dimanche 5 août 2018

tique

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LE CIEL ÉTOILÉ AU-DESSUS DE MA TÊTE
d'Ilan Klipper

Un film dont j'avais raté l'avant-première l'année dernière à Entrevues, pour cause de visionnage d'une autre avant-première, et dont je n'avais obtenu que des echos plutôt tièdes de la part de Dominique et de son collègue Laurent (dominique qui reconnaîtra plus tard, tout de même, qu'ils étaient les seuls à être de cet avis, et que tous les autres avaient aimé). Eh bien je suis plutôt de l'avie des autres.
Déjà on a cette affiche, que je trouve magnifique et intriguante (c'es la dernière image du film). C'est l'histoire d'un homme, cinquantenaire, qui reste cloîtré dans son appart, le plus souvent en sous-vêtements, à la recherche de l'inspiration pour un deuxième roman, qui ferait suite au premier , Le ciel étoilé au-dessus de ma tête, publié des lustres pultôt et salué par une critique unanime et louangeuse. sauf qu'il n'a rien réussi à écrire (ni donc, à publier) depuis.
Un appartement un peu bordélique, à l'image du film, à la topologie un peu complexe d'utant que se mêlent, sans prévenir, des images oniriques à celles, réelles, filmées dans l'appart' en question (cet homme a quand même une affiche de Cosmodrama au-dessus de son lit!, qu'on s'en émerveille!).
Il vit en coloc' avec une jeune et mignonne femen, qui fait "des trucs en haut avec ses potes", mais il va soudain recevoir la visite de toute une série de gens, parents, amis, relations, qui vont débouler les uns après les autres : papa et maman en tête, accompagnés d'une jeune blonde qu'il va prendre pour un futur parti que lui présentent ses parents, mais pas du tout, qui va se révéler être une psy, venue là spécialement pour lui, mais pour quoi, vous le saurez plus tard, puis un vieux pote, puis son ex, ça commence à brasser beaucoup d'air, ça se bouscule au portillon ça discutaille ça s'interroge voire s'invective, ça se fait des câlins de groupe jusqu'au fin mot de l'histoire : tout le monde s'inquiétant pour notre héros est venu demander un internement d'office "pour son bien". Aïe...
Mais on est plutôt dans le registre de la comédie foutraque que celui du film à thèse (et prise de tête). Quoique. La construction du film, qui met sur le même niveau de narration "vraie choses" et fragments oniriques prend un malin plaisir, justement, à embrouiller les choses dans la tête du spectateur, et jusqu'au bout du bout on se posera des questions : c'est-y-vrai ? ça l'est-y pas?
Je n'ai qu'un regret, c'est d'avoir piqué du nez pendant les dix dernières minutes, plof! comme ça tout d'un coup, et, donc d'avoir dû me poser encore plus de questions que les autres (merci Catherine d'avoir répondu à quelques-unes).Je laisse donc le mot de la fin à la critique de Libé, qui, cette fois, me semble très juste :
"Singulière, surprenante, de bon ton, cette comédie française arrive à point nommé pour marquer son territoire. Elle se démarque, sans grande prétention ni dérision déplacée, à travers une histoire qui grossit, grossit, grossit - de l’anémie jusqu’au débordement épanoui. Et la comédie noire finit bien, ou presque. Dans la nuit, deux âmes se retrouvent. On ne sait plus très bien qui perd les pédales ou si tout cela est vrai - et après tout on s’en fout, car les deux s’embrassent déjà, finalement sains et saufs d’esprit."
Joli, non ?

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samedi 4 août 2018

the phone game

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THE GUILTY
de Gustav Möller

Un thiller danois dont je ne savais encore rien la semaine dernière. un rendez-vous avec Emma et Dominique, un jour de début de canicule, séance de 13h30, zou, on file! Un film qui fera date dans la série "films qui ne coûtent pas cher à faire" : deux bureau, une porte de communication, et un couloir. Voilà le décor, et on n'en sortira pas. Film qui pourrait faire aussi date dans la série "tout est hors-champ ou presque", avec un scénario solide, des rebondissements attendus (ou pas), une tension maintenue tout le temps, bref un bon petit film danois, idéal en ce jour de grande chaleur.
Le héros répond au téléphone, il est au 112 (le central téléphonique de la police danoise semble-t-il) il s'appelle Asger, on comprend qu'il n'est là en intérim que pour quelques jours, que c'est un flic de terrain, et qu'il doit passer en procès le lendemain matin... et qu'on ne va voir que lui, ou presque, pendant tout le film. Les informations sont données progressivement, l'histoire se construit sous nos yeux (enfin, nos oreilles plutôt) en même temps que ceux d'Asger, au spectateur d'être attentif et de remettre les choses dans l'ordre.
Comme lorsqu'Asger reçoit un appel d'une femme dont on comprend vite qu'elle a été enlevée, et qu'elle fait semblant d'appeler sa fille... Et clic raccroche. Asger va se mettre au boulot pour en savoir plus, et tenter de savoir qui et quoi et où et de quelle couleur, dans une progression millimétrique mais impitoyablement rigoureuse.
C'est parti, on est à sa merci, suspendu à ses mots, aux coups de fils successifs qu'il reçoit. On est toute ouïe. On écoute chaque mot, chaque son, chaque bruit, et, comme Asger, on interprète, on échafaude. La création sonore est méticuleuse et impressionnante. Comme la femme de la voiture, nous aussi on est pris en otage, capturé, et on s'accroche aux accoudoirs pendant que le récit avance et accélère. C'est rient de dire que la tension monte, tellement celle-ci est efficace, viscérale, et ne vous lâche plus une fois que l'histoire est lancée.
C'est très fort de ne rien montrer du tout, et de forcer le spectateur à rester enfermé dans ce bureau sans pouvoir en sortir. et de l'obliger à devoir, surtout, imaginer, et quand le spectateur imagine, il a tendance à bien sûr imaginer le pire...
Bref le cable se tend se tend se tend de plus en plus, attention au dénouement, ça risque de cingler!
Très très recommandable. (Rafraîchissant ?)

