommage parce que c'était Dura lex, la première chanson du nouvel album (où il est dit notamment "la sobriété c'est le trac"...)
Car, lorsqu'elle est arrivée, en robe noire et collants noirs, une menotte en strass au poignet gauche, les cheveux longs, elle avait une démarche... incertaine, une élocution parfois un peu pâteuse, mais elle a assuré jusqu'au bout, comme une reine... Avec une troupe de (jeunes) musicos qui assuraient, eux aussi, plus que grave, avec, parmi eux, un monsieur d'un certain âge, en chemise noire, aux percus analogiques (ou électroniques , comment on dit ? les dimensions de ces engins ont en tout cas été singulièrement réduites!) à propos duquel j'ai demandé à Régis, "mais, ça serait pas Areski, par hasard ?" et si, si c'était bien Areski (émotion...).
Oui, ce fut un beau concert, même si la voix n'était pas toujours exactement comme il faut... J'ai eu plusieurs fois les larmes aux yeux, notamment quand elle a chanté Prohibition (" je suis vieille et je vais crever..."), ou quand Areski a chanté en solo. Car elle n'a pas fait que nous livrer son album tout frais sorti, non non, on a eu droit a plein de chansons moins récentes, voire beaucoup plus anciennes, des classiques et d'autres moins : Ah que la vie est belle, Brigitte, Genre humain, Patriarcat, Le nougat (rebaptisé Le loukhoum), ainsi qu'une version de Comme à la radio quasiment barbelée électrique... C'est vrai que j'étais sur un petit nuage, et sans adjuvant psychotrope d'aucune sorte je le jure!
Brigitte Fontaine a soixante-dix ans, mais ça fait du bien de la voir encore ainsi délirer, entre révolte furieusement électrique et délires languidement orientaux... Comme une gamine aux comptines effrontées. Je suis in, inadaptée chantait-elle déjà, il y a désormais plus de 30 ans...

(hmmmm... elle doit être un peu photoshopée là, quand même, non ?)