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mercredi 1 août 2018

juillet 2018

1er juillet (Cuse)
La cueillette des groseilles roses est le cadre d'un véritable  sketch, au moment où je dois déplacer ma chaise (pour cueillir de l'autre côté du buisson) et que Catherine me montre que je piétine ses jeunes poireaux, ce qui fait beaucoup rire Françoise
2 juillet (dans la cuisine)
eu la surprise de découvrir, au fond d'un saladier contenant des cerises, le grouillement de centaines et de centaines de fourmis, qui ont d'ailleurs consciencieusement entrepris de boulotter les cerises en question (mais l'eau purifie tout)
3 juillet (dans ma cave)
enfin réussi à réunir tous les éléments nécessaires pour terminer la "Boite à Catherine", avec des photos (vraies, imprimées ou photocopiées), des morceaux de napperon doré et des petits graphismes au poska... (mais la colle en bombe n'est vraiment pas terrible...)
4 juillet (Remote Besançon)
en point d'orgue d'une journée éminemment culturelle, une déambulation en groupe de 40 personnes à travers la ville, avec audioguidage au casque (spectacle auquel j'avais été invité par Dominique), magnifique
5 juillet (Ecole maternelle)
l'émotion, au pot de départ de retraite de Catherine,, de savoir avec certitude que là se terminait vraiment quelque chose de fort qu'on avait construit ensemble, et que c'était probalement la dernière fois que j'y mettais les pieds (sauf demain pour aller chercher le papyrus)
6 juillet (école/maison)
et j'ai fait pour la der des ders fois ce trajet, avec, dans le coffre, le fameux papyrus en question, que j'avais confié à la garde de Catherine lorsque j'étais parti, et qu'on avait surnommé Robert
7 juillet (dans le jardin de Catherine)
une histoire de télécommande de garage et de clés de voiture restées à l'intérieur fait qu'on se retrouve là, avec Isa, à la fraîche, à goûter des bières diverses accompagnées de grignotages divers
8 juillet (Eurocks)
un seul jour, le dernier, mais quel jour délicieux! Soleil, joyeuse équipe, sol sec, jeunes gens torse-nu, et deux verres à bière (celui de l'année  + un autre que je convoitais -celui avec les chaussures dans la boue-)
9 juillet (parking)
J'ai compris plus tard, en regardant plus en détail la photo de lui que j'avais prise de loin, pourquoi ce routier black avait choisi comme pseudo "guignol" (oui, le bâton)
10 juillet (fjt)
Catherine avait très envie ce midi d'une crêpe chantilly/caramel, et elle a tenu bon jusqu'au café,où elle a décidé de se l'offrir, et est alléé chercher la dernière...
11 juillet (aux toilettes)
enfin réussi à terminer -à regret, tellement j'aime le personnage de Mario Conde et que j'avais du mal à m'en séparer- Les brumes du passé de Leonardo Padura, commencé pourtant il y a des semaines, mais honteusement fractionné ensuite
12 juillet (Ollans)
Nous étions tous les cinq assis sagement au premier rang (même si certain avait au début les paupières lourdes) pour assister au concert -gratuit- que donnaient comme chaque soir au château les stagiaires
13 juillet (à table)
terminé le reste de salade de pois-chiches (commencée ici avec les Soria, continuée à Cuse, et ramenée ici) en l'agrémentant de dés de pêche blanche, de féta, et de pignons de pin
14 juillet (à la cuisine)
ai quand même dû sorti pour aller acheter des pièges à phéromones, pour faire face à une très agaçante invasion de mites alimentaires (qui avaient élu domicile, entre autres, dans le quinoa)
15 juillet (sur un escabeau)
Je fais les vitres de la cuisine -au grand soleil- le jour de la finale de la Coupe du Monde, histoire de pouvoir me souvenir facilement de la date pour la prochaine fois
16 juillet (Grattery)
fini la soirée en mangeant des tartelettes aux myrtilles (de Bussang) chez Coralie, après avoir dansé (oui oui) à Charmoille devant les plaisants  Ma Pauvre Lucette
17 juillet (plates-bandes)
Super Christine est venue m'apporter une dernière mina lobata toute riquiquite, pour que je puisse la repiquer dans le trou entre l'hortensia et la rose trémière couleur rose-thé
18 juillet (parking)
oui, je suis bien obligé de reconnaîître que, parfois, la pensée m'effleure que ma vie est parfaitement merveilleusement) inepte, oui oui, mais ça passe
19 juillet (au bord de la piscine chez les voisins)
on peut appeler ça de la persévérance (ou de l'obstination : j'ai joué au okey avec les filles et j'ai perdu 10 parties d'affilée (4 pour Sao-Maï, 4 pour Christine et 2 pour Juliette)
20 juillet (par la fenêtre)
ce matin le fait marquant était, sans aucun doute, le fleurissement (la floraison) de mes deux premières ipomées, (après tant de jours d'arrosage attentif, c'était mérité)
21 juillet (à la cuisine)
j'en rêvais depuis un certain temps temps, et je l'ai enfin tentée, cette fameuse mousse au chocolat à l'eau de pois-chiches : le résultat est "presque" concluant, parce que j'ai mis trop de liquide (il faut le même poids des deux ingrédients). A retenter, donc.
22 juillet (priceministruche)
enfin! à force de fouiller, j'ai réussi à dénicher un exemplaire du catalogue de l'expo Tàpies à Céret en 1995, qui m'avait tant ému à l'époque (c'était mon premier contact avec lui et j'en ai eu les larmes aux yeux)
23 juillet (Navenne)
dans la série "les lundis des Estivales", len°2, un très joli concert de Part Time Friends ("Ne nous rappelez plus, on n'a plus de morceaux!")
24 juillet (Isembart)
le bonheur, c'est, déjà, de réussir à trouver une place libre (dans ce parking gratuit)  à l'ombre, tout au fond, mais le vrai bonheur c'est d'en trouver ensuite une deuxième, toujours à l'ombre, mais tout près de la sortie...
25 juillet (Super U)
Il y avait du sang partout tout le long de l'allée centrale, jusqu'aux portes de sortie : un homme, lorsque la caissière lui a demandé de payer son pain, a sorti un couteau, s'est entaillé les veines, et est sorti en courant jusque dans la rue, perdant son sang, la jeune caissière la plus proche de la scène s'est évanouie
26 juillet (dans le journal)
Catherine m'a parlé d'un de mes (très) anciens élèves, qui a ouvert une pizzéria, avait conseillé à ses clients de garder les tickets des pizzas achetées chez lui pendant la coupe du monde, s'engageant à les rembourser en cas de victoire de la france, et, depuis, il rembourse, il rembourse, il rembourse...
27 juillet (parking)
comme un pari idiot avec moi-même, (oui j'ai l'habitude), cette idée d'aller passer dehors quelques heures de l'après-midi de ce jour le plus chaud de l'année, réussie avec de l'ombre, beaucoup d'eau, et Les mers du sud, de Vasquez Montalban
28 juillet (chez Zabetta)
le plaisir d'un repas de midi impromptu "en toute simplicité" (avec tout de même polpete di vitello et le/la très attendu(e) et apprécié(e)- Pavlova aux fruits rouges)
29 juillet (parkings)
c'est drôle de retrouver, quelques instants après, la voiture d'un vigile avec lequel je me suis ébattu sur un parking prévu à cet effet, garée sur le parking du supermarché où justement je vais faire mes courses (et de me dire qu'il est peut-être en train de m'observer sur un écran de contrôle et de penser la même chose)
30 juillet (Vesoul-Gy)
au-dessus de la route dans le ciel très bleu un nuage horizontal très long et très plat, si long qu'il m'est impossible, lorsque je m'arrête à la sortie de Mailley, de le photographier en une seule fois, et que, donc, je fractionne...
31 juillet (fjt)
plaisir de s(y retrouver à midi ("un peu plus tôt que d'habitude"), avec Catherine et Marie et un joli bouquet qu'on offre à Odile pour son dernier jour de travail

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mercredi 25 juillet 2018

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mardi 24 juillet 2018

de sperme et d'eau fraîche (re)

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UN COUTEAU DANS LE COEUR
de Yann Gonzalez

On en a parlé au moment de Cannes, où il figurait dans la sélection française, avec des critiques plutôt très tranchées (ceux qui adorent ici et ceux qui détestent là) puis on a vu Vanessa Paradis et Nicolas Maury plusieurs fois en promo (très bien), et voilà qu'il est sorti au Victor Hugo en sortie nationale, mais avec séances irrégulières, (ce qui n'est pas très bon signe) bien avant le bôô cinéma (où on le verra -au mieux- dans la programmation estivale...)
Nous étions 4 donc, à la séance de 13h30 (et plus que 3 à la sortie, il faut le dire). J'avais adoré, du même réalisateur,  Les rencontres d'après Minuit (avec, notamment, un Nicolas Maury d'anthologie, un des personnages les plus troublants que j'ai vu depuis longtemps), et j'ai pu récemment voir -ou revoir- ses courts-métrages grâce à Uncut, et donc j'étais impatient, surtout après l'enthousiasme qu'avait manifesté Hervé, de retour de Cannes, pour ce film.
Un couteau dans le coeur se revendique film de genre(s), et justement c'était plutôt drôle  de le voir juste après les bandes-annonces pour la reprise estivale de cinq films de Dario Argento (dont Suspiria), plus celle des Frissons de l'angoisse (en resortie copie neuve aussi), films auxquels plusieurs plans ou ambiances ou scènes ou idées de scénario ou de mise en scène du film font explicitement référence, ou clin d'oeil, clic clic).
Une réalisatrice de pornos gay (Vanessa Paradis, blondie) -on est à la fin des années 70- est plaquée par sa monteuse (Kate Moran, de tous les films de Yann Gonzalez), et en éprouve une certaine tristesse (et colère aussi), d'autant plus qu'un mystérieux tueur au masque de cuir entreprend de trucider, avec un couteau-quéquette (ou une quéquette-couteau), les étalons de ses productions maison (dont De sperme et d'eau fraîche, qui donne son titre à ce post). Elle est secondée par un assistant pittoresque et dévoué  (Nicolas Maury, blondie aussi), qui fait aussi l'acteur dans ses films maison. Et elle fait des rêves récurrents (comme dans les films de Dario Argento), en négatif, qui lui apporteront la clé de l'énigme du mystérieux tueur au masque de cuir. Elle est donc obligée de chercher en même temps à reconquérir sa copine enfuie et à démasquer le meurtrier.
C'était d'autant plus touchant, pour moi, que la scène finale ou presque se passe au Far-West, cinéma gay parisien, que je n'ai personnellement connu que quelques années plus tard, sous le nom de Far-West Vidéo Club (ou Boy je ne suis plus sûr), auquel je dois quelques brûlants et enthousiastes souvenirs de tâtonnements aussi virils que torrides (j'étais jeune...).
Le film est donc, au départ, un hommage au giallo (et je trouve cette partie-là plutôt réussie), avec un respect des codes du genre (éclairages, armes blanches, rouge sang, musique accompagnatrice et connotée, morts violentes) mais aussi au cinéma porno gay des années 70, à la marge, la frange gay, la mouvance hybride et bouillonnante de ces années-là où je découvrais avec stupeur et révissement le FHAR (Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire) et où je rêvais devant les petites affiches en noir et blanc dans Pariscope pour les films gays projetés à Paris et dont je me demandais si je pourrais les voir un jour (j'avais vingt ans, oui oui...)
C'est un genre de créature filmique hybride (comme les travelos qu'on suit dans le film), un film transfilm, qui serait déguisé en un autre film, ou qui voudrait nous faire croire qu'il veut se faire passer pour autre chose (la proposition est complexe, mais la matière du film l'est tout autant). Tout ça est très attachant, et la présence inattendue de guest-stars aussi référencées qu'attachantes, justement (Bertrand Mandico en chef-op', Yann Colette en flic, Jacques Nolot en aubergiste, Romane Bohringer en fille d'aubergiste, Florence Giorgetti en dame-pipi) en rajoute encore dans l'affectif.
Et c'est cet affectif là, justement, débordant, qui va réussir à faire passer outre (à enjamber, quoi) les faiblesses de la chose, certaines scènes un peu mal fagotées, ou mal jouées, ou mal montées (!), que sais-je. mais bon, à chaque fois, ça passe. (Oui, passer outre). C'est vrai que j'adore tellement le début (ce qu'on appelle, à très juste titre, un montage alterné (montage pouvant tout à fait, et c'est même recommandable, être pris -je m-enfonce- ici au sens biblique du terme) qu'ensuite il est normal que ça retombe un peu, et même que ça patauge parfois, un chouïa...) Un couteau dans le coeur est un film divinement imparfait mais parfaitement fascinant.
Yann Gonzalez aime ses personnages, tous, et nous fait partager cet amour, ce désir, cette tendresse (J'en éprouve une toute particulière, par exemple, pour le technicien dodu surnommé Bouche d'Or, qui remet les étalons d'équerre...), c'est vrai qu'on aurait pu souhaiter qu'il ait eu, idéalement, autant de tendresse à l'égard de son scénario, par exemple. Mais bon on s'en fout un peu quand même, finalement, que ça ne soit pas parfaitement parfait, parce qu'on y prend vraiment du plaisir, on regarde de tous ses yeux, on écoute de toutes ses oreilles, on est à l'affût, aux aguets, au guignol, à la fête, on frémit, on sourit, on pâlit aussi, parfois, on reprend son souffle lorsque Yann Gonzalez nous fait passer sans transition d'une scène bouillante à une autre glacée. Comme le métal en fusion dans l'eau glacée. Et on prend plaisir à cataloguer les clins d'oeil, les hommages, les citations, les interférences, et c'est plutôt jouissif, ce bonheur supplémentaire.
Un film, donc, qui divise, et qu'on aura le plaisir de vous présenter au sein de notre programmation estivale, dans le bôô cinéma...

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J'y suis retourné ce vendredi avec Catherine (qui a désormais le loisir d'aller au cinéma autant qu'elle veut...), et toujours avec grand plaisir. Et mes sentiments restent les mêmes.Tout le début du film est fort, tenu, troublant, drôle, flippant, solide, haletant, rien à redire, et commence un peu à donner des signes de faiblesse (d'essoufflement) à partir de la scène du pique-nique, où le film commence un peu à perdre pied, ou à ne plus savoir sur quel pied, justement, danser. Des lézardes qui deviendraient des fissures. L'encombrement (l'entassement) des scènes finales (au Far-West) déséquilibre hélas un peu l'ensemble (pour le spectateur rationnel et tatillon), et l'ultime explication en voix-off et en noir et blanc par Kate Moran n'était franchement pas indispensable, mais heureusement la toute dernière scène (sur laquelle défile le générique) reprend du poil de la bête (et le film de la hauteur) en nous reconstruisantt un délicieux petit cinéma immaculé (séraphique et élégiaque) , in paradisum, vraiment.
Je parlais dans le premier post des apparitions référencées (Nolot, Bohringer, Mandico), j'en avais oublié une, que je n'ai reconnue qu'à la deuxième vision, il s'agit d'Ingrid Bourgoin, qui fut pour marie-Claide Treilhou une inoubliable Simone Barbès  (ou la vertu), dans le film du même nom, qui apparaît en barmaid dans le cabaret lesbien (scène qui est, je pense, un clin d'oeil supplémentaire à ce même film).
Ca nous a permis d'échanger, dans le couloir, au sortir de la salle, et ça c'était vraiment agréable.

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lundi 23 juillet 2018

soliman

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PARVANA
de Nora Twomey

La question était : en VO ou en VF? On avait le choix, dans le bôô cinéma, pour ce film, classé Jeune Public (on a eu droit aux bandes-annonces des prochains Dysnuche), mais finalement pas tant que ça, du simple fait qu'il existe une VO. Je m'étais déjà posé la question pour d'autres films d'animation, ceux notamment de Miyazaki et je m'étais dit que oui oui on peut les voir en VF. Là j'ai opté, en bon puriste, pour la VO. Ce film se passe en Afghanistan, avec des personnages afghans donc, et, (en bon puriste) j'ai eu la surprise d'entendre tout le monde y parler en anglais (mais avec l'accent afghan, donc), et me suis alors dit que j'aurais très bien pu le voir en VF (où j'aurais eu le plaisir d'entendre la jolie voix de la jolie Golshifteh Farahani).
C'est l'histoire, donc, d'une fillette prénommée Parvana, vivant à Kaboul, avec sa famille (papa, maman, une grande soeur et un petit frère). Et les talibans. Omniprésents. Dont la violence et l'imbécilité sont clairement montrées. De la même façon que la violence et l'imbécilité des diktats par eux imposés aux femmes, transformées, dès qu'elles sortent de chez elles, en tristes tentes monoplaces avec juste un judas grillagé à hauteur des yeux. Tout ça pour "passer inaperçues". Quelle tristesse...
Un certain concours de circonstances fait que le père de Parvana est arrêté et emmené en prison et que la vie, déjà pas facile (la faim et le manque d'argent sont clairement évoqués) devient quasiment invivable (puisqu'une femme seule ne peut rien faire : on n'a pas le droit de la servir au marché, par exemple, puisque les talibans (sur)veillent). La mère de Parvana en fait l'amère expérience lorsqu'elle tente d'aller avec sa fille jusqu'à la prison, pour rendre à son mari handicapé (qui a perdu une jambe au combat) la canne dont il a besoin, où elle va va se faire jeter à terre et violemment frapper par un garde spécialement hargneux et violent (mais tous les talibans sont hargneux et violents).
La seule solution trouvée par Parvana pour que sa famille puisse survivre est de sacrifier sa chevelure et de se déguiser en garçon, au moins pour pouvoir aller faire les courses... Elle va alors entreprendre d'aller elle aussi voir son père à la prison, pour lui donner cette fameuse canne. Plusieurs fois. En vain. Les forces en présences sont trop inégales. Et le film a la bonne idée de mettre en parallèle l'histoire de Parvana avec les aventures d'un petit garçon nommé Soliman, héros d'un conte qu'elle (Parvana) raconte à son jeune frère Zaki,  un jeune villageois qui s'oppose à d'affreux tigres aux yeux rouges commandés par un dieu-éléphant qui ont volé les semences pour son village et qu'il entreprend de récupérer. Le conte de Soliman (dont on comprendra à la fin du film le pourquoi du choix de ce prénom) et l'histoire de Parvana avancent ainsi en alternance, chacune des séquences de l'une permettant de se remettre des émotions générées par les séquences de l'autre. A la dimension très mythologique des aventures de Soliman répond celle, plus "terre-à-terre" (réaliste) mais tout aussi mythique des aléas de Parvana.
Bien sûr les deux histoires (on est en Jeune Public, mais pas au Tombeau des Lucioles) auront -chic!- des fins heureuses, et ça fait du bien. Tout ca redonne comme qui dirait de l'espoir. Un très beau film, (doublement récompensé à Annecy) à défendre toutes griffes dehors.

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dimanche 22 juillet 2018

maria!

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PORORORA
de Constantin Popescu

Pour débuter "joyeusement"(!) notre programmation estivale, un "petit" film roumain de derrière les fagots (2h32)... Dont je ne connaissais rien ou presque (et je ne remercie pas Les Cahiaîs qui, dans une notule condescendante à la limite du mépris, dévoilent la fin en trois mots et sans ménagement,  ce qui est vraiment insupportable). Le cinéma roumain, je l'ai dit et je le redis, est un cinéma j'adore, de par ses diverses éminences (le chêne Pintilié) pousses et rejets (Pui, Porumboiu). Une façon de voir les choses (de les montrer, plutôt) telles qu'elles sont. Une certaine "simplicité", une certaine cruauté, très souvent tempérées par un humour certain lui aussi. En dépit de sa noirceur de sa lucidité et de sa frontalité, c'est rare qu'un film roumain pourtant me mette mal à l'aise. Là ce fut le cas.
La fin est très abrupte (on dirait que le réalisateur -ou le monteur- a coupé en plein milieu d'un plan, tranché à vif dans le muscle, en plus dans le bôô cinéma ça ne rigole pas, les lumières se rallument impitoyablement alors que le générique démarre à peine), et j'avais, dans mon siège, un peu les jambes en coton. Pourtant grâce aux Cahiaîs, je savais à quoi m'attendre. Mais justement peut-être que trop c'est trop.
Au début, un couple, une famille même, maman, papa, deux enfants, un appart xxl, du travail, des petits matins qui chantent, bref ils ont tout. Et à la fin plus rien. Même pire que ça. Un matin Tudor (c'est le mari) a emmené les deux enfants au parc (un très longue séquence de plus d'un quart d'heure à l'issue de laquelle Maria, la fillette, a disparu, malgré l'attention que lui portait son père et la centaine de personnes présentes autour. Volatilisée, et personne n'a rien vu.
Le film va s'attacher ensuite à Tudor, le papa, à ses recherches, à ses démarches, à ses conversations avec le policier chargé de l'enquête. Le film est très roumain (et ça j'adore) et prend son temps (les scènes durent ce qu'elles doivent durer, et parfois même un peu plus longtemps, et le spectateur assiste, impuissant, à la désagrégation d'un homme. Et j'ai repensé alors à Alice, de Marco Martins (2005), qui racontait la même histoire (la disparition d'une fillette et le comportement consécutif d'un père) et m'avait, déjà,  fort impressionné (et m'avait ensuite émerveillé à nouveau dans le splendide Saint Georges, autre tragédie d'un homme seul).
Il me semble que le film de Constantin Popescu fonctionne parfaitement pendant presque toute la durée, observant de plus en plus méticuleusement (obsessionnellement) cet homme en train de perdre pied, se laissant engloutir par son idée fixe de retrouver à sa fille, ou plutôt celui dont il pense qu'il a enlevé sa fille, et entreprenant de détruire méthodiquement tout ce qui l'entoure et lui tenait jusque là  lieu de réalité.
Et la fin me terrifie.
Glaçant, sans doute, mais le film aurait été encore plus efficace, me semble-t-il,  sans cette ultime complaisance nihiliste.

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Et Téléramuche a raison : si le stitre original est abscons, le sous-titre français est mièvre...

 

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samedi 21 juillet 2018

forêt noire

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THE CAKEMAKER
de Ofir Raul Graizer

Ce n'est pas si souvent qu'on a l'occasion de voir un film germano-israélien (ou israélo-allemand, question de point de vue).Une histoire entre Berlin et Jérusalem, une histoire d'amour entre deux hommes : Thomas, un pâtissier berlinois (tout en rondeur et en blondeur) qu'on étiquette gay, et Oren, un homme d'affaires israélien, marié, en visite à Berlin pour affaires tous les mois ou presque, et bi donc. L'ouverture  du film nous présente le début de la relation entre les deux hommes, de façon assez rapide et pudique (ah ce fondu au noir au moment de leur premier baiser...), comme si ce n'était pas le plus important de ce que le réalisateur voulait raconter, jusqu'à l'annonce, tout aussi rapide, de la disparition d'Oren dans un accident de voiture, à Jérusalem (après qu'il ait oublié, chez Thomas, qui tentera en vain de le rappeler, ses clés et les biscuits à la cannelle habituels pour sa femme...).
La suite ("un an plus tard") nous présente Thomas, à Jérusalem. Après une surveillance assidue et des manoeuvres d'approche, il réussit à entrer en contact avec Anat, la veuve d'Oren, qui tient un café, et va réussir à s'y faire embaucher comme employé. Anat est joué par la touchante Sarah Adler, vue récemment dans Foxtrot, et dont le beau visage triste convient parfaitement au rôle. et là commence véritablement la partie de l'histoire qui intéresse surtout le réalisateur. Comment va évoluer la relation entre ces deux personnages, basée sur tellement de non-dits, d'incertitudes, et de mensonges par omission.
Thomas trouve sa place dans le café d'Anat, ils deviennent de plus en plus proches, en dépit des obstacles. En premier lieu le fait que thomas est non-juif et, étant employé par Sarah, risque de lui faire perdre son certificat kasher. d'autant plus qu'un ami de la famille joue les tontons intégristes et s'occupe du fils d'Oren et, de plus en plus, des affaires de Sarah.
Il sera beaucoup question de cuisine, (pas mal de gâteaux, bien sûr, mais aussi, notamment, une leçon de cuisine sur les poivrons farcis, donnée à Thomas par la mère d'Oren, dont on réalisera que, fine mouche, elle a peut-être mieux compris la situation que les autres...), mais d'amour aussi il sera question, et de sentiments. De Thomas et d'Oren, d'abord, puis de Thomas et de Sarah, sans oublier, triangle oblige, ceux de Sarah et Oren. l'amour, les preuves d'amour, les promesses, les mensonges, les regrets... ("et les regrets aussi..." comme dit la chanson).
Un film élégant, appétissant, qu'on prend plaisir à déguster (comme les gâteaux que fait Thomas, même s'ils ne sont pas kasher) à la petite cuillère, le chocolaté des sentiments, le crémeux du plaisir, le sucré de la romance, une composition gourmande plutôt bien équilibrée qui n'a eu qu'un seul tort, être proposée immédiatement après le superbe Trois visages de Jafar Panahi, qui venait de m'enchanter, et d'avoir, donc, hélas, un tout petit peu souffert de la comparaison.
Hautement recommandable toutefois, je le répète.

2141308

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jeudi 19 juillet 2018

saltimbanque

083
TROIS VISAGES
de Jafar Panahi

Quel bonheur! Quel grand bonheur que ce cinéma-là. Jafar Panahi on l'a aimé soutenu et programmé dans le bôô cinéma (et même dans le vieux d'avant) depuis le tout début, et on l'a encore plus aimé soutenu et programmé depuis qu'il a été interdit quitter son pays, et de tourner pour vingt ans par les autorités de son pays, en 2010 et n'a plus été hélas chez nous qu'un siège vide à son nom dans les différents festivals où chacun de ses nouveaux films, parvenus de mystérieuse façon, était projeté et applaudi. Et récompensé.
Il y a eu Ceci n'est pas un film, en 2011, puis Taxi Téhéran, en 2015. Et avec ce film-ci, Jafar Panahi boucle symboliquement la boucle, puisque le film évoque irrésistiblement (et jouissivement) Abbas Kiarostami, qui était l'auteur du scénario du Ballon blanc, le premier long-métrage, justement, de Jafar Panahi. Kiarostami qui est aussi un immense réalisateur iranien. A l'univers très spécifique (le réel et le cinéma, le documentaire et la fiction, le goût de l'errance, l'importance de la nature et des extérieurs, le dialogue avec les gens) auquel, justement ce film-ci ne peut pas ne pas faire penser. Et c'est un grand ravissement.
Panahi reste fidèle à son éthique et à sa ligne cinématographique. Il fait, indiscutablement, du Panahi, mais pourtant se dépasse (autant qu'il se déplace) en quittant Téhéran pour le nord-ouest de l'iran, la région des azéris (ethnie dont il fait partie) qui ont la particular_ité de parler iranien et turc aussi.
Comme dans Taxi Téhéran, Jafar Panahi fait le chauffeur, cette fois pour une unique passagère : Behnaz Jafari, une actrice célèbre en Iran (qui joue ici son propre rôle), qui a fait appel à lui après avoir reçu un mms où une jeune fille l'appelle au secours et met fin à ses jours, semble-t-il, en se pendant dans une grotte, décision motivée par le fait que ses parents ne veulent pas l'autoriser à faire des études au Conservatoire de Téhéran. Vidéo authentique, ou mystification ? pour en avoir le coeur net, les voilà partis tous les deux, direction ? (je n'ai pas réussi à retrouver le nom du village, mais c'est vraiment le trou du cul du monde du Turmenistan iranien.
Je ne vais pas vous raconter le film, mais j'ai trouvé ça absolument magnifique. Que ce soit l'histoire qui est racontée ou la façon dont elle est racontée (et la multiplicité des niveaux de lecture qu'elle propose) ce film est d'une beauté et d'une intelligence folles, et l'ami Kiarostami n'a pu que s'en retrourner dans sa tombe de bonheur.
Le fait que chaque personnage porte son vrai nom est déjà intéressant. Car le personnage qu'on voit dans le film et qui porte le nom de l'acteur qui l'interprète n'est pas tout à fait le vrai personnage de la vraie vie qui porte le même nom (plusieurs fois ces derniers temps que je tiens ce genre de propos : Une année polaire, The Rider...) et c'est comme si le "vrai" personnage (celui de la réalité) laissait à son double de cinéma la possibilité de respirer un peu et de vivre sa vie de personnage du film.
Les trois visages du titres représentent, bien sur, les trois personnages d'actrices de l'histoire : celle d'aujourd'hui, la star qui accompagne Panahi, celle de demain (la jeune fille qui a envoyé la vidéo et sait déjà se mettre en scène) et la troisième, peut-être la plus magnifique parce que la plus absente, c'est l'actrice du passé, qui s'est retirée à la campagne, celle qu'on ne verra qu'en ombre chinoise, ou de dos, de loin, dans un pré, en train de peindre... Trois images de femmes, trois facettes d'une même condition féminine, pas si facilement vivable aujourd'hui en Iran (Comme l'a résumé Catherine, "Ils traitent mieux leurs génisses que leurs femmes...").
Le fil conducteur de la recherche de la jeune Marziyeh est le fil blanc qui surpique le récit, et va permettre à Jafar P et à "Madame Jafari" de rencontrer beaucoup de gens de cette communauté azérie, de parler beaucoup, et de croiser beaucoup de petites histoires magnifiquement iraniennes et de personnages incroyablement attachants (même le gros frère hurlant de Marziyeh l'est, attachant).
Une route étroite où on doit communiquer avec celui qui arrive éventuellement de l'autre côté de la colline par un code complexe de coups de klaxons (et tiens, j'ai trouvé incroyablement beau le papy qui gère, justement, le code klaxonnesque), un taureau reproducteur blessé gisant en travers de la route, un prépuce pieusement conservé dans le sel avant d'être confié à qui de droit, trois papys locaux (qui m'ont fait penser aux joyeux fantômes de Milagro) qui souhaitent aider Jafar Panahi décidé à passer la nuit dans sa voiture, une petite maison où on n'entrera jamais "parce qu'il n'y a pas assez de place", mais où on verra les ombres de trois femmes qui dansent, oui chaque scène est un bonheur, un grand bonheur de cinéma comme je l'écrivais en ouverture.
Et le film s'offre une dernière scène  qui touche au sublime, parvenant à évoquer deux fois l'ami Kiarostami : la route et la voiture de Le vent nous emportera, et la course finale de Au travers des Oliviers. Avec une sacrée belle note d'espoir, lorsqu'on voit la jeune fille, partie à la poursuite de son aînée qui marche sur la route, enlever son tchador blanc et le laisser tomber.
Oui j'ai été subjugué.
Et chaque article que je lis me fait aimer le film un peu plus chaque fois. Incontestablement le meilleur film de son réalisateur (qui est pourtant déjà doté d'une filmographie à mes yeux inoxydable...) Où comment, l'air de rien, simplement, avec douceur, avec tendresse, il réussit à parler de plein de choses : des actrices, bien sûr, du cinéma, d'une façon beaucoup plus large, de la situation de son pays aujourd'hui, et de sa propre situation, de politique, de religion, de traditions, et de modernité, et d'espoir... un film où ce que l'on voit n'est que la partie émergée de l'iceberg de ce qu'il raconte... Eblouissant, quoi.
Non seulement Top 10 mais en plus une place tout en haut...

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mercredi 18 juillet 2018

dans la brume

086
UNA QUESTIONE PRIVATA
de Paolo et Vittorio Taviani

Quatrième film d'une semaine riche en événements, dernière séance (pendant la demi-finale de la Croupe du Monde, dont je préférais ne rien savoir. Avec les Taviani (désormais ce ne sera plus qu'avec le Taviani) on sait en général plutôt à quoi s'attendre, depuis le temps qu'on les connaît (Allonsanfan, 1974, quand même!) : du beau cinéma rital, politique, militant, historique, avec des beaux mâles mal rasés qui en général se battent, entre eux ou contre d'autres pour la politique, ou pour l'amour, ou pour les deux. Avec dans cette filmographie des pics sublimes (qu'ils soient anciens - La nuit de San Lorenzo- ou bien plus récents -César doit mourir-) mais aussi quelques bien plus rares accidents de parcours (l'académique Good Morning Babilonia, le mièvre Contes Italiens) et je réalise d'ailleurs en parcourant leur filmo sur allocinoche, qu'il y en a même plusieurs que je n'ai pas vus, qu'il fut un temps où je les aimai moins... (Les affinités électives, Le mas des alouettes, Le soleil même la nuit). C'est comme avec un certain nombre de cinéastes découverts dans les années 70 (Wenders en restant l'attristant prototype) : au début nous nous sommes tant aimés, et, plus tard, avec le temps va tout s'en va...
Ce film-ci reste un peu dans l'entre-deux. Ni une cime, ni un abîme, juste un pont entre les deux, et c'est un peu dommage. Milton, Fulvia, Giorgio, un triangle amoureux dans l'Italie de 1943, en pleine guerre civile entre Partisans et Fascistes. Et Fulvia qui a dit à Milton qu'elle aimait bien les lettres qu'il lui écrivait, et Milton a découvert qu'elle préférait Giorgio. Et le temps a passé, et Fulvia est partie, et Milton et Giorgio se battent contre les fachos, et Giorgio est capturé par les affreux salopards, et milton entreprend d'aller chercher un remplaçant (facho) pour l'échanger -vivant- contre son ami Giorgio, et ainsi lui sauver la vie.
Un genre de road-movie, donc, le plus souvent à pied, avec une quantité prodigieuse de brouillard (une part conséquente du budget du film a dû y être investie). Mais bon (c'est vrai que j'ai vu le film il y a maintenant une dizaine de jours, et qu'il s'est comme dilué dans l'espace-temps.
Il m'en reste deux images : une maison d'abord, une grande maison, qui m'a fait penser à celle du Jardin des Finzi-Contini, allez savoir pourquoi, qu'on voit à deux reprises au moins dans le film (trois ou plus si on compte les flashes-back), et celle de Milton, à la fin du film, en train de sauter à pieds joints sur un pont qu'il sait être miné, en lui criant "Saute! saute!" car il voudrait mourir, mais le pont fait sa mauvaise tête et refuse de sauter, justement, et Milton, après une dernière apostrophe, tournera les talons et disparaîtra... dans la brume.
Comme ce jolier film des Taviani, reparti dans les limbes, que je m'engage solennellement à revoir, une autre fois, un autre jour. Promis juré craché.

0703272
(et l'affiche est fadasse, je trouve...)

Posté par chori à 08:26 - - Commentaires [0] - Permalien [#]